Friday, 21 October 2016 16:07

Genre et production agricole. Une étude appliquée au groupement de Mudaka en RD Congo

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Genre et production agricole : une corrélation positive pour une croissance agricole et une sécurité alimentaire en milieu rural : une étude appliquée au groupement de Mudaka (RD Congo)

par Walter MWEZE MAPENZI

Licencié en sociologie de l’Université Officielle de Bukavu (U.O.B.)
Bibliothécaire de 2ème classe à la Bibliothèque de l'U.O.B.

Introduction

Cette étude consiste à démontrer le rôle de la dimension genre dans la production agricole en vue d’une croissance agricole et d’une sécurité alimentaire en groupement de Mudaka à l’Est de la RD Congo. Cette étude poursuit les objectifs suivants :

- Analyser comment les rapports sociaux hommes-femmes peuvent être renforcés de sorte qu’ils favorisent des actions collectives bénéfiques à la croissance agricole en groupement de Mudaka. 

- Comprendre, à travers la logique de la complémentarité différentielle, la contribution des rapports sociaux hommes-femmes à l’émergence socio-économique hommes-femmes et à la sécurité alimentaire en groupement de Mudaka.

- Analyser comment la non prise en compte de la dimension genre dans la production agricole  constitue un blocage à la croissance agricole et à la sécurité alimentaire.

1. Contexte de l’étude

Partout dans le monde comme en Afrique, les rapports sociaux hommes-femmes sont vécus suivant les espaces socio-culturels. En effet, en Afrique, ces rapports sont vécus différemment selon que l’on se trouve en Afrique du Nord ou en Afrique subsaharienne.  En RD Congo, il faut  signaler que ces rapports sociaux hommes-femmes sont, en effet, vécus suivant les us et coutumes de chaque tribu et ethnie. Ainsi, le contexte socio-culturel que vit la société rurale du groupement de Mudaka soulève une problématique de "genre" dans le processus de  production agricole.

Avec  BAKENGA (2013), retenons que  le peuple Bashi de Ngweshe situé en province du Sud-Kivu à l’Est de la RD Congo, est essentiellement éleveur et cultivateur. On y élève le gros et le petit bétail, les caprins et la volaille. Les cultures sont vivrières (manioc, banane plantain, patate douce, igname, haricot, sorgho, légumes (…) et industrielles (théier, quinquina, café). Leurs activités champêtres sont toujours caractérisées  par un type de rapports sociaux hommes-femmes, où l’homme a un lot de tâches agricoles à accomplir et la femme également.  Au Bushi, à en croire COLLE, il existe une curieuse croyance au sujet de l’agriculture. Les cultures des champs sont faites en partie par les hommes et garçons, en partie par les femmes et les filles. Aux hommes le travail lourd du premier défrichement, aux femmes et filles, le nettoyage, l’ensemencement, le sarclage et la récolte (COLLE, 1971 : 23).  Ainsi, le secteur agricole en milieu rural est un domaine important pour le développement socio-économique et la sécurité alimentaire dans le milieu rural.  En effet, il est dit, en matière de développement, que tout développement est la résultante des efforts de tous les acteurs sociaux intervenant dans le jeu social chacun à son niveau.  La considération de l’approche genre dans les activités agricoles en milieu rural reste alors une des clés de voûte de la croissance agricole et de la sécurité alimentaire en milieu paysan et pour le cas d’espèce dans le milieu paysan de Mudaka.

Ainsi, la prise en compte  des rapports sociaux hommes-femmes dans les activités agricoles en milieu rural et pour le cas d’espèce  en groupement de Mudaka, doit se traduire par les indicateurs suivants : la collaboration ou partenariat hommes-femmes et/ou des filles-garçons dans le secteur agricole, l’accès pour tous aux terres arables entre hommes-femmes et/ou filles-garçons, la participation équilibrée aux activités champêtres telles que le labour, le sarclage, la semence, la récolte, l’accès pour tous aux intrants agricoles tels que les semences, les fertilisants ou les engrais sans discrimination entre hommes-femmes et/ou filles-garçons, une gestion commune ou participative de la production agricole sans discrimination entre hommes-femmes et/ou filles-garçons.  

