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  • La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996) 

    Thèse doctorale soutenue par le Révérend Père  Rigobert KYUNGU SJ, le 30 juin 2020, à l'Université Grégorienne de Rome.

    Un évènement joyeux après celui des ordinations presbytérale et diaconale des Pères Eric KAMBALE et Stanislas KAMBASHI, le samedi 27 juin 2020.

    L’auditoire ne devant contenir qu’un nombre réduit de participants suite aux restrictions liées à la crise sanitaire en cours, ladite soutenance s’est faite en mode semi publique. Néanmoins, la retransmission en direct sur YouTube a contribué à élargir l’audience.

    De quoi a-t-il été question dans cette thèse discutée en vue de l’obtention du titre de docteur en théologie spirituelle ? La recherche a porté sur la figure du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA SJ, mort martyrisé le 29 octobre 1996 à Bukavu, et dont la cause de béatification avance à grands pas.

     

    Pour s’engager dans cette "aventure", l’auteur de la thèse a été motivé entre autres par le témoignage de vie de l’ancien archevêque de Bukavu. Ce dernier, à travers son engagement aussi bien sociopolitique que pastoral, a laissé des traces qui méritent d’être mises en évidence. Une autre motivation est le discernement spirituel qui caractérisait ce serviteur de Dieu. C’était, souligne le Père KYUNGU, un homme dont le discernement spirituel était au cœur de ses actions dans sa vie d’africain, de prêtre jésuite et d’évêque.

    La thèse porte le titre de "La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996)". Elle s’articule sur six grands chapitres. Dans un premier moment, l’auteur décrit la région des Grands-Lacs dans laquelle est né et a œuvré Mgr MUNZIHIRWA. Une description qui prend en compte la période trouble du génocide au Rwanda en 1994, mais aussi la guerre au Congo en 1996, dite la guerre de libération, ayant occasionné la chute du Maréchal MOBUTU, après 32 ans de règne.

    En second lieu, l’auteur dresse une biographie de l’ancien archevêque de Bukavu, depuis sa naissance à Burhale dans le Bushi, jusqu’à son ordination épiscopale inclusivement. Cette biographie se veut suffisamment fouillée, dans le but de contribuer à l’avancement du procès de béatification du serviteur de Dieu.  Le troisième chapitre couvre le ministère épiscopal du prélat à Kasongo où il est resté 8 ans. L’auteur a voulu mettre en exergue ces années qui sont souvent oubliées dans beaucoup de biographies. Le quatrième chapitre développe l’étape de Bukavu où Mgr MUNZIHIRWA a exercé son ministère épiscopal de manière très intense pendant deux ans, dans le contexte de guerre et ce, jusqu’à son martyre. Ici, l’auteur discute aussi la question du martyre " in odium fidei ". 

    D’autre part, la dissertation comprend une partie analytique qui scrute la figure de Mgr MUNZIHIRWA à partir de son enracinement dans la culture africaine, entre autres. Ainsi, le cinquième chapitre analyse-t-il 55 proverbes utilisés par Mgr MUNZIHIRWA, en les insérant dans les genres poétiques de la littérature orale africaine.  Pour notre auteur, Mgr MUNZIHIRWA a montré que l’Afrique est riche et que ses richesses culturelles ne peuvent être balayées ni abandonnées comme si elles n’étaient pas importantes. L’attachement à sa culture a aidé Mgr MUNZIHIRWA à intérioriser, ou mieux, inculturer non seulement l’évangile, mais aussi la spiritualité ignatienne au point de faire de lui un homme à la fois "entièrement africain et entièrement jésuite". L’auteur démontre donc que la culture africaine et la spiritualité ignatienne convergent harmonieusement dans la personne de Mgr MUNZIHIRWA. Enfin, au sixième chapitre, le discernement apparaît comme un thème clé dans la discussion, puisque, selon l’auteur, il constitue un outil efficace utilisé par le serviteur de Dieu tout au long de sa vie, générant en lui une vraie liberté intérieure. La thèse chute en dépeignant le profil spirituel de Mgr MUNZIHIRWA, affirmant que sa spiritualité se fonde sur la prière et l’Eucharistie, la dévotion mariale, l’engagement pour la paix et la justice, la pauvreté évangélique, la croix du Christ, le discernement spirituel, la liberté intérieure, l’inculturation et enfin le sens de l’Eglise.

