"L’Africain" : le bel âge !

Du transistor à l'ipod, de la stencileuse au numérique, L'Africain aura connu les principales mutations qui ont modelé notre boule terraquée, chamboulé nos modes de vie de manière irréversible, et ouvert la voie à la mondialisation, saluée par les uns, brocardée par d'autres.

Le magazine, avec une régularité digne d'éloges, a rempli son office d'espace de dialogue à l'usage des étudiants et stagiaires venus s'initier aux arcanes du savoir sous les cieux de la Belgique. Publication truffée d'informations pratiques à destination d'une catégorie spécifique, L'Africain s'est ouvert aux débats et s'est mué en réceptacle d'interrogations qui taraudaient la jeunesse africaine, le lieu propice à leurs réflexions enthousiastes ou désabusées, graves ou frivoles, en tous les cas passionnées !

L'Africain a pris de la bouteille ; il n'est aisé de percer l'énigme de sa vitalité, le secret de sa longévité ainsi que de son succès continu, sauf à se contenter d'explications bâclées, d'une approche simplificatrice de sa trajectoire si riche, tissée de hauts et des bas, d'hésitations et de louvoiements mais continûment marquée par la volonté de servir l'Afrique, à travers ses fils et ses filles, conviés au banquet du savoir et au festin de l'esprit.

Une jeunesse soucieuse d'acquérir en Occident les armes miraculeuses pour terrasser le sous-développement.

Je n'aurais pas l'outrecuidance de décrire dans ses multiples facettes cette trajectoire fabuleuse qui nécessiterait des études fastidieuses.

Notre cher magazine est devenu une institution. Ses livraisons constituent de précieuses balises, témoignages vivants de la présence des Africains sur le sol belge tant sur les terres wallonnes, à Bruxelles, qu'en Flandre.

La somme d'articles publiés donne à lire et à voir les questions majeures qui ont inspiré la communauté des étudiants et des stagiaires, véritable pépinière de l’intelligentsia africaine. Il est loisible de retrouver dans cette masse les premiers écrits de moult intellectuels de grande envergure, de hauts cadres, de scientifiques renommés ou d’hommes politiques  vivant sur le continent africain ou dans le vaste monde. À ce titre, L'Africain leur aura servi de banc d'essai pour leurs premières gammes avant qu'ils ne gagnent leur aura de virtuose dans tel ou tel domaine.

En ce qui me concerne, j'ai publié un certain nombre d'articles dans L'Africain. Je laisse à d'autres d'en juger le contenu. Je précise à l'intention de ceux qui l'ont oublié ou qui l'ignoreraient que ce n'est pas là que j'ai fait mes gammes contrairement à d'autres. Mais j'ai toujours eu la faiblesse de penser que certains sujets abordés par moi étaient appelés à une plus grande résonance au sein de la fratrie africaine et d'autres fratries se réclamant de l'Afrique dès lors que L'Africain les diffuserait.

C'est ainsi que j'ai réservé la primeur de mes premières études sur Paul Panda FARNANA à notre cher magazine. Je me souviens, avec une pincée d'amusement, de la visite du Père DELOOZ à mon domicile, à la Chaussée de Louvain où il s'était rendu, décidé à repartir coûte que coûte avec les pages de la deuxième partie de mon étude que je tardais à lui remettre, et que les lecteurs, pour leur part, réclamaient avec impatience.

L'enthousiasme de lecteurs, l'amicale sollicitude du Père DELOOZ ... et les enjeux du sujet : autant d'ingrédients qui me motivèrent à creuser le sillon. Les fruits de ce chantier au long cours sont désormais à la portée de tout un chacun.

Le Père DELOOZ assumait la mission - ô combien délicate - de rédacteur en chef avec une énergie et une convivialité débordante. Il se montra un fin connaisseur de la communauté africaine et de ses méandres ; il la servait de son mieux à travers L’Africain. Michel Hakizimana, pour sa part, tâchera de prolonger ce dynamisme en se montrant un reporter à la plume alerte et un photographe infatigable.

Je me permettrai in fine quelques bémols. Le magazine a certes gagné en termes de présentation (quatre pages de couverture en couleurs), mais il semble avoir perdu en contenu. Certains articles gagneraient en concision et en pertinence si la rédaction, en accord avec les auteurs, opérait les coupes idoines.