La considération de l’approche genre dans la production agricole traduit  l’intégration hommes- femmes et/ou filles-garçons dans la danse systémique des activités agricoles dans la logique de l’unité dans la diversité.  Dans le secteur agricole, de nombreuses études démontrent que le rendement des parcelles exploitées par les femmes est inférieur à celui de leurs homologues masculins. Ce phénomène n’est pas dû au fait que les femmes soient moins compétentes dans le domaine agricole. Bien au contraire, les faits recueillis démontrent que les femmes sont aussi efficaces que les hommes : tout simplement elles n’ont pas accès aux mêmes intrants ; si elles étaient à égalité dans ce domaine, leur rendement rattraperait celui des hommes et leur production s’en trouverait augmentée, de même que la production agricole globale (FAO, 2010-2011). En cette même optique, retenons que si les femmes dans les zones rurales avaient le même accès que les hommes à la terre, aux technologies, aux services financiers, à l’instruction et aux marchés, il serait possible d’augmenter la production agricole et de réduire de 100 à 150 000 000, le nombre d’affamés dans le monde, nous fait savoir ce même organisme onusien pour l’alimentation et l’agriculture.

L’accès à la terre par les femmes pour des fins agricoles en milieu rural, constitue pour les femmes paysannes une mer à boire. Il y a crise de la justice distributive dans le secteur foncier entre hommes-femmes et/ou filles-garçons. On observe ainsi un fossé considérable entre agricultrices- agriculteurs  pour l’accès à la terre. Néanmoins, les femmes dans toutes les régions du monde ont généralement moins d’accès à la terre que les hommes. S’agissant des pays en développement pour lesquels on dispose de données, les femmes représentent 3 à 20%  des propriétaires terriens (FAO, 2010-2011). En agriculture, les femmes sont particulièrement sous-estimées bien qu’elles soient la clé du développement des activités agricoles, voire même des activités rurales (Banque Mondiale, 1994 citée par FERDINAND : 45).  En 2010, la part des femmes dans la main d’œuvre agricole était d’un peu plus de 20%, soit légèrement supérieure à son niveau de 1980 (FAO, 2010-2011). Une lecture des faits démontre actuellement que cette tendance n’a pas changé, car dans plusieurs milieux ruraux d’Afrique comme de la RD Congo, les femmes exécutent une grande partie du travail agricole.

Ainsi, dans le Bushi et plus particulièrement en groupement de Mudaka, il s’observe aujourd'hui, une prédominance des femmes dans la production agricole, plus particulièrement dans les travaux des champs, et une faible présence des hommes dans ce secteur. Ainsi,  aujourd’hui, il est largement reconnu qu’une amélioration de l’équité entre les genres peut aboutir à une plus grande productivité des femmes, des revenus plus élevés et une croissance durable de l’agriculture, une croissance dont les pauvres profitent le plus (BLACKEN et al., 1999 : 45).

Un questionnement s’avère nécessaire au regard des rapports sociaux hommes-femmes en groupement de Mudaka, en ce qui concerne les activités champêtres.     

Comment et dans quelle condition les rapports sociaux hommes-femmes peuvent-ils concourir à la maximisation de la production agricole en groupement de Mudaka ?

En rapport avec cette question de recherche nous postulons : les rapports sociaux hommes-femmes peuvent concourir à la production agricole par la prise en compte de l’approche genre basée sur la collaboration ou le partenariat hommes-femmes dans les activités agricoles, c’est-à-dire par une répartition équilibrée des activités champêtres ou des tâches agricoles dans le groupement de Mudaka.

