newsletter à venir

  • La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996) 

    Thèse doctorale soutenue par le Révérend Père  Rigobert KYUNGU SJ, le 30 juin 2020, à l'Université Grégorienne de Rome.

    Un évènement joyeux après celui des ordinations presbytérale et diaconale des Pères Eric KAMBALE et Stanislas KAMBASHI, le samedi 27 juin 2020.

    L’auditoire ne devant contenir qu’un nombre réduit de participants suite aux restrictions liées à la crise sanitaire en cours, ladite soutenance s’est faite en mode semi publique. Néanmoins, la retransmission en direct sur YouTube a contribué à élargir l’audience.

    De quoi a-t-il été question dans cette thèse discutée en vue de l’obtention du titre de docteur en théologie spirituelle ? La recherche a porté sur la figure du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA SJ, mort martyrisé le 29 octobre 1996 à Bukavu, et dont la cause de béatification avance à grands pas.

     

    Pour s’engager dans cette "aventure", l’auteur de la thèse a été motivé entre autres par le témoignage de vie de l’ancien archevêque de Bukavu. Ce dernier, à travers son engagement aussi bien sociopolitique que pastoral, a laissé des traces qui méritent d’être mises en évidence. Une autre motivation est le discernement spirituel qui caractérisait ce serviteur de Dieu. C’était, souligne le Père KYUNGU, un homme dont le discernement spirituel était au cœur de ses actions dans sa vie d’africain, de prêtre jésuite et d’évêque.

    La thèse porte le titre de "La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996)". Elle s’articule sur six grands chapitres. Dans un premier moment, l’auteur décrit la région des Grands-Lacs dans laquelle est né et a œuvré Mgr MUNZIHIRWA. Une description qui prend en compte la période trouble du génocide au Rwanda en 1994, mais aussi la guerre au Congo en 1996, dite la guerre de libération, ayant occasionné la chute du Maréchal MOBUTU, après 32 ans de règne.

    En second lieu, l’auteur dresse une biographie de l’ancien archevêque de Bukavu, depuis sa naissance à Burhale dans le Bushi, jusqu’à son ordination épiscopale inclusivement. Cette biographie se veut suffisamment fouillée, dans le but de contribuer à l’avancement du procès de béatification du serviteur de Dieu.  Le troisième chapitre couvre le ministère épiscopal du prélat à Kasongo où il est resté 8 ans. L’auteur a voulu mettre en exergue ces années qui sont souvent oubliées dans beaucoup de biographies. Le quatrième chapitre développe l’étape de Bukavu où Mgr MUNZIHIRWA a exercé son ministère épiscopal de manière très intense pendant deux ans, dans le contexte de guerre et ce, jusqu’à son martyre. Ici, l’auteur discute aussi la question du martyre " in odium fidei ". 

    D’autre part, la dissertation comprend une partie analytique qui scrute la figure de Mgr MUNZIHIRWA à partir de son enracinement dans la culture africaine, entre autres. Ainsi, le cinquième chapitre analyse-t-il 55 proverbes utilisés par Mgr MUNZIHIRWA, en les insérant dans les genres poétiques de la littérature orale africaine.  Pour notre auteur, Mgr MUNZIHIRWA a montré que l’Afrique est riche et que ses richesses culturelles ne peuvent être balayées ni abandonnées comme si elles n’étaient pas importantes. L’attachement à sa culture a aidé Mgr MUNZIHIRWA à intérioriser, ou mieux, inculturer non seulement l’évangile, mais aussi la spiritualité ignatienne au point de faire de lui un homme à la fois "entièrement africain et entièrement jésuite". L’auteur démontre donc que la culture africaine et la spiritualité ignatienne convergent harmonieusement dans la personne de Mgr MUNZIHIRWA. Enfin, au sixième chapitre, le discernement apparaît comme un thème clé dans la discussion, puisque, selon l’auteur, il constitue un outil efficace utilisé par le serviteur de Dieu tout au long de sa vie, générant en lui une vraie liberté intérieure. La thèse chute en dépeignant le profil spirituel de Mgr MUNZIHIRWA, affirmant que sa spiritualité se fonde sur la prière et l’Eucharistie, la dévotion mariale, l’engagement pour la paix et la justice, la pauvreté évangélique, la croix du Christ, le discernement spirituel, la liberté intérieure, l’inculturation et enfin le sens de l’Eglise.

