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  • La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996) 

    Thèse doctorale soutenue par le Révérend Père  Rigobert KYUNGU SJ, le 30 juin 2020, à l'Université Grégorienne de Rome.

    Un évènement joyeux après celui des ordinations presbytérale et diaconale des Pères Eric KAMBALE et Stanislas KAMBASHI, le samedi 27 juin 2020.

    L’auditoire ne devant contenir qu’un nombre réduit de participants suite aux restrictions liées à la crise sanitaire en cours, ladite soutenance s’est faite en mode semi publique. Néanmoins, la retransmission en direct sur YouTube a contribué à élargir l’audience.

    De quoi a-t-il été question dans cette thèse discutée en vue de l’obtention du titre de docteur en théologie spirituelle ? La recherche a porté sur la figure du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA SJ, mort martyrisé le 29 octobre 1996 à Bukavu, et dont la cause de béatification avance à grands pas.

     

    Pour s’engager dans cette "aventure", l’auteur de la thèse a été motivé entre autres par le témoignage de vie de l’ancien archevêque de Bukavu. Ce dernier, à travers son engagement aussi bien sociopolitique que pastoral, a laissé des traces qui méritent d’être mises en évidence. Une autre motivation est le discernement spirituel qui caractérisait ce serviteur de Dieu. C’était, souligne le Père KYUNGU, un homme dont le discernement spirituel était au cœur de ses actions dans sa vie d’africain, de prêtre jésuite et d’évêque.

    La thèse porte le titre de "La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996)". Elle s’articule sur six grands chapitres. Dans un premier moment, l’auteur décrit la région des Grands-Lacs dans laquelle est né et a œuvré Mgr MUNZIHIRWA. Une description qui prend en compte la période trouble du génocide au Rwanda en 1994, mais aussi la guerre au Congo en 1996, dite la guerre de libération, ayant occasionné la chute du Maréchal MOBUTU, après 32 ans de règne.

    En second lieu, l’auteur dresse une biographie de l’ancien archevêque de Bukavu, depuis sa naissance à Burhale dans le Bushi, jusqu’à son ordination épiscopale inclusivement. Cette biographie se veut suffisamment fouillée, dans le but de contribuer à l’avancement du procès de béatification du serviteur de Dieu.  Le troisième chapitre couvre le ministère épiscopal du prélat à Kasongo où il est resté 8 ans. L’auteur a voulu mettre en exergue ces années qui sont souvent oubliées dans beaucoup de biographies. Le quatrième chapitre développe l’étape de Bukavu où Mgr MUNZIHIRWA a exercé son ministère épiscopal de manière très intense pendant deux ans, dans le contexte de guerre et ce, jusqu’à son martyre. Ici, l’auteur discute aussi la question du martyre " in odium fidei ". 

    D’autre part, la dissertation comprend une partie analytique qui scrute la figure de Mgr MUNZIHIRWA à partir de son enracinement dans la culture africaine, entre autres. Ainsi, le cinquième chapitre analyse-t-il 55 proverbes utilisés par Mgr MUNZIHIRWA, en les insérant dans les genres poétiques de la littérature orale africaine.  Pour notre auteur, Mgr MUNZIHIRWA a montré que l’Afrique est riche et que ses richesses culturelles ne peuvent être balayées ni abandonnées comme si elles n’étaient pas importantes. L’attachement à sa culture a aidé Mgr MUNZIHIRWA à intérioriser, ou mieux, inculturer non seulement l’évangile, mais aussi la spiritualité ignatienne au point de faire de lui un homme à la fois "entièrement africain et entièrement jésuite". L’auteur démontre donc que la culture africaine et la spiritualité ignatienne convergent harmonieusement dans la personne de Mgr MUNZIHIRWA. Enfin, au sixième chapitre, le discernement apparaît comme un thème clé dans la discussion, puisque, selon l’auteur, il constitue un outil efficace utilisé par le serviteur de Dieu tout au long de sa vie, générant en lui une vraie liberté intérieure. La thèse chute en dépeignant le profil spirituel de Mgr MUNZIHIRWA, affirmant que sa spiritualité se fonde sur la prière et l’Eucharistie, la dévotion mariale, l’engagement pour la paix et la justice, la pauvreté évangélique, la croix du Christ, le discernement spirituel, la liberté intérieure, l’inculturation et enfin le sens de l’Eglise.

