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  • La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996) 

    Thèse doctorale soutenue par le Révérend Père  Rigobert KYUNGU SJ, le 30 juin 2020, à l'Université Grégorienne de Rome.

    Un évènement joyeux après celui des ordinations presbytérale et diaconale des Pères Eric KAMBALE et Stanislas KAMBASHI, le samedi 27 juin 2020.

    L’auditoire ne devant contenir qu’un nombre réduit de participants suite aux restrictions liées à la crise sanitaire en cours, ladite soutenance s’est faite en mode semi publique. Néanmoins, la retransmission en direct sur YouTube a contribué à élargir l’audience.

    De quoi a-t-il été question dans cette thèse discutée en vue de l’obtention du titre de docteur en théologie spirituelle ? La recherche a porté sur la figure du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA SJ, mort martyrisé le 29 octobre 1996 à Bukavu, et dont la cause de béatification avance à grands pas.

     

    Pour s’engager dans cette "aventure", l’auteur de la thèse a été motivé entre autres par le témoignage de vie de l’ancien archevêque de Bukavu. Ce dernier, à travers son engagement aussi bien sociopolitique que pastoral, a laissé des traces qui méritent d’être mises en évidence. Une autre motivation est le discernement spirituel qui caractérisait ce serviteur de Dieu. C’était, souligne le Père KYUNGU, un homme dont le discernement spirituel était au cœur de ses actions dans sa vie d’africain, de prêtre jésuite et d’évêque.

    La thèse porte le titre de "La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996)". Elle s’articule sur six grands chapitres. Dans un premier moment, l’auteur décrit la région des Grands-Lacs dans laquelle est né et a œuvré Mgr MUNZIHIRWA. Une description qui prend en compte la période trouble du génocide au Rwanda en 1994, mais aussi la guerre au Congo en 1996, dite la guerre de libération, ayant occasionné la chute du Maréchal MOBUTU, après 32 ans de règne.

    En second lieu, l’auteur dresse une biographie de l’ancien archevêque de Bukavu, depuis sa naissance à Burhale dans le Bushi, jusqu’à son ordination épiscopale inclusivement. Cette biographie se veut suffisamment fouillée, dans le but de contribuer à l’avancement du procès de béatification du serviteur de Dieu.  Le troisième chapitre couvre le ministère épiscopal du prélat à Kasongo où il est resté 8 ans. L’auteur a voulu mettre en exergue ces années qui sont souvent oubliées dans beaucoup de biographies. Le quatrième chapitre développe l’étape de Bukavu où Mgr MUNZIHIRWA a exercé son ministère épiscopal de manière très intense pendant deux ans, dans le contexte de guerre et ce, jusqu’à son martyre. Ici, l’auteur discute aussi la question du martyre " in odium fidei ". 

    D’autre part, la dissertation comprend une partie analytique qui scrute la figure de Mgr MUNZIHIRWA à partir de son enracinement dans la culture africaine, entre autres. Ainsi, le cinquième chapitre analyse-t-il 55 proverbes utilisés par Mgr MUNZIHIRWA, en les insérant dans les genres poétiques de la littérature orale africaine.  Pour notre auteur, Mgr MUNZIHIRWA a montré que l’Afrique est riche et que ses richesses culturelles ne peuvent être balayées ni abandonnées comme si elles n’étaient pas importantes. L’attachement à sa culture a aidé Mgr MUNZIHIRWA à intérioriser, ou mieux, inculturer non seulement l’évangile, mais aussi la spiritualité ignatienne au point de faire de lui un homme à la fois "entièrement africain et entièrement jésuite". L’auteur démontre donc que la culture africaine et la spiritualité ignatienne convergent harmonieusement dans la personne de Mgr MUNZIHIRWA. Enfin, au sixième chapitre, le discernement apparaît comme un thème clé dans la discussion, puisque, selon l’auteur, il constitue un outil efficace utilisé par le serviteur de Dieu tout au long de sa vie, générant en lui une vraie liberté intérieure. La thèse chute en dépeignant le profil spirituel de Mgr MUNZIHIRWA, affirmant que sa spiritualité se fonde sur la prière et l’Eucharistie, la dévotion mariale, l’engagement pour la paix et la justice, la pauvreté évangélique, la croix du Christ, le discernement spirituel, la liberté intérieure, l’inculturation et enfin le sens de l’Eglise.

