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  • La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996) 

    Thèse doctorale soutenue par le Révérend Père  Rigobert KYUNGU SJ, le 30 juin 2020, à l'Université Grégorienne de Rome.

    Un évènement joyeux après celui des ordinations presbytérale et diaconale des Pères Eric KAMBALE et Stanislas KAMBASHI, le samedi 27 juin 2020.

    L’auditoire ne devant contenir qu’un nombre réduit de participants suite aux restrictions liées à la crise sanitaire en cours, ladite soutenance s’est faite en mode semi publique. Néanmoins, la retransmission en direct sur YouTube a contribué à élargir l’audience.

    De quoi a-t-il été question dans cette thèse discutée en vue de l’obtention du titre de docteur en théologie spirituelle ? La recherche a porté sur la figure du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA SJ, mort martyrisé le 29 octobre 1996 à Bukavu, et dont la cause de béatification avance à grands pas.

     

    Pour s’engager dans cette "aventure", l’auteur de la thèse a été motivé entre autres par le témoignage de vie de l’ancien archevêque de Bukavu. Ce dernier, à travers son engagement aussi bien sociopolitique que pastoral, a laissé des traces qui méritent d’être mises en évidence. Une autre motivation est le discernement spirituel qui caractérisait ce serviteur de Dieu. C’était, souligne le Père KYUNGU, un homme dont le discernement spirituel était au cœur de ses actions dans sa vie d’africain, de prêtre jésuite et d’évêque.

    La thèse porte le titre de "La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996)". Elle s’articule sur six grands chapitres. Dans un premier moment, l’auteur décrit la région des Grands-Lacs dans laquelle est né et a œuvré Mgr MUNZIHIRWA. Une description qui prend en compte la période trouble du génocide au Rwanda en 1994, mais aussi la guerre au Congo en 1996, dite la guerre de libération, ayant occasionné la chute du Maréchal MOBUTU, après 32 ans de règne.

    En second lieu, l’auteur dresse une biographie de l’ancien archevêque de Bukavu, depuis sa naissance à Burhale dans le Bushi, jusqu’à son ordination épiscopale inclusivement. Cette biographie se veut suffisamment fouillée, dans le but de contribuer à l’avancement du procès de béatification du serviteur de Dieu.  Le troisième chapitre couvre le ministère épiscopal du prélat à Kasongo où il est resté 8 ans. L’auteur a voulu mettre en exergue ces années qui sont souvent oubliées dans beaucoup de biographies. Le quatrième chapitre développe l’étape de Bukavu où Mgr MUNZIHIRWA a exercé son ministère épiscopal de manière très intense pendant deux ans, dans le contexte de guerre et ce, jusqu’à son martyre. Ici, l’auteur discute aussi la question du martyre " in odium fidei ". 

    D’autre part, la dissertation comprend une partie analytique qui scrute la figure de Mgr MUNZIHIRWA à partir de son enracinement dans la culture africaine, entre autres. Ainsi, le cinquième chapitre analyse-t-il 55 proverbes utilisés par Mgr MUNZIHIRWA, en les insérant dans les genres poétiques de la littérature orale africaine.  Pour notre auteur, Mgr MUNZIHIRWA a montré que l’Afrique est riche et que ses richesses culturelles ne peuvent être balayées ni abandonnées comme si elles n’étaient pas importantes. L’attachement à sa culture a aidé Mgr MUNZIHIRWA à intérioriser, ou mieux, inculturer non seulement l’évangile, mais aussi la spiritualité ignatienne au point de faire de lui un homme à la fois "entièrement africain et entièrement jésuite". L’auteur démontre donc que la culture africaine et la spiritualité ignatienne convergent harmonieusement dans la personne de Mgr MUNZIHIRWA. Enfin, au sixième chapitre, le discernement apparaît comme un thème clé dans la discussion, puisque, selon l’auteur, il constitue un outil efficace utilisé par le serviteur de Dieu tout au long de sa vie, générant en lui une vraie liberté intérieure. La thèse chute en dépeignant le profil spirituel de Mgr MUNZIHIRWA, affirmant que sa spiritualité se fonde sur la prière et l’Eucharistie, la dévotion mariale, l’engagement pour la paix et la justice, la pauvreté évangélique, la croix du Christ, le discernement spirituel, la liberté intérieure, l’inculturation et enfin le sens de l’Eglise.