    Au terme de la présentation par le récipiendaire des résultats de sa recherche, un dialogue s’est engagé avec le jury pour expliquer davantage et tirer au clair tous les hémisphères de ce travail scientifique. Après délibération, le jury a salué la rigueur et la qualité du travail accompli. Dans le respect des normes de la Grégorienne, le jury n’a pas immédiatement rendu public son verdict ; il appartient aux services du secrétariat de l’Université de le communiquer au récipiendaire par les voies ordinaires. Le père KYUNGU recevra donc le titre de docteur après la publication partielle ou totale de sa thèse. Profitiat !

    Pour célébrer la joie de cet évènement, les Jésuites présents à la cérémonie ainsi que d’autres invités se sont retrouvés dans la communauté du Gesù où un verre d’amitié a été partagé.

    En outre, pour joindre l’utile à l’agréable, un partage de repas a été organisé le mercredi 1er juillet 2020 dans un restaurant de la place pour célébrer avec quelques invités les trois évènements joyeux de l’ACE-Rome : thèse, ordinations presbytérale et diaconale.

    C’est par ces événements heureux que s’achève l’année académique. Se pliant aux aléas du transport aérien dans les circonstances actuelles, les uns attendent de s’envoler sous d’autres cieux, alors que d’autres ont décidé de passer l’été en Italie ou en Europe. Désormais l’ACE-Rome a un nouveau coordinateur pour l’année académique 2020-2021 en la personne de Camille MUKOSO à qui nous souhaitons beaucoup de succès dans ce service.

    Jean-Paul KAMBA, SJ

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    Vingtième anniversaire de l'assassinant de
    Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO 
    (01/01/1926-29/10/1996) 

    Par Jean NYEMBO, sj
    Commission Foi et Promotion de la Justice

    Bien chers amis dans le Seigneur,

    Paix à vous !

    Nous célébrons aujourd'hui, 29 octobre 2016, le vingtième anniversaire de l'assassinat de notre frère, pasteur de l'Eglise de Bukavu, Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO. Mzee, comme nous l'appelions respectueusement et affectueusement, est mort sur le champ de batailles, la croix à la main comme seule arme qu'il possédait.

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  • Saint Nicolas et Père Fouettard : qui sont-ils ?
    Et quel est leur impact sur les enfants belgo-africains ?

     

    Par Mireille-Tsheusi ROBERT
    BAMKO asbl
     

    Connaissez-vous le "Sauvage d'Ath "? Le "Diable Magnon" ? Ou les "Basoulous de Basècles" ? Vous n'avez sûrement jamais entendu parler de ces sauvages hainuyers si vous n'êtes pas originaire de cette région. Peut-être connaîtrez-vous mieux les Noirauds bruxellois ou le Zwarte Piet anversois ? Dans l'espace francophone, Zwarte Piet, littéralement Pierrot-Le-Noir, est appelé Père Fouettard, le joyeux mais répressif compagnon de Saint Nicolas. Ces figures folkloriques souvent enchaînées, parfois affublées de cornes, dansant, chantant et vociférant à l'encontre des badauds lors du carnaval de la "Ducasse", de la fête de Saint Nicolas ou lors de la procession des Noirauds ont toutes un point commun : le maquillage en noir du visage ou le "blackface".

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  • CPI. Les doutes du procès BEMBA
    Y a-t-il vraiment eu crimes contre l’humanité à Bangui 
    en 2002 et 2003 ?

    Par WINA LOKONDO
    Historien, journaliste indépendant

     Le 24 mai 2008, Jean-Pierre BEMBA, sénateur et ancien Vice-président de la RD Congo de 2003 à 2006, est arrêté en début de soirée dans sa résidence de Rhode-Saint-Genèse, un quartier périphérique de Bruxelles, en exécution du mandat d’arrêt international lancé contre lui par le procureur près la Cour Pénale Internationale. Il sera transféré, après neuf jours de détention dans la capitale belge, à la prison de la CPI de Scheveningen, un faubourg de La Haye. Il y est, à ce jour.