    Au terme de la présentation par le récipiendaire des résultats de sa recherche, un dialogue s’est engagé avec le jury pour expliquer davantage et tirer au clair tous les hémisphères de ce travail scientifique. Après délibération, le jury a salué la rigueur et la qualité du travail accompli. Dans le respect des normes de la Grégorienne, le jury n’a pas immédiatement rendu public son verdict ; il appartient aux services du secrétariat de l’Université de le communiquer au récipiendaire par les voies ordinaires. Le père KYUNGU recevra donc le titre de docteur après la publication partielle ou totale de sa thèse. Profitiat !

    Pour célébrer la joie de cet évènement, les Jésuites présents à la cérémonie ainsi que d’autres invités se sont retrouvés dans la communauté du Gesù où un verre d’amitié a été partagé.

    En outre, pour joindre l’utile à l’agréable, un partage de repas a été organisé le mercredi 1er juillet 2020 dans un restaurant de la place pour célébrer avec quelques invités les trois évènements joyeux de l’ACE-Rome : thèse, ordinations presbytérale et diaconale.

    C’est par ces événements heureux que s’achève l’année académique. Se pliant aux aléas du transport aérien dans les circonstances actuelles, les uns attendent de s’envoler sous d’autres cieux, alors que d’autres ont décidé de passer l’été en Italie ou en Europe. Désormais l’ACE-Rome a un nouveau coordinateur pour l’année académique 2020-2021 en la personne de Camille MUKOSO à qui nous souhaitons beaucoup de succès dans ce service.

    Jean-Paul KAMBA, SJ

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    Vingtième anniversaire de l'assassinant de
    Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO 
    (01/01/1926-29/10/1996) 

    Par Jean NYEMBO, sj
    Commission Foi et Promotion de la Justice

    Bien chers amis dans le Seigneur,

    Paix à vous !

    Nous célébrons aujourd'hui, 29 octobre 2016, le vingtième anniversaire de l'assassinat de notre frère, pasteur de l'Eglise de Bukavu, Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO. Mzee, comme nous l'appelions respectueusement et affectueusement, est mort sur le champ de batailles, la croix à la main comme seule arme qu'il possédait.

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  • Saint Nicolas et Père Fouettard : qui sont-ils ?
    Et quel est leur impact sur les enfants belgo-africains ?

     

    Par Mireille-Tsheusi ROBERT
    BAMKO asbl
     

    Connaissez-vous le "Sauvage d'Ath "? Le "Diable Magnon" ? Ou les "Basoulous de Basècles" ? Vous n'avez sûrement jamais entendu parler de ces sauvages hainuyers si vous n'êtes pas originaire de cette région. Peut-être connaîtrez-vous mieux les Noirauds bruxellois ou le Zwarte Piet anversois ? Dans l'espace francophone, Zwarte Piet, littéralement Pierrot-Le-Noir, est appelé Père Fouettard, le joyeux mais répressif compagnon de Saint Nicolas. Ces figures folkloriques souvent enchaînées, parfois affublées de cornes, dansant, chantant et vociférant à l'encontre des badauds lors du carnaval de la "Ducasse", de la fête de Saint Nicolas ou lors de la procession des Noirauds ont toutes un point commun : le maquillage en noir du visage ou le "blackface".

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  • CPI. Les doutes du procès BEMBA
    Y a-t-il vraiment eu crimes contre l’humanité à Bangui 
    en 2002 et 2003 ?

    Par WINA LOKONDO
    Historien, journaliste indépendant

     Le 24 mai 2008, Jean-Pierre BEMBA, sénateur et ancien Vice-président de la RD Congo de 2003 à 2006, est arrêté en début de soirée dans sa résidence de Rhode-Saint-Genèse, un quartier périphérique de Bruxelles, en exécution du mandat d’arrêt international lancé contre lui par le procureur près la Cour Pénale Internationale. Il sera transféré, après neuf jours de détention dans la capitale belge, à la prison de la CPI de Scheveningen, un faubourg de La Haye. Il y est, à ce jour.

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  • Analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo
    aux organisations internationales africaines

     

    Par       Adolphe AMANI BYENDA[1]
    Germain NGOIE TSHIBAMBE[2]

     

    Résumé : Depuis la fin de la première et de la deuxième guerre mondiale, les organisations internationales jouent  un rôle très important dans les différents secteurs de la vie à cause de leur efficacité de réponse rapide aux problèmes urgents des États. À cet égard, il s’avère, sur base de nos résultats, que l’appartenance des États à plusieurs organisations notamment sous-régionales, régionales ou intercontinentales constitue un avantage  tant sur le plan politique, économique que sécuritaire. Le présent article se fixe comme objectif, l’analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines. À partir de cette recherche, nous comprenons que les facteurs géographique, historique, sécuritaire, économique, politique et culturel,… sont autant d'éléments qui justifient l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines.  

