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  • La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996) 

    Thèse doctorale soutenue par le Révérend Père  Rigobert KYUNGU SJ, le 30 juin 2020, à l'Université Grégorienne de Rome.

    Un évènement joyeux après celui des ordinations presbytérale et diaconale des Pères Eric KAMBALE et Stanislas KAMBASHI, le samedi 27 juin 2020.

    L’auditoire ne devant contenir qu’un nombre réduit de participants suite aux restrictions liées à la crise sanitaire en cours, ladite soutenance s’est faite en mode semi publique. Néanmoins, la retransmission en direct sur YouTube a contribué à élargir l’audience.

    De quoi a-t-il été question dans cette thèse discutée en vue de l’obtention du titre de docteur en théologie spirituelle ? La recherche a porté sur la figure du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA SJ, mort martyrisé le 29 octobre 1996 à Bukavu, et dont la cause de béatification avance à grands pas.

     

    Pour s’engager dans cette "aventure", l’auteur de la thèse a été motivé entre autres par le témoignage de vie de l’ancien archevêque de Bukavu. Ce dernier, à travers son engagement aussi bien sociopolitique que pastoral, a laissé des traces qui méritent d’être mises en évidence. Une autre motivation est le discernement spirituel qui caractérisait ce serviteur de Dieu. C’était, souligne le Père KYUNGU, un homme dont le discernement spirituel était au cœur de ses actions dans sa vie d’africain, de prêtre jésuite et d’évêque.

    La thèse porte le titre de "La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996)". Elle s’articule sur six grands chapitres. Dans un premier moment, l’auteur décrit la région des Grands-Lacs dans laquelle est né et a œuvré Mgr MUNZIHIRWA. Une description qui prend en compte la période trouble du génocide au Rwanda en 1994, mais aussi la guerre au Congo en 1996, dite la guerre de libération, ayant occasionné la chute du Maréchal MOBUTU, après 32 ans de règne.

    En second lieu, l’auteur dresse une biographie de l’ancien archevêque de Bukavu, depuis sa naissance à Burhale dans le Bushi, jusqu’à son ordination épiscopale inclusivement. Cette biographie se veut suffisamment fouillée, dans le but de contribuer à l’avancement du procès de béatification du serviteur de Dieu.  Le troisième chapitre couvre le ministère épiscopal du prélat à Kasongo où il est resté 8 ans. L’auteur a voulu mettre en exergue ces années qui sont souvent oubliées dans beaucoup de biographies. Le quatrième chapitre développe l’étape de Bukavu où Mgr MUNZIHIRWA a exercé son ministère épiscopal de manière très intense pendant deux ans, dans le contexte de guerre et ce, jusqu’à son martyre. Ici, l’auteur discute aussi la question du martyre " in odium fidei ". 

    D’autre part, la dissertation comprend une partie analytique qui scrute la figure de Mgr MUNZIHIRWA à partir de son enracinement dans la culture africaine, entre autres. Ainsi, le cinquième chapitre analyse-t-il 55 proverbes utilisés par Mgr MUNZIHIRWA, en les insérant dans les genres poétiques de la littérature orale africaine.  Pour notre auteur, Mgr MUNZIHIRWA a montré que l’Afrique est riche et que ses richesses culturelles ne peuvent être balayées ni abandonnées comme si elles n’étaient pas importantes. L’attachement à sa culture a aidé Mgr MUNZIHIRWA à intérioriser, ou mieux, inculturer non seulement l’évangile, mais aussi la spiritualité ignatienne au point de faire de lui un homme à la fois "entièrement africain et entièrement jésuite". L’auteur démontre donc que la culture africaine et la spiritualité ignatienne convergent harmonieusement dans la personne de Mgr MUNZIHIRWA. Enfin, au sixième chapitre, le discernement apparaît comme un thème clé dans la discussion, puisque, selon l’auteur, il constitue un outil efficace utilisé par le serviteur de Dieu tout au long de sa vie, générant en lui une vraie liberté intérieure. La thèse chute en dépeignant le profil spirituel de Mgr MUNZIHIRWA, affirmant que sa spiritualité se fonde sur la prière et l’Eucharistie, la dévotion mariale, l’engagement pour la paix et la justice, la pauvreté évangélique, la croix du Christ, le discernement spirituel, la liberté intérieure, l’inculturation et enfin le sens de l’Eglise.

