newsletter à venir

  • La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996) 

    Thèse doctorale soutenue par le Révérend Père  Rigobert KYUNGU SJ, le 30 juin 2020, à l'Université Grégorienne de Rome.

    Un évènement joyeux après celui des ordinations presbytérale et diaconale des Pères Eric KAMBALE et Stanislas KAMBASHI, le samedi 27 juin 2020.

    L’auditoire ne devant contenir qu’un nombre réduit de participants suite aux restrictions liées à la crise sanitaire en cours, ladite soutenance s’est faite en mode semi publique. Néanmoins, la retransmission en direct sur YouTube a contribué à élargir l’audience.

    De quoi a-t-il été question dans cette thèse discutée en vue de l’obtention du titre de docteur en théologie spirituelle ? La recherche a porté sur la figure du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA SJ, mort martyrisé le 29 octobre 1996 à Bukavu, et dont la cause de béatification avance à grands pas.

     

    Pour s’engager dans cette "aventure", l’auteur de la thèse a été motivé entre autres par le témoignage de vie de l’ancien archevêque de Bukavu. Ce dernier, à travers son engagement aussi bien sociopolitique que pastoral, a laissé des traces qui méritent d’être mises en évidence. Une autre motivation est le discernement spirituel qui caractérisait ce serviteur de Dieu. C’était, souligne le Père KYUNGU, un homme dont le discernement spirituel était au cœur de ses actions dans sa vie d’africain, de prêtre jésuite et d’évêque.

    La thèse porte le titre de "La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996)". Elle s’articule sur six grands chapitres. Dans un premier moment, l’auteur décrit la région des Grands-Lacs dans laquelle est né et a œuvré Mgr MUNZIHIRWA. Une description qui prend en compte la période trouble du génocide au Rwanda en 1994, mais aussi la guerre au Congo en 1996, dite la guerre de libération, ayant occasionné la chute du Maréchal MOBUTU, après 32 ans de règne.

    En second lieu, l’auteur dresse une biographie de l’ancien archevêque de Bukavu, depuis sa naissance à Burhale dans le Bushi, jusqu’à son ordination épiscopale inclusivement. Cette biographie se veut suffisamment fouillée, dans le but de contribuer à l’avancement du procès de béatification du serviteur de Dieu.  Le troisième chapitre couvre le ministère épiscopal du prélat à Kasongo où il est resté 8 ans. L’auteur a voulu mettre en exergue ces années qui sont souvent oubliées dans beaucoup de biographies. Le quatrième chapitre développe l’étape de Bukavu où Mgr MUNZIHIRWA a exercé son ministère épiscopal de manière très intense pendant deux ans, dans le contexte de guerre et ce, jusqu’à son martyre. Ici, l’auteur discute aussi la question du martyre " in odium fidei ". 

    D’autre part, la dissertation comprend une partie analytique qui scrute la figure de Mgr MUNZIHIRWA à partir de son enracinement dans la culture africaine, entre autres. Ainsi, le cinquième chapitre analyse-t-il 55 proverbes utilisés par Mgr MUNZIHIRWA, en les insérant dans les genres poétiques de la littérature orale africaine.  Pour notre auteur, Mgr MUNZIHIRWA a montré que l’Afrique est riche et que ses richesses culturelles ne peuvent être balayées ni abandonnées comme si elles n’étaient pas importantes. L’attachement à sa culture a aidé Mgr MUNZIHIRWA à intérioriser, ou mieux, inculturer non seulement l’évangile, mais aussi la spiritualité ignatienne au point de faire de lui un homme à la fois "entièrement africain et entièrement jésuite". L’auteur démontre donc que la culture africaine et la spiritualité ignatienne convergent harmonieusement dans la personne de Mgr MUNZIHIRWA. Enfin, au sixième chapitre, le discernement apparaît comme un thème clé dans la discussion, puisque, selon l’auteur, il constitue un outil efficace utilisé par le serviteur de Dieu tout au long de sa vie, générant en lui une vraie liberté intérieure. La thèse chute en dépeignant le profil spirituel de Mgr MUNZIHIRWA, affirmant que sa spiritualité se fonde sur la prière et l’Eucharistie, la dévotion mariale, l’engagement pour la paix et la justice, la pauvreté évangélique, la croix du Christ, le discernement spirituel, la liberté intérieure, l’inculturation et enfin le sens de l’Eglise.

