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  • La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996) 

    Thèse doctorale soutenue par le Révérend Père  Rigobert KYUNGU SJ, le 30 juin 2020, à l'Université Grégorienne de Rome.

    Un évènement joyeux après celui des ordinations presbytérale et diaconale des Pères Eric KAMBALE et Stanislas KAMBASHI, le samedi 27 juin 2020.

    L’auditoire ne devant contenir qu’un nombre réduit de participants suite aux restrictions liées à la crise sanitaire en cours, ladite soutenance s’est faite en mode semi publique. Néanmoins, la retransmission en direct sur YouTube a contribué à élargir l’audience.

    De quoi a-t-il été question dans cette thèse discutée en vue de l’obtention du titre de docteur en théologie spirituelle ? La recherche a porté sur la figure du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA SJ, mort martyrisé le 29 octobre 1996 à Bukavu, et dont la cause de béatification avance à grands pas.

     

    Pour s’engager dans cette "aventure", l’auteur de la thèse a été motivé entre autres par le témoignage de vie de l’ancien archevêque de Bukavu. Ce dernier, à travers son engagement aussi bien sociopolitique que pastoral, a laissé des traces qui méritent d’être mises en évidence. Une autre motivation est le discernement spirituel qui caractérisait ce serviteur de Dieu. C’était, souligne le Père KYUNGU, un homme dont le discernement spirituel était au cœur de ses actions dans sa vie d’africain, de prêtre jésuite et d’évêque.

    La thèse porte le titre de "La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996)". Elle s’articule sur six grands chapitres. Dans un premier moment, l’auteur décrit la région des Grands-Lacs dans laquelle est né et a œuvré Mgr MUNZIHIRWA. Une description qui prend en compte la période trouble du génocide au Rwanda en 1994, mais aussi la guerre au Congo en 1996, dite la guerre de libération, ayant occasionné la chute du Maréchal MOBUTU, après 32 ans de règne.

    En second lieu, l’auteur dresse une biographie de l’ancien archevêque de Bukavu, depuis sa naissance à Burhale dans le Bushi, jusqu’à son ordination épiscopale inclusivement. Cette biographie se veut suffisamment fouillée, dans le but de contribuer à l’avancement du procès de béatification du serviteur de Dieu.  Le troisième chapitre couvre le ministère épiscopal du prélat à Kasongo où il est resté 8 ans. L’auteur a voulu mettre en exergue ces années qui sont souvent oubliées dans beaucoup de biographies. Le quatrième chapitre développe l’étape de Bukavu où Mgr MUNZIHIRWA a exercé son ministère épiscopal de manière très intense pendant deux ans, dans le contexte de guerre et ce, jusqu’à son martyre. Ici, l’auteur discute aussi la question du martyre " in odium fidei ". 

    D’autre part, la dissertation comprend une partie analytique qui scrute la figure de Mgr MUNZIHIRWA à partir de son enracinement dans la culture africaine, entre autres. Ainsi, le cinquième chapitre analyse-t-il 55 proverbes utilisés par Mgr MUNZIHIRWA, en les insérant dans les genres poétiques de la littérature orale africaine.  Pour notre auteur, Mgr MUNZIHIRWA a montré que l’Afrique est riche et que ses richesses culturelles ne peuvent être balayées ni abandonnées comme si elles n’étaient pas importantes. L’attachement à sa culture a aidé Mgr MUNZIHIRWA à intérioriser, ou mieux, inculturer non seulement l’évangile, mais aussi la spiritualité ignatienne au point de faire de lui un homme à la fois "entièrement africain et entièrement jésuite". L’auteur démontre donc que la culture africaine et la spiritualité ignatienne convergent harmonieusement dans la personne de Mgr MUNZIHIRWA. Enfin, au sixième chapitre, le discernement apparaît comme un thème clé dans la discussion, puisque, selon l’auteur, il constitue un outil efficace utilisé par le serviteur de Dieu tout au long de sa vie, générant en lui une vraie liberté intérieure. La thèse chute en dépeignant le profil spirituel de Mgr MUNZIHIRWA, affirmant que sa spiritualité se fonde sur la prière et l’Eucharistie, la dévotion mariale, l’engagement pour la paix et la justice, la pauvreté évangélique, la croix du Christ, le discernement spirituel, la liberté intérieure, l’inculturation et enfin le sens de l’Eglise.

    Au terme de la présentation par le récipiendaire des résultats de sa recherche, un dialogue s’est engagé avec le jury pour expliquer davantage et tirer au clair tous les hémisphères de ce travail scientifique. Après délibération, le jury a salué la rigueur et la qualité du travail accompli. Dans le respect des normes de la Grégorienne, le jury n’a pas immédiatement rendu public son verdict ; il appartient aux services du secrétariat de l’Université de le communiquer au récipiendaire par les voies ordinaires. Le père KYUNGU recevra donc le titre de docteur après la publication partielle ou totale de sa thèse. Profitiat !

    Pour célébrer la joie de cet évènement, les Jésuites présents à la cérémonie ainsi que d’autres invités se sont retrouvés dans la communauté du Gesù où un verre d’amitié a été partagé.

    En outre, pour joindre l’utile à l’agréable, un partage de repas a été organisé le mercredi 1er juillet 2020 dans un restaurant de la place pour célébrer avec quelques invités les trois évènements joyeux de l’ACE-Rome : thèse, ordinations presbytérale et diaconale.

