Groupes armés et problématique de développement
du territoire de Fizi (RD Congo)


par BAWILI LUKELE Tango
département des Sciences Politiques et Administratives 
Université Officielle de Bukavu
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Résumé : Par leurs actions, les groupes armés ont influé et influent négativement sur le développement de ce territoire ; ils y créent une instabilité permanente depuis de longues années. Cette instabilité entraîne des conséquences désastreuses notamment sur les plans politique, administratif, sécuritaire, économique, etc. Cet état des choses empêche les pouvoirs publics et les populations locales d'exploiter les multiples potentialités naturelles en vue de booster son développement. Ceci explique dans une certaine mesure le sous-développement de ce territoire. De ce fait, il importe que l’État se réveille, rétablisse la paix et suscite le développement de ce territoire en impliquant les populations locales.

Introduction    

Depuis plus d’une décennie, l’est de la RD Congo est en proie à une instabilité sécuritaire dont les causes sont à la fois internes et externes. L’ampleur et les effets de cette situation sont différemment vécus d’une province à une autre. Au Sud-Kivu, l’émergence et la résurgence des groupes armés entraînent une instabilité sécuritaire qui, par conséquent, étouffe les actions du développement. 

En ce qui concerne le territoire de Fizi, l’on sait de mémoire que ce territoire connaît particulièrement une histoire politique tumultueuse marquée par des guerres, des crises politiques multiformes, des rébellions et insurrections, des dissidences, bref, la violence. Dès lors, des foyers de tensions y ont été régulièrement localisés depuis la rébellion "muleliste" des années 60 (dans le secteur de Lulenge, Hewa-bora), en passant par les tensions intercommunautaires (dans le moyen et haut plateau) et la guerre du RCD dont l’élan a été fortement bloqué par la résistance des Mai-Mai dans les secteurs de Tanganika et Mutambala, jusqu’au mouvement actuel des Mai-Mai Yakutumba principalement localisé dans la partie littorale du secteur de Ngandja.

Le territoire de Fizi est réputé potentiellement riche grâce à la fertilité de son sol et à son sous-sol géologiquement scandaleux. Par contre, les effets des actions des groupes armés ne permettent pas l’exploitation de ces divers atouts en vue de susciter son développement ; bien au contraire, ils entraînent ce milieu dans l’enclavement moral et matériel.   

Le contexte non pacifié est rendu complexe par la multiplicité des enjeux politiques, économiques, géostratégiques ainsi que par la diversité des acteurs aussi bien nationaux qu’étrangers. L’absence de la volonté manifeste des belligérants de se détacher de leurs unités, armes et munitions  constitue une entrave majeure au processus de la pacification et de développement du territoire de Fizi. Les caractéristiques géologiques et géoéconomiques que présente ce territoire sont scandaleuses et constituent des opportunités de développement socio-économique de sa population alors que cette dernière demeure dans une situation de pauvreté entraînant ainsi le sous-développement.  

Cette réflexion cherche à répondre aux questions suivantes :

-        Quels sont les contextes et les causes de l’émergence des groupes armés en territoire de Fizi ?

-        Quels en sont les impacts au développement de ce territoire ?

-        Quelles sont les stratégies durables du développement de Fizi dans le contexte armé ?

Le groupe armé est un acteur non étatique qui poursuit généralement ou prétend poursuivre des objectifs politiques contre un gouvernement ou pouvoir en recourant à la violence. La plupart des groupes armés combattent le pouvoir en place mais il arrive aussi qu’ils se battent entre eux. Certains groupes armés sont affiliés à des mouvements politiques tandis que d’autres opèrent indépendamment des partis politiques. Ces différentes représentations des groupes armés renvoient  à l’idée d’extranéité selon Philipe HUGO (2007, p.170) et à l’individu en tant que combattant. 

De ce fait, on parle de groupe armé étranger, un groupe qui réalise ses actions dans un État autre que son État d’origine. Et le combattant est un individu portant des armes pour le compte d’un groupe armé. Les  combattants peuvent soit adhérer aux idéaux politiques ou servir au sein des groupes armés en tant que mercenaires (R. HANS, 2007, pp.4-5). 

Selon Bertrand BADIE (cité par R. BOUDON, 2003,pp.45-46), l’idée de développement est d’abord issue d’une métaphore, identifiant la société à un organisme vivant qui donc se transforme, selon un processus de maturation progressive, pour atteindre peu à peu un état de modernité. Ces mutations sont censées concerner tous les secteurs de la société (économie, stratification sociale, ordre politique).                                       

A. Milieu de l’étude

1. Historique

            Le territoire de Fizi a été créé par l’ordonnance-loi coloniale belge du 8 août  1935 ; le chef-lieu fut à Kalembelembe puis transféré à un autre endroit nommé "Fishi", nom d’un animal que les Blancs ont rencontré à cet endroit. Le nom "Fishi"est issu du dialecte bembe et fut transformé par les Blancs en "Fizi". Le  territoire fut directement appelé Fizi avec comme chef-lieu Fizi sous l’administration coloniale. L’administrateur colonial du territoire fut WILLIRMART.                   