    Au terme de la présentation par le récipiendaire des résultats de sa recherche, un dialogue s’est engagé avec le jury pour expliquer davantage et tirer au clair tous les hémisphères de ce travail scientifique. Après délibération, le jury a salué la rigueur et la qualité du travail accompli. Dans le respect des normes de la Grégorienne, le jury n’a pas immédiatement rendu public son verdict ; il appartient aux services du secrétariat de l’Université de le communiquer au récipiendaire par les voies ordinaires. Le père KYUNGU recevra donc le titre de docteur après la publication partielle ou totale de sa thèse. Profitiat !

    Pour célébrer la joie de cet évènement, les Jésuites présents à la cérémonie ainsi que d’autres invités se sont retrouvés dans la communauté du Gesù où un verre d’amitié a été partagé.

    En outre, pour joindre l’utile à l’agréable, un partage de repas a été organisé le mercredi 1er juillet 2020 dans un restaurant de la place pour célébrer avec quelques invités les trois évènements joyeux de l’ACE-Rome : thèse, ordinations presbytérale et diaconale.

    C’est par ces événements heureux que s’achève l’année académique. Se pliant aux aléas du transport aérien dans les circonstances actuelles, les uns attendent de s’envoler sous d’autres cieux, alors que d’autres ont décidé de passer l’été en Italie ou en Europe. Désormais l’ACE-Rome a un nouveau coordinateur pour l’année académique 2020-2021 en la personne de Camille MUKOSO à qui nous souhaitons beaucoup de succès dans ce service.

    Jean-Paul KAMBA, SJ

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    Vingtième anniversaire de l'assassinant de
    Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO 
    (01/01/1926-29/10/1996) 

    Par Jean NYEMBO, sj
    Commission Foi et Promotion de la Justice

    Bien chers amis dans le Seigneur,

    Paix à vous !

    Nous célébrons aujourd'hui, 29 octobre 2016, le vingtième anniversaire de l'assassinat de notre frère, pasteur de l'Eglise de Bukavu, Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO. Mzee, comme nous l'appelions respectueusement et affectueusement, est mort sur le champ de batailles, la croix à la main comme seule arme qu'il possédait.

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  • Saint Nicolas et Père Fouettard : qui sont-ils ?
    Et quel est leur impact sur les enfants belgo-africains ?

     

    Par Mireille-Tsheusi ROBERT
    BAMKO asbl
     

    Connaissez-vous le "Sauvage d'Ath "? Le "Diable Magnon" ? Ou les "Basoulous de Basècles" ? Vous n'avez sûrement jamais entendu parler de ces sauvages hainuyers si vous n'êtes pas originaire de cette région. Peut-être connaîtrez-vous mieux les Noirauds bruxellois ou le Zwarte Piet anversois ? Dans l'espace francophone, Zwarte Piet, littéralement Pierrot-Le-Noir, est appelé Père Fouettard, le joyeux mais répressif compagnon de Saint Nicolas. Ces figures folkloriques souvent enchaînées, parfois affublées de cornes, dansant, chantant et vociférant à l'encontre des badauds lors du carnaval de la "Ducasse", de la fête de Saint Nicolas ou lors de la procession des Noirauds ont toutes un point commun : le maquillage en noir du visage ou le "blackface".

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  • CPI. Les doutes du procès BEMBA
    Y a-t-il vraiment eu crimes contre l’humanité à Bangui 
    en 2002 et 2003 ?

    Par WINA LOKONDO
    Historien, journaliste indépendant

     Le 24 mai 2008, Jean-Pierre BEMBA, sénateur et ancien Vice-président de la RD Congo de 2003 à 2006, est arrêté en début de soirée dans sa résidence de Rhode-Saint-Genèse, un quartier périphérique de Bruxelles, en exécution du mandat d’arrêt international lancé contre lui par le procureur près la Cour Pénale Internationale. Il sera transféré, après neuf jours de détention dans la capitale belge, à la prison de la CPI de Scheveningen, un faubourg de La Haye. Il y est, à ce jour.