    C’est par ces événements heureux que s’achève l’année académique. Se pliant aux aléas du transport aérien dans les circonstances actuelles, les uns attendent de s’envoler sous d’autres cieux, alors que d’autres ont décidé de passer l’été en Italie ou en Europe. Désormais l’ACE-Rome a un nouveau coordinateur pour l’année académique 2020-2021 en la personne de Camille MUKOSO à qui nous souhaitons beaucoup de succès dans ce service.

    Jean-Paul KAMBA, SJ

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    Vingtième anniversaire de l'assassinant de
    Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO 
    (01/01/1926-29/10/1996) 

    Par Jean NYEMBO, sj
    Commission Foi et Promotion de la Justice

    Bien chers amis dans le Seigneur,

    Paix à vous !

    Nous célébrons aujourd'hui, 29 octobre 2016, le vingtième anniversaire de l'assassinat de notre frère, pasteur de l'Eglise de Bukavu, Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO. Mzee, comme nous l'appelions respectueusement et affectueusement, est mort sur le champ de batailles, la croix à la main comme seule arme qu'il possédait.

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  • Saint Nicolas et Père Fouettard : qui sont-ils ?
    Et quel est leur impact sur les enfants belgo-africains ?

     

    Par Mireille-Tsheusi ROBERT
    BAMKO asbl
     

    Connaissez-vous le "Sauvage d'Ath "? Le "Diable Magnon" ? Ou les "Basoulous de Basècles" ? Vous n'avez sûrement jamais entendu parler de ces sauvages hainuyers si vous n'êtes pas originaire de cette région. Peut-être connaîtrez-vous mieux les Noirauds bruxellois ou le Zwarte Piet anversois ? Dans l'espace francophone, Zwarte Piet, littéralement Pierrot-Le-Noir, est appelé Père Fouettard, le joyeux mais répressif compagnon de Saint Nicolas. Ces figures folkloriques souvent enchaînées, parfois affublées de cornes, dansant, chantant et vociférant à l'encontre des badauds lors du carnaval de la "Ducasse", de la fête de Saint Nicolas ou lors de la procession des Noirauds ont toutes un point commun : le maquillage en noir du visage ou le "blackface".

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  • CPI. Les doutes du procès BEMBA
    Y a-t-il vraiment eu crimes contre l’humanité à Bangui 
    en 2002 et 2003 ?

    Par WINA LOKONDO
    Historien, journaliste indépendant

     Le 24 mai 2008, Jean-Pierre BEMBA, sénateur et ancien Vice-président de la RD Congo de 2003 à 2006, est arrêté en début de soirée dans sa résidence de Rhode-Saint-Genèse, un quartier périphérique de Bruxelles, en exécution du mandat d’arrêt international lancé contre lui par le procureur près la Cour Pénale Internationale. Il sera transféré, après neuf jours de détention dans la capitale belge, à la prison de la CPI de Scheveningen, un faubourg de La Haye. Il y est, à ce jour.

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  • Analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo
    aux organisations internationales africaines

     

    Par       Adolphe AMANI BYENDA[1]
    Germain NGOIE TSHIBAMBE[2]

     

    Résumé : Depuis la fin de la première et de la deuxième guerre mondiale, les organisations internationales jouent  un rôle très important dans les différents secteurs de la vie à cause de leur efficacité de réponse rapide aux problèmes urgents des États. À cet égard, il s’avère, sur base de nos résultats, que l’appartenance des États à plusieurs organisations notamment sous-régionales, régionales ou intercontinentales constitue un avantage  tant sur le plan politique, économique que sécuritaire. Le présent article se fixe comme objectif, l’analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines. À partir de cette recherche, nous comprenons que les facteurs géographique, historique, sécuritaire, économique, politique et culturel,… sont autant d'éléments qui justifient l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines.  

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  • MENDE, KAMBILA et les sanctions impériales

     

    Par MBELU BABANYA KABUDI

    Les sanctions prises par les USA et l'UE à l'endroit de certains membres de ''la kabilie'' ont suscité quelques réactions en son sein. L'ex-porte-parole du gouvernement démissionnaire  de MATATA PONYO, Lambert MENDE, fort de ses études de droit, les a sévèrement critiquées ce lundi 12 décembre 2016. Voici ce qu'il dit :

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    Cosmos EGLO, Du sang sur le miroir. Paris, L'Harmattan, 2012. 200 pages.

    Par Eddy VAN SEVENANT

    Ames sensibles s'abstenir ! De la première à la dernière page, c'est un déferlement de violences et des bains de sang toujours renouvelés que l'auteur nous propose ici afin d'illustrer la situation déplorable de certains pays africains post-coloniaux, livrés à toutes les turpitudes de leurs "élites", sanguinaires à souhait et soutenues à bout de bras par des puissances extérieures (dans le cas présent la France et les USA) qui y trouvent l'opportunité de garder la main sur le pays tout en n'y étant plus officiellement présentes.

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    Par Modeste WASSO

    Griet BROSENS, Du Congo à l’Yser. 32 soldats congolais dans l’armée belge durant la Première Guerre mondiale. Traduit du néerlandais (Belgique) par Charles FRANKEN. Waterloo, éditions Luc Pire (www.editionslucpire.be), 2016. 271 pages. 24,90 €

    Voici un livre qui ouvre une page de l’histoire commune à la Belgique et au Congo des années  1914-1918. "Du Congo à l’Yser"  relate  l’histoire, longtemps occultée, des Congolais arrivés en Belgique, à la fin du 19ème siècle (les premières arrivées datent de 1885) en tant que militaires et qui ont combattu sous le drapeau belge pendant la première guerre mondiale, 1914-1918.