    Au terme de la présentation par le récipiendaire des résultats de sa recherche, un dialogue s’est engagé avec le jury pour expliquer davantage et tirer au clair tous les hémisphères de ce travail scientifique. Après délibération, le jury a salué la rigueur et la qualité du travail accompli. Dans le respect des normes de la Grégorienne, le jury n’a pas immédiatement rendu public son verdict ; il appartient aux services du secrétariat de l’Université de le communiquer au récipiendaire par les voies ordinaires. Le père KYUNGU recevra donc le titre de docteur après la publication partielle ou totale de sa thèse. Profitiat !

    Pour célébrer la joie de cet évènement, les Jésuites présents à la cérémonie ainsi que d’autres invités se sont retrouvés dans la communauté du Gesù où un verre d’amitié a été partagé.

    En outre, pour joindre l’utile à l’agréable, un partage de repas a été organisé le mercredi 1er juillet 2020 dans un restaurant de la place pour célébrer avec quelques invités les trois évènements joyeux de l’ACE-Rome : thèse, ordinations presbytérale et diaconale.

    C’est par ces événements heureux que s’achève l’année académique. Se pliant aux aléas du transport aérien dans les circonstances actuelles, les uns attendent de s’envoler sous d’autres cieux, alors que d’autres ont décidé de passer l’été en Italie ou en Europe. Désormais l’ACE-Rome a un nouveau coordinateur pour l’année académique 2020-2021 en la personne de Camille MUKOSO à qui nous souhaitons beaucoup de succès dans ce service.

    Jean-Paul KAMBA, SJ

    Laisser un commentaire!
  •  

    Vingtième anniversaire de l'assassinant de
    Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO 
    (01/01/1926-29/10/1996) 

    Par Jean NYEMBO, sj
    Commission Foi et Promotion de la Justice

    Bien chers amis dans le Seigneur,

    Paix à vous !

    Nous célébrons aujourd'hui, 29 octobre 2016, le vingtième anniversaire de l'assassinat de notre frère, pasteur de l'Eglise de Bukavu, Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO. Mzee, comme nous l'appelions respectueusement et affectueusement, est mort sur le champ de batailles, la croix à la main comme seule arme qu'il possédait.

    Laisser un commentaire! Lire la suite...
  • Saint Nicolas et Père Fouettard : qui sont-ils ?
    Et quel est leur impact sur les enfants belgo-africains ?

     

    Par Mireille-Tsheusi ROBERT
    BAMKO asbl
     

    Connaissez-vous le "Sauvage d'Ath "? Le "Diable Magnon" ? Ou les "Basoulous de Basècles" ? Vous n'avez sûrement jamais entendu parler de ces sauvages hainuyers si vous n'êtes pas originaire de cette région. Peut-être connaîtrez-vous mieux les Noirauds bruxellois ou le Zwarte Piet anversois ? Dans l'espace francophone, Zwarte Piet, littéralement Pierrot-Le-Noir, est appelé Père Fouettard, le joyeux mais répressif compagnon de Saint Nicolas. Ces figures folkloriques souvent enchaînées, parfois affublées de cornes, dansant, chantant et vociférant à l'encontre des badauds lors du carnaval de la "Ducasse", de la fête de Saint Nicolas ou lors de la procession des Noirauds ont toutes un point commun : le maquillage en noir du visage ou le "blackface".

    Laisser un commentaire! Lire la suite...
  • CPI. Les doutes du procès BEMBA
    Y a-t-il vraiment eu crimes contre l’humanité à Bangui 
    en 2002 et 2003 ?