    Au terme de la présentation par le récipiendaire des résultats de sa recherche, un dialogue s’est engagé avec le jury pour expliquer davantage et tirer au clair tous les hémisphères de ce travail scientifique. Après délibération, le jury a salué la rigueur et la qualité du travail accompli. Dans le respect des normes de la Grégorienne, le jury n’a pas immédiatement rendu public son verdict ; il appartient aux services du secrétariat de l’Université de le communiquer au récipiendaire par les voies ordinaires. Le père KYUNGU recevra donc le titre de docteur après la publication partielle ou totale de sa thèse. Profitiat !

    Pour célébrer la joie de cet évènement, les Jésuites présents à la cérémonie ainsi que d’autres invités se sont retrouvés dans la communauté du Gesù où un verre d’amitié a été partagé.

    En outre, pour joindre l’utile à l’agréable, un partage de repas a été organisé le mercredi 1er juillet 2020 dans un restaurant de la place pour célébrer avec quelques invités les trois évènements joyeux de l’ACE-Rome : thèse, ordinations presbytérale et diaconale.

    C’est par ces événements heureux que s’achève l’année académique. Se pliant aux aléas du transport aérien dans les circonstances actuelles, les uns attendent de s’envoler sous d’autres cieux, alors que d’autres ont décidé de passer l’été en Italie ou en Europe. Désormais l’ACE-Rome a un nouveau coordinateur pour l’année académique 2020-2021 en la personne de Camille MUKOSO à qui nous souhaitons beaucoup de succès dans ce service.

    Jean-Paul KAMBA, SJ

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    Vingtième anniversaire de l'assassinant de
    Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO 
    (01/01/1926-29/10/1996) 

    Par Jean NYEMBO, sj
    Commission Foi et Promotion de la Justice

    Bien chers amis dans le Seigneur,

    Paix à vous !

    Nous célébrons aujourd'hui, 29 octobre 2016, le vingtième anniversaire de l'assassinat de notre frère, pasteur de l'Eglise de Bukavu, Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO. Mzee, comme nous l'appelions respectueusement et affectueusement, est mort sur le champ de batailles, la croix à la main comme seule arme qu'il possédait.

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  • Saint Nicolas et Père Fouettard : qui sont-ils ?
    Et quel est leur impact sur les enfants belgo-africains ?

     

    Par Mireille-Tsheusi ROBERT
    BAMKO asbl
     

    Connaissez-vous le "Sauvage d'Ath "? Le "Diable Magnon" ? Ou les "Basoulous de Basècles" ? Vous n'avez sûrement jamais entendu parler de ces sauvages hainuyers si vous n'êtes pas originaire de cette région. Peut-être connaîtrez-vous mieux les Noirauds bruxellois ou le Zwarte Piet anversois ? Dans l'espace francophone, Zwarte Piet, littéralement Pierrot-Le-Noir, est appelé Père Fouettard, le joyeux mais répressif compagnon de Saint Nicolas. Ces figures folkloriques souvent enchaînées, parfois affublées de cornes, dansant, chantant et vociférant à l'encontre des badauds lors du carnaval de la "Ducasse", de la fête de Saint Nicolas ou lors de la procession des Noirauds ont toutes un point commun : le maquillage en noir du visage ou le "blackface".

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  • CPI. Les doutes du procès BEMBA
    Y a-t-il vraiment eu crimes contre l’humanité à Bangui 
    en 2002 et 2003 ?

    Par WINA LOKONDO
    Historien, journaliste indépendant

     Le 24 mai 2008, Jean-Pierre BEMBA, sénateur et ancien Vice-président de la RD Congo de 2003 à 2006, est arrêté en début de soirée dans sa résidence de Rhode-Saint-Genèse, un quartier périphérique de Bruxelles, en exécution du mandat d’arrêt international lancé contre lui par le procureur près la Cour Pénale Internationale. Il sera transféré, après neuf jours de détention dans la capitale belge, à la prison de la CPI de Scheveningen, un faubourg de La Haye. Il y est, à ce jour.