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  • Par Eddy VAN SEVENANT

    Collectif, État des résistances dans le Sud : Afrique. Alternatives Sud (Revue trimestrielle). Volume 23-2016/4. Centre Tricontinental  (Louvain-la-Neuve) et Éditions Syllepse (Paris) – 215 pages. 13 €

    Cet ouvrage fait partie d'une série qui fait le point régulièrement sur les oppositions politiques, féministes, paysannes, etc. aux régimes en place dans différents pays du Sud, principalement d'ailleurs sur le continent africain.

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  • Groupes armés et problématique de développement
    du territoire de Fizi (RD Congo)


    par BAWILI LUKELE Tango
    département des Sciences Politiques et Administratives 
    Université Officielle de Bukavu
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    Résumé : Par leurs actions, les groupes armés ont influé et influent négativement sur le développement de ce territoire ; ils y créent une instabilité permanente depuis de longues années. Cette instabilité entraîne des conséquences désastreuses notamment sur les plans politique, administratif, sécuritaire, économique, etc. Cet état des choses empêche les pouvoirs publics et les populations locales d'exploiter les multiples potentialités naturelles en vue de booster son développement. Ceci explique dans une certaine mesure le sous-développement de ce territoire. De ce fait, il importe que l’État se réveille, rétablisse la paix et suscite le développement de ce territoire en impliquant les populations locales.

    Introduction    

    Depuis plus d’une décennie, l’est de la RD Congo est en proie à une instabilité sécuritaire dont les causes sont à la fois internes et externes. L’ampleur et les effets de cette situation sont différemment vécus d’une province à une autre. Au Sud-Kivu, l’émergence et la résurgence des groupes armés entraînent une instabilité sécuritaire qui, par conséquent, étouffe les actions du développement. 

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Saint Nicolas et Père Fouettard : qui sont-ils ?
Et quel est leur impact sur les enfants belgo-africains ?

 

Par Mireille-Tsheusi ROBERT
BAMKO asbl
 

Connaissez-vous le "Sauvage d'Ath "? Le "Diable Magnon" ? Ou les "Basoulous de Basècles" ? Vous n'avez sûrement jamais entendu parler de ces sauvages hainuyers si vous n'êtes pas originaire de cette région. Peut-être connaîtrez-vous mieux les Noirauds bruxellois ou le Zwarte Piet anversois ? Dans l'espace francophone, Zwarte Piet, littéralement Pierrot-Le-Noir, est appelé Père Fouettard, le joyeux mais répressif compagnon de Saint Nicolas. Ces figures folkloriques souvent enchaînées, parfois affublées de cornes, dansant, chantant et vociférant à l'encontre des badauds lors du carnaval de la "Ducasse", de la fête de Saint Nicolas ou lors de la procession des Noirauds ont toutes un point commun : le maquillage en noir du visage ou le "blackface".

Nous comptons au moins 33 pays qui promeuvent des personnages grimés. Nous classons les occasions de leur visibilisation dans cinq catégories non-exhaustives : les carnavals, les processions quasi-religieuses, les mascottes commerciales, le divertissement musical et les personnages théâtraux. 

Types ou usages

du grimage en noir

Nom et pays

Carnaval

Coon Carnival (Afrique du Sud), La Négrita (Vénézuela), La Négrita Puloy (Colombie), Son de Negro (Colombie), Les Noirauds (Belgique), Etc…

Procession quasi-religieuse

Balthazar (Espagne), Three Wise Men (Allemagne, Australie), Zwarte Piet / Pierrot Le Noir (Pays Bas, Belgique, France, Canada, …), Hajji Norouz (Iran, turquie…)

Mascottes commerciales

Mémin Pinguin (Mexique), Golly (Ireland, Grèce, UK, Allemagne)

Divertissement musical

Gosperats (Japon), The Jackson Jive (Australie), The Bubble Sisters (Corée du Sud)

Personnage de théâtre

Adélaide (Brésil), El Négro Mama (Péru), Maikol (coréen du Sud)

 Historiographie de Sant Nicolas et de son acolyte

Saint Nicolas et Père Fouettard, de quoi parle-t-on ?

 Nous aborderons plus particulièrement le cas de Pierrot Le Noir ou Père Fouettard, personnage de la dramaturgie de Saint Nicolas. Rappelons tout d'abord que ce Saint est une figure chrétienne d’inspiration païenne dont l’origine remonte à l’Évêque Nicolas de Myre (Turquie) ayant vécu au IVème siècle tout en traduisant un héritage issu de la mythologie européenne.

Lors de sa procession annuelle, le Saint est accompagné d’un personnage grimé de noir. Il s’agit de Père Fouettard tel qu’on le nomme dans le nord de la France, au Canada et en Belgique, où il peut aussi être appelé Nicodème (région de Mouscron-Tournai) ou encore Zwarte Piet,  en Flandre et aux Pays Bas. Sous différentes formes, ce personnage se retrouve en Allemagne (Knecht Ruprecht, Belsnickel), au Luxembourg (Housecker), en Suisse (Schmutzli), en Alsace (Hans Stapp), en Turquie, en Iran (Amu Nouruz), en Autriche, en Croatie, en Hongrie et en République Tchèque (Krampus ou Pelzebock). Selon les pays, il peut soit ressembler à un diable, à un animal (cornes, queue, griffes, fourrures, cicatrices, etc.) ou à un serviteur africain (perruque africaine, visage noirci, lèvres exagérément charnues recouvertes de rouge à lèvres, collants et gants noirs, boucles d’oreilles, chantant, dansant, grimaçant et distribuant des cadeaux). Dès 1850, dans les pays où le compagnon de Saint Nicolas ressemble à un Africain, son accoutrement est semblable à celui d’un page du XVIème siècle ou à un bouffon de cour royale.