    Par WINA LOKONDO
    Historien, journaliste indépendant

     Le 24 mai 2008, Jean-Pierre BEMBA, sénateur et ancien Vice-président de la RD Congo de 2003 à 2006, est arrêté en début de soirée dans sa résidence de Rhode-Saint-Genèse, un quartier périphérique de Bruxelles, en exécution du mandat d’arrêt international lancé contre lui par le procureur près la Cour Pénale Internationale. Il sera transféré, après neuf jours de détention dans la capitale belge, à la prison de la CPI de Scheveningen, un faubourg de La Haye. Il y est, à ce jour.

    Laisser un commentaire! Lire la suite...
  • Analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo
    aux organisations internationales africaines

     

    Par       Adolphe AMANI BYENDA[1]
    Germain NGOIE TSHIBAMBE[2]

     

    Résumé : Depuis la fin de la première et de la deuxième guerre mondiale, les organisations internationales jouent  un rôle très important dans les différents secteurs de la vie à cause de leur efficacité de réponse rapide aux problèmes urgents des États. À cet égard, il s’avère, sur base de nos résultats, que l’appartenance des États à plusieurs organisations notamment sous-régionales, régionales ou intercontinentales constitue un avantage  tant sur le plan politique, économique que sécuritaire. Le présent article se fixe comme objectif, l’analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines. À partir de cette recherche, nous comprenons que les facteurs géographique, historique, sécuritaire, économique, politique et culturel,… sont autant d'éléments qui justifient l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines.  

    Laisser un commentaire! Lire la suite...
  • MENDE, KAMBILA et les sanctions impériales

     

    Par MBELU BABANYA KABUDI

    Les sanctions prises par les USA et l'UE à l'endroit de certains membres de ''la kabilie'' ont suscité quelques réactions en son sein. L'ex-porte-parole du gouvernement démissionnaire  de MATATA PONYO, Lambert MENDE, fort de ses études de droit, les a sévèrement critiquées ce lundi 12 décembre 2016. Voici ce qu'il dit :

    Laisser un commentaire! Lire la suite...
  •  

    Cosmos EGLO, Du sang sur le miroir. Paris, L'Harmattan, 2012. 200 pages.

    Par Eddy VAN SEVENANT

    Ames sensibles s'abstenir ! De la première à la dernière page, c'est un déferlement de violences et des bains de sang toujours renouvelés que l'auteur nous propose ici afin d'illustrer la situation déplorable de certains pays africains post-coloniaux, livrés à toutes les turpitudes de leurs "élites", sanguinaires à souhait et soutenues à bout de bras par des puissances extérieures (dans le cas présent la France et les USA) qui y trouvent l'opportunité de garder la main sur le pays tout en n'y étant plus officiellement présentes.

    8 comments Lire la suite...
  •  

    Par Modeste WASSO

    Griet BROSENS, Du Congo à l’Yser. 32 soldats congolais dans l’armée belge durant la Première Guerre mondiale. Traduit du néerlandais (Belgique) par Charles FRANKEN. Waterloo, éditions Luc Pire (www.editionslucpire.be), 2016. 271 pages. 24,90 €

    Voici un livre qui ouvre une page de l’histoire commune à la Belgique et au Congo des années  1914-1918. "Du Congo à l’Yser"  relate  l’histoire, longtemps occultée, des Congolais arrivés en Belgique, à la fin du 19ème siècle (les premières arrivées datent de 1885) en tant que militaires et qui ont combattu sous le drapeau belge pendant la première guerre mondiale, 1914-1918.

    Laisser un commentaire! Lire la suite...
  • Par Eddy VAN SEVENANT

    Collectif, État des résistances dans le Sud : Afrique. Alternatives Sud (Revue trimestrielle). Volume 23-2016/4. Centre Tricontinental  (Louvain-la-Neuve) et Éditions Syllepse (Paris) – 215 pages. 13 €

    Cet ouvrage fait partie d'une série qui fait le point régulièrement sur les oppositions politiques, féministes, paysannes, etc. aux régimes en place dans différents pays du Sud, principalement d'ailleurs sur le continent africain.