    Au terme de la présentation par le récipiendaire des résultats de sa recherche, un dialogue s’est engagé avec le jury pour expliquer davantage et tirer au clair tous les hémisphères de ce travail scientifique. Après délibération, le jury a salué la rigueur et la qualité du travail accompli. Dans le respect des normes de la Grégorienne, le jury n’a pas immédiatement rendu public son verdict ; il appartient aux services du secrétariat de l’Université de le communiquer au récipiendaire par les voies ordinaires. Le père KYUNGU recevra donc le titre de docteur après la publication partielle ou totale de sa thèse. Profitiat !

    Pour célébrer la joie de cet évènement, les Jésuites présents à la cérémonie ainsi que d’autres invités se sont retrouvés dans la communauté du Gesù où un verre d’amitié a été partagé.

    En outre, pour joindre l’utile à l’agréable, un partage de repas a été organisé le mercredi 1er juillet 2020 dans un restaurant de la place pour célébrer avec quelques invités les trois évènements joyeux de l’ACE-Rome : thèse, ordinations presbytérale et diaconale.

    C’est par ces événements heureux que s’achève l’année académique. Se pliant aux aléas du transport aérien dans les circonstances actuelles, les uns attendent de s’envoler sous d’autres cieux, alors que d’autres ont décidé de passer l’été en Italie ou en Europe. Désormais l’ACE-Rome a un nouveau coordinateur pour l’année académique 2020-2021 en la personne de Camille MUKOSO à qui nous souhaitons beaucoup de succès dans ce service.

    Jean-Paul KAMBA, SJ

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    Vingtième anniversaire de l'assassinant de
    Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO 
    (01/01/1926-29/10/1996) 

    Par Jean NYEMBO, sj
    Commission Foi et Promotion de la Justice

    Bien chers amis dans le Seigneur,

    Paix à vous !

    Nous célébrons aujourd'hui, 29 octobre 2016, le vingtième anniversaire de l'assassinat de notre frère, pasteur de l'Eglise de Bukavu, Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO. Mzee, comme nous l'appelions respectueusement et affectueusement, est mort sur le champ de batailles, la croix à la main comme seule arme qu'il possédait.

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  • Saint Nicolas et Père Fouettard : qui sont-ils ?
    Et quel est leur impact sur les enfants belgo-africains ?

     

    Par Mireille-Tsheusi ROBERT
    BAMKO asbl
     

    Connaissez-vous le "Sauvage d'Ath "? Le "Diable Magnon" ? Ou les "Basoulous de Basècles" ? Vous n'avez sûrement jamais entendu parler de ces sauvages hainuyers si vous n'êtes pas originaire de cette région. Peut-être connaîtrez-vous mieux les Noirauds bruxellois ou le Zwarte Piet anversois ? Dans l'espace francophone, Zwarte Piet, littéralement Pierrot-Le-Noir, est appelé Père Fouettard, le joyeux mais répressif compagnon de Saint Nicolas. Ces figures folkloriques souvent enchaînées, parfois affublées de cornes, dansant, chantant et vociférant à l'encontre des badauds lors du carnaval de la "Ducasse", de la fête de Saint Nicolas ou lors de la procession des Noirauds ont toutes un point commun : le maquillage en noir du visage ou le "blackface".

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  • CPI. Les doutes du procès BEMBA
    Y a-t-il vraiment eu crimes contre l’humanité à Bangui 
    en 2002 et 2003 ?

    Par WINA LOKONDO
    Historien, journaliste indépendant

     Le 24 mai 2008, Jean-Pierre BEMBA, sénateur et ancien Vice-président de la RD Congo de 2003 à 2006, est arrêté en début de soirée dans sa résidence de Rhode-Saint-Genèse, un quartier périphérique de Bruxelles, en exécution du mandat d’arrêt international lancé contre lui par le procureur près la Cour Pénale Internationale. Il sera transféré, après neuf jours de détention dans la capitale belge, à la prison de la CPI de Scheveningen, un faubourg de La Haye. Il y est, à ce jour.

