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  • La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996) 

    Thèse doctorale soutenue par le Révérend Père  Rigobert KYUNGU SJ, le 30 juin 2020, à l'Université Grégorienne de Rome.

    Un évènement joyeux après celui des ordinations presbytérale et diaconale des Pères Eric KAMBALE et Stanislas KAMBASHI, le samedi 27 juin 2020.

    L’auditoire ne devant contenir qu’un nombre réduit de participants suite aux restrictions liées à la crise sanitaire en cours, ladite soutenance s’est faite en mode semi publique. Néanmoins, la retransmission en direct sur YouTube a contribué à élargir l’audience.

    De quoi a-t-il été question dans cette thèse discutée en vue de l’obtention du titre de docteur en théologie spirituelle ? La recherche a porté sur la figure du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA SJ, mort martyrisé le 29 octobre 1996 à Bukavu, et dont la cause de béatification avance à grands pas.

     

    Pour s’engager dans cette "aventure", l’auteur de la thèse a été motivé entre autres par le témoignage de vie de l’ancien archevêque de Bukavu. Ce dernier, à travers son engagement aussi bien sociopolitique que pastoral, a laissé des traces qui méritent d’être mises en évidence. Une autre motivation est le discernement spirituel qui caractérisait ce serviteur de Dieu. C’était, souligne le Père KYUNGU, un homme dont le discernement spirituel était au cœur de ses actions dans sa vie d’africain, de prêtre jésuite et d’évêque.

    La thèse porte le titre de "La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996)". Elle s’articule sur six grands chapitres. Dans un premier moment, l’auteur décrit la région des Grands-Lacs dans laquelle est né et a œuvré Mgr MUNZIHIRWA. Une description qui prend en compte la période trouble du génocide au Rwanda en 1994, mais aussi la guerre au Congo en 1996, dite la guerre de libération, ayant occasionné la chute du Maréchal MOBUTU, après 32 ans de règne.

    En second lieu, l’auteur dresse une biographie de l’ancien archevêque de Bukavu, depuis sa naissance à Burhale dans le Bushi, jusqu’à son ordination épiscopale inclusivement. Cette biographie se veut suffisamment fouillée, dans le but de contribuer à l’avancement du procès de béatification du serviteur de Dieu.  Le troisième chapitre couvre le ministère épiscopal du prélat à Kasongo où il est resté 8 ans. L’auteur a voulu mettre en exergue ces années qui sont souvent oubliées dans beaucoup de biographies. Le quatrième chapitre développe l’étape de Bukavu où Mgr MUNZIHIRWA a exercé son ministère épiscopal de manière très intense pendant deux ans, dans le contexte de guerre et ce, jusqu’à son martyre. Ici, l’auteur discute aussi la question du martyre " in odium fidei ". 

    D’autre part, la dissertation comprend une partie analytique qui scrute la figure de Mgr MUNZIHIRWA à partir de son enracinement dans la culture africaine, entre autres. Ainsi, le cinquième chapitre analyse-t-il 55 proverbes utilisés par Mgr MUNZIHIRWA, en les insérant dans les genres poétiques de la littérature orale africaine.  Pour notre auteur, Mgr MUNZIHIRWA a montré que l’Afrique est riche et que ses richesses culturelles ne peuvent être balayées ni abandonnées comme si elles n’étaient pas importantes. L’attachement à sa culture a aidé Mgr MUNZIHIRWA à intérioriser, ou mieux, inculturer non seulement l’évangile, mais aussi la spiritualité ignatienne au point de faire de lui un homme à la fois "entièrement africain et entièrement jésuite". L’auteur démontre donc que la culture africaine et la spiritualité ignatienne convergent harmonieusement dans la personne de Mgr MUNZIHIRWA. Enfin, au sixième chapitre, le discernement apparaît comme un thème clé dans la discussion, puisque, selon l’auteur, il constitue un outil efficace utilisé par le serviteur de Dieu tout au long de sa vie, générant en lui une vraie liberté intérieure. La thèse chute en dépeignant le profil spirituel de Mgr MUNZIHIRWA, affirmant que sa spiritualité se fonde sur la prière et l’Eucharistie, la dévotion mariale, l’engagement pour la paix et la justice, la pauvreté évangélique, la croix du Christ, le discernement spirituel, la liberté intérieure, l’inculturation et enfin le sens de l’Eglise.

