Comment la Belgique peut-elle aujourd’hui réparer les effets de sa politique coloniale de discrimination envers les métis du Congo Belge et du Ruanda-Urundi ?

par F. MILLIEX et F. d'ADESKY

Grâce à l’aimable assistance de Madame Julie de GROOTE, Présidente du Parlement, l’Association Métis de Belgique (AMB) se réjouit de l’opportunité d’exposer devant votre Assemblée, dans le cadre de la séance du 20 octobre des Jeudis de l’Hémicycle, la problématique des métis issus du Congo Belge et du Ruanda-Urundi.

Au terme des diverses interventions visant à présenter cette problématique, nous aimerions ouvrir un débat autour de trois questions qui, nous le souhaitons, déboucheront sur des résolutions efficaces, à l’instar de celles qu’a prises le Parlement flamand sur la même question.

Rappelons brièvement le contexte historique. Les métis, appelés mulâtres, constituèrent un problème que la Belgique n’avait pas prévu, dans la politique de stricte ségrégation raciale de fait en vigueur dans ses colonies. En dépit de cette ségrégation, de nombreuses unions sexuelles et sentimentales se nouèrent entre les Européens venus en Afrique, notamment dans le cadre du service colonial belge, et des Africaines. Elles donnèrent naissance à des enfants métis, dont le nombre toujours croissant, inquiéta la puissance coloniale car elle mettait en danger, aux yeux de l’opinion publique belge, son rôle civilisateur. Les métis une fois abandonnés par leur géniteur européen furent ensuite enlevés, souvent de force, à leur mère africaine, à l’initiative de l’État et de l’église Catholique, et placés dans des orphelinats ou internats pour métis gérés par des congrégations religieuses missionnaires. A la veille des indépendances des colonies et territoires sous tutelle, on comptait environ 13.000 métis. Sur instruction de l’État, la plupart des enfants métis du Ruanda-Urundi ainsi que de la Province du Kivu au Congo, dont trois cents d’entre eux, regroupés auparavant dans l’orphelinat de Save (Rwanda), furent déplacés en Belgique entre 1959 et 1962 pour y être adoptés, ou placés sous leur tutelle officieuse, ou simplement placés, dans des familles d’accueil ou dans des homes.

La première intervention est celle d’ASSUMANI BUDAGWA, auteur de la seule monographie sur la question, intitulée "Noirs, Blancs, Métis" parue en 2014. Il vous présentera de façon générale la politique de ségrégation de l’État belge et le débat qui eut lieu, au plus haut niveau, à propos de la "question des mulâtres". Il mettra également en lumière les conséquences injustes et douloureuses ainsi que les maltraitances de cette politique de discrimination.

La chercheuse Sarah HEYNSSENS, auteure de plusieurs travaux importants sur la question, reviendra de façon plus circonstanciée sur le cas de l’orphelinat de Save où les enfants furent confiés aux soins des Sœurs Blanches, de 1926 environ à 1961, puis déplacés en Belgique, dans le cadre d’une procédure dont Sarah HEYNSSENS révèle toute l’ambiguïté à travers le titre de son intervention : "Enfants de Save, volés ou sauvés ?".

Le choix de parler de cette institution est avant tout un choix de rigueur : en effet, il s’agit de la seule institution d’enfants métis qui ait fait l’objet de recherches d’une certaine ampleur ; le cas de Save peut donc constituer un point de départ concret pour une réflexion commune plus large sur la problématique de tous les métis issus de la colonie belge, à condition que les sources archivistiques, sur lesquelles Sarah HEYNSSENS fera un point précis, soient plus accessibles qu’elles ne le sont aujourd’hui aux chercheurs. Effectivement, si ces documents sont indispensables à l’écriture d’une page largement méconnue de l’histoire de la Belgique, ils sont aussi et avant tout essentiels à la découverte des ascendants d’un grand nombre de métis, qui est la condition sine qua non pour reconstruire leur propre histoire et identité et celles de leurs descendants.

Outre les travaux scientifiques, l’orphelinat de Save a fait l’objet de plusieurs reportages télévisés et radiophoniques qui vous seront présentés au cours d’une projection-vidéo réalisée par François MILLIEX qui contient de rares témoignages des mères, des pères et des enfants particulièrement poignants. Plusieurs autres témoignages personnels, présentés de vive voix par un métis du Ruanda-Urundi, François GERADIN, et une métisse du Congo, Cécile de ROOSBEECK, permettront de comprendre comment certains métis ont réussi à reconstruire une identité broyée par les rouages aveugles de l’administration coloniale.

C’est précisément la question de l’identité qu’exposera François d’ADESKY en expliquant comment le système colonial a dépossédé les métis de la nationalité belge, contrevenant du même coup à la loi. Par ailleurs, le refus, tout aussi illégal, de reconnaître les mariages "coutumiers", conféra aux métis, déjà stigmatisés, la qualification de "bâtards".

Il est encore temps d’agir. Le 24 novembre 2015, le Parlement flamand a voté une résolution reconnaissant le caractère forcé de certaines adoptions en Flandre, qui concernaient également une partie des métis de Save. Une telle reconnaissance a eu des conséquences immédiates sur la gestion et l’accès des dossiers de tous les métis de Save, assortis d’un accompagnement professionnel pour les néerlandophones.

L’Association AMB souhaite poser au Parlement les trois questions suivantes :

1)  Le Parlement francophone bruxellois est-il disposé à prononcer une déclaration officielle sur la problématique des métis issus de la colonisation belge, qui enclencherait ensuite, à travers des processus similaires dans les autres Parlements régionaux, la prise en compte de cette problématique par le Sénat en vue d’une déclaration officielle du Gouvernement fédéral ?

2)  Dans le cadre d’une telle déclaration, le Parlement francophone bruxellois est-il disposé à appuyer les mesures destinées à permettre aux métis de se réapproprier leur histoire et leur identité et de résoudre les questions liées à la possession de la nationalité belge et aux actes juridiques liés aux naissances et mariages ?

3)  Le Parlement francophone bruxellois est-il disposé à fournir aux métis francophones l’accès à leurs dossiers dans les mêmes conditions d’accompagnement optimales que les métis néerlandophones et à inciter l’ensemble des institutions détentrices des données sur les origines des métis à leur permettre de consulter leurs dossiers ?

Nous vous remercions de votre coopération et nous nous réjouissons de vous rencontrer le jeudi 20 octobre 2016.

Veuillez agréer, Mesdames et Messieurs les Députés et Chefs de Groupe, l’assurance de notre haute considération.

 

 

Lu 1015 fois
Super User

Nunc dictum rutrum accumsan. Maecenas tempor pellentesque dolor, ut vehicula justo luctus a. Nullam neque nulla, rutrum ac volutpat in, dapibus quis justo. Integer semper faucibus neque, eget rhoncus diam interdum ut. Nulla id ante mauris. Sed eleifend ante eget diam gravida ultrices. Pellentesque sollicitudin nisl vel massa lacinia at dictum quam accumsan.

Laisser un commentaire

Assurez-vous que vous entrez les informations obligatoires (*) l'endroit indique. Code HTML n'est pas autorise.

Bonne Visite

 

L'Africain

Rue L. Bernus 7

6000 Charleroi

+32 71 313 186

This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.

NEWSLETTER

Bonjour, Veuillez entrer vos données pour vous inscrire à la newsletter.
captcha 
Merci pour votre inscription.