Wednesday, 29 November 2017 15:00

Le Dieu reçu ou refusé dans les missions des Pères des Sacrés-Coeurs

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Le dieu reçu ou refusé dans les missions des Pères des Sacrés-Cœurs : Afrique, Océanie (1827-1980).

Par le RP Édouard BRION

NDLR : du 25 au 29 août 2017 à l'Abbaye de Maredret (Belgique), le Centre de Recherche et d'Échanges sur la Diffusion et l'Inculturation du Christianisme (CREDIC) a organisé un colloque international sur le thème "Annoncer quel Dieu ? Promouvoir quel homme ? Les variations sur Dieu et l'homme dans le discours et la pratique missionnaires, des Réformes à nos jours". A cette occasion, le Père Edouard BRION a donné un exposé dont le texte est reproduit ci-dessous :

Deux remarques préliminaires :

1.      Mon exposé se situe dans l’axe 3 de la présentation du thème de la session : la réception ou le rejet de l’annonce du missionnaire. Voir l’analyse très fine de l’attitude de l’Africain face au missionnaire faite par Jean-Marc ELA : Mémoire d’insoumission et résistances à l’évangélisation : un défi à la théologie africaine, dans Jean PIROTTE (dir.), Résistances à l’évangélisation, Paris, Karthala, 2003, p. 147-167[1].

  1. "Dieu n’est pas une réalité empirique ; l’invisible n’est significatif que par la démarche qui lui donne son sens"[2] : c’est dans les pratiques des missionnaires que les Hawaiiens et les Africains peuvent le deviner et en fournir leur interprétation.

 I.  Afrique

 La mission de Dekese-Kole (Congo Kinshasa) (1932-1980)

 Je résume la dialectique missionnaire de cette période par la séquence : du refus de ce dieu à sa reprise en passant par son acceptation et un rejet momentané.

Premier temps. En mars 1932, les populations révoltées contre le pouvoir colonial belge voient arriver un petit groupe de Blancs barbus. Ce sont, croient-ils, les sorciers des fonctionnaires de Bulamatari, l’Etat, qui viennent les faire mourir par des moyens secrets[3]. Devant ces témoins d’un dieu hostile, solidaire de la répression, ils réagissent par la réserve ou la violence (le petit bétail de la mission est tué, un poste de mission incendié dès sa construction).

Deuxième temps. Après quelques années, un modus vivendi se met en route autour de l’école[4]. La relation commence petit à petit à prendre un tour positif. Voici un témoignage formulé par la suite de la plume d’un Africain du lieu sur un cas : "L’école primaire KoleLowonge a été fondée en 1940… Comme partout ailleurs, le but assigné à cette école était double dès son ouverture : faciliter l’enseignement de l’évangile et combattre énergiquement l’analphabétisme et ses conséquences… Notre école a été reconnue d’office le jour même de sa création conformément à la convention qui régissait l’Eglise et l’Etat de l’époque coloniale. La modalité de recrutement des élèves était difficile, car les parents ne se rendaient pas compte de l’importance de l’école. Ce qui les intéressait, c’était d’envoyer les garçons à la chasse et leurs filles à la pêche… Pour attirer les enfants à l’école, les missionnaires devaient distribuer du sel, pagnes, perles et du savon… à tous ceux qui avaient le courage de suivre leurs études primaires. Le Père Directeur devait courir, comme un policier, dans les villages derrière les déserteurs… Jusqu’en 1953, il n’y avait aucune fille qui se présentait à l’inscription à l’école. A l’arrivée des Sœurs de Saint Vincent de Paul en 1954, une bonne centaine de filles ont senti l’intérêt de l’école"[5].

Troisième temps. Au moment où ce processus d’acceptation progressait, on assista à un épisode de rejet violent. Peu après l’indépendance du pays (30 juin 1960), en février 1961, l’annonce de l’assassinat du premier ministre Patrice LUMUMBA avec la complicité des Belges vit les missionnaires brutalisés par la population, ce qui amena le départ de la presque totalité de leurs effectifs, avec le sentiment d’avoir échoué.

