Analyse des logiques d’action pour la réintégration sociale des filles ex-soldats au Sud-Kivu

par  Ass. Sara KAKONDJA et  Prof. BOLINDA WA BOLINDA

La guerre qu’a connue l’Est de la RD Congo depuis 1996 a fait un nombre énorme de blessés. Beaucoup de filles ont été enrôlées dans l’armée et/ou retenues quelque part pendant des jours. Les territoires de Mwenga et Kalehe ont été terriblement touchés par ces guerres. Dès leur retour, ces filles se sont retrouvées victimes d’une incompréhension sociale avec comme une conséquence : le rejet dans la société. Sur ce, plusieurs organisations de la société civile sont engagées dans cette dynamique pour leur réintégration sociale. Cependant, suite à plusieurs logiques qui ont sous-tendu les différentes actions de ces organisations, un modèle a été proposé.

La guerre qui sévit à l’Est de la RD Congo depuis 1996 a fait un nombre énorme de blessés. Les violences sexuelles ont été utilisées systématiquement comme une arme de guerre. Les guerres à répétition dites de "libération" ont considérablement bouleversé les structures sociales et les activités économiques de la population qui était déjà affectée après l’indépendance. C’est ainsi qu’on estime qu’entre 25 000 et 62 000 femmes ont été violées au Sud–Kivu, et il y a une forte probabilité au-delà de 43 000 victimes puisqu’il y a d’autres enregistrements en dehors du CRAF. La plupart des  victimes ont été retenues n’importe où, 2 jours ou plus et ont été utilisées comme des esclaves domestiques et sexuelles. 45% des femmes ont été victimes de viols collectifs et 53% ont été violées  deux fois. Les territoires de Mwenga et de Kalehe ont été terriblement touchés par ces guerres dites de libération au Sud-Kivu. Dans certaines contrées comme Bushushu, 63% des femmes ont été violées en des endroits divers notamment : au champ, en brousse, dans la maison familiale, dans la forêt, etc. Ces victimes des viols et violences sexuelles souffrent de blessures physiques et morales en même temps. Elles se trouvent aussi victimes d’une incompréhension sociale qui leur attribue le rôle de victimes coupables à exclure du tissu social, notamment des familles[1]. Face à cette situation, certaines organisations de la société civile se sont engagées pour leur réintégration sociale.[2] Pour participer à cette dynamique, elles ont assuré une réinsertion dans le suivi médical et un accompagnement psycho social contre les effets du traumatisme, une remise à niveau scolaire ou des cours d’alphabétisation, la réinsertion  professionnelle, la réinsertion socioéconomique,...lesquelles activités n’ont pas été efficaces suite à des logiques diverses.

Dans cet article, il est question d’analyser les logiques de ces projets de réinsertion. Leur relation avec les acteurs institutionnels du développement est donc particulièrement importante pour comprendre leurs conditions d’intervention[3] afin de proposer un modèle pour leur intégration sociale. L'argument repose sur l’idée qu’aucune entreprise ne peut correspondre à un idéal type organisationnel, en raison des processus de changement et de pilotage, durant lesquels s’enchevêtrent de multiples logiques d’actions et différents modes de coordination et de contrôle. Une étude longitudinale vise à explorer ce concept d’enchevêtrement organisationnel, en révélant les caractéristiques du processus[4].

Soubassement méthodologique et structure générale de l’étude

Outre les aspects liés au contexte et à la position du problème, cette étude se structure autour de deux points essentiels. Le premier fait une analyse des logiques des projets de réinsertion en faveur des filles ex-soldats et le deuxième propose un modèle pour leur réinsertion. Cependant pour y parvenir, cette étude a mobilisé un arsenal méthodologique constitué de l’observation directe, de la documentation, de l’interview et de l’analyse statistique ainsi que de l’échantillonnage boule de neige de 133 personnes et cinq organisations  qui œuvrent à Kalehe et à Mwenga, ce qui nous a permis d’analyser les actions des organisations en faveur des filles ex-soldats. Ces outils de collecte et traitement des données ont été doublement couplés des approches qualitatives et quantitatives.

