MENDE, KAMBILA et les sanctions impériales

 

Par MBELU BABANYA KABUDI

Les sanctions prises par les USA et l'UE à l'endroit de certains membres de ''la kabilie'' ont suscité quelques réactions en son sein. L'ex-porte-parole du gouvernement démissionnaire  de MATATA PONYO, Lambert MENDE, fort de ses études de droit, les a sévèrement critiquées ce lundi 12 décembre 2016. Voici ce qu'il dit :

"Cela repose sur le droit impérial et pas sur le droit international. J’ai étudié le droit et je le dis en connaissance de cause. Il n’y a aucune disposition du droit international qui permet à une organisation régionale comme l’Union européenne de prendre de sanctions contre un État ou des agents d’un État qui ne fait pas partie de l’Union européenne sans passer par le Conseil de sécurité. Que nous soyons faibles ou pauvres cela ne change rien. La RD Congo condamne cette pratique et la RD Congo va attaquer cette pratique et ces sanctions. Nous en appelons au soutien de nos compatriotes, ceux qui croient que LUMUMBA n’est pas mort pour rien. Cela fait 56 ans que nous sommes indépendants. Il faut que les Européens comprennent que nous ne sommes pas un État européen. S’ils ont besoin de sanctionner les gens ici sur les droits de l’homme ils n’ont qu’à passer par le Conseil de sécurité. C’est cela le droit international. Nous allons attaquer auprès des cours européennes et auprès du Conseil de sécurité. C’est totalement illégal et irrégulier. Et les Africains doivent se sentir gênés par rapport à cela. Nous ne sommes pas sujets de droit européen. " (http://oeildafrique.com/rdc-lambert-mende-denonce-les-sanctions-americano-europeennes-contre-des-autorites-congolaises/#tQ1DGrSCxfsqVcMS.9 9)

Théoriquement, sans une relecture de notre histoire et  une approche avisées des rapports de force opérant au cœur  des relations internationales, MENDE peut avoir raison. Néanmoins, sa réaction est anhistorique. Il fait comme s'il ne savait pas qu'il sert un sous-système mis en place par les USA et l'UE. L'une de grandes difficultés qu'éprouve ''la kabilie'' est celle de couper ''le cordon ombilical'' la liant à ses géniteurs par le canal d'une ''guerre par morceau'' intensifiée au Congo-Kinshasa dans les années 1996-1997.  La ''kabilie'' a ''une autorité morale'' dénommée ''Joseph KABILA''. Il fut membre de l'APR/FPR de Paul KAGAME. Que fait-il après l'assassinat de Mzee Laurent-Désiré KABILA, ''Cheval de Troie'' des nouveaux maîtres de la renaissance (fatale???) africaine, Paul KAGAME et KAGUTA MUSEVENI ?

"(...) dix jours après la mort de son géniteur, il devient son successeur, et quatre jours plus tard il rencontre à Washington les Présidents BUSH et Paul KAGAME en marge du National Prayer Breakfast, après avoir été reçu par le président français. L'acceptation par Joseph KABILA d'une rencontre avec Paul KAGAME, l'ennemi le plus acharné de son père, fournit un indice important pour lever un pan du mystère Joseph KABILA. D'autant que l'impact de cette rencontre est rehaussé par une décision, en date du 1er février, d'abandonner la plainte que le défunt président avait déposée devant la Cour Internationale de justice à  La Haye contre l'agression rwando-ougandaise  de la RD Congo, après le 2 août 1998". (P. PEAN, Carnages. Les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique. Paris, Fayard, 2010, p. 413 Et comment  ''Joseph KABILA'' est-il devenu ''président du Congo-Kinshasa'' ?). Pierre PÉAN répond à cette question en recourant à l'un des bons connaisseurs de la tragédie des Grands Lacs africains. Il écrit :"L'affirmation suivante  du docteur Helmut STRIZEK me semble pertinente : "Après la mort de Laurent-Désiré KABILA, KAGAME obtiendra de ses alliés américains et européens - l'intervention de l'Eufor au Congo est à situer dans  ce contexte- que le Congo soit dirigé par ''un jeune homme inoffensif'', en la personne de Joseph KABILA. Ceci permettrait au Rwanda de faire main basse sur les richesses du Congo et à KAGAME d'être sûr que le danger, dans la lutte contre le pouvoir dictatorial, ne viendra pas de la République Démocratique du Congo". (Ibidem, p. 418) (Pour plus de détails sur ''la question Joseph KABILA'' et son cordon ombilical anglo-saxon, il est intéressant de relire Europe, crime et censure au Congo. Les documents qui accusent de Charles ONANA ou Les nouveaux prédateurs. Politique des puissances en Afrique centrale de Colette BRAECKMAN).

Présenter ''la kabilie'' comme étant victime du ''droit impérial'', c'est faire comme si elle ne participait pas de l'expansion de l'empire sur fond du principe  du recours à la pure force sous les slogans de l'ONU autour du respect des droits de l'homme et de la démocratie.

Pour ceux et celles d'entre nous qui l'ignorent, l'expansion de l'empire US utilise le principe de la force, de la force brute en instrumentalisant les droits de l'homme et les principes démocratiques. L'empire US s'en moque. Il les combat et les classifie dans la catégorie des idées illusoires. Dès qu'il y recourt, c'est pour s'adonner aux ''coups d'État doux'' et promouvoir ses ''proconsuls'' à la tête des pays dont il tient à s'emparer des richesses et à contrôler la matière grise. Il recourt à la stratégie du chaos en utilisant ''ses tueurs à gage'' que sont les IFI et à la stratégie du chaos en entretenant ''une guerre perpétuelle par morceaux''. Il joue beaucoup sur l'ignorance, la paresse intellectuelle, la cupidité, l'avarice et la cruauté de ceux qu'il tient à utiliser comme ''nègres de service''. Ils lui servent de soupape de sécurité. Il peut les faire sauter à tout moment pour se refaire une virginité face aux élites corrompues et/ou aux masses dégradées et abruties par la répression. Il se démultiplie à travers ses agents pour imposer son ordre cannibale  du monde tout en restant le plus possible dans l'ombre.