    Au terme de la présentation par le récipiendaire des résultats de sa recherche, un dialogue s’est engagé avec le jury pour expliquer davantage et tirer au clair tous les hémisphères de ce travail scientifique. Après délibération, le jury a salué la rigueur et la qualité du travail accompli. Dans le respect des normes de la Grégorienne, le jury n’a pas immédiatement rendu public son verdict ; il appartient aux services du secrétariat de l’Université de le communiquer au récipiendaire par les voies ordinaires. Le père KYUNGU recevra donc le titre de docteur après la publication partielle ou totale de sa thèse. Profitiat !

    Pour célébrer la joie de cet évènement, les Jésuites présents à la cérémonie ainsi que d’autres invités se sont retrouvés dans la communauté du Gesù où un verre d’amitié a été partagé.

    En outre, pour joindre l’utile à l’agréable, un partage de repas a été organisé le mercredi 1er juillet 2020 dans un restaurant de la place pour célébrer avec quelques invités les trois évènements joyeux de l’ACE-Rome : thèse, ordinations presbytérale et diaconale.

    C’est par ces événements heureux que s’achève l’année académique. Se pliant aux aléas du transport aérien dans les circonstances actuelles, les uns attendent de s’envoler sous d’autres cieux, alors que d’autres ont décidé de passer l’été en Italie ou en Europe. Désormais l’ACE-Rome a un nouveau coordinateur pour l’année académique 2020-2021 en la personne de Camille MUKOSO à qui nous souhaitons beaucoup de succès dans ce service.

    Jean-Paul KAMBA, SJ

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    Vingtième anniversaire de l'assassinant de
    Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO 
    (01/01/1926-29/10/1996) 

    Par Jean NYEMBO, sj
    Commission Foi et Promotion de la Justice

    Bien chers amis dans le Seigneur,

    Paix à vous !

    Nous célébrons aujourd'hui, 29 octobre 2016, le vingtième anniversaire de l'assassinat de notre frère, pasteur de l'Eglise de Bukavu, Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO. Mzee, comme nous l'appelions respectueusement et affectueusement, est mort sur le champ de batailles, la croix à la main comme seule arme qu'il possédait.

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  • Saint Nicolas et Père Fouettard : qui sont-ils ?
    Et quel est leur impact sur les enfants belgo-africains ?

     

    Par Mireille-Tsheusi ROBERT
    BAMKO asbl
     

    Connaissez-vous le "Sauvage d'Ath "? Le "Diable Magnon" ? Ou les "Basoulous de Basècles" ? Vous n'avez sûrement jamais entendu parler de ces sauvages hainuyers si vous n'êtes pas originaire de cette région. Peut-être connaîtrez-vous mieux les Noirauds bruxellois ou le Zwarte Piet anversois ? Dans l'espace francophone, Zwarte Piet, littéralement Pierrot-Le-Noir, est appelé Père Fouettard, le joyeux mais répressif compagnon de Saint Nicolas. Ces figures folkloriques souvent enchaînées, parfois affublées de cornes, dansant, chantant et vociférant à l'encontre des badauds lors du carnaval de la "Ducasse", de la fête de Saint Nicolas ou lors de la procession des Noirauds ont toutes un point commun : le maquillage en noir du visage ou le "blackface".

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  • CPI. Les doutes du procès BEMBA
    Y a-t-il vraiment eu crimes contre l’humanité à Bangui 
    en 2002 et 2003 ?

    Par WINA LOKONDO
    Historien, journaliste indépendant

     Le 24 mai 2008, Jean-Pierre BEMBA, sénateur et ancien Vice-président de la RD Congo de 2003 à 2006, est arrêté en début de soirée dans sa résidence de Rhode-Saint-Genèse, un quartier périphérique de Bruxelles, en exécution du mandat d’arrêt international lancé contre lui par le procureur près la Cour Pénale Internationale. Il sera transféré, après neuf jours de détention dans la capitale belge, à la prison de la CPI de Scheveningen, un faubourg de La Haye. Il y est, à ce jour.