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  • Analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo
    aux organisations internationales africaines

     

    Par       Adolphe AMANI BYENDA[1]
    Germain NGOIE TSHIBAMBE[2]

     

    Résumé : Depuis la fin de la première et de la deuxième guerre mondiale, les organisations internationales jouent  un rôle très important dans les différents secteurs de la vie à cause de leur efficacité de réponse rapide aux problèmes urgents des États. À cet égard, il s’avère, sur base de nos résultats, que l’appartenance des États à plusieurs organisations notamment sous-régionales, régionales ou intercontinentales constitue un avantage  tant sur le plan politique, économique que sécuritaire. Le présent article se fixe comme objectif, l’analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines. À partir de cette recherche, nous comprenons que les facteurs géographique, historique, sécuritaire, économique, politique et culturel,… sont autant d'éléments qui justifient l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines.  

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  • MENDE, KAMBILA et les sanctions impériales

     

    Par MBELU BABANYA KABUDI

    Les sanctions prises par les USA et l'UE à l'endroit de certains membres de ''la kabilie'' ont suscité quelques réactions en son sein. L'ex-porte-parole du gouvernement démissionnaire  de MATATA PONYO, Lambert MENDE, fort de ses études de droit, les a sévèrement critiquées ce lundi 12 décembre 2016. Voici ce qu'il dit :

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    Cosmos EGLO, Du sang sur le miroir. Paris, L'Harmattan, 2012. 200 pages.

    Par Eddy VAN SEVENANT

    Ames sensibles s'abstenir ! De la première à la dernière page, c'est un déferlement de violences et des bains de sang toujours renouvelés que l'auteur nous propose ici afin d'illustrer la situation déplorable de certains pays africains post-coloniaux, livrés à toutes les turpitudes de leurs "élites", sanguinaires à souhait et soutenues à bout de bras par des puissances extérieures (dans le cas présent la France et les USA) qui y trouvent l'opportunité de garder la main sur le pays tout en n'y étant plus officiellement présentes.

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    Par Modeste WASSO

    Griet BROSENS, Du Congo à l’Yser. 32 soldats congolais dans l’armée belge durant la Première Guerre mondiale. Traduit du néerlandais (Belgique) par Charles FRANKEN. Waterloo, éditions Luc Pire (www.editionslucpire.be), 2016. 271 pages. 24,90 €

    Voici un livre qui ouvre une page de l’histoire commune à la Belgique et au Congo des années  1914-1918. "Du Congo à l’Yser"  relate  l’histoire, longtemps occultée, des Congolais arrivés en Belgique, à la fin du 19ème siècle (les premières arrivées datent de 1885) en tant que militaires et qui ont combattu sous le drapeau belge pendant la première guerre mondiale, 1914-1918.

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  • Par Eddy VAN SEVENANT

    Collectif, État des résistances dans le Sud : Afrique. Alternatives Sud (Revue trimestrielle). Volume 23-2016/4. Centre Tricontinental  (Louvain-la-Neuve) et Éditions Syllepse (Paris) – 215 pages. 13 €

    Cet ouvrage fait partie d'une série qui fait le point régulièrement sur les oppositions politiques, féministes, paysannes, etc. aux régimes en place dans différents pays du Sud, principalement d'ailleurs sur le continent africain.

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  • Groupes armés et problématique de développement
    du territoire de Fizi (RD Congo)


    par BAWILI LUKELE Tango
    département des Sciences Politiques et Administratives 
    Université Officielle de Bukavu
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    Résumé : Par leurs actions, les groupes armés ont influé et influent négativement sur le développement de ce territoire ; ils y créent une instabilité permanente depuis de longues années. Cette instabilité entraîne des conséquences désastreuses notamment sur les plans politique, administratif, sécuritaire, économique, etc. Cet état des choses empêche les pouvoirs publics et les populations locales d'exploiter les multiples potentialités naturelles en vue de booster son développement. Ceci explique dans une certaine mesure le sous-développement de ce territoire. De ce fait, il importe que l’État se réveille, rétablisse la paix et suscite le développement de ce territoire en impliquant les populations locales.

    Introduction    

    Depuis plus d’une décennie, l’est de la RD Congo est en proie à une instabilité sécuritaire dont les causes sont à la fois internes et externes. L’ampleur et les effets de cette situation sont différemment vécus d’une province à une autre. Au Sud-Kivu, l’émergence et la résurgence des groupes armés entraînent une instabilité sécuritaire qui, par conséquent, étouffe les actions du développement. 