II. Esquisse méthodologique

            Pour la présente étude, la technique du questionnaire nous a servi d’instrument pour la collecte d’informations auprès de nos enquêtés. Pour y parvenir, nous avons enquêté sur 194 personnes réparties dans les 8 villages  du groupement de Mudaka. Ainsi, par village, nous avons interrogé 24 personnes  rencontrées au champ à l’occasion de notre descente sur le terrain. Il faut signaler que tout qui n’était pas rencontré en pleine activité champêtre à l’occasion de notre passage, n’était pas interrogé. La technique d’échantillonnage stratifié basée sur la probabilité nous a servi pour déterminer le nombre de personnes sur lequel nous avons réalisé notre enquête. L’échantillonnage stratifié part de la constitution  de la population en sous-groupes ou sous-catégories. Ces sous-groupes sont appelés des "strates". C’est dans chaque strate qu’on devra tirer les sujets au hasard comme dans d’autres techniques (NGONGO DISASHI, 1999 :109). Deux techniques nous ont servi également dans le traitement  des données. L’analyse statistique qui nous a permis l’interprétation quantitative des données recueillies auprès des sujets enquêtés, à savoir  les agriculteurs-cultivateurs  du groupement de Mudaka. Ainsi, nous avons relevé les fréquences, les pourcentages, et les corrélations des faits. L’analyse du contenu quantitatif nous a aussi permis d’interpréter et de comprendre avec les lunettes du sociologue la profondeur des opinions quantifiées de nos enquêtés sur le sujet sous examen.

III. Présentation et discussion des résultats

III.1. Typologie des enquêtés et corrélation des variables

Tableau 1 : Age et activités champêtres à Mudaka

Âges

Nombre

%

- de 20 ans

14

7

20-29 ans

17

9

30-39ans

31

16

40-49ans

33

17

50-59ans

35

18

60-69ans

41

21

70ans et plus

23

12

Total

194

100

 

Il ressort de ce tableau que les tranches d’âge de 20 à 29 ans (soit 9% des enquêtés), 30 à 39 ans (soit 16% des enquêtés), 40 à 49 ans (soit 17% des enquêtés), 50 à 59 ans (soit 18% des enquêtés),  et 60 à 69 ans (soit 21% des enquêtés) constituent les tranches d’âges où les personnes sont plus actives et capables de pratiquer les activités champêtres. Même à l’âge de 70 ans et plus, les gens continuent à pratiquer les activités champêtres, soit 12% de nos enquêtés. Ainsi, ces résultats nous font penser que l’initiation  des individus à la vie agricole commence dès le bas âge et se poursuit jusqu’à la vie d’adulte.  

Tableau 2 : Sexe et activités champêtres à Mudaka

Sexe

Nombre

%

Femmes

134

69

Hommes

60

31

Total

194

100

 

Ce tableau renseigne que à Mudaka les femmes constituent une main d’œuvre agricole importante dans les activités champêtres. Sur 194 enquêtés, 134 ont été des femmes, soit 69% des enquêtés. Et seulement, 31%  d’enquêtés étaient des hommes. Ceci nous amène à croire que les hommes sont moins investis dans les activités champêtres à Mudaka. Les résultats de ce tableau  viennent confirmer la conception de la FAO, lorsqu’elle stipule que la contribution des femmes au développement de l’agriculture et leur rôle en matière de sécurité alimentaire au sein des foyers sont évidents, bien qu’encore peu reconnus. Elles produisent  60 à 80% des aliments dans la plupart des pays en développement et sont responsables de la moitié de la production alimentaire mondiale (FAO citée par AVFSI, 2013 : 10).

Les contributions louables des efforts des femmes dans les activités sont également soutenues par la Banque Mondiale (2008). En cette optique elle estime que le rôle des femmes est très important en matière de production agricole dans les pays en développement notamment dans les pays pauvres : alors que l’agriculture y représente en moyenne 32% du Produit Intérieur Brut et que 70%  de la population  défavorisée vit et travaille en zone rurale, la main d’œuvre agricole  est en grande partie  constituée de femmes qui produisent la plus grande partie des aliments consommés localement (Banque Mondiale, 2008). La femme paysanne étant une clé de voûte dans le développement agricole en milieu rural et dans les milieux urbains où l’agriculture urbaine connait un essor considérable (à Nairobi, à Kampala par exemple), la Banque Mondiale soutient encore que  l’agriculture est un moyen de subsistance vital pour les femmes dans plusieurs pays en développement et le principal chemin de sortie de la pauvreté. D’où l’urgence et la nécessité de parvenir à la reconnaissance, la redistribution et la représentation des femmes au sein des actions de développement (Banque Mondiale, 2008). Leur contribution aux travaux agricoles est très importante et parfois, supérieure à celle des hommes (DROY, 1990 : 65). Dans les années 80, les femmes africaines  effectuaient 70%, voire 80% du travail agricole, 50% des opérations d’élevage et 100% des transformations des matières premières (BISILIAT et FIELOUX, 1983 : 45). Elles représentaient en moyenne 80%  de la population  rurale et 70%  de la main d’œuvre agricole (SAVANE, 1986 : 40). 