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  • Analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo
    aux organisations internationales africaines

     

    Par       Adolphe AMANI BYENDA[1]
    Germain NGOIE TSHIBAMBE[2]

     

    Résumé : Depuis la fin de la première et de la deuxième guerre mondiale, les organisations internationales jouent  un rôle très important dans les différents secteurs de la vie à cause de leur efficacité de réponse rapide aux problèmes urgents des États. À cet égard, il s’avère, sur base de nos résultats, que l’appartenance des États à plusieurs organisations notamment sous-régionales, régionales ou intercontinentales constitue un avantage  tant sur le plan politique, économique que sécuritaire. Le présent article se fixe comme objectif, l’analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines. À partir de cette recherche, nous comprenons que les facteurs géographique, historique, sécuritaire, économique, politique et culturel,… sont autant d'éléments qui justifient l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines.  

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  • MENDE, KAMBILA et les sanctions impériales

     

    Par MBELU BABANYA KABUDI

    Les sanctions prises par les USA et l'UE à l'endroit de certains membres de ''la kabilie'' ont suscité quelques réactions en son sein. L'ex-porte-parole du gouvernement démissionnaire  de MATATA PONYO, Lambert MENDE, fort de ses études de droit, les a sévèrement critiquées ce lundi 12 décembre 2016. Voici ce qu'il dit :

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    Cosmos EGLO, Du sang sur le miroir. Paris, L'Harmattan, 2012. 200 pages.

    Par Eddy VAN SEVENANT

    Ames sensibles s'abstenir ! De la première à la dernière page, c'est un déferlement de violences et des bains de sang toujours renouvelés que l'auteur nous propose ici afin d'illustrer la situation déplorable de certains pays africains post-coloniaux, livrés à toutes les turpitudes de leurs "élites", sanguinaires à souhait et soutenues à bout de bras par des puissances extérieures (dans le cas présent la France et les USA) qui y trouvent l'opportunité de garder la main sur le pays tout en n'y étant plus officiellement présentes.

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    Par Modeste WASSO

    Griet BROSENS, Du Congo à l’Yser. 32 soldats congolais dans l’armée belge durant la Première Guerre mondiale. Traduit du néerlandais (Belgique) par Charles FRANKEN. Waterloo, éditions Luc Pire (www.editionslucpire.be), 2016. 271 pages. 24,90 €

    Voici un livre qui ouvre une page de l’histoire commune à la Belgique et au Congo des années  1914-1918. "Du Congo à l’Yser"  relate  l’histoire, longtemps occultée, des Congolais arrivés en Belgique, à la fin du 19ème siècle (les premières arrivées datent de 1885) en tant que militaires et qui ont combattu sous le drapeau belge pendant la première guerre mondiale, 1914-1918.

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  • Par Eddy VAN SEVENANT

    Collectif, État des résistances dans le Sud : Afrique. Alternatives Sud (Revue trimestrielle). Volume 23-2016/4. Centre Tricontinental  (Louvain-la-Neuve) et Éditions Syllepse (Paris) – 215 pages. 13 €

    Cet ouvrage fait partie d'une série qui fait le point régulièrement sur les oppositions politiques, féministes, paysannes, etc. aux régimes en place dans différents pays du Sud, principalement d'ailleurs sur le continent africain.

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  • Groupes armés et problématique de développement
    du territoire de Fizi (RD Congo)


    par BAWILI LUKELE Tango
    département des Sciences Politiques et Administratives 
    Université Officielle de Bukavu
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    Résumé : Par leurs actions, les groupes armés ont influé et influent négativement sur le développement de ce territoire ; ils y créent une instabilité permanente depuis de longues années. Cette instabilité entraîne des conséquences désastreuses notamment sur les plans politique, administratif, sécuritaire, économique, etc. Cet état des choses empêche les pouvoirs publics et les populations locales d'exploiter les multiples potentialités naturelles en vue de booster son développement. Ceci explique dans une certaine mesure le sous-développement de ce territoire. De ce fait, il importe que l’État se réveille, rétablisse la paix et suscite le développement de ce territoire en impliquant les populations locales.