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Sunday, 20 December 2015 23:15

La RD Congo et l'Etat de droit

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La RD Congo et l'État de droit

Le moment est peut-être mal choisi, les esprits étant en surchauffe par rapport à l'approche de la fin de mandat du Président Joseph KABILA KABANGE. Si j'ai toutefois choisi de soumettre la question de l'État de droit à la discussion des "forumeurs", c'est parce que j'ai l'intention d'y consacrer un livre et voudrais, avant d'en commencer la rédaction, connaître l'opinion des compatriotes intéressés.

Avant de parler de l'État de droit, parlons d'abord de l'État tout court. L'État se reconnaît non seulement par la souveraineté qu'il exerce sur son territoire, mais également, dans ses fonctions dites régaliennes : le fait de lever les impôts, d'assurer la douane, la sécurité intérieure, donc la sécurité du citoyen et de ses biens, une bonne distribution de la justice, la promotion du bien-être du citoyen, l'instruction, la création des infrastructures, etc. Dans toutes ces fonctions, la cote de l'État congolais paraît sujette à caution. La guerre d'agression, aujourd'hui de basse intensité mais toujours en cours, a certes lourdement handicapé les performances de l'État. Toutefois, un examen plus approfondi permet de constater que bien avant 1996, l'État congolais se trouvait dans une très mauvaise posture, probablement la plus faible dans notre environnement. Sur cette question, le pays retrouva de grandes ambitions de reconstruction de l'État après le changement de régime en 1997. Sans apport extérieur, le budget de l'État fut multiplié par 4 en une année, passant de moins de 5 millions $ à 2 milliards $ rien que par la mobilisation des recettes. L'assassinat du Chef de l'État, le 16 janvier 2001, brisa cet élan. La suite des événements, à l'ombre de l'agression militaire des pays voisins, montre que toutes les antivaleurs ayant conduit à la destruction de l'État sont revenues en force, dépassant même ce qu'elles avaient été sous la IIème république, dans certains cas.

La conclusion qui s'impose, dès lors, est que la destruction de l'État est beaucoup plus imputable aux facteurs internes, vu que la situation qu'on déplore s'était installée alors que le pays était en paix. En l'occurrence, il s'agit d'épingler notre vision de la gestion de la chose publique, et sa praxis. La problématique de l'État est globale. Peu importe que celui-ci soit démocratique ou dictatorial, totalitaire, car dans les deux cas, ce sont les fonctions régaliennes pré-rappelées qui justifient son existence. Même l'État voyou, qui piétine le droit international et perpètre des crimes hors de ses frontières alors même qu'il protège et soigne sa population ou une partie de celle-ci, un État qui pille chez autrui et y commet des massacres de grande échelle comme le font le Rwanda et l'Ouganda dans une moindre mesure, cet État ne peut être autrement défini que par rapport aux besoins de sa population, prioritairement. Il est voyou à l'extérieur mais normal, si pas efficace et bienveillant à l'intérieur. Par exemple, les USA qui sont accusés de porter la guerre partout dans le monde, sont généralement considérés par leur population, sauf les Noirs,  comme un État efficace et bienveillant. Pourtant, c'est alors que l'Union soviétique a disparu que les USA ont voulu porter la guerre sur le territoire russe, un pays supposé être devenu ami. Dans certaines manifestations dans les villes américaines pendant la guerre d'Irak, il y eut des pancartes préconisant le bombardement de la France pour s'être opposée à cette guerre.

Le Rwanda est une autre illustration de cet exemple. Sa bonne gestion de la chose publique fait oublier au monde ses terribles crimes, au point d'être régulièrement cité comme le bon élève du continent. Il se targue d'être devenu un plus important producteur des minerais devant la RD Congo. Les compagnies occidentales savent bien qu'il s'agit des minerais pillés au Congo. Non seulement elles les achètent mais encore ne disent rien.   

À la fin des années 80, Me YOKO YAKEMBE, Professeur de droit à L'UNIKIN, avait révélé une réalité que nous vivions mais que personne n'avait théorisée, à savoir que l'État congolais (zaïrois) n'existait plus. Sa démonstration était la suivante : lorsqu'il y a grève de la Fonction publique partout dans le monde, le fonctionnement normal des services, de l'économie, des communications etc. est perturbé. Cet état des choses est durement ressenti par la population. Or, au Congo, les multiples grèves de la Fonction publique n'impactaient plus la vie des citoyens, sinon une frange de personnes faisant des démarches dans les administrations. Si ces grèves n'avaient pas été évoquées par les journaux, la majorité des citoyens n'en auraient pas entendu parler.