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  • MENDE, KAMBILA et les sanctions impériales

     

    Par MBELU BABANYA KABUDI

    Les sanctions prises par les USA et l'UE à l'endroit de certains membres de ''la kabilie'' ont suscité quelques réactions en son sein. L'ex-porte-parole du gouvernement démissionnaire  de MATATA PONYO, Lambert MENDE, fort de ses études de droit, les a sévèrement critiquées ce lundi 12 décembre 2016. Voici ce qu'il dit :

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    Cosmos EGLO, Du sang sur le miroir. Paris, L'Harmattan, 2012. 200 pages.

    Par Eddy VAN SEVENANT

    Ames sensibles s'abstenir ! De la première à la dernière page, c'est un déferlement de violences et des bains de sang toujours renouvelés que l'auteur nous propose ici afin d'illustrer la situation déplorable de certains pays africains post-coloniaux, livrés à toutes les turpitudes de leurs "élites", sanguinaires à souhait et soutenues à bout de bras par des puissances extérieures (dans le cas présent la France et les USA) qui y trouvent l'opportunité de garder la main sur le pays tout en n'y étant plus officiellement présentes.

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    Par Modeste WASSO

    Griet BROSENS, Du Congo à l’Yser. 32 soldats congolais dans l’armée belge durant la Première Guerre mondiale. Traduit du néerlandais (Belgique) par Charles FRANKEN. Waterloo, éditions Luc Pire (www.editionslucpire.be), 2016. 271 pages. 24,90 €

    Voici un livre qui ouvre une page de l’histoire commune à la Belgique et au Congo des années  1914-1918. "Du Congo à l’Yser"  relate  l’histoire, longtemps occultée, des Congolais arrivés en Belgique, à la fin du 19ème siècle (les premières arrivées datent de 1885) en tant que militaires et qui ont combattu sous le drapeau belge pendant la première guerre mondiale, 1914-1918.

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  • Par Eddy VAN SEVENANT

    Collectif, État des résistances dans le Sud : Afrique. Alternatives Sud (Revue trimestrielle). Volume 23-2016/4. Centre Tricontinental  (Louvain-la-Neuve) et Éditions Syllepse (Paris) – 215 pages. 13 €

    Cet ouvrage fait partie d'une série qui fait le point régulièrement sur les oppositions politiques, féministes, paysannes, etc. aux régimes en place dans différents pays du Sud, principalement d'ailleurs sur le continent africain.

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  • Groupes armés et problématique de développement
    du territoire de Fizi (RD Congo)


    par BAWILI LUKELE Tango
    département des Sciences Politiques et Administratives 
    Université Officielle de Bukavu
    This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.

    Résumé : Par leurs actions, les groupes armés ont influé et influent négativement sur le développement de ce territoire ; ils y créent une instabilité permanente depuis de longues années. Cette instabilité entraîne des conséquences désastreuses notamment sur les plans politique, administratif, sécuritaire, économique, etc. Cet état des choses empêche les pouvoirs publics et les populations locales d'exploiter les multiples potentialités naturelles en vue de booster son développement. Ceci explique dans une certaine mesure le sous-développement de ce territoire. De ce fait, il importe que l’État se réveille, rétablisse la paix et suscite le développement de ce territoire en impliquant les populations locales.

    Introduction    

    Depuis plus d’une décennie, l’est de la RD Congo est en proie à une instabilité sécuritaire dont les causes sont à la fois internes et externes. L’ampleur et les effets de cette situation sont différemment vécus d’une province à une autre. Au Sud-Kivu, l’émergence et la résurgence des groupes armés entraînent une instabilité sécuritaire qui, par conséquent, étouffe les actions du développement. 

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In memoriam : le révérend père martin ekwa bis isal s.j. (25/12/1926-18/08/2013)

 

Qui était le Père Martin EKWA ?