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  • Analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo
    aux organisations internationales africaines

     

    Par       Adolphe AMANI BYENDA[1]
    Germain NGOIE TSHIBAMBE[2]

     

    Résumé : Depuis la fin de la première et de la deuxième guerre mondiale, les organisations internationales jouent  un rôle très important dans les différents secteurs de la vie à cause de leur efficacité de réponse rapide aux problèmes urgents des États. À cet égard, il s’avère, sur base de nos résultats, que l’appartenance des États à plusieurs organisations notamment sous-régionales, régionales ou intercontinentales constitue un avantage  tant sur le plan politique, économique que sécuritaire. Le présent article se fixe comme objectif, l’analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines. À partir de cette recherche, nous comprenons que les facteurs géographique, historique, sécuritaire, économique, politique et culturel,… sont autant d'éléments qui justifient l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines.  

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  • MENDE, KAMBILA et les sanctions impériales

     

    Par MBELU BABANYA KABUDI

    Les sanctions prises par les USA et l'UE à l'endroit de certains membres de ''la kabilie'' ont suscité quelques réactions en son sein. L'ex-porte-parole du gouvernement démissionnaire  de MATATA PONYO, Lambert MENDE, fort de ses études de droit, les a sévèrement critiquées ce lundi 12 décembre 2016. Voici ce qu'il dit :

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    Cosmos EGLO, Du sang sur le miroir. Paris, L'Harmattan, 2012. 200 pages.

    Par Eddy VAN SEVENANT

    Ames sensibles s'abstenir ! De la première à la dernière page, c'est un déferlement de violences et des bains de sang toujours renouvelés que l'auteur nous propose ici afin d'illustrer la situation déplorable de certains pays africains post-coloniaux, livrés à toutes les turpitudes de leurs "élites", sanguinaires à souhait et soutenues à bout de bras par des puissances extérieures (dans le cas présent la France et les USA) qui y trouvent l'opportunité de garder la main sur le pays tout en n'y étant plus officiellement présentes.

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    Par Modeste WASSO

    Griet BROSENS, Du Congo à l’Yser. 32 soldats congolais dans l’armée belge durant la Première Guerre mondiale. Traduit du néerlandais (Belgique) par Charles FRANKEN. Waterloo, éditions Luc Pire (www.editionslucpire.be), 2016. 271 pages. 24,90 €

    Voici un livre qui ouvre une page de l’histoire commune à la Belgique et au Congo des années  1914-1918. "Du Congo à l’Yser"  relate  l’histoire, longtemps occultée, des Congolais arrivés en Belgique, à la fin du 19ème siècle (les premières arrivées datent de 1885) en tant que militaires et qui ont combattu sous le drapeau belge pendant la première guerre mondiale, 1914-1918.

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  • Par Eddy VAN SEVENANT

    Collectif, État des résistances dans le Sud : Afrique. Alternatives Sud (Revue trimestrielle). Volume 23-2016/4. Centre Tricontinental  (Louvain-la-Neuve) et Éditions Syllepse (Paris) – 215 pages. 13 €

    Cet ouvrage fait partie d'une série qui fait le point régulièrement sur les oppositions politiques, féministes, paysannes, etc. aux régimes en place dans différents pays du Sud, principalement d'ailleurs sur le continent africain.

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  • Groupes armés et problématique de développement
    du territoire de Fizi (RD Congo)


    par BAWILI LUKELE Tango
    département des Sciences Politiques et Administratives 
    Université Officielle de Bukavu
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    Résumé : Par leurs actions, les groupes armés ont influé et influent négativement sur le développement de ce territoire ; ils y créent une instabilité permanente depuis de longues années. Cette instabilité entraîne des conséquences désastreuses notamment sur les plans politique, administratif, sécuritaire, économique, etc. Cet état des choses empêche les pouvoirs publics et les populations locales d'exploiter les multiples potentialités naturelles en vue de booster son développement. Ceci explique dans une certaine mesure le sous-développement de ce territoire. De ce fait, il importe que l’État se réveille, rétablisse la paix et suscite le développement de ce territoire en impliquant les populations locales.

