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  • La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996) 

    Thèse doctorale soutenue par le Révérend Père  Rigobert KYUNGU SJ, le 30 juin 2020, à l'Université Grégorienne de Rome.

    Un évènement joyeux après celui des ordinations presbytérale et diaconale des Pères Eric KAMBALE et Stanislas KAMBASHI, le samedi 27 juin 2020.

    L’auditoire ne devant contenir qu’un nombre réduit de participants suite aux restrictions liées à la crise sanitaire en cours, ladite soutenance s’est faite en mode semi publique. Néanmoins, la retransmission en direct sur YouTube a contribué à élargir l’audience.

    De quoi a-t-il été question dans cette thèse discutée en vue de l’obtention du titre de docteur en théologie spirituelle ? La recherche a porté sur la figure du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA SJ, mort martyrisé le 29 octobre 1996 à Bukavu, et dont la cause de béatification avance à grands pas.

     

    Pour s’engager dans cette "aventure", l’auteur de la thèse a été motivé entre autres par le témoignage de vie de l’ancien archevêque de Bukavu. Ce dernier, à travers son engagement aussi bien sociopolitique que pastoral, a laissé des traces qui méritent d’être mises en évidence. Une autre motivation est le discernement spirituel qui caractérisait ce serviteur de Dieu. C’était, souligne le Père KYUNGU, un homme dont le discernement spirituel était au cœur de ses actions dans sa vie d’africain, de prêtre jésuite et d’évêque.

    La thèse porte le titre de "La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996)". Elle s’articule sur six grands chapitres. Dans un premier moment, l’auteur décrit la région des Grands-Lacs dans laquelle est né et a œuvré Mgr MUNZIHIRWA. Une description qui prend en compte la période trouble du génocide au Rwanda en 1994, mais aussi la guerre au Congo en 1996, dite la guerre de libération, ayant occasionné la chute du Maréchal MOBUTU, après 32 ans de règne.

    En second lieu, l’auteur dresse une biographie de l’ancien archevêque de Bukavu, depuis sa naissance à Burhale dans le Bushi, jusqu’à son ordination épiscopale inclusivement. Cette biographie se veut suffisamment fouillée, dans le but de contribuer à l’avancement du procès de béatification du serviteur de Dieu.  Le troisième chapitre couvre le ministère épiscopal du prélat à Kasongo où il est resté 8 ans. L’auteur a voulu mettre en exergue ces années qui sont souvent oubliées dans beaucoup de biographies. Le quatrième chapitre développe l’étape de Bukavu où Mgr MUNZIHIRWA a exercé son ministère épiscopal de manière très intense pendant deux ans, dans le contexte de guerre et ce, jusqu’à son martyre. Ici, l’auteur discute aussi la question du martyre " in odium fidei ". 

    D’autre part, la dissertation comprend une partie analytique qui scrute la figure de Mgr MUNZIHIRWA à partir de son enracinement dans la culture africaine, entre autres. Ainsi, le cinquième chapitre analyse-t-il 55 proverbes utilisés par Mgr MUNZIHIRWA, en les insérant dans les genres poétiques de la littérature orale africaine.  Pour notre auteur, Mgr MUNZIHIRWA a montré que l’Afrique est riche et que ses richesses culturelles ne peuvent être balayées ni abandonnées comme si elles n’étaient pas importantes. L’attachement à sa culture a aidé Mgr MUNZIHIRWA à intérioriser, ou mieux, inculturer non seulement l’évangile, mais aussi la spiritualité ignatienne au point de faire de lui un homme à la fois "entièrement africain et entièrement jésuite". L’auteur démontre donc que la culture africaine et la spiritualité ignatienne convergent harmonieusement dans la personne de Mgr MUNZIHIRWA. Enfin, au sixième chapitre, le discernement apparaît comme un thème clé dans la discussion, puisque, selon l’auteur, il constitue un outil efficace utilisé par le serviteur de Dieu tout au long de sa vie, générant en lui une vraie liberté intérieure. La thèse chute en dépeignant le profil spirituel de Mgr MUNZIHIRWA, affirmant que sa spiritualité se fonde sur la prière et l’Eucharistie, la dévotion mariale, l’engagement pour la paix et la justice, la pauvreté évangélique, la croix du Christ, le discernement spirituel, la liberté intérieure, l’inculturation et enfin le sens de l’Eglise.