Quatrième temps. Au lieu d’un effondrement, on assista alors à une reprise en main des écoles par les enseignants du lieu. Même au plan des baptêmes, les chiffres continuèrent à augmenter, bien qu’avec le temps, cet aspect passa à l’arrière-plan[6]. L’arrivée des rebelles simbas en 1964 ne produisit aucun dommage à cet égard. Au contraire, sous l’impulsion du nonce apostolique et de l’évêque, Victor VAN BEURDEN, un enseignement secondaire vit enfin le jour : il fallait former des responsables pour le pays libéré. Seule une minorité de missionnaires accepta de prêter son aide avec quelques jeunes volontaires[7].

Après le refus initial, la population avait franchi le seuil de l’acceptation pour passer à la reprise à son compte, notamment sous la forme d’une coordination structurelle de l’enseignement scolaire, sous la responsabilité des autochtones.

A partir de 1980, la nomination d’un évêque et d’un coordinateur de l’enseignement membres tous deux d’une autre congrégation religieuse, scheutiste en l’occurrence, marque la fin du statut du diocèse de Kole comme territoire confié aux Pères des Sacrés-Cœurs.

II.  Océanie Hawaii

1827-1839 : une Eglise momentanément sans prêtre

Le 7 juillet 1827, les habitants de la capitale Honolulu voient débarquer tout un groupe de Français, dont 6 missionnaires. Ils viennent, leur a-t-on dit, faire du commerce, apporter la civilisation et l’évangile. Le régent POKI les a sous sa protection.

Mais l’évangile, ils l’ont déjà : depuis l’arrivée, en 1820, des envoyés de l’American Board de Boston. La monarchie et toute une partie de la population ont déjà adhéré à la foi chrétienne.  De catholique résident sur place, il n’y a qu’un armateur espagnol, Ramon SANCHEZ, polygame, qui baptise les enfants en danger de mort et qui réunit sa famille et les étrangers de passage pour la prière du chapelet, après le signe de croix.

Immédiatement, à l’instigation des missionnaires protestants, une cabale se déchaîne contre trois missionnaires, des prêtres qu’on prend, oh horreur ! pour des jésuites. Tant et si bien qu’ils sont expulsés vers la Californie. Deux des trois restants, un frère convers et un frère de chœur, ont regagné la France pour des raisons personnelles (le mal du pays, l’insupportable nudité des natifs…). Pourtant, considérés comme de simples ouvriers, ils étaient bien vus par tous. L’un travaillait même pour l’imprimerie protestante pour gagner de quoi vivre. On arrive ainsi à 1832.

Il n’en reste qu’un : le frère convers Melchior BONDU, menuisier de son métier, avec un vieil Espagnol, PABLO. Durant deux ans, de 1832 à1833, c’est ce duo qui recrutera et rassemblera de petits groupes de catholiques dans l’habitation qui sert de mission. On y récite le chapelet et aussi les articles du catéchisme dont un paquet d’exemplaires est arrivé des presses de Macao en octobre 1832. Il contient les principales vérités de la foi et devient une source d’inspiration pour les nouveaux convertis. Ce sont ces mêmes textes qui sont récités en commun lorsqu’ils se réunissent dans leurs maisons.  Ces réunions ne se font d’ailleurs pas sans dangers, car des lois très strictes sont édictées contre les catholiques. Certains sont même emprisonnés.

A partir de juillet 1829, une persécution contre les néophytes se déclare[8]. Luisa, baptisée par les Espagnols dans les îles Marianne, est sommée par la vieille reine Elisabeta KAAHUMANU d’assister aux offices protestants. Après un baptême de 15 catéchumènes, certains sont enfermés dans le fort de la capitale, dans les chaînes et privés de nourriture et de boisson, d’autres même soumis à des travaux forcés : extraction de rochers dans la mer et construction d’une digue.

De 1829 à 1832, la persécution se fait de plus en plus violente, en même temps que le nombre de catholiques augmente. On dénombre même un décès, une jeune maman avec son bébé,  victime de maladies contractées lors de ces travaux forcés : Arokia (Alodie).