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  • Analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo
    aux organisations internationales africaines

     

    Par       Adolphe AMANI BYENDA[1]
    Germain NGOIE TSHIBAMBE[2]

     

    Résumé : Depuis la fin de la première et de la deuxième guerre mondiale, les organisations internationales jouent  un rôle très important dans les différents secteurs de la vie à cause de leur efficacité de réponse rapide aux problèmes urgents des États. À cet égard, il s’avère, sur base de nos résultats, que l’appartenance des États à plusieurs organisations notamment sous-régionales, régionales ou intercontinentales constitue un avantage  tant sur le plan politique, économique que sécuritaire. Le présent article se fixe comme objectif, l’analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines. À partir de cette recherche, nous comprenons que les facteurs géographique, historique, sécuritaire, économique, politique et culturel,… sont autant d'éléments qui justifient l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines.  

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  • MENDE, KAMBILA et les sanctions impériales

     

    Par MBELU BABANYA KABUDI

    Les sanctions prises par les USA et l'UE à l'endroit de certains membres de ''la kabilie'' ont suscité quelques réactions en son sein. L'ex-porte-parole du gouvernement démissionnaire  de MATATA PONYO, Lambert MENDE, fort de ses études de droit, les a sévèrement critiquées ce lundi 12 décembre 2016. Voici ce qu'il dit :

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    Cosmos EGLO, Du sang sur le miroir. Paris, L'Harmattan, 2012. 200 pages.

    Par Eddy VAN SEVENANT

    Ames sensibles s'abstenir ! De la première à la dernière page, c'est un déferlement de violences et des bains de sang toujours renouvelés que l'auteur nous propose ici afin d'illustrer la situation déplorable de certains pays africains post-coloniaux, livrés à toutes les turpitudes de leurs "élites", sanguinaires à souhait et soutenues à bout de bras par des puissances extérieures (dans le cas présent la France et les USA) qui y trouvent l'opportunité de garder la main sur le pays tout en n'y étant plus officiellement présentes.

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    Par Modeste WASSO

    Griet BROSENS, Du Congo à l’Yser. 32 soldats congolais dans l’armée belge durant la Première Guerre mondiale. Traduit du néerlandais (Belgique) par Charles FRANKEN. Waterloo, éditions Luc Pire (www.editionslucpire.be), 2016. 271 pages. 24,90 €

    Voici un livre qui ouvre une page de l’histoire commune à la Belgique et au Congo des années  1914-1918. "Du Congo à l’Yser"  relate  l’histoire, longtemps occultée, des Congolais arrivés en Belgique, à la fin du 19ème siècle (les premières arrivées datent de 1885) en tant que militaires et qui ont combattu sous le drapeau belge pendant la première guerre mondiale, 1914-1918.

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  • Par Eddy VAN SEVENANT

    Collectif, État des résistances dans le Sud : Afrique. Alternatives Sud (Revue trimestrielle). Volume 23-2016/4. Centre Tricontinental  (Louvain-la-Neuve) et Éditions Syllepse (Paris) – 215 pages. 13 €

    Cet ouvrage fait partie d'une série qui fait le point régulièrement sur les oppositions politiques, féministes, paysannes, etc. aux régimes en place dans différents pays du Sud, principalement d'ailleurs sur le continent africain.

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  • Groupes armés et problématique de développement
    du territoire de Fizi (RD Congo)


    par BAWILI LUKELE Tango
    département des Sciences Politiques et Administratives 
    Université Officielle de Bukavu
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    Résumé : Par leurs actions, les groupes armés ont influé et influent négativement sur le développement de ce territoire ; ils y créent une instabilité permanente depuis de longues années. Cette instabilité entraîne des conséquences désastreuses notamment sur les plans politique, administratif, sécuritaire, économique, etc. Cet état des choses empêche les pouvoirs publics et les populations locales d'exploiter les multiples potentialités naturelles en vue de booster son développement. Ceci explique dans une certaine mesure le sous-développement de ce territoire. De ce fait, il importe que l’État se réveille, rétablisse la paix et suscite le développement de ce territoire en impliquant les populations locales.