    Introduction    

    Depuis plus d’une décennie, l’est de la RD Congo est en proie à une instabilité sécuritaire dont les causes sont à la fois internes et externes. L’ampleur et les effets de cette situation sont différemment vécus d’une province à une autre. Au Sud-Kivu, l’émergence et la résurgence des groupes armés entraînent une instabilité sécuritaire qui, par conséquent, étouffe les actions du développement. 

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La ségrégation des métis du Congo belge et du Ruanda-Urundi, une affaire d’état

par ASSUMANI BUDAGWA

Mesdames et Messieurs, Honorables Parlementaires, Chers amis, je vous salue.

Comme il a été dit dans la présentation, je suis l’auteur de l’étude intitulée "Noirs-Blancs, métis, la Belgique et la ségrégation des métis du Congo belge et du Ruanda –Urundi, 1908-1960". Dans le cadre de cette rencontre autour de la problématique des métis issus de la colonisation belge en Afrique, il m’a été demandé de présenter brièvement un aspect méconnu, oublié sinon occulté de cette problématique, un aspect pourtant central : la ségrégation ciblée des métis.

Mes recherches m’ont convaincu que la problématique des métis, et plus fondamentalement la ségrégation des métis du Congo belge et du Ruanda Urundi, était une véritable affaire d’État.

 Mon exposé portera sur :

 -         L’origine du débat sur la question des métis

-         Une affaire d’État

-         L’indifférence juridique

-         L’indifférence éducative

 1.     L’origine du débat belge sur la question des métis

La question des métis s’inscrit dans le cadre plus large du débat sur les races, et donc de la notion sous-jacente de la pureté des races, que l’on peut faire remonter au congrès universel des races qui eut lieu  à Londres en 1911.

Elle s’inscrit également dans le cadre de la gestion des ressources humaines de l’administration coloniale : on peut citer à cet égard le Congrès Colonial de Gand de 1913 où la question des métis fut rapidement évoquée en marge de celle des "Blancs aux colonies", le Congrès Colonial International de 1923 où le docteur DRYEPONDT présente une courte note sur ce qui n’était qu’un "accident" somme toute compréhensif, attribuable au célibat et aux effets inattendus du soleil tropical.

De nombreux débats eurent lieu également de la part de scientifiques, juristes, voire religieux, dans des institutions comme l’Institut Royal Colonial belge où s’exprima, en 1930, le Professeur Pierre NOLF, Ministre des arts et des sciences dans le gouvernement THEUNIS.

Prétendant se fonder sur "l’étude des lois de l’hérédité", ce médecin définissait le mulâtre comme "le dépositaire de caractères blancs et de caractères noirs juxtaposés, entre lesquels aucune fusion ne s’opère" (1).

Poursuivant son analyse, il affirmait que les "métis, n’étant d’aucune des deux races, forment un élément social instable et mécontent" (2) et de tirer la sonnette d’alarme face à une "une grave menace pour l’avenir de la race blanche, qui ne restera capable de remplir la mission civilisatrice qu’à la condition de préserver la qualité de son sang" (3). 

Le danger potentiel représenté par les métis avait déjà été évoqué en 1913 par Joseph PHOLIEN, à qui j’attribue la paternité de la doctrine coloniale sur les métis : ce juriste, qui deviendra chef du gouvernement de 1950 à 1952, avait qualifié les métis  d’"éléments peu moraux pouvant devenir très vite dangereux" et qu’il importait "d’en diminuer le nombre" (4).