    Au terme de la présentation par le récipiendaire des résultats de sa recherche, un dialogue s’est engagé avec le jury pour expliquer davantage et tirer au clair tous les hémisphères de ce travail scientifique. Après délibération, le jury a salué la rigueur et la qualité du travail accompli. Dans le respect des normes de la Grégorienne, le jury n’a pas immédiatement rendu public son verdict ; il appartient aux services du secrétariat de l’Université de le communiquer au récipiendaire par les voies ordinaires. Le père KYUNGU recevra donc le titre de docteur après la publication partielle ou totale de sa thèse. Profitiat !

    Pour célébrer la joie de cet évènement, les Jésuites présents à la cérémonie ainsi que d’autres invités se sont retrouvés dans la communauté du Gesù où un verre d’amitié a été partagé.

    En outre, pour joindre l’utile à l’agréable, un partage de repas a été organisé le mercredi 1er juillet 2020 dans un restaurant de la place pour célébrer avec quelques invités les trois évènements joyeux de l’ACE-Rome : thèse, ordinations presbytérale et diaconale.

    C’est par ces événements heureux que s’achève l’année académique. Se pliant aux aléas du transport aérien dans les circonstances actuelles, les uns attendent de s’envoler sous d’autres cieux, alors que d’autres ont décidé de passer l’été en Italie ou en Europe. Désormais l’ACE-Rome a un nouveau coordinateur pour l’année académique 2020-2021 en la personne de Camille MUKOSO à qui nous souhaitons beaucoup de succès dans ce service.

    Jean-Paul KAMBA, SJ

    Laisser un commentaire!
  •  

    Vingtième anniversaire de l'assassinant de
    Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO 
    (01/01/1926-29/10/1996) 

    Par Jean NYEMBO, sj
    Commission Foi et Promotion de la Justice

    Bien chers amis dans le Seigneur,

    Paix à vous !

    Nous célébrons aujourd'hui, 29 octobre 2016, le vingtième anniversaire de l'assassinat de notre frère, pasteur de l'Eglise de Bukavu, Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO. Mzee, comme nous l'appelions respectueusement et affectueusement, est mort sur le champ de batailles, la croix à la main comme seule arme qu'il possédait.

    Laisser un commentaire! Lire la suite...
  • Saint Nicolas et Père Fouettard : qui sont-ils ?
    Et quel est leur impact sur les enfants belgo-africains ?

     

    Par Mireille-Tsheusi ROBERT
    BAMKO asbl
     

    Connaissez-vous le "Sauvage d'Ath "? Le "Diable Magnon" ? Ou les "Basoulous de Basècles" ? Vous n'avez sûrement jamais entendu parler de ces sauvages hainuyers si vous n'êtes pas originaire de cette région. Peut-être connaîtrez-vous mieux les Noirauds bruxellois ou le Zwarte Piet anversois ? Dans l'espace francophone, Zwarte Piet, littéralement Pierrot-Le-Noir, est appelé Père Fouettard, le joyeux mais répressif compagnon de Saint Nicolas. Ces figures folkloriques souvent enchaînées, parfois affublées de cornes, dansant, chantant et vociférant à l'encontre des badauds lors du carnaval de la "Ducasse", de la fête de Saint Nicolas ou lors de la procession des Noirauds ont toutes un point commun : le maquillage en noir du visage ou le "blackface".

    Laisser un commentaire! Lire la suite...
  • CPI. Les doutes du procès BEMBA
    Y a-t-il vraiment eu crimes contre l’humanité à Bangui 
    en 2002 et 2003 ?

    Par WINA LOKONDO
    Historien, journaliste indépendant

     Le 24 mai 2008, Jean-Pierre BEMBA, sénateur et ancien Vice-président de la RD Congo de 2003 à 2006, est arrêté en début de soirée dans sa résidence de Rhode-Saint-Genèse, un quartier périphérique de Bruxelles, en exécution du mandat d’arrêt international lancé contre lui par le procureur près la Cour Pénale Internationale. Il sera transféré, après neuf jours de détention dans la capitale belge, à la prison de la CPI de Scheveningen, un faubourg de La Haye. Il y est, à ce jour.