    Introduction    

    Depuis plus d’une décennie, l’est de la RD Congo est en proie à une instabilité sécuritaire dont les causes sont à la fois internes et externes. L’ampleur et les effets de cette situation sont différemment vécus d’une province à une autre. Au Sud-Kivu, l’émergence et la résurgence des groupes armés entraînent une instabilité sécuritaire qui, par conséquent, étouffe les actions du développement. 

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Témoignage personnel du vécu d'un pensionnaire à l'orphelinat pour métis (mulâtres) de Save au Rwanda et leurs reconstructions sur le sol belge

par Charles GERADIN

Madame la Présidente du Parlement francophone bruxellois, Madame la Députée, Mesdames et Messieurs, Sénatrices, Sénateurs, chefs de groupe, Parlementaires et Députés, Mesdames et Messieurs, c’est un honneur que vous nous faites en nous invitant à nous exprimer au sein de ce lieu qui est le vôtre. J’y vois un double symbole. Le premier, c’est la vitalité de vos "Jeudis de l’Hémicycle". Le second, c’est la singularité du lien qui vous unit et vous rapproche avec tous les citoyens dans divers domaines de notre société. 

Soyez-en chaleureusement remerciées, Madame la Présidente, Madame la Députée. 

J’en ajouterais un troisième : j’ai ouï dire, Madame la Présidente, que vous aimez les arts, la musique, particulièrement le chant ; c’est là aussi un symbole, gage de sensibilité, de générosité et d’humanisme dont nous comptons bien profiter.

- Mais, que dire de ceux qui veulent s’exprimer et qui n’en ont pas la possibilité ? 

- Que dire de ceux qui ne souhaitent pas s’exprimer ? Murés dans leurs silences, ils portent sans doute en eux une blessure irréversible, causée par l’humiliation, un sentiment de culpabilité, un ressentiment envers ceux qui les ont privés de leur père et surtout de leur mère. 

Ce 20 octobre 2016, ce "Jeudi de l’Hémicycle" nous est consacré. Après plus d’un demi-siècle, nous nous exprimerons de notre mieux, certes, parfois avec émotion mais avec d’autant plus de lucidité et de sérénité. 

Cette histoire, notre histoire, a aussi sa part d’ombre. Comme toute nation, la Belgique se grandira lorsqu’elle regardera lucidement son passé colonial. 

Un devoir de mémoire, voilà qui est dit, c’est là la seule manière d’être à la hauteur de ce passé qui nous accable toutes et tous. La seule. Il n’en existe pas d’autres. 

Mr. Le Député fédéral Benoit HELLINGS nous a honorés de sa présence au cours d’une de nos réunions ; il est représenté ici par son assistante Mme Béatrice JANSSENS, (merci Mme). Le fait que nous nous soyons rencontrés autour de ce sujet démontre bien que la Belgique doit avoir les outils historiques pour assumer son devoir de mémoire. 

En préambule à mon témoignage, je voudrais, si vous le permettez, poursuivre les propos tenus par ce même Robert KETELS lors de ce congrès de 1935 à Bruxelles, présidé par Paul CROKAERT, Sénateur et ancien Ministre des colonies belges dont ASSUMANI BUDAGWA vient de vous lire quelques extraits, en voici un autre ; cependant, si tous ne partageaient pas son opinion, les choses n’ont pas changé pour autant. 

…..JE CITE…..

Voici en conclusion, d’autres principes d’actions :

1- La race doit être mentionnée dans l’état civil : les métis ne sont-ils pas introduits en Belgique simplement sous le nom de leur père, sans qu’on ne tienne compte de leur race, ni qu’on ne l’annonce à leur état civil ? 

2- Pour mieux fixer la réalité, le métis ne doit pas porter un nom européen. 

3- Les responsabilités concernant les introductions de métis en Belgique doivent être déterminées, dénombrées avec précision, avec quelque indulgence pour le passé, avec grande sévérité pour l’avenir.