Melchior et d’autres catholiques veillent sur ceux-ci. Ils visitent les malades, enseignent la foi catholique à ceux qui s’y intéressent, baptisent les enfants et les catéchumènes en danger de mort.

Hiram BINGHAM, le chef de la mission protestante, voit tout cela avec irritation. Aussi tente-t-il, début 1832, d’expulser aussi Melchior. Mais, pour cette fois, les chefs, tout protestants soient-ils, se refusent à ses instances et lui répondent que ces ouvriers étant pauvres et vivant de leur travail, on ne devait pas les chasser.

Début 1833, la persécution se calme un certain temps et Melchior en profite pour  se rendre en Californie et se confesser. PABLO prend soin des bâtiments de la mission durant ces quelques mois. A son retour, Melchior est accueilli comme un ange tombé du ciel.

De juin 1835 jusqu’en juillet 1839, la persécution reprend vigueur. Entretemps Melchior a vu arriver successivement le frère Léonard PORTAL, un revenant, et le Père Arsène WALSH.

Ce mois-là, l’amiral LAPLACE, arrivé en vue d’Honolulu, menaça de bombarder la ville si les missionnaires français exilés n’étaient pas réadmis avec toute liberté de culte et de religion et si… un traité commercial pour les produits français, dont les spiritueux, n’était pas adopté par le roi.[9]

Je termine ce point par l’analyse des composantes de la population de ces îles à ce moment. Les  hawaïens d’origine, appelés canaques, se retrouvaient en conflit interne suite à l’unification par la force de l’archipel opérée récemment, sauf à l’île de Kauai, par le roi KAMEHAMEHA : les vainqueurs avaient adopté la foi des envoyés de Boston, les vaincus rejoignaient celle des missionnaires papistes et essayaient, sans jamais y réussir, de retrouver un certain pouvoir. En conflit entre eux, ces natifs se voyaient aussi bousculés dans leurs usages par toute une société étrangère dominée par les commerçants (avec les consuls de leurs gouvernements) et les équipages de la foule de navires de toutes nations qui encombrait continuellement le port d’Honolulu. Ils se voyaient sommés de faire preuve de cet esprit de tolérance prôné même par certains protestants gagnés aux Lumières.

1840-1889 : à l’écoute du troupeau

Durant cette période, c’est surtout à l’égard d’une personnalité hors du commun qu’il est possible de percevoir chez les Hawaiiens  l’impact des missionnaires catholiques. 

Il s’agit de Joseph (en religion Damien) DE VEUSTER. Arrivé dans l’archipel en 1863, il commença à susciter des réactions dans le public à partir de 1873 : on venait d’apprendre qu’il avait décidé de rejoindre la colonie des lépreux sur l’île de Molokaï.

Dès le départ, ces réactions, très admiratives, ne sont pas dépourvues d’ambiguïté. "Et si un noble chrétien, que ce soit un prêtre, un pasteur ou une religieuse, recevait l’inspiration d’aller sacrifier sa vie pour consoler ces pauvres malheureux, une âme royale resplendirait pour toujours sur un trône élevé par l’amour humain". Voilà l’article publié le 14 avril 1873 dans le journal hawaïen "Nuhou".

Il émanait d’un politicien local toujours en quête de voix pour la prochaine élection au parlement local. Tout citoyen américain qu’il était, il se présentait comme le grand défenseur du peuple hawaïen autochtone, accablé par le fléau de la lèpre et soumis au dictat du Comité de Santé dominé par les Américains protestants. Leur politique de mise en quarantaine, adoucie par des aides substantielles en vivres (se basant sur une lecture de la Bible : Lévitique 13 et 14 ?) ne tenait pas assez compte de la place essentielle des relations familiales dans la culture locale.

En 1889, à la mort du missionnaire, seize ans après son arrivée chez les lépreux et après avoir lui-même contracté le terrible mal, une voix discordante s’éleva. Dans une lettre à un collègue de Californie, le révérend Dr Charles MC EWEN HYDE, un clergyman d’Honolulu, faisait du missionnaire un tableau repoussant. Grâce à sa réfutation par le romancier Robert Louis STEVENSON, le monde entier put connaître les griefs du pasteur protestant.