En recourant aux ''assassins financiers'' et à ses ''négriers des temps modernes'', il participe de l'affaiblissement et  de l'appauvrissement des pays pour en faire, à son image et à sa ressemblance, des États ratés, des États manqués.

Et quand notre Lambert national dit "Que nous soyons faibles ou pauvres, cela ne change rien", il se leurre tout en donnant l'impression de ne pas comprendre que l'affaiblissement et l'appauvrissement des peuples font partie du mode opératoire de l'empire US et de son ancêtre UE.

Il donne l'impression de ne pas comprendre qu'en étant membre de ''la kabilie'' après avoir été au RCD, il a, à sa manière, contribué à cet affaiblissement et à cet appauvrissement.

L'empire US et ses alliés européens sont ''majoritaires'' au Conseil de sécurité. Forts de leur mode opératoire, ils prouveront à MENDE que celui-ci ne peut pas aller à l'encontre de leurs sanctions. Ils pèsent lourd dans les rapports de force à ce Conseil de sécurité. Ce dernier fait partie des mécanismes mis sur pied pour "néocoloniser" le monde et surtout les États récalcitrants, avec la complicité de leurs élites compradores.

Dans ce contexte, quand, Jean-Pierre KAMBILA crie en disant ceci : "Rien ne justifie aujourd’hui ce genre de mesures sauf une volonté de soumettre l’autorité congolaise. Et malheureusement pour eux, ils ne réussiront pas sur ce plan-là parce que nous n’allons pas céder à un chantage. Il y a là une volonté de contraindre les autorités congolaises à se soumettre à des décisions  et au plan politique qui est préparé depuis l’Occident pour mettre notre pays sous la coupe d’influence des groupes financiers", il a en partie raison. (Notre livre A quand le Congo contient des détails importants sur cette problématique).

Mais, comme Lambert MENDE, le directeur adjoint du cabinet de "Joseph KABILA" tient un discours anhistorique. ''Joseph KABILA'' n'est pas ''une autorité congolaise''. Non. C'est une marionnette  de l'ordre néolibéral et mondialiste produit par l'empire US et ses alliés.

Il le sait. Pour preuve. Il ne réagit pas lui-même. Il sait par où il est passé  et quelle est la nature de la mission qui lui a été confiée : ouvrir le Congo-Kinshasa  aux circuits mondialistes et protéger ses deux mentors ougandais et rwandais. Le Congo-Kinshasa est, donc, sous la coupe d'influence des groupes financiers depuis longtemps. ''Joseph KABILA'' a contribué à cela. Quel est le salaire que ses maîtres s'apprêtent à lui donner ? Lui garantir une impunité à vie en en faisant, avec la complicité des autres négriers des temps modernes, ''un sénateur à vie'' ; c'est-à-dire en passant une éponge sur tous ses crimes de guerre, ses crimes contre l'humanité et ses crimes économiques commis sur le sol congolais. Et Jean-Pierre KAMBILA se ment à lui-même en croyant que ces ''sanctions''  seront sans effet. L'un des effets pourrait être l'enfumage des Congolais(es) croyant dans la théâtralisation de la démocratie et à qui ''un autre nègre de service'' pourrait être imposé à l'issue des élections-pièges-à-cons.  Et le coup de l'Occident voulant soumettre les Congolais(es) serait joué.

L'urgence serait de travailler sur le court, moyen et long terme, avec les jeunes et les masses populaires à la connaissance (consciente) de ce mode opératoire. Cultiver le savoir et la conscience d'être soi à travers des débats (et des palabres sans tabous) contribuerait à l'appropriation de la question de l'émancipation politique contre ''la soumission'' et ses pendants géopolitiques et géostratégiques. Libérer l'espace public du débat est plus qu'indispensable pour préparer les masses populaires au renversement des rapports de force. Et nous ne le dirons jamais assez : si nous ne rompons pas en tant que peuple avec les circuits aliénants économiquement (FMI, BM), si nous ne refondons pas l'école, l'université et la famille ; si nous ne revoyons pas, consciencieusement, nos croyances religieuses et spirituelles, nous risquons d'être  ou les esclaves volontaires ou les victimes ignorantes de l'empire US aux abois.

Le risque est grand. Nous avons entendu KODJO soutenir qu'un membre du G7 lui a confié que ''la RDC, c'est le jardin privé des États-Unis'' (NDLR : voir Jeune Afrique n° 2918, du 11 au 17 décembre 2016, page 42, colonne de gauche).

Est-il seul à partager cette conviction ou sont-ils à plusieurs ''aspirants nègres  de service'' ? S'ils sont à plusieurs dans le G7, le Rassemblement, la Dynamique et la MP, les jeunes ''pro-démocratie'' dans les ONG, etc., le Congo-Kinshasa a du souci à se faire.  Le 19 décembre 2016 risque d'être le début et/ou le jour de  l'intensification de la stratégie du chaos aux conséquences inimaginables...

 

L'empire US a dit officiellement : "America first". Disons officiellement et officieusement : "Le Congo-Kinshasa, d'abord". Optons pour le patriotisme à tous les niveaux. Enseignons-le à nos enfants et inventons un système opposé au sous-système cannibale qui nous est imposé depuis plus de 130 ans et où ''la kabilie'' nous a davantage enfoncés.

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