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  • Analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo
    aux organisations internationales africaines

     

    Par       Adolphe AMANI BYENDA[1]
    Germain NGOIE TSHIBAMBE[2]

     

    Résumé : Depuis la fin de la première et de la deuxième guerre mondiale, les organisations internationales jouent  un rôle très important dans les différents secteurs de la vie à cause de leur efficacité de réponse rapide aux problèmes urgents des États. À cet égard, il s’avère, sur base de nos résultats, que l’appartenance des États à plusieurs organisations notamment sous-régionales, régionales ou intercontinentales constitue un avantage  tant sur le plan politique, économique que sécuritaire. Le présent article se fixe comme objectif, l’analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines. À partir de cette recherche, nous comprenons que les facteurs géographique, historique, sécuritaire, économique, politique et culturel,… sont autant d'éléments qui justifient l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines.  

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  • MENDE, KAMBILA et les sanctions impériales

     

    Par MBELU BABANYA KABUDI

    Les sanctions prises par les USA et l'UE à l'endroit de certains membres de ''la kabilie'' ont suscité quelques réactions en son sein. L'ex-porte-parole du gouvernement démissionnaire  de MATATA PONYO, Lambert MENDE, fort de ses études de droit, les a sévèrement critiquées ce lundi 12 décembre 2016. Voici ce qu'il dit :

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    Cosmos EGLO, Du sang sur le miroir. Paris, L'Harmattan, 2012. 200 pages.

    Par Eddy VAN SEVENANT

    Ames sensibles s'abstenir ! De la première à la dernière page, c'est un déferlement de violences et des bains de sang toujours renouvelés que l'auteur nous propose ici afin d'illustrer la situation déplorable de certains pays africains post-coloniaux, livrés à toutes les turpitudes de leurs "élites", sanguinaires à souhait et soutenues à bout de bras par des puissances extérieures (dans le cas présent la France et les USA) qui y trouvent l'opportunité de garder la main sur le pays tout en n'y étant plus officiellement présentes.

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    Par Modeste WASSO

    Griet BROSENS, Du Congo à l’Yser. 32 soldats congolais dans l’armée belge durant la Première Guerre mondiale. Traduit du néerlandais (Belgique) par Charles FRANKEN. Waterloo, éditions Luc Pire (www.editionslucpire.be), 2016. 271 pages. 24,90 €

    Voici un livre qui ouvre une page de l’histoire commune à la Belgique et au Congo des années  1914-1918. "Du Congo à l’Yser"  relate  l’histoire, longtemps occultée, des Congolais arrivés en Belgique, à la fin du 19ème siècle (les premières arrivées datent de 1885) en tant que militaires et qui ont combattu sous le drapeau belge pendant la première guerre mondiale, 1914-1918.

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  • Par Eddy VAN SEVENANT

    Collectif, État des résistances dans le Sud : Afrique. Alternatives Sud (Revue trimestrielle). Volume 23-2016/4. Centre Tricontinental  (Louvain-la-Neuve) et Éditions Syllepse (Paris) – 215 pages. 13 €

    Cet ouvrage fait partie d'une série qui fait le point régulièrement sur les oppositions politiques, féministes, paysannes, etc. aux régimes en place dans différents pays du Sud, principalement d'ailleurs sur le continent africain.

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  • Groupes armés et problématique de développement
    du territoire de Fizi (RD Congo)


    par BAWILI LUKELE Tango
    département des Sciences Politiques et Administratives 
    Université Officielle de Bukavu
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    Résumé : Par leurs actions, les groupes armés ont influé et influent négativement sur le développement de ce territoire ; ils y créent une instabilité permanente depuis de longues années. Cette instabilité entraîne des conséquences désastreuses notamment sur les plans politique, administratif, sécuritaire, économique, etc. Cet état des choses empêche les pouvoirs publics et les populations locales d'exploiter les multiples potentialités naturelles en vue de booster son développement. Ceci explique dans une certaine mesure le sous-développement de ce territoire. De ce fait, il importe que l’État se réveille, rétablisse la paix et suscite le développement de ce territoire en impliquant les populations locales.