Des activités de réinsertion organisées

A Bukavu comme à Mwenga et à Kalehe, plusieurs organisations tant locales qu’internationales sont à l’œuvre en faveur de l’amélioration des conditions de vie des enfants associés aux forces et groupes armés. Elles travaillent sur la sensibilisation ou formation des officiers militaires ou des commandants des groupes armés sur les droits et la protection des enfants en situation de conflits armés, la négociation avec les forces et groupes armés pour la libération des enfants soldats. Ceux-ci sont accueillis chaleureusement, les filles sont séparées des garçons et reçoivent une assistance humanitaire variée : tous bénéficient d’un suivi médical et d’un accompagnement psycho social contre les effets du traumatisme. Ils reçoivent également une remise à niveau scolaire ou des cours d’alphabétisation s’ils ne sont jamais allés à l’école. Cependant, il sied de préciser que pour la réinsertion scolaire, vont à l’école ceux qui ont l’âge d’y accéder et qui manifestent le désir d’y être. Ils jouissent également d’une orientation quant à leur vie future afin de définir s’il faut les diriger vers l’éducation non formelle, l’éducation formelle ou l’apprentissage professionnel. Cette dernière formation consiste dans l’apprentissage  des différents métiers dont l’ajustement et la soudure, coupe couture, coiffure, pêche, cordonnerie, savonnerie, boulangerie, briqueterie, agriculture,... Le but est de procurer du matériel, mais également des capacités et des aptitudes afin d’établir des conditions de vie durables.

Signalons qu’au cours de la formation, des biens sont produits par les apprentis mais ces produits ne sont pas mis à leur disposition, c’est-à-dire tout au long de la formation, ils n’ont aucun contrôle sur leurs produits. Ces derniers sont utilisés par le projet dans le cadre de renforcement des fonds. Après la formation, un kit est remis aux bénéficiaires pour l’auto prise en charge dans les jours à venir. Il y a aussi la réinsertion socioéconomique qui consiste en la remise d’une somme d’argent pour effectuer des activités économiques. Notons que leur séjour dure environ trois mois. C’est le temps minimum pour que l’encadrement transitoire facilite le passage de la vie militaire à la vie civile et à la réintégration familiale. C’est également le temps nécessaire pour faire la recherche et la médiation familiale ou communautaire, retrouver les familles et procéder à la réintégration des enfants, avec une attestation officielle de sortie des forces et groupes armés délivrée par le commandant de la région militaire. Enfin, la documentation de ces enfants : une fois que ces enfants sont stables, ils n’ont plus l’idée de souffrance de la rigueur militaire disproportionnée par rapport à leur âge ; la Monusco procède alors par une documentation dans le but de savoir comment ils étaient enregistrés dans le groupe armé, comment ils fonctionnaient, qui les utilisait, etc. Tout cela en voulant lutter contre l’impunité de ceux qui les inscrivent dans l’armée car c’est une violation de la loi nationale et internationale, mais également un crime de guerre.

Analyse des logiques des projets de réinsertion

Comme dit ci-haut, la ville de Bukavu connaît un foisonnement d'organisations non-gouvernementales ayant en leur sein des programmes dits de réinsertion des filles associées aux forces et groupes armés. Cependant, Olivier de SARDAN pose la question  suivante : "Que se passe-t-il lorsque des "développeurs" induisent une opération de développement chez des "développés" ? Cela  inclut  aussi  bien  de  comprendre  comment  agissent  sur  le  terrain les agents de développement[5]. La qualité et l’efficacité du travail abattu sur le terrain sont perçues, voire appréciées de diverses manières selon qu’il s’agit des responsables des organisations de réinsertion ou des analystes sociaux, des enfants eux-mêmes. Une action de développement est toujours l’occasion d’une interaction entre des acteurs sociaux relevant de mondes différents (exemple : développeurs/développés), dont les comportements sont sous-tendus par des logiques multiples[6].

Pour les filles associées aux forces et groupes armés

Même si certaines filles  réinsérées parviennent à retrouver la vie normale jadis perdue dans la brousse et dans les pratiques criminelles, il ressort de nos enquêtes que les actions de ces organisations ne sont pas durables car la plupart d’entre elles répondent à des logiques de projets financés pour une durée bien déterminée (trois mois). Ceci fait que certaines de ces filles retombent purement et simplement dans leur situation d’antan. Si les programmes actuels d’appui à la société civile soutiennent effectivement les organisations bénéficiaires en leur apportant des formations ou des subventions ponctuelles, ils entretiennent leur dépendance vis-à-vis de l’aide extérieure et les incitent à orienter leurs activités vers les secteurs subventionnés plutôt que vers leurs besoins et domaines de compétences réels[7].

Sur le plan économique, outre la formation reçue et l’octroi des kits pour leur auto-prise en charge, le résultat sur terrain nous montre que certains kits octroyés n’étaient pas adaptés au milieu et n’ont pas répondu aux besoins des bénéficiaires. Cela a également été constaté par Théodore qui condamne les bailleurs des fonds par l’affirmation suivante : "l’aide est à la fois inefficace et humiliante : des montants importants ont tout simplement été gaspillés. Même les agences d’aide au développement ont reconnu à plusieurs reprises qu’il y a plus de pression à investir des sommes considérables que de les dépenser à bon escient[8]."