Tableau 3 : État matrimonial et activités champêtres à Mudaka

État matrimonial

Nombre

%

Célibataires

9

5

Mariés

134

69

Séparés

37

19

Veufs (ves)

14

7

Total

194

100

Selon ce tableau, les catégories des enquêtés : mariés (69%), séparés (19%), veufs (ves)  (70%) sont les plus investies dans les activités champêtres à Mudaka. Cet état de choses peut s’expliquer par le fait que ces catégories ayant une charge sociale (leurs enfants biologiques et les autres étant à charge) à laquelle ils doivent répondre sur le plan éducatif, sanitaire, alimentaire, etc., ils sont obligés ainsi de s’adonner à l’agriculture afin de trouver de quoi répondre à leurs besoins sociaux de ménage. Néanmoins, les célibataires quant à eux, représentent 5% de nos enquêtés. Ceci nous laisse penser que les célibataires étant sans charge sociale ne se sentent pas beaucoup motivés à pratiquer les activités  agricoles. La plupart des jeunes paysans aujourd’hui préfèrent venir en milieu urbain où ils espèrent trouver un travail. Le plus souvent on les trouve dans la préparation des quelques produits comestibles, dans les travaux domestiques (garçons de maison), cuisiniers et serveurs dans de petits restaurants sur les coins de rue en milieux urbains. Pour les jeunes paysans, le travail de la terre n’offre pas mieux  et immédiatement. D’où alors, ce qui provoque l’exode rural juvénile, avec tout ce qu’il engendre comme conséquences dans les milieux urbains.         

Tableau 4 : Niveau d’instruction et activités champêtres à Mudaka

Niveau d’instruction

Nombre

%

Primaire

87

45

Secondaire

23

12

Supérieur

2

1

Sans instruction

82

42

Total

194

100

Ce tableau renseigne que l’agriculture-culturale à Mudaka est tenue à forte majorité par les personnes ayant seulement un niveau d’instruction ne dépassant pas le niveau primaire, soit  45% des enquêtés, et à côté d’eux  se trouve une autre catégorie de personnes ayant un niveau d’instruction du secondaire (soit 12% des enquêtés). Et ceux du niveau supérieur (soit 1% des enquêtés) s’intéressent moins à la pratique d’agriculture-culturale. Ainsi, la quasi-absence d’opportunité d’éducation  en milieu  rural causée par le problème d’infrastructures éducatives, la pauvreté, le chômage, plonge une forte portion de la population  rurale dans un cycle d’analphabétisme où père et mère tous analphabètes les prédisposent à engendrer des enfants sans aucune opportunité d’instruction. Ils se réfugient dans l’agriculture et curieusement, une agriculture qui n’est que de subsistance. Les enfants qui habitent les villes ont plus de chance de terminer l’école primaire que les enfants des zones rurales. En effet, 69% des enfants qui n’achèvent pas leur scolarisation primaire vivent en milieu rural, et 67% d’entre eux sont issus des 60% des ménages les plus pauvres (Rapport OMD, 2013 : 27).     