    Introduction    

    Depuis plus d’une décennie, l’est de la RD Congo est en proie à une instabilité sécuritaire dont les causes sont à la fois internes et externes. L’ampleur et les effets de cette situation sont différemment vécus d’une province à une autre. Au Sud-Kivu, l’émergence et la résurgence des groupes armés entraînent une instabilité sécuritaire qui, par conséquent, étouffe les actions du développement. 

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Congolais "d’origine"…

Pendant longtemps, pour savoir ce qui se passe près de nous ou loin ailleurs, nous, terriens, sommes "allés" vers les médias pour trouver l’information. Aujourd’hui, l’information "vient" vers nous. Elle nous parvient à la maison, minute après minute, par nos courriels (e-mails), dans nos ordinateurs, dans nos portables. Vive Internet ! Vive la science !

Plusieurs internautes ont probablement reçu, comme nous - dans leurs courriels - le texte contenant l’arbre généalogique de Honoré NGBANDA NZAMBO-KO-ATUMBA, ancien conseiller spécial du Président MOBUTU en matière de sécurité. Ce dernier, qui, apparemment, a le sens du détail (déformation professionnelle ? ardent besoin de convaincre ?), y décline ses noms, lieu et date de naissance. Il mentionne ses village, secteur, territoire et district "d’origine". Il parle de son enfance, de ses amis de prime scolarité, etc. Mêmes précisions concernant ses parents et grands-parents, paternels comme maternels.

Honoré NGBANDA est actuellement, comme de nombreux autres Congolais, aux avant-postes de la noble lutte - sur la Toile et à leur manière - contre l’inacceptable occupation armée de la partie orientale de la RD Congo par des forces étrangères.

Honneurs patriotiques leur soient rendus, ainsi qu'à tous les autres compatriotes qui refusent de courber l’échine devant les ambitions hégémoniques des envahisseurs de notre pays. En particulier ceux, comme le valeureux Mamadou NDALA, qui ont versé leur sang en les affrontant physiquement.

Par cette singulière notice biographique, le président de l’Apareco a sans doute voulu prouver sa "congolité", sa nationalité congolaise…"d’origine". Comme en parle la loi congolaise sur la nationalité en son article 6 qui dit : "Est congolaise d’origine, toute personne appartenant aux groupes ethniques et nationalités dont les personnes et le territoire constituaient ce qui est devenu le Congo (présentement la RD Congo) à l’indépendance".

Tous les compatriotes de Honoré NGBANDA doivent-ils également se soumettre à cet exercice rédactionnel ? En plus du C.V. (curriculum vitae), les Congolais seraient-ils désormais invités à exhiber leur arbre généalogique pour obtenir un emploi ? Est-ce une simple fierté d’exprimer l’appartenance – et dès lors normale – à un espace socio-géographique ? Ou une obligation de preuve à donner afin de se conformer au discriminatoire et exclusif article 24 de la même loi sur la nationalité ? Il stipule : "La personne qui a acquis la nationalité congolaise jouit de tous les droits et est tenue à toutes les obligations attachées à la nationalité congolaise d’acquisition. Toutefois, les lois particulières peuvent exclure de l’exercice de certaines fonctions publiques les personnes bénéficiaires de la nationalité congolaise d’acquisition". Quelles seraient ces fonctions et, surtout, pourquoi les en excluerait-on ?