    Au terme de la présentation par le récipiendaire des résultats de sa recherche, un dialogue s’est engagé avec le jury pour expliquer davantage et tirer au clair tous les hémisphères de ce travail scientifique. Après délibération, le jury a salué la rigueur et la qualité du travail accompli. Dans le respect des normes de la Grégorienne, le jury n’a pas immédiatement rendu public son verdict ; il appartient aux services du secrétariat de l’Université de le communiquer au récipiendaire par les voies ordinaires. Le père KYUNGU recevra donc le titre de docteur après la publication partielle ou totale de sa thèse. Profitiat !

    Pour célébrer la joie de cet évènement, les Jésuites présents à la cérémonie ainsi que d’autres invités se sont retrouvés dans la communauté du Gesù où un verre d’amitié a été partagé.

    En outre, pour joindre l’utile à l’agréable, un partage de repas a été organisé le mercredi 1er juillet 2020 dans un restaurant de la place pour célébrer avec quelques invités les trois évènements joyeux de l’ACE-Rome : thèse, ordinations presbytérale et diaconale.

    C’est par ces événements heureux que s’achève l’année académique. Se pliant aux aléas du transport aérien dans les circonstances actuelles, les uns attendent de s’envoler sous d’autres cieux, alors que d’autres ont décidé de passer l’été en Italie ou en Europe. Désormais l’ACE-Rome a un nouveau coordinateur pour l’année académique 2020-2021 en la personne de Camille MUKOSO à qui nous souhaitons beaucoup de succès dans ce service.

    Jean-Paul KAMBA, SJ

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    Vingtième anniversaire de l'assassinant de
    Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO 
    (01/01/1926-29/10/1996) 

    Par Jean NYEMBO, sj
    Commission Foi et Promotion de la Justice

    Bien chers amis dans le Seigneur,

    Paix à vous !

    Nous célébrons aujourd'hui, 29 octobre 2016, le vingtième anniversaire de l'assassinat de notre frère, pasteur de l'Eglise de Bukavu, Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO. Mzee, comme nous l'appelions respectueusement et affectueusement, est mort sur le champ de batailles, la croix à la main comme seule arme qu'il possédait.

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  • Saint Nicolas et Père Fouettard : qui sont-ils ?
    Et quel est leur impact sur les enfants belgo-africains ?

     

    Par Mireille-Tsheusi ROBERT
    BAMKO asbl
     

    Connaissez-vous le "Sauvage d'Ath "? Le "Diable Magnon" ? Ou les "Basoulous de Basècles" ? Vous n'avez sûrement jamais entendu parler de ces sauvages hainuyers si vous n'êtes pas originaire de cette région. Peut-être connaîtrez-vous mieux les Noirauds bruxellois ou le Zwarte Piet anversois ? Dans l'espace francophone, Zwarte Piet, littéralement Pierrot-Le-Noir, est appelé Père Fouettard, le joyeux mais répressif compagnon de Saint Nicolas. Ces figures folkloriques souvent enchaînées, parfois affublées de cornes, dansant, chantant et vociférant à l'encontre des badauds lors du carnaval de la "Ducasse", de la fête de Saint Nicolas ou lors de la procession des Noirauds ont toutes un point commun : le maquillage en noir du visage ou le "blackface".

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  • CPI. Les doutes du procès BEMBA
    Y a-t-il vraiment eu crimes contre l’humanité à Bangui 
    en 2002 et 2003 ?

    Par WINA LOKONDO
    Historien, journaliste indépendant

     Le 24 mai 2008, Jean-Pierre BEMBA, sénateur et ancien Vice-président de la RD Congo de 2003 à 2006, est arrêté en début de soirée dans sa résidence de Rhode-Saint-Genèse, un quartier périphérique de Bruxelles, en exécution du mandat d’arrêt international lancé contre lui par le procureur près la Cour Pénale Internationale. Il sera transféré, après neuf jours de détention dans la capitale belge, à la prison de la CPI de Scheveningen, un faubourg de La Haye. Il y est, à ce jour.