L

e Père EKWA BIS ISAL est né le 25 décembre 1926, à Gomena dans le territoire d'Idiofa, près d'Aten à 60 km de Kikwit. Sa langue maternelle était le kimbunda. Il dut apprendre le kikongo pour ses études primaires à la Mission du Sacré-Cœur de Kikwit,

puis le français pour ses études secondaires latin-mathématiques au Petit séminaire de Kinzambi. C'est le futur Mgr GUFFENS qui en était alors recteur.

Martin EKWA ne fut baptisé que le 3 avril 1937 pendant son école primaire. En 1945, il est reçu au Grand séminaire de Mayidi, où il étudie la philosophie pendant 3 ans. Il en a gardé un très bon souvenir ; ce fut pour lui une ouverture épanouissante. Il est ensuite envoyé à la paroisse de Totshi comme régent et introduisit sa demande d'admission au noviciat des Pères Jésuites qui avait été ouvert à Djuma sur le Kwilu en 1948. Ce ne fut pas sans un pincement de cœur dans sa famille, mais elle lui manifesta finalement son consentement par l'envoi de deux proverbes : "Lorsqu'une feuille tombe d'un arbre, inutile de l'y faire repousser" et "Lorsqu'on descend à la rivière pour puiser l'eau, on ne remonte pas au village avec une cruche vide". Il se sentit offert par sa famille en même temps qu'il s'offrait lui-même pour le service de Dieu et cela l'a soutenu.

Admis, il fit partie de la deuxième promotion de novices à Djuma, de 1949 à 1951. Il y fit ensuite deux ans de formation complémentaire en lettres classiques, puis fut envoyé au Collège de Kiniati pour une nouvelle année de régence en 1953-1954. Il fit ensuite partie de la première promotion de l'Institut St Pierre Canisius de Kimwenza, qui ouvrit ses portes en 1954. L'année suivante, il entrait en théologie à Egenhoven près de Louvain en Belgique, de 1955 à 1959. Il fut ordonné à Bruxelles le 6 août 1958, avec les Pères Octave KAPITA, Cyrille MUNUNU et Édouard MATADI. C'étaient les premières ordinations de jésuites congolais. Ils eurent le mérite de persévérer malgré les possibilités exceptionnelles de promotion que leur offrit l'accession du pays à l'indépendance. Avant de rentrer au Congo, le Père EKWA fit encore une année d'études catéchétiques à l'Institut International Lumen Vitae de Bruxelles en 1959-1960. Il était alors bien armé pour affronter les grandes responsabilités qui l'attendaient. En 1963-1964, il allait d'ailleurs encore bénéficier de quelques mois de formation complémentaire, dits de Troisième an, avant de prononcer ses derniers vœux le 2 février 1965.

1960-1974 : Président du BEC

Rentré au Congo un mois après l'indépendance, il fut d'abord désigné comme "ministre", c'est-à-dire comme gestionnaire, de la grande communauté du collège Boboto, alors Collège Albert à Kinshasa. Mais dès le 7 octobre 1960, l'Assemblée des évêques du Congo le nomma Président du Bureau National de l'Enseignement Catholique (B.E.C.), à un moment où les écoles catholiques représentaient 76 % des effectifs scolaires. À peine investi, le Père EKWA eut l'art et la grâce de constituer autour de lui une équipe d'une excellente expertise et d'une grande efficacité. II eut aussi le don de percevoir très tôt les forces et les faiblesses du système éducatif existant et de pouvoir entrer dans un projet de réforme organique pour une expansion rationalisée de l'enseignement et la promotion de nouvelles valeurs culturelles.

Président du BEC jusqu'en 1974, il fut l'initiateur, sur le plan juridique, de la formule de l'enseignement national, qui mit fin à la petite guerre scolaire qui avait commencé à la fin de la période coloniale entre les écoles officielles et celles des missions. L'enseignement catholique en était une composante de plein droit, mais toutes les écoles devaient suivre les programmes adoptés par les autorités nationales et étaient soumises au contrôle de l'inspection nationale.

Sur le plan pédagogique, même s'il regretta le caractère anticlérical ou même antireligieux de certaines initiatives, le Père EKWA fut un artisan convaincu de la réforme initiée à la suite d'une conférence organisée par L'UNESCO à Addis-Abeba en 1961 sur la réforme de l'enseignement secondaire, qui demandait de se distancer des anciens programmes métropolitains, d'en élaborer de nouveaux et de produire sur place de nouveaux manuels scolaires en fonction des réalités nationales.