……FIN DE CITATION……. 

Ce préambule vous permettra de mieux comprendre l’attitude et le comportement des autorités belges par rapport au sort réservé à ces enfants nés de relations non tolérées par l’État colonial. 

Heureusement, comme tous les enfants dans leur insouciance infantile, nos conditions de vie, et c’est bien là le malheur, ne nous faisaient pas désespérer de la nature humaine, pas encore… 

Il faut savoir que le parcours de chacun de ces enfants sacrifiés est différent avec pour point commun d'avoir été retirés de leur mère de force et parfois sous la menace. 

- Les actes de filiation de ces enfants, qui ont été établis malgré des actes de naissances officiels, authentiques de certains pères qui ont pourtant bien reconnu leurs enfants, ont eu pour effet la mise sous tutelle massive de ces enfants, sans aucun jugement, sans une nationalité jusqu’à leur 18 ans pour certains d’entre eux, en totale contradiction avec la déclaration universelle des droits de l’homme qui stipule en son article 15 : "Tout individu a droit à une nationalité… nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer de nationalité". 

Comme disait Jean GOUYÉ, acteur et humoriste français, les hommes naissent libres et égaux en droit… après ils se démerdent. Pour beaucoup d’entre nous ce fut le cas et encore le cas aujourd’hui. Je complèterais cette phrase en disant que les femmes aussi naissent libres et égales en droit, tout de même ! Ce sont quand même bien elles qui nous mettent au monde non ? 

Je tiens, à votre disposition Madame la Présidente, Madame la Députée,

- une copie conforme à l’original de mon acte de filiation, établi le 2 septembre 1959 au Rwanda et signé par 3 commis désignés pour l’occasion par l’Officier d’État civil belge, RULMONT. Aucun de ces commis n’a jamais rencontré, ni connu ou parlé avec mon père, celui-ci n’ayant d’ailleurs jamais séjourné dans cette région. Cet acte de filiation rendit néanmoins caduc mon acte de naissance. 

Pour être tout à fait clair, arrivé en Belgique, je me suis vu retirer ma nationalité belge. Je ne suis devenu belge que plus tard. Quant à mon meilleur ami Donatien CEULEMANS, lui il devint Congolais ici même en Belgique ; tout de même, MEULEMANS, BEULEMANS et CEULEMANS ne riment pas vraiment avec Congolais, vous en conviendrez.

À la maison communale de Namur, l’Officier d’État civil omit de le mettre en garde des dispositions prises par la Belgique envers les ressortissants congolais, des mesures de rétorsion sans précédent du fait de l’indépendance du Congo. 

- J’ai également à votre disposition une copie certifiée conforme à l’original de mon acte de naissance, établi le 24 juillet 1945, un mois après la reconnaissance de mon père. 

Je vous lis aussi un extrait des règles d’attribution de la nationalité belge avant 18 ans près les Affaires Étrangères : 

Né d’un parent belge

1- Vous êtes né avant le 01.01.1967,

         vous êtes belge né(e) enfant légitime (dans le mariage) d’un père belge. Dans ce cas, vous êtes belge. 

2- Vous êtes né(e) hors mariage et le parent (père ou mère) qui vous a reconnu(e) le premier était belge. Dans ce cas vous êtes belge depuis cette reconnaissance. 

Il faut se rendre compte de cette humiliation qui consiste à vous priver et à retarder l’octroi de la nationalité pour le seul motif d’être né de parents étrangers qui plus est, entre Noirs et Blancs belges.

Avec une telle disposition, cela engendre un trouble identitaire qui ne disparaitra peut-être jamais. 

L’État colonial est sorti à maintes reprises de son cadre légal. 

J’ai eu la chance d’avoir été accueilli par une famille extraordinaire qui m’inculqua des notions de valeur, du respect d’autrui, de la fierté d’être belge et me préservant de ce trouble identitaire. Certains de leurs petits-enfants sont d’ailleurs ici présents et me témoignent toujours de leur affection. 