Les instances ecclésiastiques aussi avaient condamné très tôt  les unions entre les Blancs et des femmes noires ; à ce propos, je ne résiste pas à vous lire, comme exemple, la condamnation formulée en 1914 par le Père Jésuite Arthur VERMEERSCH, sous forme d’une métaphore militaire filée, agrémentée de figures de style dignes d’un disciple de CICÉRON : "A prendre une concubine noire, on subit une défaite. Quelques prétextes sont ajoutés pour colorer la capitulation. Pour la colorer, mais de quelles couleurs ! N’est-ce pas une honte d’accepter la prévarication pour des avantages temporels ? On ne transige pas avec le devoir. L’honneur chrétien est un honneur militaire : il nous dit de mourir, plutôt que nous rendre à l’ennemi. Et à ce moment s’évoque à mon regard la mission coloniale : mission de conquête, s’il en fut ; mission de conquête sur la matière et sur la sauvagerie. Elle réclame toute notre force, notre vigueur. Confiée à des vaincus, pareille mission est-elle en de bonnes mains ?" (5).

Bref, le terrain était prêt pour élaborer la doctrine coloniale envers les métis et l’occasion se présenta sous la forme du congrès international qui allait se tenir en marge de l’Exposition Universelle de Bruxelles de 1935 : le titre était désormais sans ambiguïté : "Congrès pour l’étude des problèmes résultant du mélange des races".

Il révélait clairement que l’état colonial belge devait prendre conscience que les métis représentaient un problème et qu’il était impératif d’y apporter des solutions.

Le congrès s’ouvrit par une allocution de Paul CROCKAERT, ancien Ministre des Colonies mais aussi président de l’Œuvre de Protection des Mulâtres.

Reprenant les arguments avancés précédemment par les scientifiques, les juristes et les religieux, il rappelait d’abord que "sans doute aucune race n’est probablement pure" mais soulignait néanmoins que les différences de couleur de la peau, de cheveux, etc. s’étendaient "aux aptitudes intellectuelles et aux qualités morales" ; le peuple civilisateur devait être bon et généreux envers le peuple civilisé mais la sagesse et la vertu exigeaient de  "se garder du métissage, le décourager, voire l’empêcher par tous les moyens efficaces" (6).

On atteindrait ainsi trois objectifs hautement désirables : éviter aux "métis de pâtir d’une composition indésirable du sang, garantir l’avenir de la race blanche en Afrique et le respect de la race noire".

Beaucoup plus radicaux furent les propos tenus, lors de ce même congrès, par le fasciste et antisémite Robert KETELS, fondateur de la maison  d’édition "Le racisme paneuropéen" située à  Bruxelles.

Selon lui, "Pour le Racisme, le mulâtre est un monstre et tout ce qui contribue à le produire est une monstruosité, non seulement la conjoncture, mais surtout l’idéologie ambiante, complice ou cause directe. Le métissage est pour la race une cause de régression et de désagrégation" (7).

2.      Une affaire d’État.

Par sa double casquette d’homme d’État et de président d’une œuvre de charité dédiée aux métis, l’intervention de CROECKART hissait la problématique des métis au rang de question d’État et comme telle, elle fut tour à tout  débattue au sein de la Commission Permanente pour la Protection des Indigènes ou CPPI, du Conseil Colonial, de la Conférence des évêques, des Conseils du Gouvernement Général ou Provincial et plus particulièrement de deux  commissions ministérielles créées pour étudier cette  épineuse question et proposer des solutions ou des attitudes à adopter.

En 1938, la CPPI formule plusieurs résolutions (8) qui trouvent leurs fondements dans des décrets importants, sur lesquels je n’ai pas le temps de m’attarder ici ; disons brièvement que le décret du 12 juillet 1890 concernait la protection des enfants abandonnés, orphelins, délaissés, trouvés et que celui du 4 mars 1892 autorisait les associations philanthropiques et religieuses à recueillir, dans les colonies agricoles et professionnelles qu’elles dirigeaient, les enfants indigènes dont la loi avait déféré la tutelle à l’État.

L’une des résolutions considérait que "le Gouvernement ne devait favoriser d’aucune manière l’envoi des mulâtres en Belgique", c’est-à-dire le pays du père ; d’autre part "il fallait faire  prévaloir l’intérêt des mulâtres sur les droits de la mère de telle sorte que la seule mauvaise volonté de celle-ci ne puisse mettre obstacle aux mesures que l’intérêt de l’enfant commande".