Tableau 5 : Taille des ménages des enquêtés et activités champêtres à Mudaka

Taille des ménages

Nombre

%

1-4 membres

33

17

5-8 membres

87

45

9-12 membres

67

35

Plus de 12

7

3

Total

194

100

Ce tableau informe que 83% des enquêtés ont tous des familles nombreuses allant de 5 à plus de 12 personnes qu’ils doivent nourrir. Ainsi, une tendance générale qui se dégage de ce tableau nous pousse à dire que la taille de famille de chacun de nos enquêtés n’a pas moins de 4 personnes. Cet état de chose explique ainsi la grande tendance de nos enquêtés à se consacrer plus dans les activités agricoles dans notre milieu d’étude. C’est en ce sens que lorsque REDFIELD énonce les caractéristiques des sociétés sauvages ou paysannes, il estime que le paysan vit de ce qu’il produit (REDFIELD citée par MENDRAS, 1995 : 11).

Tableau 6 : Les cultures pratiquées par les enquêtés à Mudaka

Types de cultures

Nombre

%

Cultures maraîchères vivrières

54

28

Cultures vivrières de champs de colline

99

51

Les deux à la fois

41

21

Total

194

100

 

Observons avec ce tableau que chez les agriculteurs-cultivateurs de Mudaka, les cultures vivrières de champs de colline sont les plus pratiquées, soit 51% de nos enquêtés qui les pratiquent. Et 28% d’entre eux pratiquent  les cultures  maraîchères vivrières. Néanmoins, 21% de ces enquêtés pratiquent les cultures vivrières de champs de colline et les cultures maraîchères. Dans la société rurale de l’ouest de l’Afrique subsaharienne, la femme joue un rôle primordial […]. C’est principalement au niveau des cultures vivrières  qui occupent plus de la moitié de  son temps de travail que le rôle de la femme  est le plus important, puisqu’elle y produit 70% des récoltes (AVFSI, 2013 : 23).

Tableau 7 : Préférence des cultures pratiquées par les hommes à Mudaka

Cultures pratiquées par les hommes

Nombre

%

Cultures  maraîchères vivrières

180

93

Cultures vivrières  de champs de colline

4

2

Les deux à la fois

10

5

Total

194

100

Ce tableau renseigne que 93% d’enquêtés affirment que les hommes dans les activités agricoles ont une grande prédilection  pour les cultures maraîchères que les cultures pratiquées dans les champs de colline. Ainsi, sont rares les hommes qui pratiquent les cultures sur dans les champs de colline, à en croire 2% de nos enquêtés. Et encore, les hommes qui pratiquent les cultures dans les marais et dans les champs de colline  sont également rares, à en croire les opinions de 5% de nos enquêtés. La préférence des hommes pour les cultures  pratiquées dans les marais  à Mudaka s’explique par le fait que les travaux de cultures maraichères sont plus faciles à réaliser  que ceux de cultures de champs de colline qui demandent beaucoup de scénario.     

Tableau 8 : Effets pervers de la répartition inégale des tâches agricoles entre hommes et femmes sur la croissance agricole à Mudaka

Effets

Nombre

%

Oui

122

63

Non

72

37

Total

194

100

Ce tableau renseigne que 63% de nos enquêtés estiment que la répartition inégale des tâches agricoles entre hommes-femmes a des effets pervers sur la production et/ou la croissance agricole. Et seuls  37% de ces enquêtés pensent que la répartition inégale des tâches agricoles entre hommes-femmes ne représente pas d’effets sur la production et/ou la croissance agricole. Ainsi, cette victoire de OUI se justifient par le fait que la majorité de nos enquêtés sont des femmes et  se sentent lésés dans la répartition des tâches agricoles dans notre milieu d’étude.

En clair, les hommes en milieu rural sont restés conservateurs avec la division sexo-spécifique du travail et pour le cas d’espèce dans les tâches agricoles où il y a un genre qui l’emporte sur l’autre dans la répartition des tâches à exécuter dans le cadre des activités champêtres. La discipline du genre, dans le sens large du mot,  vise l’amélioration de l’équité dans toutes les interactions entre individus et groupes, se distinguant par des caractéristiques socio-culturelles comme l’âge, la religion, le sexe, etc. Le genre n’est pas biologique, mais il est une construction  sociale modifiable selon la société, la culture, le temps et l’espace  (Ministère Burkinabé de l’Agriculture, de l’Hydraulique et des Ressources Halieutiques, 2013 :12).   