Le discours identaire, celui sur les "origines", est de plus en plus présent dans l’arène politique congolaise. On l’entend par-ci par-là et il n’est pas toujours innocemment tenu. L’éloge de l’identité - celui de la particularité d’un groupe, de son lointain passé, de son terroir et de sa vieille langue, des mêmes lointains ancêtres - est rarement sans risque car, mal fait, il entretient négativement les différences ("natif" et "arrivant", "eux" et "nous", et pis, "eux" contre "nous"), engendre in fine (sans que cela se dise clairement) le rejet de "l’autre", l’intolérance (tribale, ethnique, religieuse, raciale, etc.) et a souvent été à la base des massacres que connaît l’histoire de l’Humanité. Citons précisément ici le pogrom rwandais, il y a vingt ans passés, les années de guerre en Côte d’Ivoire consécutives au triste discours sur "l’ivoirité" ou encore - sous nos yeux, en direct -, les tueries en cours en Centrafique. Il y a ainsi lieu de faire très attention au recours au discours identitaire, et surtout à son instrumentalisation en politique, de s’interdire d’agiter, sans raison, des épouvantails.

Le fils du pays, dont les aïeux et bisaïeuls sont nés dans le même village, est, pense-t-on, censé aimer "plus" sa terre que l’étranger. Et que trahir la nation ne peut, de ce fait, n’être que le propre de "l’arrivant". De ce point de vue, la fidélité à celle-ci n’est pas constatée par des actes, mais présumée acquise par la simple appartenance à la tribu, appartenance reflétée notamment par la consonance du nom. L’article 24 précité serait-il ainsi le paravent officiel à la traîtrise que contiendrait l’ADN du Congolais venu "d’ailleurs", le non "originaire" ? L’histoire de la RD Congo – émaillée des faits, bien nombreux, de pillages et de trahisons du pays par de prétendus Congolais de "souche" - contredit cette stigmatisation légale du Congolais de nationalité "d’acquisition", condamné à demeurer un citoyen de seconde zone n’ayant pas voix à tous les chapitres.

Les Congolais sont appelés à assumer la mondialisation et ses conséquences. Ils y sont entrés, et davantage, depuis 1960. Ils émigrent chez "les autres" et vont continuer à y aller. Et ces derniers entreront davantage chez eux. Au Congo comme ailleurs, personne ne pourra arrêter ces mouvements migratoires, séculaires, qui n’ont pas que des effets négatifs. L’apport en savoir humain et en transfert de technologie n’ont-ils pas contribué au développement et à la grandeur des nations qui se sont ouvertes aux autres ?

Le père de Barack OBAMA était allé étudier aux Etats-Unis. Il y a laissé un fils qui, aujourd’hui, est à la tête de ce pays, la première puissance de notre planète. Barack OBAMA a des frères et des sœurs consanguins au Kenya portant le même patronyme que lui. Le nom OBAMA ne vient pas, à ce que l’on sache, des peuples primitifs de l’Amérique. Les Etats-Unis n’ont pas pour autant disparu de la terre et ne s’en portent pas si mal malgré les origines biologiques et la peau basanée de leur actuel président. Le premier ministre belge, Elio DI RUPO, docteur en sciences chimiques, est né en Belgique mais de parents italiens, venus d’Italie. Il est pourtant actuellement un des politiciens préférés des Belges. Manuel VALLS, le tout récent premier ministre français, est né Espagnol et à Barcelone, de parents espagnols. Il a obtenu sa naturalisation comme Français à l’âge de 20 ans. Rama YADE est née au Sénégal. Devenue française, elle avait été nommée secrétaire d’État dans le gouvernement de "son" pays, la France, dirigé par Nicolas SARKOZY dont le père est d’origine hongroise.

Gisèle MANDAILA a été vice-ministre belge et est actuellement députée bruxelloise. Bertin MAMPAKA est sénateur belge. Les deux sont nés Congolais et en RD Congo, de parents congolais. Ils y ont leurs grandes familles et s’y rendent souvent. Cécile KYENGE a dernièrement été ministre dans le gouvernement italien. Elle est également née en RD Congo où elle aurait, dit-on, 37 frères et sœurs. Elle est arrivée adulte en Italie.