Controverse chrétienne : St. Nicolas est un dieu païen ou une icône mercantile ?

Débutons notre investigation en faisant connaissance avec le Saint Patron des enfants. Depuis plusieurs siècles, l'église catholique canonise ses fidèles en les élevant au titre de saint ; c'est le cas de Nicolas de Myre en Turquie (270-345), personnage important de la chrétienté catholique et orthodoxe. Peu d'éléments du parcours du saint réel (l'homme) sont connus ; cependant, la vie du saint construit (la légende) est l'objet de vénération à travers le monde (DELOOZ, 1962). L’intensité de l'adoration des croyants pour ce saint a aussi d'autres origines. Car, dans sa volonté d'ancrer durablement la religion chrétienne et de supplanter les cultes païens, l'Église a attribué à ses Saints, les caractéristiques divines des idoles vénérées par les païens européens du Moyen Age (APREMONT, 1996, AVLAMI, 2010[1], LEHN, 2012[2]). Ainsi, St. Nicolas est affublé de bon nombre de qualités du dieu celtique Lug (Lugus, Lugh), de la divinité scandinave Odin ou Wodan[3] (G. HILLY, 2007[4]) mais aussi du dieu romain Mercure. Comme Saint Nicolas, ces dieux magiciens et cavaliers sont escortés par des corbeaux et munis d'un bâton. Ils arborent une chevelure et une barbe blanche, rousse ou blonde plus ou moins imposante. La ressemblance évidente avec Saint Nicolas est notamment soulignée par Arnaud D'APREMONT[5] mais pointée du doigt par les tenants de la Réforme protestante de l'époque. Bien sûr,  l'Église catholique nie tout calcul politique ou stratégique. D'autant plus que le Saint fut un fervent défenseur de la doctrine au Concile de Nicée, il aurait évangélisé de nombreux adorateurs de dieux païens malgré son emprisonnement sous l'empereur romain DIOCLÉTIEN (244-311 ap. JC). Reste que certains détails dénotent, à titre d'exemple, la monture blanche à huit jambes dans la mythologie liée au dieu Odin qui est appelée Sleipnir, nom donné dans quelques rares régions au cheval tout aussi immaculé de Saint Nicolas.

 Saint Nicolas super-star

C'est en 1470 que l'historienne de l'art Eugénie BOERS, situe les premiers manuscrits racontant l'histoire du Saint - bien que des enluminures d'Amiens en France soient antérieures. Ces contes et légendes qui datent donc de plus de six siècles, sur les miracles du Saint ont facilité son entrée dans la culture populaire et profane. Les écoliers apprennent la chansonnette qui relate le sort de trois enfants égarés et dépecés par un boucher-aubergiste qui les avait mis en marinade pendant sept ans jusqu'à ce que Saint Nicolas les ressuscite en levant trois doigts. L'histoire marque les esprits et le Saint devient progressivement une figure religieuse incontournable et une superstar commercialisable[6].

En effet, le Saint Patron des enfants, des marins et du commerce, ce protecteur de nombreuses villes est non seulement célébré dans les temples religieux catholiques et orthodoxes mais on chante aussi ses louanges dans les écoles, dans les foyers et dans les temples commerciaux. Les produits dérivés comestibles ou non sont légion et la traditionnelle file d'attente pour s’asseoir sur les genoux de Saint Nicolas, dans un supermarché, fait partie du folklore autour de cette icône mercantile.

En France, Saint Nicolas est une Marque Déposée par la ville Saint Nicolas-de-Port[7] située dans l'arrondissement de Nancy, en région Lorraine. Alors qu'Odin est fêté le 21 décembre, la fête de Saint Nicolas a lieu les 5 et 6 décembre, date de sa mort ou le 19 décembre (calendrier orthodoxe) dans 44 pays d'Europe occidentale, du Nord et dans une moindre mesure au Moyen Orient. Partout, le Saint est vêtu comme un évêque du clergé catholique avec une mitre généralement rouge et jaune, une longue cape rouge et blanche et une crosse dorée.

Une longévité à toute épreuve

Cette tradition a su se maintenir dans le temps malgré les profondes transformations de la société (persécutions, guerres, urbanité, numérisation, mœurs, migrations...) parce qu'elle perpétue des croyances fondamentales de la spiritualité européenne, qu'elle bénéficie de la machine de marketing de l'Église chrétienne depuis des siècles mais aussi parce que sur certains aspects, Saint Nicolas sait s'adapter.

Il change parfois de mode vestimentaire comme dans le "Nieuwe Sint Nicolaas- Prent" et revient à son habit d’Évêque. Les oranges sont troquées contres des jouets modernes. Et, lorsque la Réforme refuse de célébrer les Saints car ils n'ont pas d’existence biblique, elle crée un personnage semi-laïc qui s'en inspire grandement : le Père Noël ou Santa Claus dans les régions anglo-saxonnes (APREMONT).

