Friday, 21 October 2016 15:39

La RD Congo à la croisée des chemins

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La RD Congo à la croisée des chemins

Par Albert KISONGA MAZAKALA

Élections et démocratie

Dans certains échanges sur le net auxquels j'ai participé, j'ai déjà eu l'occasion de dire ma pensée sur la démocratie et les élections.  La démocratie est  un idéal universel auquel nous devons également aspirer. "La démocratie est la pire forme de gouvernement totalitaire, à l'exception de tous les autres" (Winston CHURCHILL). Son principal mérite, d'après mon humble entendement, est sa capacité à évacuer les tensions au sein de la société par la libre expression des opinions à travers l'écrit, la parole ou les manifestations de masse. Même si l'individu a souvent le sentiment qu'il n'est pas entendu par les décideurs, il ne se sent pas  poussé à considérer qu'il ne lui reste que le recours à la violence, généralement. De toute façon, même lorsqu'on a le sentiment d'assister à la confiscation de système démocratique par des intérêts privés, les dirigeants sont malgré tout obligés de tendre l'oreille aux revendications du peuple puisque son avis est sollicité et généralement respecté pour le renouvellement des  mandatures.

En second lieu, au lieu de se limiter au seul cercle des décideurs, les mécanismes de prise de décision sont également concernés par le citoyen lambda qui en est informé via la presse et peut donc exprimer son point de vue. Ensuite les décisions sont discutées au parlement souvent lors des séances publiques, de sorte que dans leur cheminement, elles subissent des corrections susceptibles d'éviter le plus d'erreurs possibles.

En revanche, concernant le mode de suffrage importé dans nos pays en copier/coller, je suis devenu de plus en plus dubitatif. On voit bien en RD Congo que les élections génèrent de graves tensions politiques, lesquelles risquent de dégénérer en violences.  Dans un pays aussi fragile que le nôtre, ce moment doit être particulièrement redouté. À plus forte raison que notre culture ne nous prédispose pas spécialement à accepter la défaite. Avouer aux siens qu'on a perdu face à plus fort que soi n'est pas dans nos habitudes. Si l'on perd, c'est qu'on a été victime d'une injustice. Malheureusement, étant donné la propension de certains dirigeants à demeurer coûte que coûte au pouvoir, le tripatouillage électoral est loin d'être une simple vue de l'esprit.  Passant par Poko dans le Bas-Uélé en 1977, le Commissaire de zone nous confia les urnes destinées à la chefferie de Dewe Tanga sur la route d'Isiro. À cette époque, La Voix du Zaïre était encore ce grand tam-tam d'Afrique suivi dans l'ensemble du pays et  dans les pays voisins. Il était impossible de ne pas suivre la radio même en roulant, d'ailleurs surtout en roulant. Ainsi, alors que les urnes étaient encore dans le camion, la radio annonça le résultat du vote dans toute la zone, y compris dans la chefferie de Dewe Tanga,  bien entendu en faveur du Président Fondateur à plus de 99%.

De surcroît, même pour l'élection présidentielle, il n'est pas certain que la population, particulièrement en milieu rural, ait une idée précise de la nature de l'enjeu. Même dans un pays très développé comme la Belgique, j'ai constaté qu'il y a des citoyens, des Blancs, qui éprouvent quasiment la même difficulté de compréhension que les électeurs Congolais.

Enfin, les élections coûtent particulièrement cher. Elles paraissent comme l'occasion propice, pour les responsables qui en sont chargés de l'organisation,  de détournement d'argent public. 

Si les élites congolaises, tous secteurs et toutes tendances confondus, s'étaient livrés à un exercice de réflexion profond et objectif juste après les élections de 2011, peut-être qu'il aurait été possible de rallier la majorité des gens à l'idée de choisir d'autres mécanismes pour la désignation des responsables en lieu et place du suffrage universel. Personnellement, le modèle chinois tel qu'il fonctionne depuis quelques décennies me séduit de plus en plus. 