    Laisser un commentaire! Lire la suite...
  • Groupes armés et problématique de développement
    du territoire de Fizi (RD Congo)


    par BAWILI LUKELE Tango
    département des Sciences Politiques et Administratives 
    Université Officielle de Bukavu
    This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.

    Résumé : Par leurs actions, les groupes armés ont influé et influent négativement sur le développement de ce territoire ; ils y créent une instabilité permanente depuis de longues années. Cette instabilité entraîne des conséquences désastreuses notamment sur les plans politique, administratif, sécuritaire, économique, etc. Cet état des choses empêche les pouvoirs publics et les populations locales d'exploiter les multiples potentialités naturelles en vue de booster son développement. Ceci explique dans une certaine mesure le sous-développement de ce territoire. De ce fait, il importe que l’État se réveille, rétablisse la paix et suscite le développement de ce territoire en impliquant les populations locales.

    Introduction    

    Depuis plus d’une décennie, l’est de la RD Congo est en proie à une instabilité sécuritaire dont les causes sont à la fois internes et externes. L’ampleur et les effets de cette situation sont différemment vécus d’une province à une autre. Au Sud-Kivu, l’émergence et la résurgence des groupes armés entraînent une instabilité sécuritaire qui, par conséquent, étouffe les actions du développement. 

    1 comment Lire la suite...

David VAN REYBROUCK : Congo, Une histoire .  

Publié chez Arles, Actes Sud, 2012. 712 pages. Traduit du néerlandais (Belgique) par Isabelle ROSSELIN. Titre original : Congo. Een geschiedenis. Ouvrage publié avec le concours du Fonds flamand des Lettres (Vlaams Fonds voor de Letteren, www.flemishliterature.be).

Un proverbe africain dit : "Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse continueront de glorifier le chasseur." Le livre "Congo, une histoire" en serait-il une illustration ? Monsieur VAN REYBROUCK esquive bien l’attaque : son livre a pour titre : "Congo, une histoire" et non "L’histoire du Congo". La nuance établie, l’auteur peut se permettre plus de liberté qu’il ne le ferait s’il s’agissait d’un manuel scolaire.

Libre au lecteur de décoder le texte en fonction de sa grille de lecture. Je vais donc essayer, ici, de partager mon ressenti, sans aucune prétention de m’appliquer à la critique littéraire. La démarche méthodologique de l’auteur m’a séduit dans sa phase exploratoire : bibliographie abondante et variée, témoignages recueillis jusque dans les zones où sévissent les rebelles, voyage en Chine pour se rendre compte des conditions de vie de ces Congolais qui sont allés "casser la pierre" au pays  du milieu… Le résultat est donc ce livre de 700 pages, écrit en néerlandais et traduit en français par Isabelle ROSSELIN. Il est publié par Actes SUD.

L’auteur nous replonge dans le Congo de Léopold II, époque où des aventuriers venus de l’Europe prenaient les Noirs pour des bêtes de somme ; il rappelle le Congo-Belge, avec ses colons bâtisseurs et ses missionnaires évangélisateurs. Le lecteur en apprend sur la lutte contre l’esclavage, l’exploitation des ressources naturelles, la participation des Congolais à la guerre mondiale, la provenance de l’uranium avec lequel les Américains ont fabriqué la bombe qui a fait le malheur des Japonais. L’auteur se laisse conter l’émancipation, l’indépendance, le désenchantement, l’avènement d’un MOBUTU soutenu par les Occidentaux, l’assassinat d’un LUMUMBA accusé d’être procommuniste. La liste des thèmes s’allonge, avec des sujets comme la conférence nationale souveraine, la chute de MOBUTU, l’arrivée des KABILA, les élections, les Chinois …

Le lecteur avisé se réjouit de voir l’auteur confirmer ce que la cécité et/ou la mauvaise foi de certains journalistes empêchent de reconnaître. À savoir : l’histoire du Congo est une pièce de théâtre dont les auteurs, les souffleurs et même les acteurs ne sont pas toujours tous au Congo. Déjà à l’indépendance, affirme l’auteur, derrière chaque politicien congolais il y avait un conseiller belge. MOBUTU fut l’homme de la CIA, ses successeurs subissent eux aussi des pressions de toutes sortes, de la part de l’Occident, de la Chine, de multinationales. Les Congolais souffrent d’être sur une terre convoitée pour ses richesses.  

