Prochaines élections en RD Congo. Quelques éléments de réflexion

Par Modeste WASSO
Ancien Président de la Société civile du Sud-Kivu

1. Les enjeux des élections

Qu’on le veuille ou non, tôt ou tard, le peuple congolais ira aux élections. Le Premier Ministre Congolais l'a confirmé dans un entretien à la BBC-Hardcall, le 15 mars 2018. Il convient donc de s’y préparer et, en particulier, préparer le peuple aux vrais enjeux de celles-ci dans un pays démocratique au lieu de continuer à le démoraliser avec de sombres constats qui ne font qu’alimenter la morosité générale et le fatalisme. 

Toute tentative pour les retarder ou les bloquer ne peut être que nuisible pour le pays et, en particulier, pour sa population déjà meurtrie.  Il faudrait être sourd ou aveugle pour ne pas se rendre compte de la situation de la RD Congo, la lassitude et les frustrations parfois même de la colère intensifiée par l’incurie et l’arrogance de la classe politique et qui habitent une grande partie de la population. 

La classe politique, parlons-en,  son sort devrait être réglé par les  élections. C’est là un des doubles objectifs des élections : offrir à la population l’occasion de sanctionner les mauvais gestionnaires de la " res publica ".  Mais c’est aussi l’occasion de confier le sort du pays à des personnes que l’on estime être capables de gouverner le pays, des personnes dignes et intègres.

Il ne s’agit pas nécessairement de placer d’autres gestionnaires ou d’autres mandataires à la tête du pays, mais de confier le sort du pays à des mandataires plus honnêtes et plus compétents. Il importe donc de s’interroger sur le mot "alternance" que les opposants au régime actuel ne cessent de nous ressasser. Il ne s’agit pas de " changement "  pour le changement,  de l’alternance pour l’alternance. Il ne s’agit pas de déshabiller Pierre pour habiller Paul. Dans un État démocratique, l’alternance a un objectif : l’amélioration de la gestion de la République pour plus de démocratie, plus de justice, plus de bien-être pour l’ensemble des citoyens.

La période des élections est donc une période  où le peuple dans son ensemble est convoqué à exercer son pouvoir à condition, bien sûr, qu’il soit bien informé et bien éclairé sur les enjeux des élections. Un peuple ignorant est un peuple  esclave, disait quelqu’un. C’est bien là aussi la fonction des partis politiques (et non seulement la conquête du pouvoir) et notamment des organisations de la société civile : l’éducation civique des masses populaires.

2. La situation  actuelle

Il n’est pas facile de faire un constat  réel de la situation qui prévaut en RD Congo. La raison tient au fait que les informations largement diffusées par les médias dominants ne retiennent que les faits négatifs, souvent même dramatiques. Les différents rapports des organisations internationales sont en général tronqués et même faussés. Ce qui est compréhensible : les médias et organisations internationales  sont au service des instances qui les financent et qui les envoient sur le terrain avec des objectifs précis. Il serait naïf de penser que les intérêts de ces instances correspondent nécessairement aux intérêts  du peuple congolais. Voilà la raison pour laquelle j’ai fini par cultiver en moi le réflexe de méfiance vis-à-vis des personnes portées par les médias internationaux. Ceci ne signifie pas que toutes les personnes couvertes par les médias internationaux soient peu recommandables. On a vu certains leaders portés par les médias internationaux changer de position une fois arrivés au pouvoir. Ils sont alors vomis par ceux qui les soutenaient hier.  Mais l’inverse est aussi vrai : des personnes vomies par les grandes puissances mais qui ont fini par devenir leurs idoles. Pour plus de détails sur les médias dominants, je recommande la lecture du dernier livre que vient de publier le Professeur Emmanuel NASHI : "Rivalités franco-belges au Rwanda et polémiques journalistiques". (L’Harmattan, 2018)

3. Le profil d’un candidat idéal

Je voudrais maintenant décrire les qualités d’un candidat que j’estime à même de gouverner le pays et pour qui je pourrai éventuellement voter. Pour mieux faire, je distinguerai, à ce propos, trois dimensions : dimension humaine, dimension spirituelle et dimension intellectuelle.