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  • Analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo
    aux organisations internationales africaines

     

    Par       Adolphe AMANI BYENDA[1]
    Germain NGOIE TSHIBAMBE[2]

     

    Résumé : Depuis la fin de la première et de la deuxième guerre mondiale, les organisations internationales jouent  un rôle très important dans les différents secteurs de la vie à cause de leur efficacité de réponse rapide aux problèmes urgents des États. À cet égard, il s’avère, sur base de nos résultats, que l’appartenance des États à plusieurs organisations notamment sous-régionales, régionales ou intercontinentales constitue un avantage  tant sur le plan politique, économique que sécuritaire. Le présent article se fixe comme objectif, l’analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines. À partir de cette recherche, nous comprenons que les facteurs géographique, historique, sécuritaire, économique, politique et culturel,… sont autant d'éléments qui justifient l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines.  

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  • MENDE, KAMBILA et les sanctions impériales

     

    Par MBELU BABANYA KABUDI

    Les sanctions prises par les USA et l'UE à l'endroit de certains membres de ''la kabilie'' ont suscité quelques réactions en son sein. L'ex-porte-parole du gouvernement démissionnaire  de MATATA PONYO, Lambert MENDE, fort de ses études de droit, les a sévèrement critiquées ce lundi 12 décembre 2016. Voici ce qu'il dit :

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    Cosmos EGLO, Du sang sur le miroir. Paris, L'Harmattan, 2012. 200 pages.

    Par Eddy VAN SEVENANT

    Ames sensibles s'abstenir ! De la première à la dernière page, c'est un déferlement de violences et des bains de sang toujours renouvelés que l'auteur nous propose ici afin d'illustrer la situation déplorable de certains pays africains post-coloniaux, livrés à toutes les turpitudes de leurs "élites", sanguinaires à souhait et soutenues à bout de bras par des puissances extérieures (dans le cas présent la France et les USA) qui y trouvent l'opportunité de garder la main sur le pays tout en n'y étant plus officiellement présentes.

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    Par Modeste WASSO

    Griet BROSENS, Du Congo à l’Yser. 32 soldats congolais dans l’armée belge durant la Première Guerre mondiale. Traduit du néerlandais (Belgique) par Charles FRANKEN. Waterloo, éditions Luc Pire (www.editionslucpire.be), 2016. 271 pages. 24,90 €

    Voici un livre qui ouvre une page de l’histoire commune à la Belgique et au Congo des années  1914-1918. "Du Congo à l’Yser"  relate  l’histoire, longtemps occultée, des Congolais arrivés en Belgique, à la fin du 19ème siècle (les premières arrivées datent de 1885) en tant que militaires et qui ont combattu sous le drapeau belge pendant la première guerre mondiale, 1914-1918.

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  • Par Eddy VAN SEVENANT

    Collectif, État des résistances dans le Sud : Afrique. Alternatives Sud (Revue trimestrielle). Volume 23-2016/4. Centre Tricontinental  (Louvain-la-Neuve) et Éditions Syllepse (Paris) – 215 pages. 13 €

    Cet ouvrage fait partie d'une série qui fait le point régulièrement sur les oppositions politiques, féministes, paysannes, etc. aux régimes en place dans différents pays du Sud, principalement d'ailleurs sur le continent africain.

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  • Groupes armés et problématique de développement
    du territoire de Fizi (RD Congo)


    par BAWILI LUKELE Tango
    département des Sciences Politiques et Administratives 
    Université Officielle de Bukavu
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    Résumé : Par leurs actions, les groupes armés ont influé et influent négativement sur le développement de ce territoire ; ils y créent une instabilité permanente depuis de longues années. Cette instabilité entraîne des conséquences désastreuses notamment sur les plans politique, administratif, sécuritaire, économique, etc. Cet état des choses empêche les pouvoirs publics et les populations locales d'exploiter les multiples potentialités naturelles en vue de booster son développement. Ceci explique dans une certaine mesure le sous-développement de ce territoire. De ce fait, il importe que l’État se réveille, rétablisse la paix et suscite le développement de ce territoire en impliquant les populations locales.