La qualité des élites

Les Rwandais ont toujours dit que le Congo est un pays sans élites, et par conséquent  un pays à prendre.  Pourtant, s'il est vrai que beaucoup de Congolais ont pris conscience de la piètre qualité de leurs élites, les Rwandais n'ont pas beaucoup de leçons à nous faire, comparativement à la taille de notre pays et de notre population. La seule chose que je leur concède est une pratique du pouvoir vieille de plusieurs siècles et le fait qu'ils parlent tous la même langue et sont des éleveurs de bovins.

Autrement,  ils ne seraient pas aussi sous-développés que nous. En somme,  du fait que notre activité économique est le travail de la terre, nous sommes plus marqués par la primitivité des outils de production et donc des méthodes culturales qu'ils induisent.  J'ai observé  à Niangara qu'un individu adulte, avec deux femmes, produisait environ 900kg de paddy, donc 450 kg de riz en une saison. Il s'agit du riz de montagne parce que nous ne savons pas cultiver le riz de marais, lequel nécessite l'irrigation.  Bien sûr, à coté de cette production, il y a du manioc et quelques bananiers. Par conséquent, nous n'avons jamais connu l'accumulation. Jusqu'à ce jour, nous demeurons dans l'économie de subsistance. Aussi, peut-on comprendre que nous n'ayons pas cherché à sortir de notre milieu mais au contraire, c'est l'étranger qui est venu vers nous. Nous  comptons parmi ces cultures arriérées à n'avoir quasiment jamais tenté d'utiliser la force animale dans l'agriculture, voire dans le transport des charges. Les changements intervenus dans le Sahel, qui font nettement la différence avec la plupart des pays d'Afrique noire, ces changements furent introduits par les Arabes. Toutefois, même là où la traction animale fut introduite et intégrée, les résultats ne sont pas aussi  visibles qu'ailleurs.  On a de la peine à chercher les réalisations (par exemple des canaux, des viaducs, des édifices en dur) que la technologie de la traction animale aurait permis de construire.

Une des conséquences directes, à mon humble avis, est que nous n'avons pas la culture de gestion de la richesse, pour faire court. Par ailleurs, nos sociétés n'ayant pas été soumises au même processus historique qu'ailleurs, le sens de l'intérêt général peine à s'y développer. La naissance et ensuite l'attachement à l'intérêt général ne sont pas nés spontanément mais sont la résultante d'un processus historique long et patient. Nos élites ne lient pas leur sort au peuple, bien au contraire. L'esclavage et la colonisation se sont souvent réalisés par la corruption des chefs locaux parfois rien que par une étoffe de pacotille. Le chef corrompu se rangeait au côté de l'étranger contre son propre peuple. En quoi la situation aurait-elle changé aujourd'hui ? Des villageois se voient chassés de leurs terres, celles-ci ayant été vendues aux étrangers. Le dernier petit Blanc présent en Afrique dispose non seulement d'un niveau de richesses élevé, mais de la capacité d'influencer le pouvoir plus même que certaines autorités en place.

C'est pourquoi il m'est apparu que le changement de personnes à la tête des institutions mérite une autre réflexion, étant donné la quasi certitude que les remplaçants reproduiraient les mêmes tares, voire pire.  Il suffit d'observer ce qui se passe au niveau des partis politiques. Quel est ce dirigeant qui va au devant des militants pour rendre compte de sa gestion et remettre en cause son mandat ? Tous considèrent leurs partis comme des propriétés privées, au point de s'en approprier les ressources. Le procès en cours à Bruxelles, qui concerne l'UDPS, est appelé à faire date.

Le  rôle décisif des outils de production

Si les échanges dans nos fora peuvent être considérés comme représentatifs de la pensée des élites, il est frappant de constater la quasi absence de l'intérêt que nous manifestons à l'égard de cette question des instruments de production dont le rôle est pourtant fondamental dans l'évolution des sociétés humaines. La médiocrité des élites est en corollaire avec l'état d'arriération des populations dont la production de  la nourriture se fait encore comme il y a 5 mille ans. Une telle population est naturellement peu éduquée comme on dit aujourd'hui, et pas seulement. Elle est mal nourrie, mal soignée et mal logée. Le seul véritable lien qu'elle entretient avec l'État né de la colonisation s'opère par le fonctionnaire et le gendarme qui la rançonnent et la briment. Les lois et les règlements auxquels elle est soumise sont conçus dans une langue étrangère qu'elle ne comprend pas. Tout qui a le sens de l'observation peut se rendre compte de la terreur qui envahit le citoyen ordinaire, le paysan en particulier, effectuant une démarche dans un bureau de l'État.