 À l'origine Père Fouettard est un Hollandais "Blanc"

Saint Nicolas a commencé sa carrière seul, chevauchant de la Hollande à la Turquie en passant par l'Espagne, l'Islande, les Caraïbes ou la Russie. En Slovaquie, comme dans 67%  des pays célébrant ce folklore, le Saint vient seul. Eugénie BOER-DIRKS nous apprend que c'est aux alentours de 1800, dans un dessin[8] hollandais destiné aux enfants qu'apparaît pour la première fois un autre personnage aux côtés du Saint. Il s'agit d'un page hollandais de type caucasien anonyme et non grimé qui fait face à Saint Nicolas et à son cheval. Elle écrit : " The earliest illustration of Sint-Nicolas in the company of another person is on a children's print that dates from around 1800. The poem accompanying the print refers to that man as his page. The print was taken from an already existing wood block of two distinguished Dutch gentlemen, one on horseback and one standing beside him "[9].

Pouvait-on imaginer un si grand Saint, faiseur de miracles, vénéré et dont une partie des origines remonte aux croyances préhistoriques pan-européennes, s'atteler à une si lourde tâche annuelle qu'est la sienne sans qu'il soit secondé par un serviteur ? Certes non. Mais comment ce serviteur initialement hollandais est-il devenu africain ? La France revendique la paternité du personnage en expliquant sur le site officiel de la ville de Nancy que "le Père Fouettard serait né à Metz en 1552, lors du siège de la ville par Charles Quint. Les habitants promenèrent l’effigie de l’Empereur à travers les rues, puis la brûlèrent. Ainsi, le Père Fouettard serait, Charles Quint"...

Le livre illustré de Jan SCHENKMAN et l'africanisation du Père Fouettard

Nous nous sommes penché sur l'étude iconoclaste néerlandaise pour trouver des éléments de réponse. Selon l'historienne de l'art Susanne NEUTKENS, le serviteur à la peau foncée de Saint Nicolas apparaît en 1825 sur une aquarelle allemande mais l'auteure ne donne pas de précisions sur l'artiste ni sur le lieu où l'aquarelle serait actuellement conservée. Tandis qu'au Pays Bas, en 1828[10], il est question d'un serviteur nommé "Pieter", qui a les cheveux "nègres" crépus mais là encore, il y a peu d'éléments.

Dans l'état actuel des connaissances, la figure du Père Fouettard réapparaît en 1850 dans le livre illustré du professeur et humoriste néerlandais Jan SCHENKMAN (1806-1863). Ce livre de 26 pages est une étape importante dans l'institutionnalisation du protocole de la fête de Saint-Nicolas : l'arrivée par bateau, la chevauchée de la ville, les visites dans les magasins, dans les écoles et les foyers, la tenue vestimentaire, le page africain, les cadeaux, etc.  Tout ou presque y est raconté, illustré, ritualisé. En 2014, l'un des rares exemplaires de ce précieux vestige a été vendu aux enchères pour une somme de 3 000 € à un Néerlandais anonyme[11].

Dans le livre, bien qu'il soit très présent aux côtés du Saint, l'Africain n'est jamais nommé, il n'est mentionné qu'une seule fois dans le titre : "Saint-Nicolas et son serviteur". Dans "Sint Nicolaas' reis door Nederland" (1875), l'auteur anonyme parle d'un petit Maure, "t' Moortje". Il sera aussi nommé par BOS (1890) "de zwarte knecht" (le serviteur noir), puis, TIEMERSMA (1895) le (re)baptisera du nom de 'Piet'. C'est ainsi que Zwarte Piet/Père Fouettard, est entré dans la fête traditionnelle de Saint Nicolas. Chez SCHENKMAN, il est présenté comme un page Maure du Moyen Age. Le dessin est sobre et les traits de l'Africain ne sont pas caricaturés, par exemple, les lèvres ne sont pas démesurément charnues ni maquillées de rouge. Selon le centre de recherche Instituut Meertens d'Amsterdam, l'Africain y est clairement un subalterne et au fil des rééditions, le personnage est de plus en plus stéréotypé. Le professeur SCHENKMAN situe la résidence de Saint Nicolas en Espagne. Est-ce à cause des oranges espagnoles que Saint Nicolas offrait ? L'histoire ne le dit pas. Mais cette origine ibérique donne un éclairage sur les origines africaines de Piet. En effet, les Arabes berbères aussi appelés Maures mettent fin au règne des Wisigoths en Hispanie en 711 et règnent pendant plus de cinq siècles sur un espace territorial qu'ils nomment Al-Andalous, comprenant une partie de la France, du Portugal et la quasi totalité de l'Espagne. Au-delà de la connotation musulmane, à l'époque de SCHENKMAN, l’appellation Maure désignait notamment les Africains ébènes du Sahara. De plus, son livre paraît dans une époque où l'esclavage des Africains est en débat mais n'est pas encore aboli par les Néerlandais. Ces éléments ont peut-être influencé le professeur.

Père Fouettard : un moine déchu, une bête maléfique ou un esclave enchaîné... ?

Aujourd'hui, sur les 44 pays qui célèbrent la fête de Saint Nicolas, un compagnon de Saint Nicolas n'apparaît que dans 18 pays. Ce compagnon est souvent grimé de noir, de brun foncé ou est habillé en noir ou en brun foncé. L'emploi de ces couleurs dans les costumes est une constance dans les 16 pays.

Après l'observation du déguisement des compagnons de Saint Nicolas, trois tendances se dégagent, nous choisissons de les distinguer comme suit : les moines déchus, les animaux maléfiques et les esclaves joyeux. 