Notre enquête de terrain nous a révélé de quelle manière se fait la répartition des tâches agricoles dans le milieu rural de Mudaka. Le tableau ci-après reprend  cette répartition.

Tableau 9 : Répartition des tâches agricoles entre hommes-femmes à Mudaka         

Tâches agricoles réservées aux hommes

Taches agricoles réservées aux femmes

·       La préparation du champ

·       Le défrichage

·       Le labour

·       Le semis

·       L’application de l’engrais

·       Le sarclage

·       Le transport

·       Le battage

·       Le nettoyage

·       Le tri

·       L’ensachage

·       La vente

Un regard sur ce tableau montre qu’il y a véritablement une répartition inégale des tâches agricoles à Mudaka entre hommes et femmes. C’est à la femme qu’est réservé le gros des travaux champêtres. L’égalité de genre ne signifie pas qu’hommes et femmes doivent être traités de manière identique : ce traitement peut être égal ou différent mais il doit être considéré comme équivalent en termes de droits, d’avantages, d’obligations et d’opportunités (AVFSI, 2013 :12). Ainsi, aujourd’hui, il est largement reconnu qu’une amélioration de l’équité entre les genres peut aboutir à une plus grande productivité des femmes, des revenus plus élevés et une croissance durable de l’agriculture, une croissance dont les pauvres profitent le plus (BLACKEDN et al., 1999). Une répartition équilibrée des tâches agricoles produit des résultats favorables  qui contribuent à une croissance agricole, source de la sécurité alimentaire. Illustrons cet état de choses par le cas d’une coopérative de production COFONI en Côte d’Ivoire. Dans cette coopérative,  les femmes constituent une main d’œuvre abondante et bon marché que les hommes utilisent pour la culture du coton, du maïs, du riz et de l’anacarde. En outre, l’aide des femmes  favorise l’augmentation des surfaces culturales ; ce qui entraine l’accroissement de la production agricole et la pratique de plusieurs cultures par un seul membre (FERDINAND : 180).

 

Source : Notre conception.

Commentaire : Ce schéma démontre ce qui est à gagner quand il y a une répartition équilibrée des tâches agricoles entre hommes-femmes ou filles-garçons, et ce qui est à perdre lorsqu’il y a une répartition non équilibrée des tâches agricoles entre hommes-femmes ou filles-garçons en milieu rural.

Tableau 10 : Activités agricoles comme source de revenus des paysans à Mudaka

Source de revenus

Nombre

%

Activités agricoles

157

81

Activités non agricoles

19

19

Total

194

100

Il est à constater avec ce tableau que chez 81%  de nos enquêtés les activités agricoles constituent la source principale  de revenus. Par contre, chez 19% de ces mêmes enquêtés, les activités agricoles ne constituent pas pour eux la source principale de leurs revenus. C’est par contre les  activités non agricoles qui constituent pour eux la source principale de leur revenu.  

Conclusion

Cette étude a investigué sur  le rôle de la dimension genre dans la production agricole en vue d’une croissance agricole et d’une sécurité alimentaire en groupement de Mudaka à l’Est de la RD Congo.

La question centrale était celle de savoir comment et dans quelles conditions les rapports sociaux hommes-femmes peuvent concourir à la maximisation de la production agricole en groupement de Mudaka.

 Nous avons émis une hypothèse selon laquelle les rapports sociaux hommes-femmes peuvent concourir à la production agricole par la prise en compte de l’approche genre basée sur la collaboration ou un partenariat hommes-femmes dans les activités agricoles, c’est-à-dire par une répartition équilibrée des activités champêtres ou des tâches agricoles dans le groupement  Mudaka.