Et  qui allait décider de l’intérêt de l’enfant ? C’est ce que dit implicitement le point suivant qui préconise que le Gouvernement "s’intéresse aux œuvres qui, au Congo, s’occupent du problème des mulâtres" et cela parce que  "Le problème ne revêt pas seulement un aspect de bienfaisance mais un aspect social et politique".

Ces décrets furent appliqués aux métis avec des conséquences dramatiques qui feront l’objet de l’exposé de Sarah HEYNNSENS sur les métis de l’orphelinat de Save.

En effet ces décrets légalisèrent l’acheminement et le confinement des métis dans des centres tenus par des associations et c’est ainsi que, dès leur plus jeune âge, 4 ans, parfois moins, les métis furent arrachés à leur mère et à leur village natal et parfois par le recours à la force, sans qu’ils ne répondent  aux critères pourtant bien définis d’enfants abandonnés, délaissés, orphelins ou trouvés. 

3.     L’indifférence juridique

Laissant cette fois à François d’ADESKY le soin d’évoquer la question du statut juridique des métis et certaines de ses conséquences dramatiques, il importe de souligner que certains juristes exprimèrent leur stupéfaction devant le fait que "Les lois de la colonie du Congo belge" étaient "muettes sur le statut des mulâtres".

C’est ce que constate Paul SALKIN en 1920 qui préconise qu’en raison de la "dignité de la race blanche" on leur octroie un statut qui les distingue des indigènes", qu’on les regroupe dans des agglomérations qui leur soient réservées et qu’on favorise entre eux des inter-mariages (9).

Près de 40 ans plus tard, les choses n’ont pas avancé d’un pouce comme le constatait un autre juriste, Jean-Paul PAULUS, qui écrivait que "le statut des mulâtres [était] très difficile à déterminer juridiquement parce que la loi n'en parle pas". Et de recommander pour sa part qu’on  fasse "entrer le mulâtre dans une des trois catégories fondamentales : belges, congolais, étrangers" (10).

Mais comment légiférer sur un phénomène que n’avait pas prévu le droit colonial et plus précisément l’auteur de la charte coloniale du  18 octobre 1908  qui avait voulu, dit-on, "maintenir les privilèges de naissance et de race en vue d'assurer la suprématie des Blancs sur les Noirs et les rendre ainsi à même d'exercer le rôle civilisateur qui leur était assigné."

4.     L’indifférence éducative

Bien qu’aucune loi de ségrégation raciale n’ait été promulguée par l’État belge, les métis n’étaient pas admis dans les écoles des enfants blancs. La plupart des enfants métis furent donc instruits dans les établissements pour indigènes gérés par les divers ordres religieux.

Mais devant leur nombre croissant, on décida, dès 1911, qu’il fallait construire des établissements scolaires réservés aux métis mais ce n’est qu’en 1944 que virent le jour les établissements de Lusambo pour les filles et de Kabinda  pour les garçons.

Il faudra attendre 1948, non sans une farouche opposition des parents blancs et même de la très respectable "Ligue des Familles", pour que les métis reconnus soient admis dans les établissements pour Blancs, après avoir passé un examen médical et avoir prouvé qu’ils avaient reçu une éducation à l’européenne.

Les métis non reconnus y furent admis en 1952 en même temps que les enfants noirs dont les parents étaient porteurs de la carte de mérite civique.

5. Conclusion

La question "métis" ou plus précisément la ségrégation des métis qui fait l’objet de ce Jeudi de l’Hémicycle, fut hier, une véritable affaire d’État, pour les raisons que je viens d’évoquer devant vous :

-         Relayant les idéologies racistes de l’époque, l’État colonial belge a perçu le "mulâtre" comme une menace directe au prestige racial du colonisateur blanc  et  donc à la pérennité du régime colonial et des intérêts vitaux qui y était associés. 