    Introduction    

    Depuis plus d’une décennie, l’est de la RD Congo est en proie à une instabilité sécuritaire dont les causes sont à la fois internes et externes. L’ampleur et les effets de cette situation sont différemment vécus d’une province à une autre. Au Sud-Kivu, l’émergence et la résurgence des groupes armés entraînent une instabilité sécuritaire qui, par conséquent, étouffe les actions du développement. 

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Wednesday, 29 November 2017 14:52

L'authenticité et la conscience nationale sous MOBUTU

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L’authenticité et la conscience nationale congolaise sous MOBUTU

 

Par Alain Flavien N'KISI SJ
Doctorant en histoire

À la fin de la première décennie des indépendances, les pays africains ont voulu se démarquer des influences occidentales, cherchant à adapter leurs institutions à l’évolution de la mentalité et aux réalités africaines. Ils vont tenter d’affirmer leur identité propre. La RD Congo, devenue dans la foulée Zaïre, a ouvert la voie avec sa politique de l’authenticité.[1]

Antériorité du nationalisme congolais à l’authenticité

Si le terme d’authenticité fut employé au début de la décennie 70, dix ans après les indépendances africaines, l’idée du nationalisme lui était antérieure. Avant l’indépendance, les intellectuels catholiques du groupe de Conscience Africaine, auquel appartenait le cardinal MALULA, prônaient, dans leur Manifeste de Conscience Africaine, une démarche de réhabilitation des valeurs ancestrales.[2] À l’accession à l’indépendance, l’Église catholique congolaise s’africanisait déjà avant même que le concile Vatican II (1962-1965) n’exprime la volonté d’inculturer le message chrétien. Le cardinal MALULA avait parlé d’une Église congolaise dans un État congolais.[3]

Les laïcs chrétiens n’acceptaient pas une certaine forme de tutelle dépassée et désiraient prendre leurs responsabilités, tout en reconnaissant l’autorité du magistère de l’Église. Ils aspiraient non seulement à voir leur personnalité reconnue mais aussi à être plus eux-mêmes comme chrétiens, dans la ligne de leur acquis culturel. Ces aspirations nouvelles ont poussé la hiérarchie catholique à souligner la nécessité d’une authentique promotion du laïcat.[4]

L’élite congolaise n’était pas indifférente à l’authenticité. Elle reprochait à l’Église d’être trop dépendante de l’Église occidentale, d’être trop liée aux puissances financières extérieures. Le Professeur MABIKA KALANDA développa les principes de l’authenticité dans son essai "La remise en question, base de la décolonisation mentale", paru en 1967. Il y défendait les valeurs ancestrales.[5]

La vision politique du recours aux valeurs africaines favorisait l’avènement d’une  église tout à fait africaine. Une église au visage africain enlèverait la connotation occidentale qui rappelait le passé colonial. L’église congolaise deviendrait indépendante financièrement dans un  Congo politiquement et économiquement indépendant.[6]

Sur le plan politique, l’idéologie nationaliste a commencé dès l’année 1966. Elle est marquée par la réappropriation du secteur économique et la dénomination de certaines villes : "L’heure des sacrifices nationaux a sonné et précède le jour où nous serons fiers d’être nous-mêmes, d’agir en tant que tels. Cette vision noble d’un avenir qui nous appartiendra totalement dans la liberté doit regrouper toutes les forces nationalistes et révolutionnaires de la République autour du gouvernement".[7] Le régime était animé de la volonté d’affirmer l’identité congolaise, de rompre avec la colonisation à travers le recours aux valeurs ancestrales. C’est la doctrine de l’authenticité qui sera proclamée en octobre 1971.

Deux acceptions différentes de l’authenticité

Idéologiquement, "l’Authenticité est une prise de conscience du peuple zaïrois de recourir à ses sources propres, de chercher les valeurs de ses ancêtres afin d’en apprécier celles qui contribuent à son développement harmonieux et naturel. C’est le refus du peuple zaïrois d’épouser aveuglément les idéologies importées. C’est l’affirmation de l’homme zaïrois ou de l’homme tout court, là où il est, tel qu’il est avec ses structures mentales et sociétales propres". C’est la prise de conscience de la personnalité profonde du Zaïrois qui gît sous le personnage superficiel et acculturé par l’Occident. C’est aussi le recours aux traditions socio-politiques pour guider l’action d’aujourd’hui.