Pourtant, à l'accession du Congo à l'indépendance, l'État congolais était une réalité forte. L'administration était coiffée par un Gouverneur général dont le bureau se situait à ce qui est devenu la "Primature" sur l'Avenue Lippens (je ne sais plus le nom qu'elle porte actuellement); un Vice-gouverneur général résidait à Elisabethville (Lubumbashi) et un autre, spécialement chargé du "Ruanda-Urundi", à Usumbura (Bujumbura). Les 8 Directions générales, y compris le Commandement de la Force Publique (Armée) étaient logées au Building Administratif, un bâtiment aujourd'hui délabré.

Le Congo marchait à merveille. Lorsqu'aujourd'hui je dis à mes enfants que les fonctionnaires congolais avaient droit chaque année à leur pécule des vacances, ils ont difficile à me croire. Le 20 de chaque mois, les salaires des agents étaient payés sur tout le territoire national, y compris au Ruanda-Urundi. Tout agent de l'État se munissait d'une feuille de route lorsqu'il partait en congé. Où qu'il se trouve, il pouvait solliciter une avance sur salaire auprès de tout comptable de territoire. Bien évidemment, toutes les opérations comptables, les calculs des salaires etc. étaient effectués manuellement, par une structure qui s'appelait BCT (bureau central des traitements) au Building administratif.

Si l'État congolais a fini par succomber, c'est qu'à sa naissance même, il avait contracté un virus qui a pour nom "putsch". C'est le 5 septembre 1960, que le putsch fut officiellement et publiquement consommé par l'ordonnance illégale du Chef de l'État révoquant le Premier Ministre et un certain nombre des Ministres. Mais l'esprit de putsch avait été mis en route avant même le 30 juin 1960. Le 4 juillet déjà, des soldats Balubakas du camp Léopold (Kokolo) s'étaient rebellés contre le Gouvernement. Dépenaillés, ceinturon ouvert, ils avaient surgi à l'hôtel Régina où je me trouvais, à la recherche du Premier Ministre auquel "ils voulaient faire la peau". Ce fut le point de départ de la fameuse mutinerie des soldats.

Or, l'État, considéré par la population à travers ses agents, avait une image irréprochable. Pourtant, on sait que souvent, particulièrement dans des missions de maintien d'ordre, l'État colonial avait souvent la main lourde. Même alors, l'opinion générale tendait à comprendre, voire à justifier sa brutalité. Pour mon père, par exemple, un de ceux qu'on avait appelés "évolués", la devise "Le Roi, la Loi, la Liberté" avait probablement autant d'importance, voire plus d'importance que la croyance en La Bible, unique livre que je l'avais vu lire. Tant et si bien que le jour où mon Avocat Maître BARANSKI lui expliqua que M. KASAVUBU avait commis une forfaiture, il en fut ébranlé, n'ayant pu comprendre que "celui qui devait protéger la loi soit le premier à la violer". Ce fut pour lui un profond déchirement.

Depuis cette époque, les autorités étatiques n'ont eu de cesse de violer la loi, donc de détruire l'image de l'État. C'est à partir de l'image que la population se fait des représentants de l'État qu'elle adhère ou pas à la politique du gouvernement. Si les représentants de l'État ne sont pas crédibles aux yeux des citoyens, il est normal que ces derniers rechignent à se mobiliser pour soutenir leurs décisions. C'est ainsi que s'explique le délitement de la culture fiscale des citoyens. Pourquoi payer des impôts qui seront détournés au profit des individus au lieu de servir au bien public ? Les détournements des biens publics, la concussion, le népotisme, le clientélisme, le tribalisme et le régionalisme parasitent le comportement des dirigeants. Le phénomène s'était accéléré après que MOBUTU soit devenu Chef de l'État et ait concentré tous les pouvoirs entre ses mains. À une certaine époque, le Président-Fondateur devint la seule institution de l'État. Tous les autres responsables, en ce compris le Président du Parlement (Conseil législatif), exerçaient leurs fonctions par délégation du PF. Sa parole devint la loi, voire supérieure à la loi.   