La dimension humaine porte sur la capacité d’un candidat  à porter le poids de la charge qu’il demande au peuple de lui confier. Est-ce qu’il a des aptitudes relationnelles requises, des aptitudes de communication, de charité, d’attention à l’autre, d’écoute, de dialogue, etc… Il faut être attentif aux qualités humaines telles que l’altruisme, la bienveillance, l’empathie, l’honnête, la loyauté, etc.

L’altruisme est une disposition du caractère qui pousse quelqu’un à s’intéresser aux autres, à se montrer désintéressé ; c’est l’opposé de l’égoïsme, tendance à se mettre au centre de tout. Un homme égoïste se préoccupe exclusivement de son propre plaisir, de son propre intérêt sans se soucier de ceux des autres.

La bienveillance est une disposition favorable envers les autres. La bienveillance est opposée à la  malveillance, tendance à nuire aux autres, à les agresser ou les attaquer ne fut-ce que verbalement. Un homme malveillant prête toujours aux propos des autres de mauvaises intentions.

L’empathie est l’aptitude de se mettre à la place d’autrui, à percevoir ce qu’il ressent. Ainsi un directeur de service qui laisse ses travailleurs sans salaire pendant des mois, se pose-t-il la question de savoir comment ces gens vivent ?

L’honnêteté désigne l’aptitude de se conformer aux règles de la morale, de la probité et de la loyauté. Est loyal, celui qui évite d’user des voies détournées, interdites par la loi ou par la morale.

Plus concrètement, on se demandera si le candidat est un homme de confiance. La confiance est le sentiment de sécurité de celui qui se fie à quelqu’un ou à quelque chose. Il importe donc de s’interroger si la personne que je vais choisir et à  qui je compte confier la gestion du pays est une personne en qui je peux faire confiance ; est-elle une personne qui tient parole ? S’agit-il d’une personne qui dit vrai, qui dit des balivernes, des propos sans fondement voire erronés ? Dans la vie quotidienne il nous arrive parfois de rencontrer des personnes en qui il est difficile de faire confiance parce qu’elles promettent une chose qu’elles ne peuvent pas ou ne veulent pas réaliser, des roublards, des rusés. Il ne faut certainement pas attendre que cette personne-là soit élue président de la République ou  député pour constater qu’elle n’est pas honnête, qu’elle ne respecte pas sa parole.

Si la dimension humaine porte essentiellement sur les relations humaines, la dimension spirituelle, elle, concerne notre comportement vis –à-vis des biens matériels : l’argent, le pouvoir, le sexe, la nourriture et tous les biens de consommation… L’opposé du spiritualisme est le matérialisme : cette tendance qui nous  conduit à privilégier les valeurs matérielles au détriment d’engagements  plus immatériels comme le partage, la spiritualité, l’équilibre intérieur, la gratuité, etc. Ceci peut paraître anodin, mais exerce une influence capitale sur la manière dont on se comporte une fois au pouvoir.

La dimension intellectuelle concerne la capacité d’un candidat à saisir et à traiter par la pensée les problèmes qu’il va affronter lorsqu’il sera aux commandes. A-t-il  des compétences requises pour exercer la fonction qu’il sollicite ? C’est ici qu’intervient la question des études et du diplôme. Certes, l’observation montre que les études ou le diplôme ne rendent pas nécessairement un homme ou une femme compétents ou honnêtes. Nous avons tous croisé sur notre chemin des diplômés roublards et malhonnêtes. Mais de là dire que les études ne doivent pas être prises en compte, il y a une marge que je n’ose pas franchir. (…)

Les études et le diplôme sont un atout dont il faudra certainement tenir compte et cela pour plusieurs raisons. Sans en faire une panacée, les études ouvrent notre esprit à nous-mêmes, aux autres et au monde  A nous-mêmes et aux autres d’abord car grâce aux études, nous réalisons que nous ne sommes pas seuls, nous ne sommes pas  le centre du monde.