Toutefois, le thème de l’authenticité suscita de l’incompréhension et fut source de difficultés au sein de la société congolaise. L’authenticité devait se traduire par des actes spectaculaires : changements terminologiques (noms des personnes et des lieux), vestimentaires (abandon du costume et de la jupe), culinaire, musical et des éphémérides (adoption d’un nouveau calendrier qui ne reprend pas les fêtes religieuses). 

La question concernait la portée pratique et le sens réel de la politique d’authenticité menée par MOBUTU. L’idéologie de l’authenticité s’est réduite aux manifestations apparentes (révolution terminologique, vestimentaire, musicale, culinaire) sans atteindre l’homme congolais qui ne s’est pas imprégné des valeurs réelles de la culture congolaise. Il ne s’est pas approprié l’héritage des valeurs ancestrales qu’il n’a pas su intégrer dans son agir politique. Bien au contraire, la solidarité ancestrale a cédé la place à l’appropriation des biens de la communauté par la minorité dirigeante. La dictature a remplacé le rôle de garant de la communauté[8].Le régime MOBUTU a installé un système qui a créé une bourgeoisie indigène, laquelle utilisa l’appareil de l’État à son profit. Cette bourgeoisie défendait ses intérêts propres au détriment de ceux des masses populaires.

La véritable aliénation culturelle se situait moins au niveau des prénoms, du costume que dans les richesses énormes que les membres du régime accumulaient à l’étranger. Les dirigeants investissaient dans les pays occidentaux, s’y rendaient pour les soins médicaux et y envoyaient leurs enfants pour les études. Ces pratiques n’étaient pas conformes à l’esprit des traditions africaines. Les chefs traditionnels n’étaient pas des parasites sociaux. L’aliénation culturelle de la classe dominante zaïroise, c’était plutôt l’aspiration qui la poussait vers un mode de consommation grand-bourgeois alors que le pays n’avait qu’un faible niveau de production et des structures économiques déséquilibrées. Tant que des aspirations de cette nature motivaient la politique du régime, le changement au plan vestimentaire, celui des noms et autres mesures restaient des masques derrière lesquels les rares privilégiés tentaient de cacher leur vrai visage.[9]

L’instrumentalisation des valeurs ancestrales entraîna des difficultés. Pour le régime, l’authenticité,  recours aux valeurs ancestrales, signifiait d’abord que la personne du Chef soit sacrée et donc intouchable, irréprochable. Les libertés garanties dans le Manifeste de la N’Sele, charte du Parti,  ne devaient pas conduire à l’anarchie comme dans la première république. D’où l’obligation pour les dirigeants de veiller à ce que l’autorité de l’État ne soit ni contestée ni soumise aux groupes, qu’ils soient d’intérêts ou d’opinions (Manifeste de la N’Sele).

La conception autoritaire du pouvoir, qui se dessinait déjà, trouvait son assise sur l’authenticité présidentielle. Le principe de l’authenticité africaine voulait qu’il n’existe qu’un seul parti national conforme aux traditions du continent africain, selon lesquelles le peuple obéit à l’autorité d’un seul Chef. En effet, "dans la tradition africaine, affirme MOBUTU, il n’y a jamais deux Chefs, il y a parfois un héritier naturel d’un Chef ; dans aucun village africain il n’y a jamais eu deux Chefs".[10] Aussi, MOBUTU s’arrogea-t-il le droit de détenir tous les pouvoirs d’une manière absolue, tout en étant, à l’instar d’un monarque, inviolable.[11] Toutes les décisions politiques trouvèrent donc leur fondement dans la philosophie de l’authenticité. Des mesures qui, parfois, ont contredit l’idéal de départ, la reconstruction de la Nation. Certaines de ces décisions ont plongé le pays dans une crise générale. C’est le cas du partage des entreprises étrangères nationalisées entre les dirigeants.