Toutefois, même si le régime de la IIème République fut prolifique en production des lois, il en fut, comme en matière de comptabilité publique, qui ne purent être modifiées, probablement pour ne pas effaroucher les partenaires étrangers. Néanmoins, grâce notamment au génie criminel de Barthélémy BISENGIMANA, les décaissements à la Banque centrale en faveur du PF ne se firent plus que sur simple coup de téléphone. 

Malheureusement pour le continent noir, le cas de la RD Congo ne constitue pas une exception, même s'il est vrai que la mauvaise gestion y ait atteint des sommets. En effet, aucun exemple sur le continent qu'un Ministre ait pu construire un aéroport international privé dans son village, comme l'a fait feu KATUMBA MWANKE sur fonds propres. Les exemples connus sont ceux des Chefs d'État, qui engagent pour cela des fonds publics.

Qu'est-ce qui peut expliquer le cas RDCongolais? J'ai plus d'une fois tenté de répondre à cette question, selon mon humble entendement. Il y a d'abord la théorie des outils de production, lesquels n'ont jamais permis rien d'autre que la subsistance. Dans ce type d'économie, commercialiser une partie de la production se fait nécessairement au détriment de la consommation du producteur et de sa famille. L'économie de substance n'a pas pu favoriser la concentration des populations sur un site, donc la création des villes. À supposer même que le problème de ravitaillement en produits vivriers ait pu se résoudre, comment aurait-on pu faire pour l'hygiène (trou d'aisance), l'accès à l'eau potable? Or, c'est dans les villes que se sont forgées des relations post-tribales, que les connaissances se sont vulgarisées et s'est aussi développé le sens de l'intérêt général.

D'où toute notre difficulté d'adaptation à la gouvernance moderne. On arrive au pouvoir, dans un État moderne créé par la colonisation à partir de la culture européenne qui a mis deux mille ans à se construire et connu au moins deux révolutions technologiques (le passage de la faucille à la culture attelée, puis au moteur à vapeur), avec pour seul bagage notre coutume. Dans cette dernière, le chef (de village souvent) concentre tous les pouvoirs. C'est à lui que tout appartient, lui qui sait ce qui est bon ou mauvais pour la communauté. Dans les cultures qui se sont développés grâce à la traction animale, on avait pu constater la construction de l'État, lequel pouvait s'étendre sur de vastes territoires, le cheval permettant la fréquence des relations entre le centre et la périphérie, et éventuellement de déplacer des fonctionnaires et des soldats en importance pour défendre les frontières ou faire appliquer les décisions du pouvoir. Toutes choses impossibles à faire par le déplacement à pied.

C'est ainsi qu'on observe chez certains dirigeants noirs une frénésie à la prédation absolument incomparable. Ils veulent accaparer toutes les richesses. Ils mettent à l'abri à l'étranger des centaines de millions de dollars, voire des milliards. Ils le font en pure perte, en vérité, parce que dès qu'ils sont chassés du pouvoir, leurs banquiers leur volent le pactole, ne pouvant actionner la justice faute de pouvoir expliquer l'origine licite de leurs fortunes. C'est de cette manière que se seraient évanouies les fortunes de HAÏLÉ SÉLASSIÉ, TSHOMBÉ, Idi AMIN, MOBUTU et tant d'autres. Comment expliquer la persistance de cette pratique ? L'incapacité du Noir à réfléchir.

Au total, l'expérience démontre qu'on ne peut bien gérer (c'est-à-dire dans l'intérêt de la majorité) un pays moderne par la coutume africaine. Un État moderne, même totalitaire, implique la nécessaire  prise en compte des intérêts de la majorité non pas seulement dans le discours, comme on le fait chez nous, mais dans la praxis. Si HITLER ou STALINE, à titre d'exemple, n'avaient gouverné que pour s'enrichir eux-mêmes et leurs familles, je pense qu'ils auraient été  brutalement virés comme CAUCESCU. Ils ont gouverné, semant des millions des morts, mais leurs décisions étaient motivées, pour HITLER, par l'ambition d'imposer "la supériorité" des Aryens. Quant à STALINE, il s'était agi de construire le communisme, principalement par la collectivisation des moyens de production, afin d'assurer le bonheur et la force du peuple soviétique.