Le Père EKWA parle de ces années de la réforme, de 1962 à 1974, comme d'une épopée, qui fut un modèle de travail en équipeentre les fonctionnaires de l'Éducation Nationale, les membres du BEC et des bureaux protestant et kimbanguiste de l'enseignement, les professeurs de l'université Lovanium et les experts de I'UNESCO<!--[if !supportFootnotes]-->[20]<!--[endif]-->. II y eut alors une mobilisation générale remarquable. Le BEC suscita la création de la plupart des instituts qui devinrent des ISP<!--[if !supportFootnotes]-->[21]<!--[endif]-->, pour la formation des enseignants dans les classes des cycles d'orientation, notamment à Kinshasa-Gombe en 1961, à Mbanza-Ngungu en 1963, à Bukavu en 1965, à Lubumbashi en 1966, à Bunia et à Mbuji-Mayi en 1968. Il mit en place des équipes pour la production des manuels scolaires correspondant aux nouveaux programmes<!--[if !supportFootnotes]-->[22]<!--[endif]-->. Toutes les missions s'engagèrent dans la construction de nouvelles écoles et de maisons pour leurs professeurs. Les CO créés comme première avancée de l'enseignement secondaire sont presque tous devenus des écoles secondaires complètes. En moins de 20 ans, la R D Congo a formé ses cadres et pris en main son système éducatif.

Le Père EKWA avait été membre de la Commission constitutionnelle de Luluabourg, qui siégea du 10 janvier au 11 avril 1964. Elle fut la première à inscrire dans la constitution du pays le concept d'éducation nationale dont il avait été l'initiateur. À partir de 1966, il était aussi devenu directeur du Secrétariat Régional de l'Office International de l'Enseignement Catholique (O.I.E.C.) pour l'Afrique et Madagascar (S.R.A.M.). Il put à ce titre renforcer au niveau de l'Afrique la conscience de la fonction éducatrice de l'école et de la nécessité de promouvoir non seulement l'éducation pour tous, mais une éducation aux valeurs et à la culture africaines.

1974-1982 : Secrétaire Général de l'OIEC

En 1974, le Père EKWA fut remplacé à la présidence du B.E.C. par l'Abbé DIBALU. Lui-même fut élu Secrétaire Général de O.I.E.C., dont le siège se trouve à Bruxelles. Il y resta jusqu'en 1983. Il quitta le Congo en novembre 1974 et ne connut donc pas directement les mesures d'étatisation de l'enseignement du 30 décembre suivant. Avant de prendre son nouveau poste à Bruxelles, il participa pendant trois mois à Rome, du 1er décembre 1974 au 7 mars 1975, à la 32ème Congrégation générale de la Compagnie de Jésus, où l'on souligna particulièrement l'importance de la promotion de la justice pour le service de la foi.

L'arrivée du Père EKWA à Bruxelles lui a donné une dimension mondiale. Il parcourut le monde et organisa des assemblées en Asie et en Amérique aussi bien qu'en Europe et en Afrique. Il eut ainsi à prendre la parole aux Philippines en 1976, à Bogota en Colombie en 1978, à Buenos Aires en Argentine en 1980, à Bangkok en Thaïlande en 1982, à Caracas au Venezuela et à Madrid en Espagne en 1983. C'est dans un congrès interamericain d'éducation catholique au Pérou en janvier 1976 qu'il eut ce mot d'émerveillement : "Je n'aurais pas cru, il y a quelques années, qu'un jour je me trouverais parmi vous, invité comme frère. Je n'aurais pas imaginé que j'irais faire avec vous un bout de chemin à la recherche de solutions pour éduquer l'homme américain. Et pourtant, c'est ainsi !"<!--[if !supportFootnotes]-->[23]<!--[endif]-->. Son message était partout un appel à l'éducation aux valeurs et à une école catholique qui ne soit plus la pépinière d'une élite bourgeoise, mais une force d'éducation à plus de justice et à la paix. Lui-même considère que le point culminant de son action fut le congrès de Bogota (Colombie) en 1978, sur le thème "Paix, justice et nouvelles relations internationales". C'est à la suite de ce congrès qu'il fut nommé par le Pape Paul VI Consulteur de la Sacrée Congrégation de l'éducation Catholique pour un mandat de cinq ans. Il est difficile d'évaluer les résultats obtenus dans une évolution aussi complexe, au moment où le monde s'unifiait et se transformait rapidement. Mais le Père EKWA et l'O.I.E.C. ont incontestablement contribué à la prise de conscience des enjeux fondamentaux d'une véritable éducation chrétienne.