Le sensationnel qui entourait l’authenticité était l’aveu de l’échec de son objectif, la construction d’une nation typiquement congolaise. Ce n’est pas tant la mise en pratique de mesures prises dans le cadre de l’authenticité, qui importait au régime, mais la sensation qu’elles devaient provoquer. Le peuple devait être convaincu ou, à tout le moins, intimidé, par de vastes campagnes de propagande. Tous les mass-médias centralisés au département de l’Orientation Nationale étaient mis en œuvre. Même hors de périodes de tension, ils ressassaient quotidiennement les mêmes slogans, les mêmes thèmes à l’égard du Guide Suprême.[12]

La hiérarchie catholique dénonça cette conception de l’authenticité. Elle salua avec ferveur les recherches et le mouvement de recours aux valeurs originales qui caractérisent le peuple congolais. L’Église catholique soutenait l’importance de la lutte contre le mimétisme de l’Occident et pour la revalorisation de l’histoire et de la culture des sociétés africaines.[13]

L’authenticité devait être un effort de développer un sens national patriotique pour susciter la fierté nationale et la responsabilité civique, de recherche d’identification avec l’héritage africain, d’intégration politique contre le particularisme et le tribalisme. C’est un effort de réflexion sur l’avenir et les conditions d’un développement harmonieux dans le contexte africain.[14] 

A travers l’authenticité, MOBUTU a imposé une conscience nationale fragile. En prenant le pouvoir, il visait à sauvegarder l’unité grâce à laquelle l’indépendance fut acquise. Quand MOBUTU prit le pouvoir, le Congo devait faire face à un éventail de menaces à la sécurité nationale, au sens large : risque de guerre civile, risque de sécession, reconstruction de l’État, redressement de l’économie, unification du pays. Les tendances dictatoriales trouvaient ici une justification. Un pouvoir fort était nécessaire à la stabilité politique du pays et pouvait relever ces défis dans le contexte de l’époque.


C’est la raison de la suppression des partis aux couleurs tribales et la création d’un mouvement qui devait rassemblait tous les Congolais, le Mouvement Populaire de la Révolution. Ce mouvement, devenu Parti-État, fut l’instrument par lequel le régime a imposé sa dictature.

Conclusion.

Dans la pratique, l’authenticité n’a pas atteint ses objectifs. La conscience nationale a volé en éclat, en dépit de quelques survivances : actuellement, le gouverneur de province doit être originaire de cette province mais on se reconnaît Congolais devant le Rwandais, le Belge, l’Angolais, et surtout quand il est question de préserver l’intégrité territoriale. En fait, MOBUTU a forgé la conscience nationale pour asseoir son pouvoir. Durant son règne, craignant un coup d’État militaire, MOBUTU opéra une purge dans l’armée des officiers non originaires de sa province. Les violences interethniques dans le Kivu, l’épuration ethnique des Kasaïens au Katanga dans les années 1990 sont des faits qui révèlent la précarité de la conscience nationale "mobutiste".

Comme LUMUMBA, MOBUTU était partisan d’un Congo unitaire mais peut-être pas pour les mêmes motifs. Ceux de LUMUMBA étaient purement doctrinaires et sociaux. Quant à  MOBUTU, c’est, sans doute, la formation acquise dans la Force Publique qui a inspiré son sens unificateur. La Force Publique était cohérente et mieux organisée, avec une longue tradition d’éducation civique. Ses membres étaient recrutés de tous les coins du pays. L’Armée était encore le seul corps organisé.[15] 

En outre, originaire d’une région frontière où les tribus sont morcelées, MOBUTU ne disposait pas d’appui d’une des grandes tribus traditionnelles de la société congolaise. Toutes velléités tribalistes étaient inconcevables pour quelqu’un qui désirait s’imposer sur la scène politique congolaise. Il n’était pas un chef naturel d’une tribu envers laquelle les autres manifesteraient aussitôt leur antagonisme, au risque de réveiller les forces centrifuges du pays. C’était, pour lui, une force dont d’autres, avant lui, ne disposaient pas.