    Laisser un commentaire! Lire la suite...
  • Analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo
    aux organisations internationales africaines

     

    Par       Adolphe AMANI BYENDA[1]
    Germain NGOIE TSHIBAMBE[2]

     

    Résumé : Depuis la fin de la première et de la deuxième guerre mondiale, les organisations internationales jouent  un rôle très important dans les différents secteurs de la vie à cause de leur efficacité de réponse rapide aux problèmes urgents des États. À cet égard, il s’avère, sur base de nos résultats, que l’appartenance des États à plusieurs organisations notamment sous-régionales, régionales ou intercontinentales constitue un avantage  tant sur le plan politique, économique que sécuritaire. Le présent article se fixe comme objectif, l’analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines. À partir de cette recherche, nous comprenons que les facteurs géographique, historique, sécuritaire, économique, politique et culturel,… sont autant d'éléments qui justifient l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines.  

    Laisser un commentaire! Lire la suite...
  • MENDE, KAMBILA et les sanctions impériales

     

    Par MBELU BABANYA KABUDI

    Les sanctions prises par les USA et l'UE à l'endroit de certains membres de ''la kabilie'' ont suscité quelques réactions en son sein. L'ex-porte-parole du gouvernement démissionnaire  de MATATA PONYO, Lambert MENDE, fort de ses études de droit, les a sévèrement critiquées ce lundi 12 décembre 2016. Voici ce qu'il dit :

    Laisser un commentaire! Lire la suite...
  •  

    Cosmos EGLO, Du sang sur le miroir. Paris, L'Harmattan, 2012. 200 pages.

    Par Eddy VAN SEVENANT

    Ames sensibles s'abstenir ! De la première à la dernière page, c'est un déferlement de violences et des bains de sang toujours renouvelés que l'auteur nous propose ici afin d'illustrer la situation déplorable de certains pays africains post-coloniaux, livrés à toutes les turpitudes de leurs "élites", sanguinaires à souhait et soutenues à bout de bras par des puissances extérieures (dans le cas présent la France et les USA) qui y trouvent l'opportunité de garder la main sur le pays tout en n'y étant plus officiellement présentes.

    8 comments Lire la suite...
  •  

    Par Modeste WASSO

    Griet BROSENS, Du Congo à l’Yser. 32 soldats congolais dans l’armée belge durant la Première Guerre mondiale. Traduit du néerlandais (Belgique) par Charles FRANKEN. Waterloo, éditions Luc Pire (www.editionslucpire.be), 2016. 271 pages. 24,90 €

    Voici un livre qui ouvre une page de l’histoire commune à la Belgique et au Congo des années  1914-1918. "Du Congo à l’Yser"  relate  l’histoire, longtemps occultée, des Congolais arrivés en Belgique, à la fin du 19ème siècle (les premières arrivées datent de 1885) en tant que militaires et qui ont combattu sous le drapeau belge pendant la première guerre mondiale, 1914-1918.

    Laisser un commentaire! Lire la suite...
  • Par Eddy VAN SEVENANT

    Collectif, État des résistances dans le Sud : Afrique. Alternatives Sud (Revue trimestrielle). Volume 23-2016/4. Centre Tricontinental  (Louvain-la-Neuve) et Éditions Syllepse (Paris) – 215 pages. 13 €

    Cet ouvrage fait partie d'une série qui fait le point régulièrement sur les oppositions politiques, féministes, paysannes, etc. aux régimes en place dans différents pays du Sud, principalement d'ailleurs sur le continent africain.

    Laisser un commentaire! Lire la suite...
  • Groupes armés et problématique de développement
    du territoire de Fizi (RD Congo)


    par BAWILI LUKELE Tango
    département des Sciences Politiques et Administratives 
    Université Officielle de Bukavu
    This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.