Pour revenir à la question des outils de production, l'Afrique noire restera sous-développée tant qu'une révolution ne se produira pas sur ce plan. Construire des entreprises de type "Bukanga Lonzo" peut certainement être utile, mais c'est à condition que, en même temps, il y ait des initiatives permettant aux populations de changer de mode de production. Je ne crois pas qu'il y ait des dirigeants qui, en toute conscience, imagineraient construire un modèle de développement de type indien, conçu pour laisser la majorité de la population en rade. Si les étrangers se moquent tellement des Noirs, c'est parce que tout pour progresser a déjà été inventé et est donc mis gratuitement à notre disposition mais nous sommes même incapables de copier. La faute, évidemment, réside dans l'absence d'un leadership visionnaire, patriote, privilégiant l'intérêt général, faisant preuve d'humilité et d'honnêteté, ouvert aux expériences réussies ailleurs.

Pour prendre l'exemple de la Chine que nous suivons depuis notre jeunesse, ma pensée va spécialement à la politique de "Youkong" qui vit la mobilisation des masses munies d'instruments traditionnels dans le cadre des grands travaux. Aujourd'hui certains historiens qualifient d'échec la campagne "Des cent fleurs" qui vit l'érection des fours artisanaux destinés à la fonte des métaux dans des villages. Cependant, n'est-il pas légitime de penser que c'est l'expérience qui a préparé le peuple chinois à intégrer la culture industrielle ?

Chez nous, même des intellectuels dont la bonne volonté ne saurait être suspectée, n'ont de discours que pour préconiser la reproduction du modèle économique capitaliste. Or, le moindre regard sur notre propre expérience démontre que l'ouvrier formé à la technique de l'électrolyse à la Gécamines s'était remis à la culture de son champ, à la houe, pour survivre, une fois que l'usine avait été fermée. La suite est que les biens de  la Gécamines furent soumis au pillage des dirigeants et des commerçants étrangers d'abord, plus ou moins timidement, pour finir par  exploser avec KATUMBA MWANKE et Moïse KATUMBI.     

Personnellement, je m'échine à recommander, après LUMUMBA, d'intégrer  dans la gestion certains Blancs vivant chez nous, parlant nos langues et éventuellement mariés localement, des candidats à choisir avec la plus grande vigilance évidemment, comme moyen d'accélérer un processus indispensable qui conditionne notre avenir dans le monde. Puisque cette politique, lorsqu'elle est expérimentée dans des entreprises donne des résultats, il est clair qu'elle devrait marcher. L'autre politique qui consiste à mettre le pays en coupe réglée en complicité avec des prédateurs étrangers est une tragédie car, d'abord elle amène à accentuer la misère du peuple, ensuite elle conduira fatalement à l'amenuisement, voire à la possible perte de la souveraineté pour laquelle nos pères et nous-mêmes avons lutté. Du reste, à moins d'être des sorciers, il n'est pas évident que les dirigeants eux-mêmes soient pleinement conscients des conséquences de leurs décisions. Entre les chants de sirène de leurs complices étrangers et la déification de leurs thuriféraires, ils sont tellement plongés dans l'euphorie de la jouissance qu'ils deviennent  imperméables à la critique. Or, comme quelqu'un l'a écrit sur les fora, ils ne sont pas sûrs de jouir des fortunes indûment amassées lorsqu'ils auront quitté le pouvoir, ce qui finira un jour par se produire.