Mais comme la leçon du demi-siècle des indépendances l'a démontré, le changement de culture s'effectue à pas de tortue. Pour illustrer ce constat, j'ai cru nécessaire d'insérer dans ce texte la prose de M. KADIMA JSK, citoyen congolais de formation universitaire qui vit aux USA depuis des décennies. "Je vois des souhaits de convalescence donnés à un individu-assassin, Fils de Satan, diaboulos, murder, mokitano wa MOBUTU, tribaliste de son état. Sa place se trouve au poteau. Akufa batika ebembe na ye kati ya zamba, balia yango na masasamba na bibwele na ba nyama seko. Albert KISONGA, un traitor doesn't deserve any iota of our sympathy".

Il est donc juste de penser que c'est notre culture ancestrale qui nous empêche d'intégrer réellement les valeurs de la culture occidentale. Une culture, finalement, est un tout. Depuis le christianisme et surtout l'humanisme de RABELAIS, l'empathie s'est incrustée au niveau de l'instinct. Je ne suis, naturellement, pas ennemi à ce Monsieur, que je ne connais pas. Mais s'il souhaite que mon cadavre soit dévoré par des animaux, libre à chacun de se faire une opinion sur les sentiments profonds qui l'animent et la culture dont il est issu.

Concernant la gouvernance, le problème central est celui de la concentration des pouvoirs dans les mains d'un seul homme. Sur le simple plan technique, il est impossible qu'un individu ait la capacité de gérer seul la multitude des dossiers qui atterrissent sur son bureau. Première conséquence : la paralysie de l'appareil décisionnaire. Dans un tel système, les gens prudents doivent se garder de la moindre initiative, vu qu'elle peut être mal vue par le Chef, ce qui peut menacer leur carrière. En revanche, dans les cultures plus habituées à la gestion de grandes structures en termes de population et d'étendue du territoire, la concentration des pouvoirs, même si elle est dans la philosophie du Chef, est en fait très rare, en tout cas quasiment impossible à assumer. Même un monarque aussi puissant que LOUIS XIV qui considérait sa personne comme étant l'État français fut résigné à tolérer que de larges portions du territoire échappent à son autorité directe, compte tenu de l'impossibilité de l'imposer partout et en même temps. Dans nos pays sous-développés, où la satisfaction rapide de ses besoins personnels et familiaux constitue le soubassement de notre culture de gestion, certains dirigeants ne se posent pas la question. La conséquence directe est qu'alors que la pauvreté recule dans le monde, elle s'aggrave en Afrique noire, plus encore en RD Congo. Un récent rapport du FMI publié dans la presse kinoise indique que 8 Congolais sur 10 se trouvent sous le seuil de la pauvreté absolue.

Incapables de bien gérer une structure organisée, la prétention d'instaurer un État de droit fait sourire les étrangers. Un État de droit est une construction plus élaborée, avec des exigences bien plus difficiles à satisfaire. D'une part, il y a la séparation des pouvoirs et de l'autre, le respect des libertés démocratiques. La séparation des pouvoirs à elle seule limite les inévitables abus du pouvoir. Même dans des pays où l'on est très attentif aux questions de la gouvernance, les abus font partie du système au point de placer la France au N°146 des pays les plus corrompus de Transparancy International. Pour l'humain, chercher la puissance et la domination de l'autre découle de l'instinct naturel. Le phagocyter, c'est le progrès.

En RD Congo particulièrement, il faut croire que la notion de l'État de droit est surréaliste. Pourtant, combien d'intellectuels même parmi les plus éclairés, n'ont-ils pas cru en la démocratie et l'État de droit prônés de longues années durant par le leader de l'opposition Etienne TSHISEKEDI ? Il y a quelques semaines, des contestataires de son parti ont tenu un Conclave en Belgique pour le défenestrer. Dans le long communiqué signé par M. KALONZO, le Président provisoire désigné, on apprend ainsi que M. TSHISEKEDI est un falsificateur, auteur de faux en écriture et de détournement des fonds du parti, virés par lui sur le compte de son épouse. Il est carrément menacé de poursuites pénales. Ces accusations nouvelles s'ajoutent à d'autres, plus anciennes, notamment celles formulées par Daniel MONGUYA dans son livre "Histoire secrète du Zaïre". La nouveauté est que la charge est menée par le pré-carré du parti formé, semble t-il, des Bena Mpuka, le propre clan du leader contesté. M. TSHISEKEDI, qui était désigné encore par le sobriquet "zéro faute", par ses plus chauds thuriféraires, aura difficile à retrouver sa "virginité". J'ai entendu hier un compatriote réclamer un compte-rendu sur la collecte des fonds "pour obtenir l'impérium", dans laquelle M. TSHISEKEDI s'était personnellement engagé. Par le passé, toute critique contre lui était taxée de haine contre les Lubakas. Qu'en sera-t-il désormais que ça secoue au centre même de la coterie ? 