    Résumé : Par leurs actions, les groupes armés ont influé et influent négativement sur le développement de ce territoire ; ils y créent une instabilité permanente depuis de longues années. Cette instabilité entraîne des conséquences désastreuses notamment sur les plans politique, administratif, sécuritaire, économique, etc. Cet état des choses empêche les pouvoirs publics et les populations locales d'exploiter les multiples potentialités naturelles en vue de booster son développement. Ceci explique dans une certaine mesure le sous-développement de ce territoire. De ce fait, il importe que l’État se réveille, rétablisse la paix et suscite le développement de ce territoire en impliquant les populations locales.

    Introduction    

    Depuis plus d’une décennie, l’est de la RD Congo est en proie à une instabilité sécuritaire dont les causes sont à la fois internes et externes. L’ampleur et les effets de cette situation sont différemment vécus d’une province à une autre. Au Sud-Kivu, l’émergence et la résurgence des groupes armés entraînent une instabilité sécuritaire qui, par conséquent, étouffe les actions du développement. 

    1 comment Lire la suite...

 La médiation, une justice appropriée pour le règlement du conflit ethnique rwandais. La justice réparatrice

''Dans de nombreux pays, le mécontentement et la frustration engendrés par le système judiciaire ainsi que le regain d'intérêt porté à la préservation et au renforcement des pratiques coutumières et traditionnelles ont conduit d'aucuns à appeler de leurs vœux de nouvelles réponses à la délinquance et aux troubles sociaux''.

Organisation des Nations unies (ONU)

 

Dans la tradition rwandaise, au niveau de la famille et selon la coutume, quand il y a une bagarre entre deux frères ou sœurs, le grand frère ou la grande sœur va s’interposer entre eux pour arrêter le combat.

 

Ces derniers vont lui raconter l’origine du conflit et pourquoi ils (elles) se sont battu(e)s. Le grand frère ou la grande sœur va les écouter et tentera de régler ce différend mais sans les ''juger''. En cas de refus de leur part, il(elle) les conduira devant leurs parents qui se chargeront en dernier lieu de les (ré)concilier, en

conseil de famille,

en leur rappelant les valeurs de respect et de cohabitation ainsi que les interdits sociaux qu'ils ont violés (kubahanura). Tout en reconnaissant la part de responsabilité de chacun dans le conflit, le grand frère ou la grande sœur et les parents vont faire en sorte que les enfants disent la vérité, qu’ils comprennent et reconnaissent leurs torts et leurs responsabilités respectives, qu’ils s’engagent à ne plus recommencer le même conflit. Ils vont laver le linge sale en famille, car ils ne feront appel à aucune personne étrangère sauf, en cas de nécessité, les membres de la famille élargie (oncles, tantes, etc.). Personne ne prendra partie pour l'un ou l'autre enfant, pour ne pas casser l’unité de la famille. Sans rancune, les enfants retourneront jouer ensemble.

[if !supportLists]1.     [endif]

La justice ordinaire face au conflit politique et ethnique rwandais

Tout au long de l'histoire rwandaise, les concepts hutu, tutsi et twa appelés ''ethnies'' ont acquis une connotation politique. Ces groupes ne sont pas des communautés à part entière car il n’y a qu’une seule communauté rwandaise. Ainsi donc, dans un conflit ethnique opposant un Hutu et un Tutsi par exemple, quand cette affaire est portée devant un juge rwandais appartenant à l'une de ces deux ''ethnies'', il y a le risque que celui-ci puisse être juge et partie. Même en étant impartial, son jugement pourra être entaché d'irrégularités dues à de faux témoignages des personnes dont l'intervention serait uniquement motivée par la solidarité ethnique avec les parties au procès. Un crime ethnique contre un hutu ou un tutsi affecte donc les autres membres du même groupe que la victime tellement ils se sentent eux aussi victimes indirectes des mêmes faits, même s'ils n'avaient pas été commis avec l'intention de nuire à tout le groupe. Mais, le peuple rwandais a connu les drames où les crimes à caractère ethnique ont été commis par certains membres d'un groupe contre une masse de la population appartenant à l'autre groupe ethnique. Tous les membres du groupe ethnique des victimes lésées – même ceux qui n'ont pas été touchés directement – revendiquent aussi le statut de victimes. Certains d'entre eux ont tendance à culpabiliser tous les membres du groupe ethnique des bourreaux, en leur imputant aussi la responsabilité. Cette globalisation est très dangereuse pour la justice et la réconciliation rwandaises. Pour la justice,

la responsabilité pénale doit être personnelle à l'auteur des faits incriminés et la qualité de victime n'appartient qu'à l'individu ayant subi personnellement l'offense. Par conséquent, seule la personne ayant commis l'infraction doit être jugée et seule la victime ayant subi les faits délictueux a droit à la réparation du préjudice.