S’inspirant des travaux d’Alain TOURAINE, François DUBET[9] distingue trois logiques qui structurent l’action des personnes. La première est celle d’intégration. L’action est conçue alors du point de vue de l’appartenance sociale, ethnique,…de l’individu ou du groupe. L’objectif est de maintenir ou de consolider une telle identité dans le cadre d’une société perçue avant tout comme un système d’intégration. Le second registre est celui de la stratégie. Le modèle de référence en est le marché (et pas seulement le marché économique mais aussi politique, scolaire,…). L’action est guidée en ce cas par des intérêts bien compris et modelée par les principes de la rationalité utilitariste. La dernière logique est celle de subjectivation sociale, autrement dit une logique culturelle qui permet aux acteurs de construire leurs représentations et de s’instituer en sujets critiques dans une société appréhendée cette fois comme un système de production et de domination.

Cette triple logique de l’action que les acteurs combinent et adoptent à des degrés divers est en principe celle que F. DUBET appelle l’expérience sociale, soit "une combinaison de logiques d’action, logiques qui lient l’acteur à chacune des dimensions d’un système. L’acteur est tenu d’articuler des logiques d’actions différentes, et c’est la dynamique engendrée par l’activité qui constitue la subjectivité de l’acteur et sa réflexivité". Nous supposons en effet (mais c'est un paradigme fondateur des sciences sociales) que les discours publics, les politiques proclamées, les structures administratives ou juridiques, ne coïncident pas toujours, tant s'en faut, avec les pratiques effectives, dans le développement comme dans les autres aspects de la vie sociale.[10]

La conséquence en est que les individus sont aujourd’hui impliqués dans des logiques de plus en plus distantes les unes des autres et doivent donc gérer des tensions de plus en plus vives qui ne manquent pas de rejaillir sur leurs identités et sur leurs relations sociales. Ce qui atteste une démarcation croissante entre subjectivité de l’individu et objectivité de son rôle.

Sur le plan social, la société n’était pas préparée et donc non prête à accueillir ces victimes qu’elle taxe de charges, de dangers et de délinquantes pour elle.  Un autre problème est lié à l’auto-démobilisation des filles, car très peu de filles sont passées par la voie officielle de D.D.R. Les enquêtes sur terrain  nous ont permis de constater que beaucoup de filles avaient déjà regagné leur communauté par leurs propres voies ou initiatives et lorsqu’elles étaient réinsérées les besoins de leurs enfants n’étaient pas pris en compte.

Pour les organisations

Pour les responsables d’ONG, ce sont les bailleurs qui définissent les bénéficiaires de leurs aides. Tout projet est dicté par les bailleurs des fonds. Voilà pourquoi la marginalisation des filles et surtout celle de leurs enfants  était visible mais nous ne pouvions pas nous en occuper sans soutien. En plus, dans la société, ces filles se cachent pour éviter le ridicule. Nous sommes limités par rapport aux moyens[11]. Il s’observe également que, sur le terrain, les organisations ne collaborent pas entre elles alors que l’information, c’est un pouvoir et parfois pour un bref moment, l’instrument essentiel du pouvoir.[12]

Des faiblesses en personnel dans la zone Est amenuisent considérablement la qualité des projets  (peu de suivi, niveau de coordination très faible qui occasionne une certaine ambivalence entre attentes et méfiance de la part des autres acteurs). Les actions  de ces organisations demeurent inefficaces et moins durables que possibles car elles suivent les logiques des projets conçus d’avance et ne tiennent pas compte des secteurs clés comme l’éducation et la santé. Cela parce que nos ressources financières et humaines sont naturellement très limitées et la capacité politique d’action de n’importe quel gouvernement est en fait extraordinairement réduite. Mais l’impuissance qui en résulte tient beaucoup plus au fait que toutes  ces ressources et capacités sont à l’avance engagées et bloquées dans le maintien d’action de soutien, dont le résultat restera parfaitement inutile tant que la capacité organisationnelle ou la capacité systémique des institutions du secteur en cause demeureront aussi faibles[13]. En fait, les partenaires internationaux et les autorités congolaises sont handicapés par les contraintes de leurs systèmes politiques respectifs. Ils partagent la responsabilité de l’échec à produire des changements significatifs. Les partenaires internationaux bilatéraux et multilatéraux du Congo n’ont aucun plan directeur viable pour la réforme. Ils ne partagent pas une vision commune et mettent souvent en place des programmes contradictoires. Nombreux sont ceux qui, tout simplement, ne veulent pas de changement…….