1983-2010 : Secrétaire Général de CADICEC

CADICEC a été fondé en 1956 par le Père Vincent CHARLES, qui en fut l'aumônier conseil et le secrétaire général jusqu'au moment où il transmit le flambeau au Père EKWA en 1983. Le siège de l'association se trouvait sur l'avenue Tombalbaye jusqu'en 1990. Il est, depuis lors, sur l'avenue Roi Baudouin, jadis des Trois Z, à peu près en face des bureaux de l'Union Européenne. Son objectif est de contribuer à rendre l'économie plus humaine et plus chrétienne. CADICEC offrait dans ce but aux dirigeants d'entreprise des occasions de rencontre et de réflexion pour éveiller en eux la conscience d'une éthique chrétienne de l'entreprise et contribuer à la formation de leurs cadres. Son action fut d'abord largement orientée vers les grandes entreprises. Le Père EKWA la réorienta en direction des petites et moyennes entreprises congolaises qui se multipliaient et qui avaient davantage besoin de soutien.

Après 23 ans dans le domaine de l'enseignement, le Père EKWA fit preuve d'une grande capacité d'adaptation. Il réussit très vite à constituer autour de lui une équipe de travail et un nouveau réseau de relations dans le monde des sociétés, de l'université et de la politique. Il put ainsi poursuivre la tradition des colloques que CADICEC organisait presque chaque année à la Fikin, organiser de multiples séminaires et ateliers de formation, dont les travaux étaient prolongés par les actes qui en ont souvent été publiés dans la revueCADICEC-Information, à laquelle il donna un nouveau visage à partir du 4ème trimestre 1984. On y traitait de sujets tels que la comptabilité, la gestion du personnel, le pluralisme syndical dans les entreprises, la privatisation des entreprises publiques, la PME congolaise et la mondialisation de l'économie. Il y eut aussi des journées pour missionnaires-employeurs. Le Père EKWA mettait au service de CADICEC le zèle qu'il avait déjà déployé en tant que Président du BEC pour la recherche des financements nécessaires à ses activités. Il en était souvent le modérateur et y prenait régulièrement la parole.

Promotion humaine et évangélisation allaient de pair, car les enseignements et les formations transmettent aussi une vision de la vie et sont une occasion d'éveiller au sens des responsabilités sociales autant qu'individuelles. En 1995, le Père EKWA eut d'ailleurs la grâce de pouvoir approfondir sa vision théologique des problèmes de société, car il fut élu, une fois encore, comme délégué de la province jésuite d'Afrique centrale à la 34ème Congrégation générale de la Compagnie de Jésus, qui se tint à Rome du 5 janvier au 22 mars. Les débats y portèrent essentiellement sur l'identité et la mission des Jésuites. Il en sortit deux décrets intitulés "Notre mission et la justice", "Notre mission et la culture". On trouve dans le premier la phrase suivante : "la marginalisation de l'Afrique dans le nouvel ordre du monde fait de ce continent entier le symbole de tous les marginalisés du monde et il est demandé à toute la Compagnie de faire tout ce qu'elle peut pour changer les attitudes et les comportements internationaux à l'égard de l'Afrique"<!--[if !supportFootnotes]-->[24]<!--[endif]-->Dans le second, il est demandé qu'à l'image des premiers jésuites qui liaient la catéchèse chrétienne à la formation à l'humanisme classique, ceux d'aujourd'hui se préoccupent d'assumer les valeurs des sociétés dans lesquelles ils vivent. La directive suivante en découle : notre engagement en faveur de la justice sociale et du développement humain continu doit se centrer sur la transformation des valeurs culturelles qui sous-tendent un ordre social injuste et oppressif<!--[if !supportFootnotes]-->[25]<!--[endif]-->.