Quant à la rubrique consacrée aux thèses de doctorat rédigées et défendues par des Africains, il faudrait absolument la préserver. C’est une banque de données qui témoigne de l’excellence de la ressource humaine au service d’un réel développement du continent africain.

L’Africain est lu dans le reste de l’Europe et ailleurs. C’est bien la preuve que tous ceux qui y ont contribué et œuvrent à sa pérennité méritent nos louanges tout en les invitant à ne pas somnoler sur leurs lauriers.

Antoine TSHITUNGU KONGOLO

 

Bukavu (RD Congo) : le collège ALFAJIRI
célèbre son jubilé de 75 ans d’existence (1938-2013)

Historique

E

n 1938, à la demande du Ministère des Colonies, trois collèges sont fondés au Congo Belge pour les enfants du personnel colonial. Le collège ALBERT (futur collège Boboto) est confié, à Léopoldville (Kinshasa), aux Pères Jésuites de la Province Belge Méridionale. Le collège Saint François de Sales à Elisabethville (Lubumbashi) sera géré par les Pères Salésiens.

À Costermansville (qui s’appellera Bukavu dès 1954), on fait appel aux Jésuites de la Province Belge Septentrionale ; ceux-ci ne disposant pas à cette date du personnel requis, les Missionnaires d’Afrique (Pères Blancs) ouvrent le collège Saint Charles dans une maison sise au bord du lac Kivu, près du port actuel. En septembre 1941, les premiers Jésuites prennent la relève, comme promis. Leur première tâche est de construire,… ce qui durera plus de dix ans. En 1945, au sortir de la guerre, le collège prend le nom de Notre-Dame de la Victoire. De 1945 à 1964, 186 certificats d’études ont été homologués en Belgique, dont quelques-uns en faveur de jeunes congolais car, dans les années 50, les classes s’ouvrent à des jeunes noirs triés sur le volet. L’un d’entre eux est aujourd’hui encore membre fidèle de l’association des anciens élèves.

Comme on s’en doute, 1960 bouscule les conditions d’existence. Les familles belges sont parties, le recrutement local s’intensifie. En raison de l’insécurité dans la région, les élèves du petit séminaire diocésain de Mugeri grossiront les rangs durant quelques années. Le programme change en même temps que dans toutes les autres écoles secondaires du pays. En 1966, le mercenaire SCHRAMME transformera les bâtiments en caserne ; la salle de gymnastique sert d’arsenal.

En 1972, à l’heure du ‘recours à l’authenticité’, le collège prend le nom d’ALFAJIRI (l’aurore, en Kiswahili) mais Notre-Dame, fêtée le 8 décembre, reste sa protectrice : l’écusson du collège et son drapeau gardent la devise Stella duce.  Aujourd’hui, il accueille environ 2.500 élèves, garçons et filles, répartis  dans 5 classes de 3ème maternelle, 30 du primaire et autant du secondaire (sections latin-philosophie, scientifique math-physique, scientifique chimie-biologie et commerciale-administrative), auxquelles s’ajoutent deux classes de spécialisation professionnelle en secrétariat-comptabilité pour des jeunes ayant réussi au moins une 5ème secondaire mais qui, pour une raison ou pour une autre, cherchent un diplôme leur permettant de s’intégrer rapidement dans la vie professionnelle. Le taux de réussite à l’examen d’État est habituellement de 100%. Le corps professoral, éducatif et administratif rassemble 113 membres, dont 8 jésuites et plusieurs anciens élèves, qui garantissent la tradition de la pédagogie jésuite.

Rayonnement

À partir de ce lieu voué à l’instruction et à l’éducation, d’autres activités se sont déployées.

Le collège possède une salle de spectacle qui n’a pas d’équivalent à 200 kms à la ronde, ce qui attire un certain nombre de manifestations. À la chapelle, une messe en français est assurée tous les dimanches soirs. Autour des bâtiments, des terrains de sport (deux  de foot, trois de basket et un de volley) sont à la disposition des jeunes du quartier, et parfois de plus loin, en dehors des heures de cours. Ces terrains ont été envahis par des milliers de réfugiés venant du Rwanda voisin, lors de ce qu’on appelle à Bukavu la première guerre (la ville en a connu 3) ; de grands élèves et d’autres jeunes du quartier se sont mis efficacement à leur service  pendant que le HCR organisait des camps aux alentours de la ville.