Si ce prêtre manquait de culture intellectuelle et de raffinement dans ses manières, écrivait Hyde, il représentait surtout ces catholiques "qui s’appropriaient les institutions fondées avec les deniers publics, voire grâce à la générosité des chrétiens protestants".[10] Indépendamment de ce cas, on peut voir dans l’hostilité entre catholiques et protestants une constante dans les missions à l’époque du 19ème et une bonne partie du 20ème siècle.

Pour entendre des avis exempts de cette rivalité, nous avons les témoignages présentés bien après, en  1938, par des représentants de la population hawaiienne, à savoir d’anciens lépreux dans le cadre du procès de béatification du Père Damien[11]. Il en ressort une grande tendresse pour les malades, en particulier les enfants privés de leur famille. Voici deux témoignages parmi d’autres repris dans l’ouvrage mentionné ci-dessous en note.

Le premier, David HIHIA, âgé de 69 ans, a connu personnellement le missionnaire et en a beaucoup entendu parler. Tout mormon soit-il, il éprouve une grande affection pour le prêtre, parce qu’il était bon, et il aimerait qu’il soit proclamé saint. "Grand devait être son amour pour le prochain, dit-il, parce qu’il ne cessait jamais de le consoler, de l’encourager et de le visiter dans sa maison, et il était prêt à tout sacrifier pour soulager leurs souffrances. Quand il était sur le point de mourir, il priait pour lui et cherchait à le préparer à faire une bonne mort. Il prenait soin des malades, les lavait, soignait leurs plaies et les pansait. Damien était un vrai père et il aimait tout le monde sans distinction".

Le second est Joseph MANU, domestique, âgé de 86 ans. Il a vécu 45 ans à la léproserie comme lépreux et a très bien connu durant 16 ans le Père Damien, dont il était l’ami. Il était son "boy" et  conduisait la barque qui les menait à la vallée de Pelekunu, hors de la léproserie. Il éprouve une grande affection pour son ami et père spirituel. Il le prie tous les jours et demande son aide. "J’étais un enfant espiègle, dit-il, et le Père Damien faisait semblant de me tirer les oreilles et de me donner un coup de pied, mais, de suite après, il me donnait un bonbon. Il faisait de même avec les autres, mais ils n’étaient pas méchants comme moi. C’est la raison pourquoi le Père Damien m’aimait davantage et m’a gardé en vie si longtemps. Bien qu’accablé de travail et de difficultés et écrasé par la maladie, il était très gentil, parlait aimablement et parfois se mettait en colère. Il n’était pas impulsif mais calme. Je ne l’ai jamais entendu dire ce qui pourrait déplaire à autrui. Il travaillait avec les enfants et ne prenait pas de précautions, c’est peut-être pour cela qu’il a contracté la contagion. Ce n’était pas de l’imprudence, mais parce qu’il voulait être leur père".

Revenant maintenant à 1881, nous pouvons entendre la voix d’une autre personnalité représentative du monde hawaïen authentique. La princesse LILIUOKALANI, régente du royaume durant le voyage du roi KALAKAUA à l’étranger, faisait remettre à Damien cette lettre : "Révérend Monsieur, je désire vous exprimer toute mon admiration pour les services héroïques et désintéressés que vous rendez aux hommes les plus malheureux de ce Royaume, et apporter, en quelque manière, un public hommage au dévouement, à la patience et à la charité sans bornes, avec lesquels vous vous occupez incessamment du soulagement corporel et spirituel de tous ces infortunés, qui sont nécessairement privés des soins affectueux de leurs parents et de leurs amis.