Au-delà du plaisir que procure la lecture de ce livre, certains passages méritent débat. Je me propose d’en relever quelques-uns.

Dans le chapitre sur les crimes des agents de Léopold II, l’auteur décrit la séance au cours de laquelle les mains de ceux qui n’avaient pas récolté suffisamment du caoutchouc sont coupées. Il prend soin de souligner qu’aucun blanc n’était présent ! L’absence du donneur d’ordre, l’innocente-t-elle parce qu’il est absent au moment de l’application des consignes ? Cette manière de voir les choses me rappelle la presse occidentale qui, à propos du génocide rwandais, a beaucoup insisté sur l’usage de la machette ! Sous-entendu : même sans nos kalachnikovs et nos grenades, ils se tueraient quand même ! Une insinuation qui vise la déculpabilisation. 

Lorsque quelqu’un se pointera devant votre maison, un fusil à l’épaule, une machette à la main et qu’avec la machette il fera du mal à votre enfant, vous vous rendrez compte que sa force lui vient plus du fusil que de la machette.

Dans le chapitre en rapport avec la participation des Congolais à la guerre mondiale, l’auteur reprend les paroles d’un ancien combattant qui dit avoir échappé à la mort grâce à la bombe atomique ! L’on pourrait se demander si Monsieur VAN REYBROUCK ne fait pas partie de ceux qui pensent que la bombe atomique a eu le mérite d’avoir permis d’arrêter la guerre ! La vie de ceux qui ont été sauvés, vaut-elle plus que celle de victimes de la bombe atomique ?

Autour de la chute de MOBUTU, l’auteur écrit à la page 461 : "Pour épargner les civils, MAHELE prit contact avec l'AFDL..." Cette manière de voir et de relater les faits est un raccourci étonnant. L’auteur s’arrête aux symptômes plutôt que de voir les causes. Dans le livre L’homme qui répare les femmes, Colette BRAECKMAN écrit : "On devinera que les États-Unis qui savaient depuis deux ans que MOBUTU était atteint d’un cancer, avaient programmé la fin du vieux dictateur, que certains généraux de son armée avaient été payés pour ne pas combattre …" Voici le cadre dans lequel il faut situer la mort d’un général à propos de qui la presse congolaise a d’ailleurs titré : "MAHELE, héros ou traître ?"

À la page 441, l’auteur écrit : "Les Banyarwanda étaient au Kivu ce que les Kasaïens étaient au Shaba…" La comparaison est tout simplement malheureuse : certains des Banyarwanda du Kivu n’ont jamais cessé de se considérer comme des Rwandais, ils cherchent le pouvoir par les armes, ils ont le Rwanda comme base arrière, ils pensent qu’ils font partie d’une race supérieure à préserver. Les Kasaïens, par contre, n’ont jamais eu une autre patrie que le Congo, ils n’ont jamais cherché le pouvoir par les armes, ils n’ont pas un pays susceptible de devenir leur base arrière. Certes les Kasaïens ont toujours été des boucs émissaires sur qui certains hommes politiques drainent la colère de la foule en les présentant comme des envahisseurs, mais ces manipulations politiciennes ne sont pas à comparer aux manœuvres des Banyarwanda qui, eux, prêtent leur visage aux Rwandais, agresseurs du Congo. Aujourd’hui, certains Tutsi du Kivu refusent d’être instrumentalisés. L’un d’entre eux a dit un jour à ses amis : "On aurait pu se battre contre tous les pays du monde mais pas contre le Congo qui nous a accueillis en 1959, qui nous a donné des bourses d’études et nous a permis de gravir les échelons de la vie sociale." Les Kasaïens ne sont pas chassés du Katanga parce qu’ils cherchent le pouvoir. Ils n’ont pas une armée, ils n’ont pas du sang sur les mains. C’est là toute la différence.