Une autre interprétation plus cynique se base sur la logique de reproduire volontairement le dysfonctionnement d’un État et de se reposer sur une dépendance continue de l’aide extérieure. L’objectif est de maintenir "une série d’États défaillants dans lesquels la communauté internationale de donateurs sera en mesure de dicter la politique et d’exercer dans un avenir prévisible un contrôle à long terme"[14] et, en conséquence, pour paraphraser CHANDLER (1962), Guy DEJOUANY, par une activité de délégation d’autorité, devient la "main visible" qui détermine l’existence d’une "main invisible" au sein de l’organisation.[15]

Antony OBERCHALL[16] montre que l’absence des liens et la décomposition des réseaux d’interaction sont un obstacle majeur à la mobilisation. La capacité de mener une action concertée (synergie) dépend étroitement du degré et du type d’organisation inhérents à la collectivité concernée. Quant à J. HERMAN[17], l’action sociale est un construit symbolique qui fait intervenir les attentes, les anticipations et les évolutions des agents face à des situations contraignantes qui les forcent à élaborer des interprétations originales inspirées des codes culturels dominants.

Au regard de ce qui précède, il ressort que la logique des projets de réinsertion et le souhait des interventions et/ou des actions coopératives (concertées) telles que voulues par le "cluster" protection semblent écartés et les actions de ces organisations paraissent disparates et laconiques par manque d’une unité de coordination efficiente sur le terrain. Par conséquent, il s’observe une dispersion d’efforts et un gaspillage des moyens et autres ressources disponibles, pourtant à même d’aider tant soit peu les   filles et leurs enfants à sortir de leur vulnérabilité. D’où, les organisations utilisent les opportunités fournies par un programme pour les mettre au service de leurs propres objectifs. Le développement est devenu une profession, le monde du développement est un "marché".  Elle s'est largement institutionnalisée.[18] Toute cette situation nous amène à proposer un modèle d’action pour une intégration sociale des   filles.

Modèle d’action pour la réinsertion des filles associées aux forces et groupes armés et leurs enfants

Tenant compte de l’intégration des besoins des enfants des filles ex-soldats dans les programmes de réinsertion des   filles et du souci du fonctionnement harmonieux de la société, il s’avère important de proposer un modèle d’action pour la prise en charge de ces dernières en intégrant tous les aspects de la vie sociale pour une acceptation des filles ex-soldats et de leurs enfants dans la communauté.  Qu’on nous permette d’y revenir une dernière fois car, du choix de cette priorité dépend effectivement la réussite de la stratégie du changement que nous proposons[19].

 

Cette approche intègre les aspects liés aux programmes de réinsertion des organisations, des instances de socialisation au sein de la communauté globale, ainsi que des efforts que les concernés doivent fournir pour leur intégration sociale dans la communauté.

Au niveau des organisations de la réinsertion, il faut une mise en place d’un programme d’appui aux organisations œuvrant dans la réinsertion des filles en réunissant ces dernières dans une plate-forme qui pourrait se rencontrer régulièrement en vue de discuter de nouvelles stratégies à adopter et du genre d’appui à accorder aux filles pour l’efficacité des actions sur terrain. Ainsi, deux logiques guident l’action de Jean-Marie MESSIER dans la nouvelle économie : le désir de s’adapter à l’environnement en luttant contre les contraintes et en saisissant les opportunités ; le désir de modifier l’environnement pour réduire les incertitudes, en créant par exemple de nouvelles règles de valorisation des services sur internet. Ces deux logiques sont présentes simultanément dans la dynamique de l’organisation.

L’environnement n’est pas un ensemble de variables indépendantes ; il constitue une série de systèmes ou de sous-systèmes très différemment structurés et il présente de ce fait une série de problèmes spécifiques que les acteurs organisationnels spécifiques doivent résoudre. Ceux-là ne pourront le faire qu’en entrant en relation avec d’autres acteurs au sein et en dehors de l’organisation proprement dite et en s’engageant avec ceux-ci dans des relations de pouvoir et d’échange qui viennent donc étendre les limites du système d’action pertinent sous-jacent à l’organisation, mais qui, par leurs régulations propres, définissent à leur tour les "exigences" de l’environnement et le type de réponse que les acteurs organisationnels pourront y apporter[20]

Cependant, il est important d’intégrer une main d’œuvre spécialisée pouvant subvenir aux problèmes des   filles et de leurs enfants. Les   filles ont manifesté le souci de voir les organisations concevoir un projet en faveur de leurs enfants ; également, elles ont manifesté le souci de voir les bailleurs financer les projets qui vont s’étendre sur une longue période pour assurer un meilleur suivi et permettre aux bénéficiaires de mieux s’imprégner des actions et de se prendre en charge dans de bonnes conditions au futur. En effet, pour contrôler ces ressources d’incertitudes extérieures, l’organisation doit tenter de stabiliser et de personnaliser ces univers abstraits et mouvants.

Une première réponse à ce problème sera la création en son sein de services spécialisés dans les rapports avec tel ou tel segment de son environnement pertinent et chargés d’en connaitre les problèmes et les tendances, bref, de l’informer sur ce qui s’y passe et de proposer des stratégies adéquates pour y faire face. Cela pose le problème analysé par LAWRENCE et LORSH de la différenciation interne des organisations opérées par les nécessités des rapports de l’environnement.