    Introduction    

    Depuis plus d’une décennie, l’est de la RD Congo est en proie à une instabilité sécuritaire dont les causes sont à la fois internes et externes. L’ampleur et les effets de cette situation sont différemment vécus d’une province à une autre. Au Sud-Kivu, l’émergence et la résurgence des groupes armés entraînent une instabilité sécuritaire qui, par conséquent, étouffe les actions du développement. 

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Rose KARAMBIZI NDAYAHOZE "Le Commandant Martin NDAYAHOZE, un visionnaire"
Montréal, Editions IWACU, avril 2016. Collection Témoins. 212 p.

par Joseph NTAMAHUNGIRO

Bien chers amis qui nous avez fait l’amitié de nous accompagner dans cette commémoration du 44ème anniversaire du Génocide contre les Hutu du Burundi de 1972, je voulais à mon tour vous souhaiter la bienvenue, vous remercier et vous féliciter pour ce geste noble qui vous honore. En effet, comme l’a dit un des membres de notre Groupe Honorer nos héros qui se reconnaîtra, " Commémorer, c’est un devoir pour tout homme qui a encore du cœur ". En venant rendre hommage à nos disparus, et spécialement à celui que Angelo GRANDE (qui a préfacé ce livre) compare à l’Abbé Michel KAYOYA, vous vous êtes montrés des hommes - abagabo -  dans le sens noble du terme.

Venons-en maintenant à la présentation propre du livre. Je le ferai en trois temps. Je dirai un mot sur le Commandant Martin NDAYAHOZE, sur son épouse, auteure de ce livre, Mme Rose KARAMBIZI NDAYAHOZE, et sur le livre lui-même. Je serai suffisamment long pour vous introduire dans le cœur de notre méditation mais suffisamment court pour vous permettre d’échanger en long et en large afin que de nos échanges brille la lumière qui doit nous éclairer  dans le futur.

Qui est le Commandant  Martin NDAYAHOZE ?

Je n’ai pas pu trouver beaucoup d’informations sur  lui. Peut-être que quelques-uns parmi vous pourront nous en dire davantage. Les seuls éléments que j’ai pu glaner sont ceux-ci. Martin NDAYAHOZE était de père hutu et de mère tutsi. Il fut l’un des 5 Hutu ministres dans le 1er gouvernement de MICOMBERO du 12 décembre 1966 en tant que Ministre de l’information[1].  Il a été également Membre du Conseil National de la Révolution, membre du Bureau Politique et Secrétaire de l’UPRONA, Ministre de l’Economie et membre du Conseil Suprême de la République. La même année 1966, il se fiance à Mlle Rose KARAMBIZI, réfugiée tutsie rwandaise qu’il épouse en 1967 malgré une opposition très ferme de certains membres des milieux tutsis qui fréquentaient la famille de sa future épouse. Pourquoi cette opposition ?  Leur argument était très clair : "Vous ne pouvez pas, disaient-ils aux futurs beaux parents de Martin, donner votre fille à ce Hutu (…). C’est un homme condamné (car) nous allons tuer tous ceux de son ethnie. "[2] Et la machine infernale se mit effectivement très rapidement en marche. En 1969, le Capitaine Martin NDAYAHOZE crée le Centre Culturel du Burundi. Mais son inauguration est fortement perturbée par des étudiants à qui le Vice-gouverneur de Bujumbura a remis les clefs de la salle où devait se dérouler la cérémonie alors que la salle avait été louée en bonne et due forme au Cercle[3]. Toujours en 1969, le Commandant NDAYAHOZE "a été la cible des ennemis de la Révolution, des divisionnistes qui le désignaient comme l’homme à abattre". Pour ce faire, "des bruits ont longtemps couru sur ses prétendus préparatifs de coup d’État de 1969". Or, il s’avéra que ces rumeurs étaient répandues dans tout le pays par "un ancien officier hutu soudoyé par le groupe d’Arthémon SIMBANANIYE". Cela n’empêcha pas le Président MICOMBERO de révoquer le capitaine NDAYAHOZE de ses fonctions politiques en 1971. Ironie du sort, peu de temps après cette exclusion, MICOMBERO le décora de l’Ordre du Mérite. Mais ses ennemis ne désarmèrent pas. Il devait mourir. Ainsi, alors qu’il avait passé tranquillement auprès de sa famille les nuits des 29 et 30 avril 1972, à 3 heures du matin dans la nuit du 30 avril, il fut réveillé par un appel téléphonique du Commandant des Forces Armées, Thomas NDABEMEYE, qui lui intimant l’ordre de rejoindre sa base, le Camp Muha, car, disait-il, on craignait que des troubles n’éclatent dans certaines régions du pays. Il spécifia que "tous les officiers avaient été appelés", ce qui était évidemment faux puisque dans l’après-midi du même jour, son épouse a appris que le commandant tutsi Silvère SOTA était resté tranquillement à la maison. Le dernier contact téléphonique du Commandant NDAYAHOZE avec son épouse a eu lieu à 6 heures du matin de ce même 30 avril. Elle ne le reverra plus. Arrêté et mis en prison, il sera exécuté dans les premiers jours de mai 1972. En plus de l’accusation officielle contre tous les Hutu d’avoir organisé le génocide contre les Tutsi, son épouse apprendra qu’il a été aussi accusé d’avoir assassiné, la nuit du 29 avril, le garde du corps du Président MICOMBERO, le capitaine KINYOMBYI, ce qui était évidemment archifaux.