Je sais très bien que vos travaux et vos sacrifices n’ont d’autre mobile que le désir de faire du bien à tous ces malheureux, et que vous n’attendez votre récompense que du grand Dieu, notre souverain Seigneur, qui vous dirige et vous inspire. Néanmoins, pour contenter mon désir, je vous demande, mon Révérend Père, d’accepter la décoration de Chevalier-Commandeur de l’Ordre Royal de Kalakaua, comme un témoignage de ma sincère admiration pour les efforts que vous faites afin d’alléger la détresse et d’adoucir de toutes les manières les souffrances de ces infortunés, selon que j’ai eu l’occasion de le constater, il y a peu de jours, dans la visite que j’ai faite à cet établissement. Je suis votre amie".

Dans ce témoignage d’un monde affectueux, ne peut-on percevoir l’évocation d’un certain type de Dieu ?

III.  La mémoire des fondateurs et de leur Dieu

Les missionnaires qui arrivaient sur place tenaient en mémoire le dieu qu’ils avaient reçu des fondateurs de la Congrégation. Ceux d’Hawaii les avaient connus de près. Ceux du Congo avaient passé toute l’année de leur noviciat à connaître leurs écrits et surtout les récits qui les évoquaient, ainsi que les ouvrages sur leur spiritualité. On peut regrouper ce bagage en deux points.

D’une part, ils restaient marqués par la situation de clandestinité endurée au moment de la fondation "dans les temps où le sang des serviteurs de Dieu coulait sur les échafauds… Le Seigneur n’a pas cessé de faire éclater sur nous les miracles de sa providence ; il nous a conduits comme par la main. Chaque jour nous avons reçu des preuves de sa protection toute puissante. Nous avons été conservés pendant le règne de la Terreur. La persécution du Directoire n’a pas pu nous atteindre et pendant les 14 années du gouvernement d’oppression, aidés de la faveur du ciel, nous avons pu soustraire à une police astucieuse la connaissance de notre Institut et surtout les rapports de nos divers établissements"[12].

Dans la même circulaire, le fondateur en tirait les conséquences quant au mode de vie du groupe : "Nous sommes destinés à adorer le Cœur de Jésus, à réparer les outrages qu’il reçoit tous les jours. Nous devons entrer dans la douleur intérieure de ce Cœur sacré… La première vertu que nous vous recommandons pour imiter Notre Seigneur, c’est la simplicité… Il (Jésus) joignait à cela une gaieté douce, une naïveté tendre et une tendance perpétuelle au bien qui le rendait le plus beau comme le plus aimable des enfants des hommes"[13].

Ailleurs, dans ses "Avis sur l’adoration", il présentait ce mode de prière non sous l’aspect d’une garde d’honneur à un Dieu triomphant, mais comme un tête-à-tête intime avec un Dieu proche : "C’est le plus tendre des amis avec les âmes qui cherchent à lui plaire. Sa bonté sait se proportionner à la plus petite de ses créatures comme à la plus grande. Ne craignez donc pas, dans ces conversations solitaires, de l’entretenir de vos misères, de vos craintes, de vos ennuis, de ceux qui vous sont chers, de vos projets et de vos espérances : faites-le confidemment et à cœur ouvert". Le Père Damien l’a mis en pratique dans son isolement à Molokaï, en l’absence de confesseur, comme une sorte d’ersatz[14].

D’autre part, ces missionnaires avaient en mémoire les expériences de type mystique, vécues par les fondateurs de la Congrégation et ouvertes à la terre entière. La vision où, au cours de son action de grâce après la messe,  le Père COUDRIN (1768-1837) s’était vu dans "une troupe de missionnaires allant répandre l’évangile partout, avec l’aide de femmes qui prendraient soin de leurs affaires"[15].

S’ils se rendaient en mission, c’était parce que la fondatrice, Mère Henriette AYMER de la Chevalerie (1767-1834) avait "vu" qu’ils allaient se répandre dans toute la France et ensuite dans tout l’univers et qu’ils avaient à retracer un des quatre âges de la vie de Jésus, sa vie apostolique[16].

Ils savaient que le fondateur avait présenté au pape Pie VII sa communauté de "zélateurs et zélatrices de l’amour  des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie voués à "embraser le monde entier s’il est possible du saint amour en étendant la dévotion à ses divins Cœurs partout où votre Sainteté voudra nous appeler "[17].