On peut lire à la page 470 : "… l’idée se répandit que le Rwanda (…) était en quête de matières premières et d’espace vital et s’était intéressé au Kivu, où vivaient déjà des Tutsi… " Ici l’auteur étonne plus d’un lecteur : il ne s’agissait pas seulement d’une idée mais d’un plan bien étudié. Le Rwanda n’est-il pas aujourd’hui exportateur de minerais qu’on ne trouve pourtant pas dans son sous-sol ? SARKOZY n’a-t-il pas dévoilé devant la presse le plan rêvé par l’Occident d’opérer la balkanisation du Congo ? Non, en réduisant le complot à une simple rumeur, l’auteur nous fait douter de sa neutralité. À l’entrée du FPR au Rwanda, les ambitions furent bien affichées : revenir sur les frontières héritées de la conférence de Berlin.

Le choix des mots est symptomatique : écrire que TSHISEKEDI se serait disqualifié aux élections de 2006, c’est se positionner. Tout le monde sait que la communauté internationale, qui avait rêvé de donner un morceau du Congo au Rwanda, ne pouvait pas réaliser ce plan diabolique avec à la tête du pays un homme réputé nationaliste. En refusant de participer aux élections, TSHISEKEDI n’a pas voulu servir de marchepieds à celui qu’un gros poisson de la politique européenne a appelé "l’avenir du Congo". Trois chefs coutumiers venus défendre l’idée qu’une partie de l’argent prévu pour la reconstruction du Congo devait être géré par eux sont partis de la Belgique avec comme réponse : "Rentrez chez vous, faites tout pour qu’un tel soit élu, nous verrons tout cela plus tard… " TSHISEKEDI était condamné d’avance. N’est-il d’ailleurs pas de la génération d’un LUMUMBA que Monsieur VAN REYBROUCK, dans ce livre, prend soin de descendre de son piédestal ? Fortuit tout cela ? Pas si sûr lorsqu’on sait que les dents de LUMUMBA ont été jetées dans la mer du Nord en Belgique.

À propos des négociations sur le bateau UTENICA, l’auteur écrit : "MOBUTU ne voulait rien céder… " P. 460. Cette affirmation est discutable : sur le bateau, KABILA, qui s’était autoproclamé Président, à la surprise de ceux dont il n’était que le porte-parole, savait très bien qu’un papier d’abdication signé par MOBUTU en sa faveur lui donnerait encore plus de légitimité. C’est donc lui qui ne voulait rien céder et qui n’avait qu’une exigence : "Que MOBUTU abdique et me cède le pouvoir."

L’auteur a écrit quelque part : "une nouvelle sécession couvait au Kasaï …" !  Il n’y a jamais eu la moindre idée d’une nouvelle sécession au Kasaï. Le peuple kasaïen est tellement éparpillé dans le Congo qu’on le considère comme le ciment du pays. Ils ont tellement construit dans les autres provinces qu’ils perdraient si jamais l’unité nationale était remise en question.

"Congo, une histoire", roman historique ou essai ? C’est un roman, l’histoire de la chasse écrite par un chasseur.

 

Pie TSHIBANDA

Evaluer cet article
(0 votes)
Lu 3722 fois

Laisser un commentaire

Assurez-vous que vous entrez les informations obligatoires (*) l'endroit indique. Code HTML n'est pas autorise.

Bonne Visite

 

L'Africain

Rue L. Bernus 7

6000 Charleroi

+32 71 313 186

This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.

NEWSLETTER

Bonjour, Veuillez entrer vos données pour vous inscrire à la newsletter.
captcha 
Merci pour votre inscription.