         Nous retrouvons les moines déchus dans 4 pays[12]. Ces suiveurs de Saint Nicolas ne sont pas nécessairement grimés et leurs costumes sont très simples. C'est généralement des habits de moine médiéval, avec des salissures sur le visage et des cheveux décoiffés sous une capuche brune. Dans ce premier groupe de pays, seul le Knecht Ruprecht Allemand (le valet Ruprecht) se peint parfois le visage en noir. Et, comme ses sinistres cousins, il vocifère pour effrayer les passants et les enfants, secouant ses chaînes et son fouet ou martelant le sol avec ses sabots de bois. Le groupe des moines déchus se compose notamment du Belsnickel (Allemagne du sud-ouest), du Housecker luxembourgeois, du Schmutzli Suisse et du Hans Stapp, l'Alsacien. 

         Nous devons souligner la singularité du Père Fouettard autrichien que l'on retrouve en Croatie, en Hongrie et en République Tchèque : Krampus ou de Pelzebock. Il s'agit d'animaux maléfiquesvoire, de diables selon les représentations et les déguisements, avec ou sans masques, il est identifié dans les 3 pays pré-cités. Il n'est pas rare qu'il soit affublé de cornes, d'une queue, de griffes, d'une fourrure abondante à poils longs, de dents apparentes, d'une langue surdimensionnée, de cicatrices et qu'il soit muni d'accessoires tels qu'un balai, un fouet ou des chaînes, des bâtons. 

         La catégorie des esclaves joyeux sont les serviteurs et faire-valoir de Saint Nicolas, chantant, dansant et donnant des cadeaux. Dès 1850[13], dans les pays où le compagnon de Saint Nicolas ressemble à un Africain[14], il est souvent vêtu comme un page du XVIème siècle avec des formes excentriques et des couleurs vives que l'on retrouve sur les costumes de bouffons du roi. La tenue se compose de chaussures à grandes boucles, de collants et de gants noirs, d'un haut de chasse, d'une veste colorée, éventuellement d'un col fraise, de boucles d'oreilles et d'un béret à plumes colorées. En plus d'avoir le visage maquillé en noir, des lèvres rouges agrandies et une perruque de cheveux type africains. Au Pays-Bas et en Flandre, "Sinterklaas" est accompagné de Zwarte Piet (Pierre Le Noir). En France, au Canada et en  Belgique, le domestique de Saint Nicolas est appelé Père Fouettard. Mais à Mouscron-Tournai (Belgique), il est aussi appelé Saint Nicodème, ce saint serviteur et protecteur de Jésus mais qui lui posait des questions jugées tellement idiotes que l'adjectif Nigaud est tiré de son nom pour désigner une personne niaise, idiote ou maladroite (Larousse). 

Pierrot Le Noir, un ancrage pan-européen et au-delà 

Cette tradition semble s'étendre au-delà de l’Europe, dans un espace Indo-Européen. En effet, à l'approche du nouvel an perse, le Norouz, deux personnages arpentent les rues de Téhéran : Amu Norouz (littéralement Oncle du jour nouveau) qui ressemble étrangement à Saint Nicolas et Hajji firuz ou Khwajah Piruz qui veut dire Serviteur ou eunuque jubilant[15]. Là aussi, il y a des ressemblances avec le Zwarte Piet Hollandais. Vêtu de soie rouge vif, il joue du tambourin, chante, danse, raconte des blagues, empoche les billets que l'on lui donne et à son tour offre des cadeaux dans les foyers. Il a le visage grimé de noir, ce qui a provoqué des protestations provenant des communautés afro-persanes (Afro-Iranien, Afro-Turc...) issues de l'esclavage des Zanj sous l'Empire Ottoman[16]. Mais, en déposant ce folklore au registre du Patrimoine culturel immatériel de l'humanité à l'UNESCO[17]en 2014, les 12 pays[18] cosignataires tentent par-là de rendre ce folklore respectable et intouchable. 

Quelle est la connotation du grimage en noir ? 

Historiquement et "racialement", le blackface n'est pas anodin. Il s'agit d'un art folklorique esclavagiste puis colonial dans lequel l'intention était de se moquer des vaincus et captifs (les Africains), notamment aux États-Unis (cfr. Thomas RICE et Minstrel show) et en France (théâtre de Vaudeville). Hier comme aujourd'hui, nous devons reconnaître que, accompagné de quelques accessoires, tels qu'une perruque frisée, des lèvres agrandies et rougies, des plumes, de la paille autour de la taille ou encore un anneau d'or, le grimage du visage en noir nous fait ressembler à un "Noir". Tandis que certaines traditions ne cachent pas cette intention de se déguiser en personne d'origine africaine, d'autres, comme Père Fouettard s'en défendent. Il s'agirait de suies provenant de la cheminée. 

Reconnaître qu'il s'agit d'une mise en abîme des Africains 

Au-delà du fait que le passage par la cheminée n'explique pas le changement de la texture des cheveux, les lèvres rouges pivoine, surdimensionnées, nous pouvons nous demander pourquoi dans certaines écoles l'on préfère que ce soit les enfants d'origine africaine qui incarnent le rôle de Père Fouettard, sans grimage à la suie. Cela ne s'explique que si l'on considère que leur physionomie correspond aux caractéristiques recherchées pour interpréter ce rôle. Il conviendrait donc dans un premier temps de considérer que les personnages grimés en noir portent des stigmates issus de l'esclavage et des stéréotypes physiques, ainsi que des préjugés attribués aux Africains. 

Rappelons-nous que l'effroi que les figures comme celle du sauvage d'Ath peuvent générer avait pour fonction la valorisation identitaire des Belges face aux peaux foncées : en mettant en exergue leur capture, l'on démontrait la faiblesse du Noir. Tandis que leurs aspects et leurs cris les rapprochaient de l'animal. Il s'agit donc de caricaturer les personnes d'origine africaine pour montrer à quel point ils "nous" sont inférieurs. Or, se croire supérieur sous-entend non seulement qu'il existerait des races humaines différentes mais aussi que certaines seraient inférieures et d'autres supérieures. Bref, une définition – simplifiée - du racisme... 