Les études nous permettent aussi de comprendre notre environnement physique, notre pays n’étant pas une île isolée sur la terre, nous apprenons qu’il existe d’autres États avec lesquels nous devons coopérer pour nous développer.

Votre candidat a-t-il un programme clair et réalisable ? Ne vous promet-il monts et merveilles, un paradis sur terre ? La plupart des personnes qui ambitionnent d’être élues président restent vagues dans la présentation de leurs programmes d’action. En période des élections, vous l’aurez sans doute remarqué, les promesses fleurissent. La dernière en date est celle d’un candidat déclaré qui promet de donner du travail à tous les citoyens s’il est élu ou cet autre qui a promis de restaurer la démocratie. Ce sont des promesses alléchantes certainement mais difficilement réalisables.

J’ai dernièrement suivi le meeting organisé par un parti : rien que des critiques négatives à l’endroit du pouvoir actuel, aucun projet de société, aucun programme  clair et réalisable.

Il est important de comprendre l’importance d’un programme d’action pour les candidats à la magistrature suprême. Dans les vieilles démocraties, les programmes sont portés par les gouvernements issus des partis politiques, ce qui présente de nombreux avantages. Mais dans nos pays, tout semble reposer sur les épaules d’une personne : le Président de la République.

Le fait de présenter un programme d’action montre, en outre, que le candidat a un projet pour le pays, qu’il ne cherche pas le pouvoir pour le pouvoir. Trop souvent, les candidats aux postes de responsabilité nous laissent cette fâcheuse impression de ne rien savoir sur leurs responsabilités, aucune expérience, aucune compétence, comme au temps du Président MOBUTU, où le plus clair de son temps se passait en accordant des audiences à tel point que s’il n’y avait pas d’audiences, il n’y avait rien d’autre à faire.

D’autre part, le programme  est une série d’actions que le candidat promet de réaliser sous sa présidence. C’est un engagement que le candidat prend vis-à-vis de l’électorat.  Et c’est sur la base de cet engagement que l’élu sera soit sanctionné s’il s’avère qu’il ne l’a pas honoré soit récompensé par le renouvellement de la confiance qu’on lui fait. Il est important que le programme soit clair et réalisable dans le temps et dans l’espace.

Pour terminer, je voudrai dire pourquoi, après cette présentation, je me refuse tout de même de citer le nom du candidat que je recommanderai. Pour ne pas détourner l’attention de ceux qui vont me lire.  Il faut, peut-être le dire clairement, le profil est un idéal que personne ne peut réaliser parfaitement. Tous les candidats sont des êtres humains et il faut les considérer comme tels. Ils ont tous chacun ses qualités et bien entendu des défauts. Ce ne sont pas des surhommes. Cette affirmation ne signifie nullement que tous les candidats s’équivalent. Il existe parmi eux certainement  le moins  mauvais.  Il revient à chacun de déterminer, en âme et conscience qui est pour lui ce moins mauvais.

En âme et conscience, voici l’expression sur  laquelle ma réflexion voudrait insister. Le choix d’un candidat est un acte libre qui relève de la conscience et de la responsabilité de chaque citoyen. Il n’est pas acceptable que l’on continue à se décharger sur les autres et notamment sur les grandes puissances. Au moment de voter, aucun délégué d’un État étranger ne sera avec vous dans l’isoloir. Vous y serez seul devant votre conscience.

Mon propos n’est pas de diaboliser tel parti politique ou tel candidat mais de mettre l’accent sur la nécessité de changer le système, d’en revenir aux engagements pris. Dans le cas contraire, le peuple se sent trompé.

Mis en ligne le 20 juillet 2018

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1 comment

  • Comment Link Pierre Mourlon Friday, 27 July 2018 08:10 posted by Pierre Mourlon

    Merci pour ce beau numéro - j'ai bien entendu lu de près le texte de Modeste Wasso, que je tiens à féliciter... Merci de le lui dire à l'occasion ! Bel été au CACEAC...

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