La plupart des gens sont patriotes en paroles mais roulent d'abord pour eux-mêmes, leurs familles, voire leurs tribus, ce qui est légitime. Mais l'avenir d'un pays qui appartient à tous se concevrait mieux s'il y a avait quelques-uns qui prennent le risque de tenir un discours objectif aux dirigeants. C'est toujours un risque de dire au Chef des choses pouvant quelque peu, voire beaucoup le contrarier. Mais sans que certains assument ce risque, notre avenir commun ne peut être que sombre. Malheureusement,  la plupart des cadres ne peuvent absolument pas imaginer perdre leur train de vie en s'éloignant du pouvoir. On peut voir en effet la manière dont ces cadres ont pactisé avec tous, y compris le diable, pour ne pas se trouver loin du pouvoir. Qui n'a pas pris le chemin de Kigali pour y quémander un poste ? Qui n'a pas été dans les partis créés par les Rwandais et les Ougandais dans le même dessein ?

Or, s'il y avait eu des personnes courageuses pour parler franchement au Président KABILA, il n'est pas impossible qu'il aurait pu se convaincre de l'intérêt, à son jeune âge, de faire un pas de côté pour se consacrer aux affaires, quitte à tenter de revenir par la suite. Certes, avec des si, on mettrait Paris dans une bouteille, dit le dicton, mais peut-on s'empêcher de rêver ?

Le  Maréchal MOBUTU me prit par la main (en présence notamment du Général LIKULIA) et m'amena de l'autre côté du Kamanyola, face au fleuve. Après m'avoir demandé de répéter le discours que je lui avais tenu quelques instants plus tôt devant toute la presse de Kinshasa, il me posa la question suivante : "Pourquoi personne ne m'a jamais dit ce que vous me déclarez ?".  Je compris alors comment, dans un système politique, un chef peut se trouver isolé et coupé des réalités de son pays. 

Les candidats à l'alternance

D'après les médias, celui qui apparaît comme le successeur probable de l'actuel Chef de l'État c'est Moïse KATUMBI. Le Gouverneur KATUMBI fut introduit auprès du Président KABILA par feu KATUMBA MWANKE, le "génial" concepteur de cette politique de prédation qui place aujourd'hui la RD Congo en tête des pays les plus corrompus du continent noir. KATUMBA MWANKE, aux dires d'un titre anglais, aurait été adoubé par Paul KAGAME comme Chef d'État du Congo. L'intéressé se serait dégonflé mais c'est le général John NUMBI qui aurait accepté de jouer le Brutus. Le Gouverneur KATUMBI est le petit frère de KATEBE KATOTO, qui était très engagé dans la lutte pour accéder à la Présidence de la RD Congo, en nouant des alliances notamment au Rwanda. L'épouse du gouverneur serait elle-même rwandaise. Actuellement, KATUMBI est cité comme étant une des deux ou trois plus grosses fortunes du Congo, acquise en quelques années de la manière qu'on soupçonne.

Lambert MENDE, qui a le sens de la formule, avait dit que KATUMBI était une création de KABILA. Ceci est parfaitement exact si on pense que c'est sous le régime actuel que KATUMBI a érigé sa fortune. Toutefois, dans une déclaration dans le film "Katanga Business" de Thierry MICHEL, le Gouverneur disait ceci "Si dans cette opération (d'intermédiation), j'ai gagné 60 millions $, combien eux-mêmes ont gagné?".  C'est lui qui a érigé le monument à la gloire de TSHOMBÉ  à Lubumbashi,  alors que même pas une pierre ne marque, 55 ans après, le lieu de supplice de Patrice LUMUMBA et de ses compagnons,  pour faire un pied de nez à Kinshasa. Aussi, on peut prévoir que, même s'ils ont eu une forte complicité dans la gestion, l'éventuelle arrivée de KATUMBI à la présidence produirait non seulement des étincelles avec son prédécesseur mais consacrerait également un retournement d'alliances en faveur de Kigali. Qu'en disent Pierre LUMBI et Charles MWANDO NSIMBA ?

Par ailleurs, quelle conséquence résulterait de voir des hommes comme Olivier KAMITATU et José ENDUNDO autour de Moïse KATUMBI, métis comme eux ? Ne serait-ce pas un coup de pouce qui serait donné à un racisme rampant qui s'est d'ailleurs souvent exprimé sur le net ?