En effet, dans l’accomplissement de leurs missions, les acteurs placés dans les services spécialisés seront presque inévitablement amenés à s’identifier avec les segments de l’environnement distinct avec lesquels ils doivent maintenir de bons contacts et à les privilégier par rapport aux exigences du fonctionnement interne ou de la réussite de l’organisation dont ils font partie[21]. L’intégration des besoins des filles ex-soldats dans les programmes de réinsertion serait d’une importance capitale. Cela parce que sur le terrain, la plupart des interventions s’étalent sur une courte durée, soit plus ou moins trois mois, et les bailleurs eux-mêmes définissent les bénéficiaires, dont les enfants ne sont pas pris en charge directement dans les projets. Pourquoi ne le seraient-ils pas en effet si l'on admet que cette double démarche se fonde sur la reconnaissance d'un droit et d'une capacité potentielle des paysans à s'organiser et à être des acteurs créatifs et participatifs du développement agricole et rural?

Pour concourir au développement de l'agriculture, la professionnalisation implique à l'évidence de la part de chacun le constat qu'aucun ne peut prétendre à une quelconque hégémonie pour des mobiles politico-administratifs ou financiers, et l'acceptation de rechercher ensemble la répartition efficiente des nouvelles responsabilités entre les partenaires, en vue d'un but commun d'amélioration quantitative et qualitative de la production agricole pour satisfaire les besoins des ruraux et ceux des citadins et participer utilement au développement économique d'un pays[22].

De leur côté, les partenaires internationaux doivent démontrer un retour sur investissement à leurs administrés et au gouvernement partenaire, sous forme d’une amélioration visible des conditions de vie des populations bénéficiaires. L’impact des projets de développement menés par les organisations de la société civile, du fait de leur envergure locale et de leur nombre restreint, est souvent invisible dans les moyennes nationales utilisées pour suivre l’évolution des indicateurs de développement. Une diminution du montant des subventions octroyées à chaque organisation de la société civile permettrait d’appuyer davantage de projets, tout en évitant le risque de détournement de fonds et la concurrence entre organisations de la société civile qui perturbe la cohésion sociale. Cela limiterait l’influence des aides sur le choix des domaines d’intervention de celles-ci et leur effet incitatif sur la création d’organisations "opportunistes". Par ailleurs, cette réduction des risques réduirait les besoins en suivi de la part des partenaires institutionnels.[23]

Les instances de socialisations ne sont pas à ignorer dans la prise en charge des   filles et leurs enfants. Après des décennies d'incertitudes (ou de certitudes...), la période actuelle est propice aux remises en cause et aux initiatives, et la plupart des partenaires semblent faire preuve de détermination en ce sens. À chacun d'entre eux, y compris les paysans et leurs organisations, de jouer son rôle en concertation avec les autres, si l'on souhaite voir émerger un mouvement paysan, acteur premier du développement, et éviter demain un échec sans alternative nouvelle. Ces dernières renferment des effets favorisant l’assimilation et l’accommodation de ceux-ci. Ils agissent également sur l’acceptation et la jouissance de certains droits dans la communauté, tels le droit à l’héritage, à la nationalité, aux loisirs, etc. Cette acceptation à l’aide des interactions réciproques (reconnaissance, échange d’expérience,…), participation de ces enfants au processus de transformation sociale et à la dynamique communautaire à travers la socialisation et l’exécution des tâches au  sein de la communauté vont dans le sens du capital social du milieu de retour des   et  constitue un gage pour le décollage des sociétés post-conflits.

Au niveau des églises, l’enseignement moralisateur est à encourager en vue de renforcer la socialisation des fidèles pour que les   filles et leurs enfants s’intègrent dans d’autres structures ou ministères de l’église.

Tenant compte du fait que certaines   filles et certains de leurs enfants  étudient encore et/ou sont en âge d’étudier, il est impérieux de concevoir des programmes d’enseignement touchant aux aspects de reconstitution sociale en société post-conflit, de droits de l’homme, de protection de l’enfance, du genre,…

Au niveau de la société globale, la mise en place d’un cadre d’échanges d’expériences entre filles sorties des forces et groupes armés et leurs enfants d’un côté et d’autres membres de la communauté d’autre part permettra de contribuer au renforcement de la confiance mutuelle entre les filles et leurs enfants stigmatisés, rejetés, grâce à des activités mutualistes visant à renforcer la coopération, les échanges et la coopération entre elles. Par exemple en les inscrivant  dans des écoles, des centres éducatifs (comme scout, xavérien, chorales d’enfants,…) pour faciliter leur intégration au sein de la communauté. La protection sociale est généralement conçue comme un mécanisme ou l’ensemble des mesures prises par les autorités publiques pour combattre la pauvreté, la vulnérabilité, les inégalités et l’exclusion ainsi que pour fournir aux citoyens des moyens de faire face aux risques majeurs auxquels ils sont susceptibles d’être exposés au cours de leur vie.