Par ailleurs, nous avons enquêtés sur 194 personnes réparties dans les 8 villages  du groupement de Mudaka. Ainsi, par village, nous avons interrogé 24 personnes  rencontrées au champ à l’occasion de notre descente sur le terrain. L’échantillon a été tiré à base de l’échantillonnage stratifié par la constitution de la population en sous-groupes ou sous-catégories. Pour le traitement des données, deux techniques nous ont servi. L’analyse statistique qui nous a permis l’interprétation quantitative des données recueillies auprès des sujets enquêtés, à savoir  les agriculteurs-cultivateurs  du groupement de Mudaka. Ainsi, nous avons relevé les fréquences, les pourcentages, et les corrélations des faits. L’analyse du contenu quantitatif nous a aussi permis d’interpréter et de comprendre avec les lunettes du sociologue la profondeur des opinions quantifiées de nos enquêtés sur le sujet sous examen.

Dans le processus de la production agricole à Mudaka, la femme constitue une force incontournable pour produire une croissance agricole garantie d’une sécurité alimentaire pour la famille et pour la communauté paysanne.  A la lumière des résultats  de notre étude, il faut dire que l’approche genre dans le processus de la production agricole en groupement de Mudaka reste un défi majeur à relever en vue d’une croissance agricole qui constitue une garantie de la sécurité alimentaire et de l’émergence socio-économique basée sur l’équité entre hommes-femmes et filles-garçons dans notre milieu d’étude. Pour ce faire, une répartition équilibrée ou fondée sur l’équité des travaux champêtres ou agricoles entre hommes-femmes ou filles-garçons dans notre milieu d’études reste le socle et le détonateur pour donner un nouveau souffle dans la production agricole, qui naturellement doit produire une croissance agricole qui elle aussi doit produire  une sécurité alimentaire et une émergence socio-économique des familles et des communautés paysannes. Ainsi, disons qu’il est indispensable de considérer les femmes en tant que protagonistes des processus de développement non seulement du point de vue de l’éthique et de la justice (plus d’égalité et d’équité dans les relations sociales) mais également dans le but d’améliorer efficacement les modes de développement des agricultures paysannes. Leur participation à la construction d’un système  d’organisation sociale où les rôles des femmes et des hommes se conjuguent avec égalité et équité apparait donc capitale. Une telle démarche permettrait de renforcer  les compétences locales en termes de développement agricole durable, (...) (AVFSI, 2013 :24).

Références bibliographiques

1.     AVSFI (Octobre 2013), Promouvoir l’égalité de genre en milieu rural : exemples au Togo, Sénégal, Amérique Centrale et Brésil.

2.     Banque Mondiale (2008), Rapport sur le développement mondial : Agriculture pour le développement.

3.     BISSILIAT J. et  FIELOUX M., (1983), Femmes du tiers monde : Travail et quotidien. Paris, Le sycomore.

4.     BAKENGA SHAFALI, (2013), Dynamique familiale et gestion de l’environnement en chefferie de Ngweshe. Une analyse praxéo-interdiscursive, Thèse de doctorat en sociologie/ Université Officielle de Bukavu, 2012-2013.

5.     BLAKCKEN M. et BANHU C., (1999), Gender, Growth, and Poverty Reduction, World Bank, Technical Paper, n°428, Washington.

6.     COLLE P. (1971), Essai de monographie des Bashi, Centre d’études des langues Africaines.

7.     DROY I. (1990), Femmes et développement rural. Paris, Karthala.

8.     FAO (2010-2011), Situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture.

9.     MENDRAS H., (1995), Les sociétés paysannes, Paris, Gallimard.

10.  Ministère burkinabe de l’agriculture, de l’hydraulique et des ressources halieutiques (Juin 2013), Stratégie de l’approche genre et développement dans les politiques sectorielles agricoles.

11.  NGONGO DISASHI P.-R., (1999), La recherche scientifique en éducation. Paradigme, Méthodes, Techniques, Bruxelles, Academia Bruylant.

12.  Rapport OMD (2013), Évaluation des progrès accomplis en Afrique dans la réalisation  des objectifs pour le développement.

13.  SAVANE M. A., (1986), Femmes et développement en Afrique de l’Ouest : Incidences des transformations socio-économiques sur le rôle et le statut des femmes. UNRISD, Genève.

14.  VANGA ADJA F., Genre et production agricole dans les coopératives du Nord de la Côte d’Ivoire,  in European Scientific Journal, vol. 8, n° 30.

 

 

 

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