Beaucoup de Congolais, en ce compris d'honnêtes intellectuels de haute facture, parmi lesquels des Lumumbistes, avaient vu en M. TSHISEKEDI "le père de la démocratie congolaise". Ils doivent bien se poser des questions à l'heure qu'il est.

C'est dire que l'État de droit est encore une chimère pour le Congolais. Mais comme nous avons, en tant que citoyens, des obligations envers le peuple dont nous sommes issus et que nous sommes des humains supposés dotés de la raison, nous sommes obligés de réfléchir à d'autres solutions. La plus simple aurait été de suivre la voie asiatique : copier les expériences réussies ailleurs. Tout ce qui fait tourner le monde a déjà été inventé. Nous n'avons qu'à copier mais nous en sommes incapables parce que les lubies d'enrichissement des élites phagocytent la politique de l'intérêt général. Et pourtant, le monde entier constate que le système capitaliste permet aux dirigeants de s'enrichir scandaleusement tout en faisant de sorte que la population recueille les miettes pour satisfaire ses besoins fondamentaux. En Afrique, la tentation du "cycle court" est irrésistible, se servir dans les caisses du trésor, parfois sans le moindre regard vers la population.

Il en résulte que ce qui est en cause, ce n'est pas l'absence des cadres compétents mais la défaillance de la gouvernance. J'ai été abasourdi d'apprendre qu'il ait fallu des techniciens chinois pour réhabiliter le monument des artistes sur la place de la Victoire. Seraient-ils donc de parfaits incapables, tous ces milliers d'ingénieurs et techniciens de tous genres formés dans le monde entier depuis l'indépendance ? La SNEL, pour ne parler que de cette entreprise, avait fonctionné pendant plus de 20 ans sans un seul ingénieur étranger, sans connaître des pannes. Ses problèmes actuels sont la conséquence de manque d'investissements non réalisés depuis 20 ans au moins.  

En conséquence de ce qui précède, on peut raisonnablement penser  que l'État de droit est trop éloigné de notre culture. Aussi, mon initiative est de voir se faire une réflexion poussée par exemple sur le modèle chinois, lequel fonctionne bien depuis une trentaine d'années. En tout état de cause, ce que les Africains devraient comprendre est que le pouvoir personnel, d'une façon générale, crée plus de dérives qu'il ne favorise l'intérêt général. En Chine, le pouvoir appartient au Parti. C'est le bureau politique qui décide, collectivement. Quant à la Russie, je pense qu'elle est en train de vivre une situation provisoire en rapport avec sa sécurité menacée. L'OTAN s'est installé à ses frontières, ce qui constitue une véritable déclaration de guerre. C'est ce qui explique que Vladimir POUTINE concentre tant de pouvoirs, sans néanmoins avoir privatisé l'État. Quand je vois à la télé la manière dont POUTINE et LAVROV s'échangent une poignée de main, l'impression n'est pas celle d'un serf face à son seigneur qu'on voit dans maints pays africains ou arabes.

Le modèle chinois éloignerait le spectre d'élections génératrices de conflits et particulièrement budgétivores. On peut arguer, avec raison, que la longue histoire de la Chine est susceptible de combler certaines carences démocratiques en matière de gestion. C'est un pays où les fonctionnaires ont derrière eux une expérience de plusieurs milliers d'années. Le facteur fondamental susceptible de viabiliser cette expérience en Afrique noire serait l'institution d'une justice forte, indépendante des pouvoirs politique et économique.

Chers amis,

J'ai présenté le sujet dans un ordre divers. Toutefois, je crois avoir assez bien résumé les idées que je soumets à votre discussion.

 

Albert KISONGA MAZAKALA
Bruxelles, le 16 octobre 2015

Lu 6923 fois Dernière modification Monday, 14 March 2016 13:14
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