Ces activités doivent être renforcées par des opportunités économiques offertes aux   filles afin de se sentir occupées par des activités qui apportent des bénéfices en vue d’un oubli rapide des séquelles dues à une participation dans les forces combattantes et aussi un garde-fou des mécanismes initiés en faveur des filles. La protection sociale peut permettre de renforcer l’efficacité des investissements réalisés dans le domaine de la santé, de l’éducation, de l’eau et de l’assainissement de l’environnement qui sont destinés à apporter à la population un ensemble de services essentiels. Investir dans la protection sociale permet non seulement de favoriser les progrès vers les Objectifs du Millénaire pour le développement, mais aussi de réduire les vulnérabilités des populations les plus pauvres face à des problèmes mondiaux tels que les effets cumulatifs de chocs économiques, l’instabilité des prix des produits alimentaires et d’autres articles essentiels, ou les changements climatiques. De nombreuses sociétés reconnaissent que de telles mesures peuvent aussi permettre de contribuer à la cohésion sociale et plus largement à leur développement socio-économique et à leur sécurité. [24].

Cependant, il sied de retenir que les filles et leurs enfants, animés d’un esprit de fatalisme ou mieux de recours à la providence, se considèrent comme victimes, vulnérables et objet de donation des humanitaires. Cette situation d’attentisme ci-haut expliquée laisse penser que seuls les donateurs peuvent apporter le changement dans la vie de ceux-ci car supposés avoir la maitrise des règles, les moyens et les procédures en la matière. Or, l’intégration des filles et leurs enfants ne saurait être effective aussi longtemps que ces dernières n’auront pas changé de mentalité car elles sont censées y jouer un rôle crucial. Michel CROZIER estime que le malaise qui traverse  notre société s’atténuera progressivement quand nous aurons enfin entrepris de transformer nos institutions et nos modes d’action de façon à permettre à tous les concitoyens de s’occuper raisonnablement de leurs propres affaires, de prendre eux-mêmes leurs propres risques et de faire eux-mêmes les erreurs qui leur permettront de progresser. En d’autres termes, la participation est une affaire trop sérieuse pour être laissée aux idéologues et aux politiques.[25] La notion d’autosuffisance ou de self-résilience (le fait de compter sur ses propres forces)  telle que développée par Olivier de SARDAN est souvent centrale dans les récents projets de développement. On suppose a priori qu’elle est partagée par les populations, et qu’elle va dans le sens de leurs intérêts, alors qu’il s’agit d’un point de vue idéologique et moral qu’on ne peut imposer aux autres.

Toutefois, les enfants touchés par les conflits armés affrontent des difficultés précises ; c’est pourquoi ils nécessitent des interventions aptes à satisfaire leurs besoins spéciaux. Dans le cadre de ces interventions ciblées, les filles nécessitent une attention spéciale. Elles doivent avoir accès à des services de santé et de formation afin de surmonter les traumatismes causés par la violence dont elles ont pu être victimes en raison de leur sexe. Les enfants vivent le conflit armé différemment selon leur âge. Aussi les enfants des différents groupes d’âge bénéficieront-ils d’interventions de développement appropriées qui tiennent compte de leurs expériences respectives. Toutes les activités de consolidation de la paix susceptibles d’avoir des incidences sur les enfants doivent intégrer une perspective relative à leurs droits. De la même manière que l’égalité des sexes s’intègre aux programmes de développement, les droits des enfants doivent être considérés comme une partie intégrante des activités de consolidation de la paix, sans se limiter au seul rôle de composante à part, de "vide à combler" dans une intervention[26]. Les programmes d’appui à la structuration et au renforcement des capacités de la société civile se sont multipliés à l’approche des années 2010. Ces programmes avaient pour principal objectif de renforcer la démocratie, mais ils permettaient également aux partenaires internationaux de trouver sur place des acteurs fiables et efficaces, plutôt que de recourir aux ONG occidentales plus coûteuses et moins intégrées[27].

À cet effet, le gouvernement, la communauté internationale ainsi que la société civile devraient prendre un engagement clair pour promouvoir les droits des enfants en général,  et des enfants nés des filles, en particulier, par le renforcement des services sociaux de base. Il s’agit de stimuler le développement non seulement au travers des réalisations économiques, mais aussi par des investissements sociaux immédiats qui créent les conditions pour que la  population participe  activement à son  propre devenir.