Il n’est pas toujours bien indiqué de se citer en exemple du fait de l’arrière-goût de prétention ou de narcissisme qui peut accompagner la démarche. Pour illustrer davantage le présent sujet, le rédacteur de ces lignes s’autorise une exceptionnelle entorse à cette règle de savoir-vivre. Il est Congolais, né à Mbandaka. Son certificat de nationalité porte le numéro OO13314, son passeport le n°OB0136891, sa carte d’électeur le n°10022482055. Mais sa fille aînée, née également à Mbandaka, est devenue belge à l’âge adulte, de libre choix. Détentrice d’un master en gestion, et après un passage à Fortis Banque, elle a été engagée par Bpost Bank comme conseillère financière. Elle a répondu à une offre publique d’emploi et elle a été retenue après une compétition où ont concouru plusieurs dizaines d’autres candidats belges, blancs de peau. Elle travaille avec son nom de naissance. Ses "origines" congolaises seraient-elles pour autant un danger pour la Belgique ? Ses recruteurs ont-ils commis un acte de trahison à la nation belge en engageant une Noire venue d’Afrique ?

La nationalité n’a ainsi rien avoir avec les origines. C’est une notion juridique, une relation de droit entre "un" État et "un" individu, faite des droits et des obligations réciproques entre les deux. Les ascendants et les descendants de  l’"individu" n’ont absolument rien  à voir dans cette relation. Le binôme n’existe et ne se définit que par lui-même. C’est une donnée des États modernes. La conception ethnique de la nationalité – surannée -  est aujourd’hui celle des partis "nationalistes", ceux de l’extrême droite, qui font du rejet de "l’étranger", de la lutte contre l’immigration leur cheval de bataille. On les étiquette partis racistes, xénophobes. Existerait-il aussi des politiciens et des partis "d’extrême droite" en RD Congo ?

Les "étrangers" ont beaucoup fait au Congo, et parfois plus que les Congolais "d’origine". Et ils méritent la reconnaissance de notre nation, cet agrégat d’ethnies à qui, faut-il le rappeler, ils ont donné sa forme actuelle. En effet, le Congo, en tant qu’État reconnu mondialement, a été créé par la volonté et l’entregent diplomatique d’un "étranger", le roi Léopold II en 1885. Ses sujets belges qui en ont hérité en 1908 avaient continué à le mettre en valeur. Ils avaient développé et bien tenu l’économie du pays (avec l’apport indirect des Américains, des Anglais, des Français, des Portugais, des Grecs,…) pendant toute la période coloniale. Et il n’est pas un mauvais exercice de comparer ce qui a été réalisé comme infrastructures socio-économiques en 52 ans de "domination coloniale" (1908-1960) avec ce que les "nationalistes" Congolais "d’origine" ont accompli de 1960 à ce jour, en 53 ans "d’indépendance".

Depuis 1960, combien d’"originaires" Congolais ont-ils créé d’entreprises payant des taxes et des impôts à l’État et offrant du travail à leurs concitoyens ? À quel pourcentage l’entreprenariat congolais contribue-t-il à la création de la richesse nationale ? Malgré les brutales expropriations (zaïrianisation) de 1974 et les successifs pillages de masse des années 1990, beaucoup d’étrangers sont restés au Congo et ont continué à y investir, prouvant ainsi – au-delà des intérêts économiques - leur attachement à notre pays. Citons ici deux exemples plus connus de grands entrepreneurs et pourvoyeurs d’emplois dans le pays, celui de Georges FORREST, né à Lubumbashi en 1940, et celui de William DAMSEAUX, arrivé enfant au Congo en 1934. Les Libanais et les Indo-Pakistanais investissent davantage en RD Congo et, apparemment, plus que les Congolais (en termes de volume de capitaux) et avec des réalisations visibles et créatrices d’emplois. La majorité des grands immeubles qui sortent aujourd’hui de la terre comme des champignons à Kinshasa – contribuant à la "révolution de la modernité" – leur appartiendrait, dit-on.