Pour conclure cette présentation, je laisse encore la parole à Angelo GRANDE. Il écrit: "Le Commandant Martin NDAYAHOZE n’a pas commandé de mouvement de guérilla comme le ‘Che’ (entendez che GUEVARA), mais, comme lui, il a diffusé ses idées par tous les moyens dont il disposait.  Il créa le Centre Culturel Burundais avec le même courage, pour initier la population aux idées qui auraient pu ‘restaurer l’Unité Nationale pour la paix et le bonheur de tous les Burundais et de leur postérité’. Les hommes peuvent mourir mais les idées ne meurent jamais. Un de ses compatriotes, prêtre catholique, Hutu, et victime comme lui de la violence aveugle des extrémistes tutsi, avait écrit : "Comme beaucoup de gens, je voulais devenir un Homme, un homme de mon peuple, un Homme avec mes frères, un Homme pour l’humanité". KAYOYA le prêtre et Martin le commandant sont devenus des Hommes, qui ont voulu protéger la population en sacrifiant leur propre vie".[4] 

Comme Angelo GRANDE, si nous avions rencontré le Commandant Martin NDAYAHOZE, nous lui aurions posé la question du pourquoi "il soutenait si chaleureusement MICOMBERO, pourquoi il persistait en soulignant le rôle du Parti  Unique (UPRONA), pourquoi il n’essayait pas de se défendre des personnages ambigus et sans scrupules qui étaient ses collègues et ministres ? "[5] Nous reviendrons peut-être sur ces interrogations lors de nos échanges.

 

Qui est Mme Rose KARAMBIZI NDAYAHOZE ?

Je vais vous dire le peu que j’ai pu apprendre sur sa personne à travers la lecture du livre. Ceux qui l’ont rencontrée ou parlé avec elle pourront nous en dire certainement davantage.