L’éducation, plus que toute  autre initiative, a le pouvoir de favoriser le développement, de faire naitre les talents, de donner des moyens d’actions aux gens et de protéger les droits des enfants. L’investissement dans l’éducation est le moyen le plus sûr  et le plus direct dont dispose un pays pour promouvoir son propre bien -être économique et social et jeter les bases d’une société démocratique.

Bref, la situation des filles nécessite une prise de conscience collective. Lorsqu’on n’investit pas adéquatement dans le bien-être des enfants dès leur plus jeune âge, cela a des conséquences néfastes à long terme sur ces enfants et la société entière car cela fait augmenter la probabilité qu’ils souffrent de pauvreté en tant qu’adultes et que la transmission intergénérationnelle de cette pauvreté se perpétue.

Des preuves de plus en plus nombreuses recueillies dans toute une série de pays en développement indiquent que les programmes de protection sociale peuvent améliorer la situation des enfants en termes de nutrition, de santé et d’éducation, réduire le taux de mortalité infantile, les risques de maltraitance et d’exploitation auxquels ils sont exposés et apporter des avantages à long terme au développement du pays concerné. La protection sociale est de plus en plus considérée comme un investissement social clé en termes de capital humain et pour briser le cycle de la transmission intergénérationnelle de la pauvreté, des résultats que l’on a plus de chances d’atteindre lorsqu’on tient compte de l’intérêt des enfants dès le départ[28].

Les projets de développement ont, en effet, davantage de chances de réussir dans les communautés où la cohésion sociale a été renforcée par la présence d’OSC (Organisation de la Société Civile). Les bénéficiaires sont plus impliqués dans l’élaboration de solutions adaptées, leur mise en œuvre et leur suivi. Afin d’améliorer l’efficacité des programmes d’aide au développement, il serait indiqué d’encourager la création d’OSC travaillant sur des projets communautaires autonomes.[29]

Conclusion

Cette réflexion qui propose un modèle pour la réintégration des  filles ex-soldats a fait une analyse des logiques des projets de réinsertion en faveur de celle-ci qui nous a permis de constater ce qui suit : même si certains enfants réinsérés parviennent à retrouver la vie normale jadis perdue dans la brousse et dans les pratiques criminelles, il ressort de nos enquêtes que les actions de ces organisations ne sont pas durables car la plupart d’entre elles répondent à des logiques de projets financés pour une durée bien déterminée (trois mois). Ceci fait que certains de ces enfants retombent purement et simplement dans leur situation d’antan. Sur le plan économique, outre la formation reçue et l’octroi des kits pour leur auto-prise en charge, le résultat sur terrain nous montre que certains kits octroyés n’étaient pas adaptés aux milieux et n’ont pas répondu aux besoins des bénéficiaires. Sur le plan social, la société n’était pas préparée et donc non prête à accueillir ces victimes qu’elle a considérées comme  une charge. Un autre problème est lié à l’auto-démobilisation des filles qui a été constatée  de par les analyses. Aussi, comme dit ci-haut, si les programmes actuels d’appui à la société civile soutiennent effectivement les organisations bénéficiaires en leur apportant des formations ou des subventions ponctuelles, ils entretiennent leur dépendance vis-à-vis de l’aide extérieure et les incitent à orienter leurs activités vers les secteurs subventionnés plutôt que vers leurs besoins et domaines de compétences réels…

Cependant, il a été proposé un modèle qui couvre tous les aspects liés aux programmes de réinsertion des organisations, des instances de socialisation au sein de la communauté globale, ainsi que les efforts que  les concernés doivent fournir pour leur intégration sociale dans la communauté.

 

Bibliographie

·        Agence canadienne de développement international, Les enfants touchés par les conflits armés et la consolidation de la paix, cadre opérationnel,

·        Jean-Pierre Olivier de SARDAN, Le développement comme champ politique, Bulletin de l’APAD6, 1993

·        Alessandro BARONCELLI, Dynamique organisationnelle, une étude longitudinale combinant les idéaux types ; XIVème  conférence internationale de management stratégique. Pays de Loire, Angers, 2005. http://www.strategie-aims.com/events/conferences/9-xiveme-conference-de-l-aims/communications/617-dynamique-organisationnelle-une-etude-longitudinale-combinant-les-ideaux-types/download

·        Jean-Pierre Olivier de SARDAN, anthropologie et développement : Essai en socio-anthropologie du changement social. Voir sur internet : http://classiques.uqac.ca/contemporains/olivier_de_sardan_jean_pierre/anthropologie_et_developpement/anthropo_et_developpement.pdf

·        T. TREFON, Congo, la mascarade d’aide au développement. Académia- l’Harmattan, Paris, 2013

·        CRAF, CRAF., Viols et violences sexuelles au Sud-Kivu. Une tentative d’anéantissement des communautés, juillet, 2005

·        R. BOUDON et alii., Dictionnaire de Sociologie.  Paris, Éd. Larousse, 2006.