Vital KAMERHE, l'autre candidat de poids, ne semble plus avoir les moyens financiers de soutenir une campagne forcément onéreuse. Martin FAYULU, maintenant aussi connu, est également une figure qui monte. Les autres dont j'ai entendu parler proviennent des institutions financières internationales, la Banque mondiale et le FMI. J'ai lu le programme de TSHIANI, qui m'a fait une grosse impression. Toutefois, je me pose la question de savoir pourquoi des personnes ayant de bonnes relations dans le monde et une bonne expertise veulent tout de suite devenir Chef de l'État, avec une connaissance somme toute aléatoire des réalités diverses et complexes du pays qu'ils comptent gouverner ?  Ne pourraient-ils pas chercher à devenir d'abord Gouverneur par exemple ? En  tant que Gouverneur, loin du centre, ils auraient une certaine autonomie qui leur permettrait de construire leur projet avant de s'attaquer à la montagne. Si Moïse KATUMBI était à Kinshasa, je ne crois pas qu'il aurait pu se construire la puissance qu'il a aujourd'hui.

Enfin, il me semble bien que le sympathique TSHIANI est originaire de Mbuji-Mayi. Il s'y est produit il y a deux ans je crois l'événement le plus horrible et sinistre des temps actuels lorsque la population avait lynché et brûlé vifs 41 enfants dits "sorciers" en une seule journée. Il ne s'agit pas d'un événement imputable à la guerre d'invasion comme les massacres récurrents à l'Est mais de quelque chose d'absolument autonome, propre aux habitants. Depuis que le Net nous sert d'outil de communication, je ne crois pas me tromper en disant que la plupart des écrits injurieux sont le fait des originaires de la même région. Croyez-moi, cher compatriote, ce n'est pas pour moi un plaisir d'inciter à un débat sur des sujets qui fâchent parce que, même si j'en ai l'habitude, il y a des retours de flammes qui me font mal. Toutefois, je suis habité par l'envie de contribuer au changement des mentalités dans notre pays et, pour cela, je pense depuis longtemps que le risque de faire prendre conscience à mes compatriotes de certaines réalités difficiles  participe du patriotisme.

Par conséquent, ne serait-ce pas mieux indiqué pour une personnalité pleine de ressources intellectuelles et morales je présume, comme vous TSHIANI, de chercher à provoquer des changements positifs dans votre province avec de véritables chances de succès en devenant Gouverneur que viser une présidence improbable à Kinshasa ? C'est parce que je crois en vous, même sans vous connaître, que j'écris ces lignes, après avoir lu l'échange qui vous avait opposé à KADIMA SCHIPA, qui n'est plus à présenter.   

Je n'ai pas lu le projet de MATUNGULU mais lui,  je le connais. Il est intelligent, beau, d'une peau soignée, passant avec aisance du français à l'anglais. Il a été Ministre des Finances, mais il n'est pas sérieux. Le Prof. MATUNGULU est un personnage qui n'est pas loin de croire être le nombril du monde. Il passerait son temps à se contempler devant la glace. Si on veut, je peux en dire plus. Du reste, si nous devons nous féliciter du fait que certains compatriotes aient pu se distinguer dans des institutions internationales, cela ne suffit pas, hélas, pour garantir qu'ils seraient  de meilleurs gestionnaires de l'État. J'ai observé, à titre d'exemple, la gestion du Président Nicéphore SOGLO au Bénin, d'ailleurs ancien administrateur du Zaïre au FMI. Cette gestion fut loin d'être exemplaire, au point que les électeurs rappelèrent  à la magistrature suprême le général Mathieu KÉRÉKOU, simple bidasse de la coloniale.

Quant à Etienne TSHISEKEDI, plus personne ne semble sérieusement envisager sa candidature. Mais il a un parti dont l'implantation est forte sur le territoire national. Donc si son fils Félix TSHISEKEDI capitalise sur l'action de son père, ce ne serait que légitime, peut-être pas comme candidat Président mais pour un rôle important dans l'exécutif, dans un premier temps.