Voici ce qu’elle dit d’elle-même. " Je suis  arrivée au Burundi en 1958 pour compléter mes études primaires. Les membres de ma famille sont venus me rejoindre comme réfugiés politiques en 1960, à la suite de la Révolution rwandaise qui retira le pouvoir aux dirigeants de la minorité Tutsi au profit de la majorité Hutu. J’étais née au Rwanda, dans un clan tutsi ; c’est la crainte de faire l’objet de représailles qui a conduit ma famille au Burundi voisin, où les Tutsi se maintenaient au pouvoir"[6]. Comme dit plus haut, en 1966, elle est fiancée au Commandant NDAYAHOZE alors Ministre de l’Information qu’elle épouse en 1967. Ils auront trois enfants. Après l’exécution de son mari, elle commence un véritable calvaire avec ses enfants. Du jour au lendemain, elle se retrouve à la rue, sans rien. Elle est expulsée de sa maison avec trois enfants en bas âge. Elle est repoussée par les Tutsi pour avoir épousé un "Umumenja" et par les Hutu victimes de "ses frères Tutsi". Même Mgr Michel NTUYAHAGA refusera de la recevoir et de lui venir en aide. Après avoir galéré, elle a rencontré des âmes généreuses qui lui ont porté secours. Ce sont les mêmes âmes qui l’ont exfiltrée de Bujumbura, en mai 1973, dans un coffre à bagages d’une voiture, elle et ses enfants, car les agents de la Sécurité de l’État étaient à ses trousses après avoir emprisonné sa maman, son frère et sa sœur. Elle voulait se rendre d’abord à Bukavu pour prendre un vol vers Kinshasa mais elle doit changer d’itinéraire pour fausser compagnie à ces agents. Elle cherchera  asile au Kenya où elle recevra le statut de réfugiée. Elle est prise en charge par des membres de l’Eglise des Baptistes. Menacée pour avoir tenté vainement de recevoir réparation physique et morale pour  l’assassinat de  son mari auprès de MICOMBERO, puis de BAGAZA, elle quitte le Kenya pour le Canada en 1981. Elle y sera prise en charge par des Anglicans, obtiendra la nationalité canadienne et travaillera, dans les années 1986, à l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale tout en continuant son combat pour la reconnaissance du génocide contre les Hutu du Burundi. 

En effet, pour citer encore Angelo GRANDE, "Madame Rose, de toute sa vie, n’a jamais plaidé pour son propre intérêt, bien au contraire, elle a toujours visé l’intérêt général  de son pays d’adoption : la réconciliation de ses habitants, Hutu et  Tutsi. Et cette réconciliation, par voie de justice, passe nécessairement par la reconnaissance de la vérité historique (génocide des Hutu), par la réhabilitation totale des personnes qui ont été faussement accusées et la réintégration et dédommagement, autant que possible, des victimes"[7].

Voici les titres dans le livre des 15 requêtes et appels qu’elle a lancés pour la reconnaissance du génocide, la réhabilitation de ses victimes et les dédommagements en faveur de leurs familles.

 

1) 10 mai 1972 : Appel à Michel MICOMBERO, Président de la République du Burundi

2) 18 décembre 1980 : Requête adressée au Haut commissariat pour les Réfugiés

3) 22 octobre 1985 : Message au Secrétaire Général de l’Organisation des Nations unies

4) 24 novembre 1985 : Lettre ouverte à Monseigneur Michel NTUYAHAGA, évêque de Bujumbura

5) 15 janvier 1986 : Génocide hutu au Burundi (mémoire)

6) 15 janvier 1986 : Recommandations (au Gouvernement  du Canada)

7) 29 janvier 1986 : Demande d’une Commission Parlementaire pour traiter du problème de génocide (au Premier Ministre canadien)  

8) 19 juin 1986 : Appel à Sa sainteté le Pape Jean-Paul II

9) 9 juillet 1986 : Lettre circulaire aux députés du Parti Conservateur du Canada

10) 29 novembre 1986 : Lettre ouverte au Colonel Jean-Baptiste BAGAZA, Président de la

     République du Burundi

11) 13 avril 1987 : Lettre circulaire aux présidents des Commissions régionales de l’ONU

12) 21 juillet 1988 : Lettre ouverte aux Chefs d’Etat (du monde entier)