·        P. KAGANDA, Violences sexuelles faites à la femme ; in "Analyses sociales de l’UOB", Volume IX, numéro unique, janvier-Décembre2004

·        Michel CROZIER, Société bloquée. Paris, Seuil, 1994

·        CADDHOM, Réflexions sur la protection sociale des enfants dans la province du Sud-Kivu en RD Congo, 2015

·        Michel LALLEMENT, Histoire des idées sociologiques, de Parsons aux contemporains, Paris, Paris, Armand Colin, 2007, 3ème édition.

·        Christelle CAZABAT, Les stratégies de renforcement des organisations de la société civile en Afrique Subsaharienne nouvel éléphant blanc de l’aide au développement ? Exemple du Cameroun. In Mondes en développement, 2016/1 (n° 173), pages 79 à 91. Éditions De Boeck supérieur ;  voir sur internet :
https://www.cairn.info/revue-mondes-en-developpement-2016-1-page-79.htm

 



[1] CRAF, CRAF., Viols et violences sexuelles au Sud-Kivu. Une tentative d’anéantissement des communautés, juillet, 2005,pp. 46-48

[2]Beaucoup d’organisations de la société civile se sont engagées pour la réinsertion des filles victimes des viols et violences sexuelles (associées aux forces et groupes armés). Cependant, nous nous sommes entretenues avec MONUSCO, FSH, AMALDEFEA, UNICEF, BVES, LAV, PREV,... Ces organisations sont déployées dans toute la province du Sud-Kivu en vue de réinsérer les enfants associés aux forces et groupes armés.

[3]Ch. CAZABAT, Les stratégies de renforcement des organisations de la société civile en Afrique Subsaharienne nouvel éléphant blanc de l’aide au développement ? Exemple du Cameroun. In Mondes en développement, 2016/1 (n° 173), pages 79 à 91. Éditions De Boeck supérieur ;  voir sur internet :        
https://www.cairn.info/revue-mondes-en-developpement-2016-1-page-79.htm

[4] A. BARONCELLI, Dynamique organisationnelle, une étude longitudinale combinant les idéaux types ; XIVème  conférence internationale de management stratégique. Pays de Loire, Angers, 2005. http://www.strategie-aims.com/events/conferences/9-xiveme-conference-de-l-aims/communications/617-dynamique-organisationnelle-une-etude-longitudinale-combinant-les-ideaux-types/download  

[5] J.P. O. de SARDAN, Le développement comme champ politique, Bulletin de l’APAD6, 1993, p. 2

[6] J.P. O. de SARDAN, Anthropologie et développement : Essai en socio-anthropologie du changement social, voir sur internet  : http://classiques.uqac.ca/contemporains/olivier_de_sardan_jean_pierre/anthropologie_et_developpement/anthropo_et_developpement.pdf

[7] Ch. CAZABAT, op. cit., p. 10

[8] Th. TREFON, Congo, la mascarade d’aide au développement, Paris, Académia- L’Harmattan, 2013, p. 20

[9] Michel LALLEMENT, Histoire des idées sociologiques. Tome 2 :  de Parsons aux contemporains. Paris, Armand Colin, 2007, p. 247. 3ème édition.

[10] J.P. O. de SARDAN, op cit, p. 17                                                                                     

[11] Déclaration d’un enquêté, responsable d’une ONG

[12]M. CROZIER, Société bloquée. Paris, Seuil, 1994. P. 69

[13]M. CROZIER, op. cit., p. 22O

[14] Th. TREFON, op. cit., pp. 15-18

[15] A. BARONCELLI, op. cit, p. 13

[16] A. OBERCHALL cité par R. BOUDON et alii., Dictionnaire de Sociologie.  Éd. Larousse, 2006.

[17] J. HERMAN cité par P. KAGANDA, Violences sexuelles faites à la femme, in "Analyses sociales  de l’UOB" volume IX, numéro unique, janvier-Décembre2004

[18] J.P. O. de SARDAN, op. cit., p. 134.

[19] M. CROZIER, op cit, p. 219

[20] M. CROZIER, op cit, p. 163                 

[21] M. CROZIER, op cit, p. 165

[22] Idem, p. 6

[23] Ch. CAZABAT, op. cit, p. 10

[24] CADDHOM, réflexion sur la protection sociale des enfants dans la province du Sud-Kivu en RD Congo, 2015,p4

[25] M. CROZIER, op cit., p. 80

[26]Agence canadienne de développement international, Les enfants touchés par les conflits armés et la consolidation de la paix, cadre opérationnel, p. 5

[27] Ch. CAZABAT, op. cit, p. 4

[28] CADDHOM,op. cit,p. 4

[29] Ch. CAZABAT, op. cit., p. 11

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