En revanche,  le candidat qui pourrait susciter le maximum d'adhésion est Denis MUKWEGE, un des rares Noirs, hors de la sphère politique, à figurer sur la liste des Nobélisables.  Ce gynécologue, actuellement le Congolais le plus connu sur la planète,  est sans doute la personne la mieux à même d'améliorer l'image de notre Nation mais aussi de redonner réellement espoir aux masses déshéritées de notre pays. Voici en effet un compatriote qui a donné la preuve de son empathie pour son peuple, tel que nul autre n'avait fait avant lui. C'est le Congolais dont tout le monde peut constater la démonstration suivant laquelle la vie de ses compatriotes prime tout.

Si certains disent que la notoriété lui a donné des ambitions, quoi de plus naturel ? Mais une chose est que lorsqu'il s'est engagé pour porter assistance aux femmes violées, il n'avait pas de calcul politique. Aussi, si le Dr  MUKWEGE  pouvait être désigné pour assurer la transition, ce serait tout bénef pour le Congo.

Mais nous sommes un pays où la réflexion est vraiment aléatoire et un pays  des paradoxes. Un de ceux-ci est que c'est seulement sur notre territoire que vivent l'Okapi et le Bonobo. Pourtant,  personne, parmi les décideurs, n'a cru choisir ces animaux comme emblème national. À côté, l'Ouganda a la grue comme emblème.              

Pogrom des Swahilophones

L'autre raison, d'un intérêt plus urgent, qui me fait redouter un changement brutal de pouvoir est le risque des pogroms contre les Swahilophones à Kinshasa et d'autres villes de l'Ouest. En effet, la misère sociale, comparativement à la période antérieure, est telle que le sentiment de vengeance contre les Swahilophones couve dans la capitale. Ces derniers sont accusés de confisquer les richesses pour eux seuls. Malheureusement, l'absence d'une politique sérieuse de distribution, en raison de la frénésie de la corruption, pousse à incriminer tout un groupe linguistique, loin d'être homogène, par ailleurs. Or, au Kivu, des segments entiers de la population accusent le pouvoir, à tort ou à raison, de collusion avec le Rwanda impérialiste qui espère toujours mettre le grappin sur au moins une partie du Congo. À Kisangani, on aura de la peine à convaincre les gens à s'identifier au pouvoir, nonobstant les liens de la langue.

Si par malheur des violences étaient exercées contre les Swahilophones, il y aurait certainement des représailles qui rendraient la situation incontrôlable, dans la mesure où elle muerait en confusion généralisée. S'imagine-t-on que, par exemple à Bukavu, la notion de "Batoka chini" (les ressortissants de l'Ouest, en traduction libre) n'est pas loin d'inclure les habitants de Kindu ? Il y a tellement de petites rivalités entre les groupes, les tribus, qu'une éventuelle détérioration du climat sécuritaire pourrait se transformer en affrontements généralisés, en somalisation. Ce serait une aubaine pour les voisins qui attendent patiemment que le Congo s'écroule pour pouvoir s'en approprier certaines parties. Le plus terrible est que les élites Congolaises, dont la conscience se situe uniquement au niveau du ventre, ne sont intéressées qu'à se faire de l'argent par tous les moyens.     

C'est dans ces conditions que la demande du gouvernement Congolais de voir la MONUSCO plier bagages apparaît surréaliste. Déjà en ce moment, il y a des endroits où l'autorité de l'État, même militaire, est ignorée. Qui est sûr du comportement des soldats en cas de troubles généralisés, lorsqu'on dit que les militaires eux-mêmes se plaignent de rester parfois de longues périodes sans solde, sans ravitaillement ? Il y aurait des unités abandonnées plusieurs mois sur un tarmac d'aéroport, avec femmes et enfants, en attente d'un moyen de transport.  

 

Plus que jamais, notre pays est véritablement à la croisée des chemins. 

Lu 1391 fois Dernière modification Tuesday, 31 January 2017 13:59
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