Qu'en est-il de la justice internationale, c'est-à-dire celle qui est rendue par les juges étrangers non rwandais ? Le conflit ethnique rwandais a tellement dépassé les frontières de l'État rwandais qu’il a créé aussi des tensions entre ses propres citoyens et les étrangers. Malgré qu’ils ne soient pas membres de la communauté rwandaise – et donc qu'ils ne soient ni hutu, ni tutsi ni twa – même les juges internationaux ou des tribunaux des pays étrangers ne sont pas à l'abri des critiques. Ces juges peuvent être influencés par de fausses déclarations des personnes dont l'intervention peut être motivée par la solidarité ethnique avec les parties au procès, ou par des pressions politiques de tous bords exercées sur les témoins par exemple. Ils peuvent être critiqués soit par les parties aux procès, soit par une partie du peuple rwandais ou une partie de l'opinion publique étrangère. La confiance est mise en cause aussi pour cette justice qui devrait jouir d'une bonne réputation de neutralité et d'impartialité.

Le fait que le principe de l'indépendance de la justice ne peut pas être pleinement respecté est une autre conséquence du caractère politique du conflit ethnique rwandais. Et cela peut aisément se comprendre car cela découle même du fait qu'à la base, ce conflit a toujours été créé par des idéologies politiques. Le vivre ensemble des Rwandais a souvent été mis en péril par certains politiciens qui ont utilisé l'ethnie comme une arme politique pour accéder et se maintenir au pouvoir. Dans leurs campagnes à la recherche du soutien de la population, leurs discours ont été centrés sur la solidarité ethnique de leurs "partisans", leur souffrance et la discrimination – réelle – que leur ont infligées les responsables du camp politique opposé, tout au long de l'histoire. Ces politiciens se sont considérés comme les défenseurs de leurs groupes ethniques respectifs, en insistant sur leur qualité de victimes. Pour leurs intérêts politiques, ils ont manipulé les citoyens ordinaires, les ont divisés en propageant l'idéologie de la haine ethnique des uns contre les autres. Ainsi, la carte ethnique était jouée...

[if !supportLists]2.     [endif]

La médiation par la justice réparatrice: une voie de solution

''La médiation est émancipatrice dans la mesure où elle est une instance privilégiée pour entreprendre la séparation entre le droit et l'État''.

Fernando CARVAJAL SÁNCHEZ

Compte tenu de ces considérations, il faudrait envisager une autre solution pour que n'importe quel citoyen rwandais (hutu, tutsi ou twa) puisse avoir droit à une bonne justice. Le conflit politique et ethnique rwandais devrait être réglé dans un contexte communautaire. Le peuple rwandais forme une seule communauté : elle a une même culture et parle une même langue. Il n’existe pas de ''communautés ethniques'' rwandaises, comme certains le disent en comparant ces ''ethnies'' à des communautés linguistiques d’autres pays. À cause, notamment, de l’influence de la civilisation belge – par la colonisation – sur la culture rwandaise, on est souvent tenté de comparer les communautés linguistiques belges "néerlandophone, francophone, germanophone" qui sont réparties en régions distinctes, avec ce qu’on a toujours appelé groupes ethniques "Hutu, Tutsi, Twa" alors que ces derniers ont une même langue, une même culture et habitent ensemble dans toutes les régions du Rwanda.