Je m’appelle Charles François GÉRADIN, je suis né le 27 juin 1945 au Congo à Popolo-Lisala, une ville ou localité située le long de la rive gauche du fleuve Congo. Actuellement, c’est Lisala tout court, le mot Popolo nous indique peut-être qu’il y avait à cette époque une importante colonie composée essentiellement d’Italiens. En effet, Popolo-lisala en italien veut dire peuple de Lisala. 

Mon père

Mon père était Belge ; il s’appelait Victor GÉRADIN, agent sanitaire, fonctionnaire au service de l’État colonial. Bravant les interdits, les préjugés envers tous et contre tout, il  m’a reconnu ainsi que trois autres enfants, deux demi-sœurs et un demi-frère. Cet acte lui valut son écart et son renvoi du fonctionnariat colonial belge. Il ne fut pas le seul.

Mon père s’est comporté de manière exemplaire, son sens des responsabilités a été remarquable vu le contexte de l’époque. Natif de nos Ardennes, à Houffalize, têtu comme il se doit, homme courageux, digne et d’honneur. 

Héroïque, il participa entre 1940 et 1942 à la guerre de l’Afrique de l’Est, en Abyssinie (Ethiopie) contre les troupes de MUSSOLINI qui s’était rallié à HITLER et fut gravement blessé selon ma tante en portant secours aux blessés, c’était son devoir.  

Généreux, il a contribué à la construction d’une pyramide, en 1938, érigée en l’honneur de tous ceux qui ont cherché la source du Nil dès les temps des anciens Égyptiens, la source la plus méridionale du Nil. Mon père y était, il mit la main à la pâte,  il est cité dans la publication trimestrielle de l’Institut Colonial Belge, "Bulletin des séances" parue en 1950, imprimée au n° 25 Avenue Marnix à Bruxelles. 

Je lui rends, ici, si vous me le permettez, un hommage solennel. Cela vaut bien toutes les médailles du monde. 

Ma mère 

Ma mère était rwandaise. De ma mère je garde un souvenir d’une mère aimante, soucieuse de mon bien-être et de mon éducation. Après avoir quitté le Congo, dont je n’ai gardé aucun souvenir, nous nous sommes installés au Rwanda, plus exactement à Byumba, une ville située au nord-est du Rwanda, non loin de la frontière ougandaise. 

C’est à Byumba que ma mère fut convoquée pour la première fois chez un administrateur-territorial non sans quelques appréhensions, car lorsqu’on demandait aux autochtones, aux Rwandais, à quoi servait un Administrateur territorial, (qui, par ailleurs, était toujours accoutré d’un uniforme militaire, et en courte culotte, ce qui le rendait quand-même un peu moins impressionnant, d’ailleurs j’en portais une aussi), la réponse était, … c’est quelqu’un qui met les gens en prison. 

Lors de cet entretien, l’Administrateur territorial décida de me retirer à ma mère pour la première fois sur décision de l’État colonial, ce ne sera pas la dernière fois. 

Ma mère fut contrainte de m’envoyer à Save. Forcée de déménager, elle s’installa donc à Astrida (aujourd’hui devenu Butare) à quelques encablures de là, pour ne pas trop s’éloigner de son fils. Elle ne fut d’ailleurs pas la seule.

Savé

A Savé, j’avais la chance de retourner auprès de ma mère pendant les vacances, mon père me rendait de temps à autre quelques visites, mon grand-père, alors déjà fort âgé me rendit également visite.

En février de cette année, Mme Soraya GHALI du Vif-l’Express a recueilli mon témoignage sur nos conditions de vie à Savé, je l’en remercie. Un exemplaire de ce témoignage vous a été remis. Je ne m’y attarderais donc pas plus qu’il ne le faut.

 

À l’âge de 7 ou 8 ans, les garçons quittaient Savé et étaient envoyés à Byimana au Rwanda ou à Nyangezi au Congo. Les Sœurs, vertueuses, s’inquiétaient sans doute  de notre taux de testostérone alors qu’un mur haut et aussi épais, tels qu’on les construisait au moyen-âge nous séparait des filles. 