13) Octobre 1989 : Requête au Gouvernement du Canada

14) 6 décembre 1989 : Lettre à M. Bernard KOUCHNER, Secrétaire d’Etat auprès du Premier

      ministre, chargé de l’Action Humanitaire

5) 26 mai 1993 : Ultime appel au Président BUYOYA

Malheureusement, les appels  de Rose demeurent inécoutés à ce jour. Certains destinataires n’ont pas daigné y répondre, d’autres lui ont fait sentir qu’elle avait dépassé les bornes. Les plus polis ont eu notamment les réponses suivantes: "Le génocide burundais de 1972 est de l’histoire ancienne, sans importance présente. On devrait davantage veiller à l’avenir ".[8]  On appréciera aussi cette réponse de Normand (ambiguë ou évasive) du Gouvernement canadien. Elle est libellée comme suit :

 a) Le Canada a toujours déploré les violations des droits de l’homme 

b) Étant une personne privée, il eut fallu, pour que le Canada intervienne, que j’ai été citoyenne canadienne au moment où des torts m’ont été causés

c) M’appuyer dans ma demande de justice pour mon mari, qui était burundais, constituerait, de la part du Canada, une ingérence dans la politique interne d’un pays souverain.[9]

Comme disent les Anglais : "No comment".

La seule maigre consolation à Mme Rose est que par le décret n° 100/190 du 1er juillet 2012, le Président Pierre NKURUNZIZA lui a octroyé à titre exceptionnel "la distinction honorifique de Commandeur de la République"[10] Malgré tous ces déboires et toutes les injustices qu’elle a subies, Mme Rose KARAMBIZI ne nourrit aucun sentiment de haine ni de vengeance envers qui que ce soit.

Un mot sur le livre

J’ai eu la chance de participer à la correction du "manuscrit" (ce qu’on appelle aujourd’hui tapuscrit). Le titre proposé était alors celui que nous avons mis sur l’invitation : "Alerte génocide : Appels aux Bashingantahe". Pour éviter la confusion avec la bataille qui se joue actuellement sur les crimes qui se commettent aujourd’hui, nous avions fait précéder le titre de la date 1972. Finalement le titre retenu est : " Le Commandant Martin Ndayahoze : un Visionnaire ". Le livre comprend deux parties principales : "Les rapports et éditoriaux de Martin Ndayahoze" et "Requêtes et appels de Rose Karambizi Ndayahoze". Pour revenir au titre retenu, effectivement, comme l’écrit Antoine KABURAHE, Directeur du Groupe de Presse IWACU qui a édité le livre, "Cet officier, comme le titre l’indique, était un visionnaire. Dans ses écrits, notamment ses éditoriaux, alors qu’il était ministre de l’information. Martin NDAYAHOZE prévenait le Président MICOMBERO sur le danger des manipulations ethniques. Dans un éditorial lu à la radio le 25 novembre 1968 par exemple, il tirait la sonnette d’alarme et dénonçait le tribalisme, le ‘sous-développement politique’, la ‘République monarchique’. Il fustigeait ‘les maîtres de la démagogie délirante’, ‘le militantisme des applaudissements’. Il faut dire qu’à l’époque du parti unique, dans un pays qui vouait un culte de la personnalité au Président MICOMBERO, cette prise de position était très courageuse. Et son message reste toujours d’actualité."[11].

Le génocide contre les Hutu a été préparé depuis 1959

Pour revenir au premier titre du livre mais sans vous en dire trop pour vous laisser en découvrir le contenu (je suis en effet convaincu que chacun va acheter au moins un exemplaire),  je vous lis juste quelques passages de Mme Rose KARAMBIZI NDAYAHOZE, passages qui montrent que le génocide contre les Hutu de 1972 a été planifié depuis 1959 avec l’arrivée des réfugiés tutsi rwandais. Elle écrit ceci : "Les événements du Rwanda, visiblement, avaient répandu des courants de panique parmi la population tutsi du Burundi. Etant tutsie moi-même, j’avais accès aux pensées secrètes. Je n’étais pas arrivée depuis bien longtemps, quand j’ai entendu pour la première fois des gens discuter d’assassiner tous les Hutu du Burundi, afin de prévenir une répétition de ce qui venait de se passer au Rwanda. Si on épargne les Hutu, se disait une élite tutsie en proie à la terreur, tôt ou tard ils massacreront tous les Tutsi du Burundi (…).  La peur continua d’empoisonner l’atmosphère au Burundi. J’étais jeune à cette époque : je ne soupçonnais pas où pouvait mener cette peur. Mon mari était plus conscient. Il savait que, manipulé par ceux qui visaient le pouvoir et leur intérêt personnel, pareil sentiment pouvait devenir l’agent d’une terrible catastrophe. "[12]    