Par des programmes de justice réparatrice, les instances de médiation renforceraient les instances ordinaires de justice et aideraient les protagonistes à résoudre eux-mêmes leurs différends, toutes qualifications confondues, et ceux à caractère ethnique en particulier. Puisque, de par leurs fonctions, les médiateurs et conciliateurs n'ont aucun pouvoir de décision, leur appartenance à un groupe ethnique – hutu, tutsi ou twa – n'aurait aucune influence sur l'accord à intervenir entre les parties à l'issue du processus de médiation. De ce fait, aucune pression politique ne pourra être exercée sur eux. De même, puisque le dialogue serait mené par les parties elles-mêmes, aucune ingérence extérieure ne viendrait influencer leur accord. Ce système offre aussi des garanties d'impartialité et de confiance : les parties ont le pouvoir de régler leur conflit et de trouver un accord, choisissent elles-mêmes un médiateur ou un conciliateur et ces derniers n'ont aucun pouvoir de décision (ils sont neutres et ne sont pas des juges).

Dans son manuel sur les programmes de justice réparatrice (2008), l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime définit la justice réparatrice comme un processus par lequel on combat la délinquance en réparant le mal fait aux victimes, en rendant les délinquants comptables de leurs actes et, souvent, en associant la communauté à la résolution du conflit. La participation des parties est un aspect essentiel de ce processus, qui place l'accent sur l'établissement d'une relation, sur la réconciliation et sur la recherche d'une entente entre les victimes et le délinquant (page 6).

 

Les objectifs de la justice réparatrice sont les suivants :

   rétablir l'ordre et la paix locale et retisser les liens endommagés ;

   dénoncer le comportement criminel comme étant inacceptable et réaffirmer les valeurs de la communauté ;

   aider les victimes, leur donner la parole, leur permettre de participer et répondre à leurs besoins ;

   inviter toutes les parties concernées, en particulier les délinquants, à assumer leurs responsabilités ;

   définir une entente de réparation tournée vers l'avenir ;

   prévenir la récidive en invitant les délinquants à changer et en facilitant leur réinsertion dans la communauté (page10).

3. Et la réconciliation ?

Il faut permettre aux responsables des actes criminels à caractère ethnique d'apprendre à demander pardon et aux victimes d'apprendre à pardonner. Car, il ne suffit pas seulement pour le délinquant d’avouer et de plaider coupable en justice. Pour la réconciliation authentique aussi entre les Hutu et les Tutsi, il appartient à l'auteur de l'infraction qui a été mis en cause de demander pardon à la victime et de renoncer à recommencer l'acte fautif (récidiver). C'est à la victime aussi qu'il revient de pardonner et de renoncer à la vengeance. C'est une conséquence logique du principe de la responsabilité pénale – cité plus haut – qui est personnelle. Le pardon est un mouvement de l'âme et du cœur et ne doit pas être commandé ni forcé. On ne peut pas commander l'amour à quelqu'un, disait Jean MONBOURQUETTE (Conférence sur le pardon, 1999). Ainsi, comme on ne doit être jugé pour des faits commis par autrui, on ne peut non plus demander pardon pour ces mêmes faits dont on n'est pas responsable. Le pardon demandé, volontairement ou par obligation, par quelqu'un qui n'a pas commis la faute, est un faux pardon. Aussi, comme personne ne peut prétendre avoir droit à la réparation pour un préjudice qu'il n'a pas subi, pardonner une faute dont on n'est pas victime est aussi un faux pardon. Dieu seul a le pouvoir de pardonner les fautes de tout être humain.

Aloys MUSOMESHA

Juriste formé à la médiation locale, scolaire et pénale

Projet pour la Réconciliation – DVJP[if !supportFootnotes][1][endif]

Umushinga w'ubwiyunge nyakuri

Programme – Médiation & Justice réparatrice

Gahunda y'ubutabera buhuza abantu bukanabunga

Juillet, 2014

 

Projet DVJP: Projet pour la Réconciliation par le Droit, la Vérité, la Justice et le Pardon.

Evaluer cet article
(0 votes)
Lu 2399 fois

Laisser un commentaire

Assurez-vous que vous entrez les informations obligatoires (*) l'endroit indique. Code HTML n'est pas autorise.

Bonne Visite

 

L'Africain

Rue L. Bernus 7

6000 Charleroi

+32 71 313 186

This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.

NEWSLETTER

Bonjour, Veuillez entrer vos données pour vous inscrire à la newsletter.
captcha 
Merci pour votre inscription.