Byimana

Byimana était un institut tenu par les Frères Maristes ; nous y poursuivions nos études. À Byimana, nous nous sommes épanouis vaille que vaille, par le sport, le football, la chasse le soir dans les marais dans la pénombre, nous attrapions des grues couronnées, nous avions même construit un enclos avec quelques biches et chevreuils,  fruit de notre agilité, diable ! je me demande encore comment nous nous y prenions. C’est à Byimana que trois événements allaient marquer mon destin futur : 

1- je fus pris discrètement en charge par un Père Jésuite nommé Charles DURY.

2- ensuite, durant mes vacances, j’assistais à la 2ème convocation de ma mère chez l’Administrateur territorial. Cette fois ma mère allait sortir de ses gonds.

3- et enfin mon admission au collège jésuite de Bujumbura au Burundi et mon départ pour la Belgique. 

Le Père jésuite Charles DURY, dont la sœur, devenue Députée, qui fut une de vos collègues, me disait toujours, en ce monde il y a des gens biens, de bonnes personnes, il suffit de les rencontrer et de les connaître ; il fut le premier que j’ai connu, il me trouva une famille d’accueil en Belgique, une famille merveilleuse et m’assura de toute son attention des années durant. 

Pour la seconde fois, ma mère et moi sommes convoqués chez l’Administrateur territorial assisté d’un traducteur car ma mère ne parlait pas la langue française. Elle comprit vite l’enjeu de cette convocation ; on allait lui retirer une seconde fois son fils et cette fois l’envoyer en Belgique. Elle ne tarda pas à réagir, elle parlait beaucoup ma mère, c’était une artiste de la parole, sur ce point elle excellait. 

À cette occasion, elle s’illustra dans le lyrisme avec un penchant dramatique pour la circonstance.

J’observais l’Administrateur sidéré, incrédule, écoutant les diatribes de ma mère et qui, désorientée, n’espérait plus rien de son brave traducteur qui pourtant était rwandais. Je soupçonnais aussi ma mère de vouloir négocier, mais négocier quoi ? Elle savait que le combat était perdu d’avance. 

Et enfin, mon admission au collège jésuite de Bujumbura, dernière ligne droite avant mon départ en Belgique.

Le collège du Saint-Esprit à Bujumbura, ultra moderne, fut construit par un grand architecte belge, Roger BASTIN, au début des années 50 conjointement par le Rwanda et le Burundi ; on confia aux Jésuites l’enseignement pour former la future élite de ces deux pays ; je n’en aurais pas le temps mais j’y ai appris tellement de choses en si peu de temps ; il faut dire que la discipline y était rude et pourtant nous n’avions que trois choses à faire, école, étude et sport……   J’ai donc demandé à ma mère de me laisser continuer mes études en Belgique ; je lui promis de rester en contact avec elle et de revenir un jour ; elle fut soulagée et signa les documents ad-hoc. De mon côté,  j’ai tenu ma promesse. 

Je termine en rendant un hommage à la famille qui m’a accueilli en Belgique, lui je l’appellerai le père CASE, elle la mère CASE. Malgré leurs lourdes charges, 4 enfants aux études dont deux à l’université, ils m’accueillirent avec générosité, leurs enfants avec enthousiasme. 

De la mère CASE je garde un souvenir très précis : chaque vendredi, jour que je redoutais car il fallait se lever à 5h du matin pour aller au marché matinal, avant de rentrer à la maison elle faisait le tour du quartier pour distribuer des cageots de fruit et de légumes aux plus démunis et je ne devais rien dire. 

Le père CASE découvrit le pot aux roses et lui dit tout simplement "est-ce bien raisonnable ?". Nous avons découvert, après son décès, qu’il travaillait aussi depuis quelques années bénévolement comme secrétaire des habitations ouvrières de Bruxelles. 

J’ai toujours pu compter sur leurs enfants, je garde de bons contacts avec leurs petits-enfants. L’un d’eux me présenta leur arrière petit-enfant et lui dit "je te présente ton oncle d’adoption". 

 

Madame la Présidente, Mesdames, Messieurs, je vous remercie pour votre bienveillante écoute.    

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