La clarté d'esprit du Père EKWA, sa capacité de discerner l'essentiel d'une question secondaire et la qualité de son style ont frappé l'attention de nombreux responsables sociaux et politiques. Les locaux de CADICEC sont devenus un lieu de rencontres multiples, par lesquelles le Père EKWA a été associé à de nombreux débats nationaux. Il fut invité comme expert à la Conférence Nationale Souveraine, de juillet 1991 à décembre 1992, où il fut désigné comme Président de la Commission de l'Education qui fonctionna 90 jours. Du 19 au 29 janvier 1996, il fut ensuite Rapporteur général des États généraux de l'éducation qui proposèrent des mesures d'application des actes pris par la C.N.S. En 1996, il fut aussi nommé Président de l'éphémère Comité de Politique Économique et Sociale mis sur pied avec l'appui des institutions internationales. Du 6 au 10 septembre 2002, il fut Président du Bureau d'organisation du séminaire de lutte contre la corruption, le blanchiment de l'argent sale et la criminalité transnationale organisée. Du 8 au 10 mai 2007, il fut Président du Comité d'organisation des États Généraux de la Ville Province de Kinshasa. Dans la Compagnie de Jésus, il avait été supérieur de la Maison Saint-Ignace, à Kinshasa, de 1993 à 2006. Depuis 2009, il était aussi Président de la Mutuelle de Santé des enseignants de l'Enseignement primaire, secondaire et professionnel.

Épilogue

Le caractère attachant et la fécondité de la vie du Père EKWA sont en partie le fruit de la riche nature que lui ont légué sa famille et son enracinement traditionnel. Mais il est aussi, comme dans toute vie, le résultat d'une éducation dans laquelle il s'est lui-même investi, soutenu encore par sa famille et la confiance que lui firent ses éducateurs. À l'école primaire, il devait lui-même préparer ses repas dans un sombolo à la mission de Kikwit Sacré-Cœur. À la fin de ses études secondaires, c'est lui qui demanda d'entrer au grand séminaire, puis à la fin de sa régence, d'être admis au noviciat des Pères Jésuites.

Lui-même a dit qu'à partir de cette offrande, il eut le sentiment de n'avoir plus rien choisi de ce qu'il a vécu jusqu'à son jubilé de 50 ans de vie religieuse. Mais ce furent des années de consécration progressive, où il se révéla un homme de Dieu et un homme de relations, un artisan de la promotion humaine, vue comme un élément intrinsèque du salut en Jésus-Christ. Il fut un prêtre heureux de présider des eucharisties chaleureuses et de célébrer de nombreux mariages et baptêmes. Mais il fut aussi soucieux de contribuer à une économie plus prospère et plus respectueuse de l'homme. Il a donné à une série d'hommes et de femmes et au Congo en général, des raisons profondes d'espérer et de lutter pour l'avènement d'un monde plus humain et plus chrétien.

Depuis le 3 juin 2010, le Père EKWA avait été remplacé comme Secrétaire Général de CADICEC par le Père Paulin MANWELO. Il a continué de participer à des réunions relatives au secteur de l'éducation et aux problèmes socio-économiques du pays. Mais sa santé a exigé des soins croissants : il a été opéré des yeux en octobre 2011, puis des reins au milieu de l'année 2012. Il est décédé aux Cliniques Universitaires de Kinshasa le 18 août 2013 à 11 h.10.   

Il avait publié, outre de nombreux articles, notamment dans les revues Congo-Afrique et CADICEC-Information, les livres suivants : Pour un enseignement national catholique, Kinshasa, 1963 ; Pour une société nouvelle. L'enseignement national. Textes et discours 1960-1970, Kinshasa, Bureau de l'Enseignement Catholique, 1971 ; Éducation sociale des jeunes à l'école,1978 ; Vade-Mecum du gestionnaire de la PME, Kinshasa, CADICEC 1988 ; L'école trahie, Kinshasa, CADICEC, 2004 ; CADICEC : 50 ans d'histoire et d'actions, devoir de mémoire d'un peuple, Kinshasa, CADICEC, 1956 (sous sa direction) ; La RD Congo contée autrement. Jalons pour l'avenir. Entretiens avec Clémentine FAÏK-NZUJI, Kinshasa, éditions Loyola, 2012.

 

Léon de SAINT MOULIN S.J.

 

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2 comments

  • Comment Link trésor KASEREKA Thursday, 25 February 2016 10:39 posted by trésor KASEREKA

    Le Père Martin Ekwa bis isal n'est pas mort mais il a disparu physiquement sur la planète terre, car nous sommes en train de le vivre par ses oeuvres riches qui nous conduisent dans différents travaux et nous font revivre son visage.
    Que son âme repose en paix.

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  • Comment Link Joseph KAPITA MUKUNGA Monday, 03 August 2015 09:31 posted by Joseph KAPITA MUKUNGA

    Révérend Père EKWA, modele d'excellence et une bénédiction divine pour La RD Congo et le monde

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