Ces "étrangers" méritent, disons-nous, notre gratitude. Le président de la FEC (Fédération des entreprises du Congo), Albert YUMA - qui sait que la reconnaissance (une des valeurs chrétiennes) manifestée à autrui pour un avantage reçu de lui grandit les hommes et les nations qui l’expriment - a fait honneur à notre pays en adressant, il en fallait, ces mots à l’endroit de William DAMSEAUX lors de ses vœux de nouvel an aux membres de la FEC, le 28 janvier 2013 : "(…) C’est le moment maintenant pour moi de rendre hommage, mais alors un hommage vibrant, à l’homme qui symbolise à lui tout seul la FEC, la réussite dans les affaires dans le respect de l’éthique, et une contribution exemplaire au développement du pays. Cet homme qui est à la FEC depuis sa création en 1960, cet homme pour qui la RD Congo est son seul et vrai pays, cet homme qui a mérité 100 fois sa nationalité congolaise, cet homme qui a gardé la FEC debout au moment de la turbulence de l’arrivée de l’AFDL à Kinshasa, cet homme que je vous demande d’applaudir debout, mesdames, messieurs, cet homme, c’est William DAMSEAUX, dirigeant de l’Orgaman. William, comme nous avons eu à te le dire, tu ne quitteras jamais le Comité de Direction et le Conseil d’Administration de la FEC tant que Dieu te gardera en vie. La RD Congo et la FEC ont besoin d’un modèle comme toi devant eux".

Les impératifs d’ouverture au monde, l’apport considérable des "étrangers" (individus comme organismes internationaux) à notre économie ainsi que leur appui à nos institutions tant publiques que privées - particulièrement les douze dernières années - nous obligent à ce devoir de gratitude et devraient également nous appeler à tempérer notre "nationalisme" et, même, à bannir ce mot du vocabulaire politique congolais. Son archaïsme et sa dangerosité nous y obligent par ailleurs. Patriotisme oui, nationalisme non. Parce que le premier prône une conception moderne et citoyenne de la communauté politique (l’État), laquelle entretient des relations strictement juridiques (droits et devoirs) avec ses membres, tandis que le second a, lui, une conception hitlero-maurrassienne et passéiste de l’État  faisant référence à la nation en termes de la race, de l’ethnie, de la religion, des "origines", de l’histoire,... D’où son rejet par les partis et les acteurs politiques démocrates, particulièrement en Occident où, depuis les monstruosités produites (notamment le génocide des Juifs) par l’idéologie du parti national-socialiste du IIIème Reich, on regarde avec des yeux écarquillés  toute personne qui se dit "nationaliste". Mais en RD Congo, on continue curieusement et fièrement à se prévaloir de ce nom !

Être Congolais "d’origine" ne veut plus rien dire en ce 21ème siècle. Il y a dès lors lieu d’extirper cet ethnicisme anachronique de la loi congolaise sur la nationalité. Car si l’on accepte qu’il y ait des Belges, des Français, des Américains, des Anglais, des Canadiens d’origine congolaise, il faut bien que l’on accepte - question de cohérence - qu’il y ait aussi des Congolais d’origines belge, française, américaine, anglaise, canadienne, angolaise, soudanaise, rwandaise, etc. Et qu’ils jouissent des mêmes droits – de tous les droits, sans exception - que tous les autres Congolais. Et que tous, bien sûr, ne se mettent pas à servir les intérêts d’autres pays au détriment de ceux de la RD Congo. La traîtrise d’un citoyen se constate sur base des faits et non pas sur base des a priori portant sur son origine géographique ou de naissance. Les nations modernes et civilisées se veulent intégrantes et protectrices, et non discriminantes. Reposons les questions : les Congolais "non originaires" seraient-ils tous de potentiels traîtres à la nation ? Les Congolais "d’origine" n’ont-ils jamais trahi le Congo ? Ont-ils toujours fait du bien à leur pays et à leurs compatriotes ?

Wina LOKONDO

 

(Rédaction publiée par le web-journal www.congoindependant.com. La lire aussi sur le mur Facebook de Wina LOKONDO).

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1 comment

  • Comment Link Jean1Jacques Lanza Wednesday, 01 February 2017 08:06 posted by Jean1Jacques Lanza

    Excellent article dont je partage absolument le point de vue. Le Congo se doit de progresser et d'embrasser les valeurs des États modernes pour se définir et se réaliser dans sa croissance, par sa diversité culturelle et de compétences. Merci

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