Alors dans le cas de Père Fouettard, pouvons-nous reconnaître qu'il s'agit de personnes d'origine africaine dont la mise en abîme donne lieu à des caricatures censées être humoristiques ? 

Recherche en psychologie sociale auprès d'enfants belgo-africains

Racistes ou pas racistes, pour notre association, Bamko, le plus important reste l'impact que ces pratiques, apparemment anodines, peuvent avoir sur les enfants, ainsi que les conséquences identitaires à long terme.C'est pourquoinous proposons de donner la parole aux premiers concernés : les enfants. Pour savoir comment ces apprentissages sociaux impactent les processus d'identification raciale, nous présentons les résultats d’une étude militante, au confluent de l'histoire de l'art, de la psychologie sociale et de la pédagogie post-coloniale et interraciale. Nous avons observé la perception qu’ont, en Belgique, des enfants afro-descendants (majoritairement congolais) de ce folklore européen, voire eurasiatique, globalement jugé raciste dans les milieux des afro-descendants et pas seulement. Nous, associations belgo-africaines donc (Bamko en partenariat avec Change), avons mis en place un dispositif expérimental avec les moyens qui sont les nôtres (un animateur de jeunes et une éducatrice, aspirante en master de psychologie sociale). Avec l’autorisation des parents, en 2015, nous avons interviewé 74 enfants âgés de 3 à 11 ans. Ces enfants étaient Noirs et Métis et s'exprimaient en français ou en néerlandais. 

Pour les enfants,  Père Fouettard est un Africain 

Les questions posées visent à connaître la perception que les enfants ont du rôle et du statut de Père Fouettard/Zwarte Piet aux côtés de Saint-Nicolas. Dans un second temps, nous avons questionné l'identification des enfants à ce personnage. Parmi les questions posées :

       "quel est le travail de Père Fouettard ?",

       "Père Fouettard est-il un Africain/brun ?",

       "Y a-t-il quelqu’un de plus beau/ gentil entre Saint Nicolas et Père Fouettard ?",

       "A qui ressembles-tu le plus, Père Fouettard ou Saint Nicolas ?", etc.

Les résultats sont les suivants : il apparaît que la majorité des enfants s'identifient à Père Fouettard Zwarte Piet (76%) car ils estiment avoir les mêmes caractéristiques physiques. Ils perçoivent le compagnon du Saint comme un subalterne qui "doit servir", notamment en distribuant les cadeaux qui "appartiennent à Saint-Nicolas", le "patron". Zwarte Piet est aussi qualifié de "clown", ce qui contraste avec le "gentil" mais sérieux Saint-Nicolas. Enfin, certains enfants disent que Père Fouettard est parfois "méchant" ou qu'il "veut punir" ceux qui n'ont pas été sages.

La vérité sort de la bouche des enfants...

Le discours des enfants à propos de Zwarte Piet épingle au moins quatre stéréotypes généralement attribués aux Africains : sauvages/brutaux, prédisposés à la soumission/servitude, ayant de bonnes capacités artistiques et sportives/divertissement et niais/ayant de moindre capacités intellectuelles.

Le thème de la brutalité

       "Père Fouettard veut punir les enfants qui ne font pas leurs devoirs, mais c’est son travail.", Maxime, 9 ans, Verviers, parents camerounais.

       "Il (Zwarte Piet) peut frapper quand on n’est pas sage" Dieumerci, 7 ans, Bruxelles, parents congolais.

Celui de la servitude

         "Père Fouettard, c’est le servant de Saint Nicolas", Matuta, 4 ans, Bruxelles, parents originaires du Congo-Brazzaville.

       "Il donne les cadeaux de Saint Nicolas", Annaelle, 3 ans. Grimbergen, parents originaires de Belgique et du Cameroun.

       "Il ne peut pas venir à l’école sans son patron (Saint Nicolas)" Binta, 9 ans, Vilvoorde, parents originaires du Mali.

Le rôle de divertissant est aussi pointé par les enfants

·         "Il fait rire tout le monde. Même madame Mathilde rigole quand elle le voit", Rachelle, 5 ans, Bruxelles, parents originaires de Belgique et du Congo-Kinshasa

       "Zwarte Piet chante les chansons de Sint-Niklaas avant de donner les cadeaux" Josué, 11 ans, Vilvorde, parents originaires du Congo-Kinshasa et d’Angola.

       "On peut danser avec Père Fouettard (…) Saint Nicolas ne sait pas danser " Djenab, 7 ans, Bruxelles, parents guinéens.

Enfin, le Père Fouettard est aussi perçu comme un ignorant ou un naïf

·         "C’est Sint-Niklaas qui est le plus intelligent parce qu’il sait si on a été sage ou pas". Marie-Hélène, 11 ans, Grimbergen, parents originaires du Rwanda et de Belgique.

       "Mais non, c’est Sint-Niklaas qui dit à Zwarte Piet si on a été sage ou pas." Yéli, 7 ans, Vilvoorde, parents originaires du Nigéria et du Cameroun.

       "Je ne lui ai pas dit que j’avais frappé Dorian, il (Père Fouettard) a cru que j’étais gentil, alors il m’a donné un cadeau". Jonathan, 11 ans, Bruxelles, parents originaires de Belgique (grand-père maternel congolais).