Du fait de l’antagonisme entre grandes tribus, les autres tribus, Luba et Lulua, Kongo et Mongo de l’Est ou de l’Ouest, pouvaient accepter son autorité et d’autres pouvaient collaborer, sincèrement ou non, avec lui : il n’appartenait ni aux uns ni aux autres. Néanmoins, le tribalisme n’a pas disparu totalement bien qu’il fût atténué. Pour son pouvoir, MOBUTU  joua la carte ethnique et celle de l’unification du pays.

MOBUTU a bien utilisé ses atouts pour réunir toutes les tribus en un ‘Parti National unitaire’ dont il était le Président Fondateur, pour supplanter le tribalisme sur toute l’étendue du territoire national et donna l’impression de créer une conscience nationale.[16] 

 

 

Alain Flavien N'KISI, doctorant en histoire

Faculté de Philosophie, arts et lettres

Université Catholique de Louvain

Louvain-la-Neuve

 

 

[1] Colette BRAECKMAN et alii, Congo Zaïre. La colonisation- l‘indépendance-le régime MOBUTU-et demain ? Bruxelles, GRIP, 1989, p. 108.

[2]Gauthier de VILLERS, Histoire du politique au Congo-Kinshasa. Les concepts à l’épreuve, Louvain-la-Neuve, Académia-L’harmattan, 2016, p.106.

[3]Pourquoi je suis chrétien ? Dialogue-vérité avec Joseph MALULA, Archevêque de Kinshasa in Zaïre. L’Hebdomadaire de l’Afrique centrale, n°13, 4 novembre 1968, p.17, repris aussi dans Œuvres Complètes du Cardinal MALULA, volume 2, p. 75-80.

[4]Actes de la VIIème Assemblée plénière de l’épiscopat du Congo, du 16 au 24 juin 1967, Kinshasa, Edition du Secrétariat Général de l’Épiscopat du Congo, 1967, p. 20-22. 

[5] Marc QUAGHEBEUR (sous la direction de), Papier blanc, encre noire. Cent ans de littérature francophone en Afrique centrale (Zaïre, Rwanda et Burundi). Bruxelles, Cellule ‘Fin de siècle’, 1992, p. 45.

[6]Pourquoi je suis chrétien ? Dialogue-vérité avec Joseph MALULA, Archevêque de Kinshasa in Zaïre. L’Hebdomadaire de l’Afrique centrale, n°13, 4 novembre 1968, p.17, repris aussi dans OCCM, volume 2, p. 75-80.

[7] Joseph MOBUTU, Discours, allocutions et messages, Discours du 24 décembre 1966, volume 1, p.164.

[8]Comité Zaïre, op. cit., p. 90.

[9] Comité Zaïre, Zaïre. Le dossier de la recolonisation, Paris, L’Harmattan- Bruxelles, Vie ouvrière, 1978, p. 90-91.

[10]Joseph MOBUTU, Discours, allocutions et messages, volume 2, pp. 104-105.

[11] Jean-Claude WILLAME, L’Automne d’un despotisme. Pouvoir, argent et obéissance dans le Zaïre des années quatre-vingt. Paris, Karthala, 1992, p. 17.

[12] Comité Zaïre, op.cit., p. 93.

[13] L’Église au service de la nation zaïroise. Actes de la XIème Assemblée plénière de l’Épiscopat du Zaïre, du 28-2 au 5-3-1972 : L’Église au service de la nation zaïroise, p.87 ; Comité Zaïre, op.cit ., p. 90.

[14] L’Église au service de la nation zaïroise. Actes de la XIème Assemblée plénière de l’Épiscopat du Zaïre, du 28-2 au 5-3-1972 : L’Église au service de la nation zaïroise, p.33-34.

[15]Ministère des Affaires Étrangères à Bruxelles, Archives diplomatiques belges : Rapport de l’Ambassade de Belgique à Léopoldville, 1969 ; voir aussi Cité d’Afrique du 1er avril 1960 et Courrier d’Afrique du 4 avril 1960, cité par Jules CHOMÉ, La crise congolaise. De l’indépendance à l’intervention militaire belge (30 juin-9 juillet). Éditions de Remarques congolaises, Bruxelles 1960, p.65.

[16]Ministère des Affaires Étrangères à Bruxelles, Archives diplomatiques belges : Rapport de l’Ambassade de Belgique à Léopoldville, 1969.

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