Parlant de l’exécution de ce génocide à partir du 29 avril 1972, Mme Rose écrit ceci : "Oui, le génocide hutu s’est produit. Il débuta, le 29 avril 1972 à midi, par la dissolution du gouvernement (…). A 10 heures, on annonçait la fausse nouvelle de l’invasion du pays. L’opération déclenchée, personne ne put l’arrêter. La confusion, la peur aidant, les Hutu furent pris au piège. Le scénario avait été bien monté, et je l’ai vécu douloureusement. Pour corser l’affaire, les criminels n’ont pas craint de faire tuer certains de leurs frères tutsi (…). Tout avait été prévu dans les moindres détails : appel aux frontières pour sauver le pays ; campagne d’intoxication de l’opinion publique ; silence des médias ; discrétion dans les meurtres ; mobilisation de la Jeunesse Révolutionnaire RWAGASORE, pour empêcher la fuite des Hutu (…). On a écrit aussi que le 29 avril au soir, un grand bal devait rassembler à Bujumbura de nombreuses personnalités, bal au cours duquel des Tutsi devaient être tués. Je puis témoigner de la fausseté de cette information : aucune réception n’avait été prévue (…). Le 30 avril à 10h du matin, on a annoncé sur les ondes l’invasion du pays par les monarchistes, aidés par des impérialistes (…). Le lendemain, la radio a oublié les monarchistes pour ne parler que d’un soulèvement hutu et de rebelles zaïrois. En fait, ces mercenaires avaient été recrutés par les auteurs du génocide pour cette opération, au cours de l’année précédente. Ils massacrèrent des Tutsi à Bururi, région du Président en exercice, et à Rumonge, ce qui permit de bâtir la thèse d’un génocide des Tutsi pour cacher le vrai génocide hutu, prémédité de longue date, et à la faire accréditer  par les instances internationales".[13]  

Pour conclure mon propos et vous laisser la parole, je voulais juste vous partager cette parole d’Albert Camus citée dans le livre: "Le jour où le crime se pare des dépouilles de l’innocence, par un curieux renversement qui est propre à notre temps, c’est l’innocence qui est sommée de fournir ses justifications."[14]

 



[1]Sur 14 ministres (donc 9 Tutsi et 5 Hutu), les 4 autres étaient : Jean MASABO (Ministre de l’intérieur), Jean-Chrisostome BANDYAMBONA (Ministre des Affaires sociales), André BAREDETSE (Ministre de la Santé publique) et Barnabé KANYARUGURU (Ministres des Communications). Source : Raphaël NTIBAZONKIZA, "Au Royaume des Seigneurs de la lance ". Tome II : De l’indépendance à nos jours (1962-1992), Imprimerie Duculot, Gembloux, 1993, p. 108

[2]Rose KARAMBIZI NDAYAHOZE, Le Cdt Martin NDAYAHOZE, un visionnaire. Éditions IWACU, Montréal, avril 2016, p. 196

[3] Idem p. 66

[4] Rose Karambizi Ndayahoze, op. cit. ; p. 12-13 

[5]Idem p. 13

[6] Ibidem, p. 195-196

[7] Ibidem p. 15

[8] Ibidem p. 194

[9] Ibidem p. 177

[10] Ibidem p. 15

[11] Abbas MBAZUMUTIMA, "Lancement de la Collection ‘Témoins’ ", Groupe de Presse Iwacu, Bujumbura, 20 avril 2016,  5 p. 

[12] Rose KARAMBIZI NDAYAHOZE, op. cit. p. 196

[13] Rose KARAMBIZI NDAYAHOZE, op. cit. p. 154, 158-159

[14]Albert CAMUS, in L’Homme révolté, cité par Rose KARAMBIZI, op. cit. p 9 

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