"Partout", c-à-d  d’abord ici, sur place, et ensuite et en l’occurrence,  à Hawaii et au Congo.

 



[1] Sur Jean-Marc ELA, voir l’entrée au Dictionnaire historique de la théologie de la libération sous la direction de M. CHEZA, L. MARTINEZ SAAVDRA, P. SAUVAGE, Namur, Lessius, 2017.

[2] Henri MAURIER, Philosophie d’Afrique noire, Anthropos Institut, St, Augustin, 1985, p. 285.

[3] Edouard BRION, Le diocèse de Kole hier et aujourd’hui (-1931-1981), slnd, p. 13..  Du même, Aux origines du diocèse de Kole – Zaïre – 1880-1935, Les Cahiers du CEDAF, 1-2, 1988.

[4] Sur la place de l’école dans les missions, voir les actes de la 8ème session du CREDIC en 1987 à Salamanque (collection du CREDIC N° 6, 1988).

[5] ETSHINDO LONGANGO, Historique de l’école primaire Kole Lowonge, dans Vie Pastorale n° 5, décembre 1981.

[6] Edouard BRION, O.C. p. 44.

[7] Sur ce sentiment d’échec, voir mon article dans Avancées du christianisme en Afrique centrale… à paraître au KADOC.

[8] Sur la portée ambivalente des persécutions, voir la remarque sociologique de  Philippe LABURTHE-TOLRA dans les actes de la session du CREDIC à Chantelle, Université Jean Moulin Lyon III, 1987, p. 246.

[9] Je me base sur les lettres des missionnaires (Archives Généralat, Rome).

Sur cette période, voir Hilarion LUCAS, Histoire de la mission des îles Sandwich ou Hawaii (1825-1838), rédigé en 1851 et édité à Rome en 1979 par Amerigo COOLS, archiviste général de la Congrégation des Sacrés-Cœurs.

Pour l’histoire de la Congrégation des origines à nos jours, voir COR RADEMAKER, Appelés à servir, Histoire de la Congrégation des Sacrés-Cœurs (1800-1987), Rome, Communauté des Sacrés-Cœurs, 1996.

[10] Cité dans DAWS, Nous autres lépreux, Paris, Nouvelle Cité, 1984, p. 205. Pour le contexte global, voir Jean PIROTTE et Henri DERROITTE (dir.), Eglise et santé dans le Tiers Monde. Hier et aujourd’hui, Leyde, E.J. Brill, 1991.

[11] Publiés dans la Positio super virtutibus. Autres témoignages dans EDOUARD BRION & STEPHANE STEYT, "Damien hier et aujourd’hui", Namur, Fidélité, 2009, p. 71-75.

[12] P. COUDRIN, Lettre circulaire à tous les membres, 14 avril 1817, dans Annales Congregationis Sacrorum Cordium, 1960, N° 23, p. 176.

[13] Ibidem, p. 177.

[14] Edouard BRION, Comme un arbre au bord des eaux. Le Père Damien apôtre des lépreux, Paris, Cerf, 1994, p.57.

[15] Notes d’un auditeur, le P. Hilarion LUCAS, en 1802. Voir Edouard BRION, Le virage missionnaire des Oblats de Marie Immaculée et des Pères des Sacrés-Cœurs (Picpus) au XIXème siècle, dans L’appel à la mission, Forme et évolution, XIX-XXèmes siècles, Collection du CREDIC N° 7, Lyon, Université Jean Moulin-Facultés Catholiques, 1989, p. 143-147.

[16] On reconnaît là "l’influence des maîtres de l’École française" (Jacques GADILLE, L’évolution des spiritualités missionnaires catholiques de la Révolution à nos jours, dans Spiritualités missionnaires contemporaines, sous la direction de Marc SPINDLER & Annie LENOBLE-BART, Paris Karthala, 2007, p. 14.)

[17] Annales Congregationis Sacrorum Cordium, 1963, N° 35, p.182.  Envoyé fin décembre 1800 ou début février 1801.

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