Une paroisse est née sur place. À l’origine, c’était une simple chapelle destinée aux ouvriers travaillant au collège. À mesure que le quartier se développe, il faut construire une église, qui sera bientôt érigée en paroisse, dédiée à Saint Pierre Claver. Aujourd’hui, une nouvelle église, plus grande et plus accueillante, est en construction. Cette paroisse est confiée aux Jésuites par le diocèse. Il est bon que les collégiens vivent dans le voisinage de cette structure ecclésiale fondamentale et y collaborent à l’occasion.

La bibliothèque Humanitas fut créée durant la période coloniale ; elle offrait aux personnes de la ville des livres de culture générale. Pendant ce temps, les Pères chargés de l’enseignement accumulaient les livres nécessaires à leur mission. En 1960, lors de l’exode des Belges, plusieurs y ont laissé leur bibliothèque personnelle, dans les domaines les plus variés, particulièrement en droit, avec des collections de revues qui permettent, par exemple, de faire l’historique de toutes les constitutions que le pays a connues depuis 1885. Lorsque les universités sont nées à Bukavu à côté des trois instituts supérieurs déjà existants, tout ce patrimoine, enrichi par un don substantiel du centre culturel français qui fermait ses portes à cause de la guerre, a été mis à la disposition des étudiants et de leurs enseignants. Elle s’actualise et s’enrichit au gré des temps, à la mesure des dons qu’il lui faut mendier.

Modernisation oblige. Une salle d’internet est ouverte grâce à la générosité du groupe Jérémie, une organisation locale de promotion sociale. Encore faut-il que l’électricité, fournie par la centrale voisine, soit distribuée par la ville et que le réseau ne soit pas surchargé !

On ne peut oublier qu’une autre institution est née dans les murs du collège : l’Action Sociale Cheche (étincelle, en kiswahili). Au départ, dans les années 60, un jeune Père a été chargé de chercher comment donner du travail aux jeunes désœuvrés qui traînaient autour du collège. Cette œuvre a vite pris son envol ; elle est devenue une œuvre sociale du diocèse. Elle  accueille des jeunes ayant échoué au cours de leurs études secondaires. Des ateliers et des cours en menuiserie, mécanique, construction forment des travailleurs très appréciés. Le Père qui fut chargé, il y a cinquante ans, de lancer cette action en faveur des non-scolarisés y est toujours actif.

Ajoutons qu’une association des anciens élèves, après diverses péripéties à Bukavu et ailleurs, a pris une forme officielle en 1999. Son centre est évidemment à Bukavu, mais elle permet à des anciens, dispersés aux quatre coins du monde, de garder le contact, de s’intéresser à la vie actuelle du collège et de soutenir son action, financièrement surtout. Ils se souviennent tous d’une phrase, encore inscrite aujourd’hui sur le mur de la salle d’étude : ‘au collège, se forme en toi l’homme de demain’.

Jubilé

Comment ne pas célébrer 75 années de pareil dynamisme et esprit d’adaptation dans des circonstances souvent difficiles ? Et profiter de l’occasion pour entretenir la flamme ? "Attisons le feu de l’excellence par la foi, la justice et l’espérance", tel est le programme proposé en cette année jubilaire. "Ce feu a une triple langue, nous dit le Recteur du collège : une foi mûrie à l’épreuve de la vie concrète, un engagement pour une justice qui crée le bien-être et une espérance sans faille dans un monde qui désespère".

L’année jubilaire fut inaugurée les 6-7-8 décembre 2012. Messe d’ouverture, séance académique, défilé des élèves, activités sportives se sont succédé durant ces journées festives. Elle sera clôturée le 7 décembre de l’année en cours. Entretemps, des manifestations diverses sont prévues : conférences, théâtre, concert, rencontres sportives, pèlerinage et autres animations… Sans oublier que l’ouverture au monde, particulièrement aux plus déshérités, s’exprimera par des actions d’intérêt communautaire pour le bien des plus pauvres et la sauvegarde de l’environnement.

Une autre dimension s’impose : les bâtiments sont vieux ; en 2008, un tremblement de terre en a endommagé plusieurs parties, ce qui a entraîné des travaux onéreux de réparation et de rénovation, qui sont loin d’être terminés. Des dons d’organismes divers, d’anciens élèves ou d’autres personnes en ont permis une part de la réalisation. Mais il faut continuer, en espérant que ce renouveau de visibilité contribuera à entretenir le feu de l’excellence, avec la collaboration de toutes les bonnes volontés.

Une conclusion ? L’avenir nous la révélera.

Louis GALLEZ s

 

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