-     Dans le but de préserver une stabilité sociale et politique, l’État a relégué très loin au second plan les droits fondamentaux que la Constitution octroie d’habitude aux enfants et notamment aux enfants abandonnés ou en situation précaire pour se focaliser sur la nécessité de contrôler et surveiller les métis devenus adultes au sein de  leurs associations ou mutuelles d’entraide. 

-    C’est ce que révèle le désintérêt total pour le statut juridique du métis et pour son éducation à travers la mise en place de systèmes d’éducation ségrégationnistes. 

-         L’État, par sa politique ségrégationniste ciblée sur les métis, a aussi couvert, en complicité avec l’Église, l’abandon ou la dissimulation des enfants métis nés de certains de ses hauts fonctionnaires, de prêtres ou d’autres dignitaires issus de la noblesse, en retardant ou évitant la recherche de paternité, en autorisant les changements de noms, en confiant la tutelle des enfants sans discernement.

Il est clair aujourd’hui que le véritable ennemi de l’État colonial belge, ce n’était pas les enfants innocents de ses propres agents et citoyens en Afrique mais bien son incapacité à percevoir dans le métissage et les métis le rôle qu’ils pouvaient jouer  pour établir, ou faciliter les liens et une meilleure connaissance entre civilisations en présence. L’ennemi de l’État colonial, c’était aussi l’incapacité apparente à imaginer que le système colonial portait en lui-même les germes aveuglants de sa remise en cause, de son rejet parfois violent et de son autodestruction au Nord comme au Sud.

J’aimerais terminer en disant : Noirs, Blancs, métis qu’importe ? L’amour, l’amitié, le partage et le courage politique font de nous les bâtisseurs potentiels d’une humanité plus fraternelle car hier comme aujourd’hui, le métissage physique ne constitue pas une menace, un horizon qui s’éloigne, il se profile plutôt comme  une espérance qui approche, un indicateur d’un vivre ensemble plus vrai, plus durable qui s’inscrit dans le seul métissage véritable : celui qui nous unit aujourd’hui, à savoir le métissage de l’esprit, le métissage de nos idéaux, de nos valeurs, de nos aspirations, de nos rêves, de nos cœurs, de nos mémoires, de nos amours, de nos chairs.

 Notes : 

(1) NOLF Pierre, Les problèmes des races, in Bulletin des séances de l'Institut Royal Colonial Belge, 1930, volume I (pp. 401-4026), p.423.

(2) NOLF Pierre, Les problèmes des races, in Bulletin des séances de l'Institut Royal Colonial Belge, 1930, volume I (pp. 401-4026), p.426.

(3) NOLF Pierre, Les problèmes des races, in Bulletin des séances de l'Institut Royal Colonial Belge, 1930, volume I (pp. 401-4026), p.426.

(4) PHOLIEN Joseph, Condition juridique et sociale des métis et des indigènes. Publication de la Société Royale d'Etudes Coloniales, n°5, mai 1913, p.1 ou Bul.Soc. Belge d'Etudes Hist. et Sc. 20 : 329-35, 1913.

(5) VERMEERSCH Arthur, La femme congolaise ménagère de Blanc, femme de polygame, chrétienne. Bruxelles, Albert Dewit, 1914. P. 12.

(6) CROKAERT Paul, Discours d'ouverture. Congrès International pour l'étude des problèmes résultant du mélange des races. Exposition Internationale et Universelle de Bruxelles, 1935. Pp. 2-3.

(7) KETELS Robert, Le racisme paneuropéen et la protection des mulâtres. Congrès International pour l'étude des problèmes résultant du mélange des races. Exposition Internationale et Universelle de Bruxelles, 1935. P. 128.

(8) GUEBELS Léon, Relation complète des travaux de la Commission Permanente pour la Protection des Indigènes, 1911-1951. Gembloux, éditions Duculot, 1952. Pp. 548-554.

(9) SALKIN Paul, Etudes africaines. Editions Larcier, 1920. P. 359.

(10) PAULUS Jean-Pierre, Droit public au Congo-Belge. ULB, 1959. P. 343.

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