Conclusion

Cette recherche nous apporte différents éléments. Premièrement, nous avons appris que pour les enfants, le Père Fouettard est un Africain et non un Blanc sali par la suie de la cheminée. Ensuite, le Père Fouettard n'existait pas au début de la carrière de Saint Nicolas. Par ailleurs, lorsqu’il fait son apparition, il n'est pas d'origine africaine mais hollandaise.

Par rapport à l'impact sur les petites têtes crépues, cette recherche nous apprend aussi un certain nombre de faits. Nous avons par exemple pu voir que la célébration de cette fête, lorsqu'elle a lieu avec un Père Fouettard ressemblant à un Africain constitue un rituel d'apprentissage du racisme - qui plus est post-esclavage et post-colonial.

En effet, alors que les enfants rencontrés considèrent que Père Fouettard a des origines africaines comme eux, le fait de le voir en position subalterne par rapport à un "Blanc" (St Nicolas), leur apprend quelle est leur place dans la société. S'identifiant plus à Père Fouettard qui leur ressemble plutôt qu'à Saint Nicolas, les enfants comprennent que la société attend d'eux qu'ils se montrent brutaux et divertissants comme leur modèle. De même, il découvre que les Africains sont censés être naïfs et/ou niais.

La dimension culturelle de la fête de Saint Nicolas est très importante. Puisqu'il est malvenu de contester les préceptes, les us et coutumes religieux, l'on reçoit tout ce qui s'y dit comme une parole d'évangile, un dogme. Par ailleurs, l'aspect répétitif augmente l'impact sur les enfants en ancrant profondément dans leurs esprits les valeurs que véhicule Saint Nicolas.

Restons vigilants car au travers de ce folklore, se jouent des apprentissages des rôles raciaux. En effet, le rôle, le positionnement ainsi que la place des Belgo-Africains dans la société belge sont appris dès la plus tendre enfance. Pour s'intégrer dans la classe des adultes belges, l'adolescent belgo-africain saura exactement ce qu'il est en droit d'espérer sur le marché de l'emploi : une place subalterne. Il aura aussi appris comment réagir en cas de difficulté : être agressif. En tant que "Noir", il saura comment se faire accepter dans un groupe : être le comique de service, le trouble-fête. Mais ce qu'il apprendra un peu plus tard, c'est qu'il ne peut pas contester ces rôles assignés car humilier et se moquer des "Noirs" au travers des personnages belges portant blackface (le Sauvage d'Ath, le Diable Magnon, les Noireauds, les basoulous de Basècle, Zwarte Piet, etc.), "c'est la tradition belge !". 

Cette thématique vous intéresse ?

        Vous êtes les bienvenus au Festival Afropolitan organisé par les BOZAR.be du 3 au 5 février 2017. L'asbl Bamko y organise une conférence-débat : De Père Fouettard aux “Noirauds”, qu’en est-il des pratiques ‘Black face’ en Belgique ?

        Vous pouvez commander le livre "Créer en post-colonie, voix et dissidences congolaises" D'ABRASSART et DEMART, 2016, édition Bozar et Africalia sur www.bamko.org This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it. . Un article traite de Zwarte Piet (Zwarte Piet, Non, peut-être ?! ". 

 

 

 


 

 

[1] Chryssanthi  AVLAMI, Historiographie de l'Antiquité et transferts culturels. Ed. Rodopi B.V., 2010.

[2] Mathias LEGH, Le Personnage de Puck. Edition EPU, 2012, art musicologie, p. 96

[3] BROWN P., Le culte des saints. Son essor et sa fonction dans la chrétienté latine, Le Cerf, 1984

[4]Thèse doctorale " Le dieu celtique Lugus ", CNRS 2007

[5] A. D'APREMONT, A.L. D'APREMONT, T. Van RENTERGHEM,La fabuleuse histoire du Père Noël. Origine, histoire et tradition.  Ed. Du Rocher, 1996

[6]  Jones GRANHAM, 'St Nicholas, icon of mercantile virtues: transition and continuity of a European myth' 2007

[7]Sources : Registre numérique de l'INPI,  Institut National de la Propriété Industrielle de France (marque enregistrée sous le numéro 3662684)

[8]  "Nieuwe Sint Nicolas Prent", 1800, dessin ayant appartenu à Jacobus VAN EGMONT (Rijksmuseum, Amserdam)

[9]'Nieuw licht op Zwarte Piet. Een kunsthistorisch antwoord op de vraag naar de herkom sr vanZwartePiet', VolksÞundig Bwlletin 19, r-3 J.Eugenie Boer-Dirks

[10]Dossier en ligne consacré à Zwarte Piet, Instituut Meertens, Onderzoek en documentatie van Nederlandse taal en cultuur

[11]Agence de presse Belga, 4 décembre 2014.

[13]SCHEKMANS, 1850.

[14] Aruba, Bonaire, Belgique, Canada, Curaçao, France, Iran, Luxembourg, Pays Bas, Surinam, Turquie et très marginalement aux États-Unis à Portland, à Chicago et en Louisiane où les immigrés germaniques retrouvent leur Zwarte Piet grimé en noir.

[15]Nowruz: Origins and Rituals By Dr. Iraj Bashiri , 2013

[16]Association Afro-Turque Afrikalilar.

[17] Référence du dossier: 1161 dossier à traiter en 2016

[18] Afghanistan - Azerbaïdjan - Inde - Iran (République islamique d’) - Iraq - Kazakhstan - Kirghizistan - Ouzbékistan - Pakistan - Tadjikistan - Turkménistan - Turquie

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