2. Subdivision administrative

            Le territoire  Fizi est l’un des huit territoires du Sud-Kivu. Il est composé de 4 secteurs (Lulenge, Mutambala, Ngandja et Tanganyika), de 18 groupements et de 132 villages.

Tableau No1 : Subdivision administrative du territoire de Fizi

Secteurs

Groupements

Villages

Population

Activités de base

Lulenge

Basimimbi

6

 

Agriculture

Basimuninyaka-sud

5

 

Agriculture

Basikasingo

4

 

Agriculture

Basombo

5

 

Agriculture

Obekulu

3

 

Agriculture

Total

                                5

23

991 117

 

Mutambala

Basimukindje

19

 

Pèche et élevage

Balala-sud

7

 

Agriculture

Basimukuma-sud

17

 

Agriculture

Batombwe

5

 

Agriculture et pèche

Babwari

16

 

Pèche

Total

                                 5                                             

64

316 842

 

Ngandja

Basikalangwa

11

 

Agriculture

Basikasilu

5

 

Mine

Babungwe-sud

7

 

Agriculture et Mine

Total

                                  3

23

181 072

 

Tanganyika

Babungwe-nord

4

 

Agriculture

Balala-nord

6

 

Agriculture

Basimunyaka-nord

4

 

Agriculture

Basilocha

4

 

Agriculture

Basimukuma-nord

4

 

Agriculture

Total

                                   5

22

304 391

 

Total général

                                   5

593

1 793 422

 

Source : Bureau administratif du territoire.

 

Tableau no2. Subdivision administrative, superficie et population

 

Secteur

 

Chef-lieu

 

Superficie

Population

 

Total

Hommes

Femmes

Garçons

filles

Lulenge

Kilembwe

5 530

207 369

222 463

259 941

301 344

991 117

Mutambala

Baraka

776

61 490

66 991

85 741

102 620

316 842

Ngandja

Lubondja

7 380

42 879

43 132

47 574

47 487

181 072

Tanganyika

Mboko

2 100

59 945

65 275

76 372

102 799

304 391

TOTAUX

15 786

371 683

397 628

469 628

554 250

1 793 422

Source : Bureau de l’État-civil du territoire de Fizi, rapport annuel de recensement 2014.

B. méthodologie

Dans notre démarche méthodologique, nous souscrivons à la méthode dialectique qui est directement liée à la notion de totalité. Cette méthode part, selon PINTO et GRAWITZ (1971, p.42)de la constatation très simple des contradictions qui nous entourent pour tenter d’expliquer les faits sociaux. Celle-ci s’applique à travers ses quatre lois qui sont : la loi de l’action réciproque ou de la connexion universelle qui nous permet de connecter la réalité de Fizi au reste du pays, de la région et du monde ; la loi du mouvement ou loi du changement universel ou encore loi du développement incessant, elle démontre qu’aucune société humaine n’est statique, tout se transforme ; la loi du changement qualitatif ou loi du progrès par bonds démontre combien de fois la société améliore petit à petit les aspects liés à la réalité sociale ; et la loi de la contradiction ou loi de la lutte (de l’unité des contraires) pose que tout phénomène renferme toujours des éléments contradictoires entre eux et rend compte de la manière dont les aspects contradictoires coexistent malgré leur opposition. Comme l’indique la thématique, cette recherche a été réalisée dans le territoire de Fizi, dans la période allant de 2013 à 2015. Le problème de développement étant global, la population cible couvre l’ensemble de la population dudit territoire. Nos analyses reposent essentiellement sur les aspects qualitatifs.  

Pour récolter et analyser les données nécessaires, nous avons utilisé une série de techniques notamment : documentaire, d’entretien, d’observation directe désengagée ainsi que celle d’analyse du contenu.

I.                Contexte d’émergence des groupes armés dans le territoire de Fizi

À ce niveau, il faut absolument préciser le contexte selon qu’il s’agit des groupes armés nationaux ou étrangers opérant dans ce territoire.

I.1. Contexte d’émergence des groupes armés congolais

            On distingue la présence d’un seul groupe armé congolais dans le territoire de Fizi, les miliciens maï-maï. Le contexte d’émergence de ce groupe armé revêt des facteurs multiples.

Comme le note KAGANDA MULUME-ODERHWA (2012-2013, p.88), "de l’héritage historique, la formation des groupes guerriers tribaux qui prirent un essor considérable dans le territoire de Fizi autour des années 1993 constitue une autre variante historique influente. Les populations rurales, principalement les Babembe et les Babuyu ont construit des idéologies de xénophobie les unes contre les autres. Ce qui a conduit à la formation des milices populaires utilisant les méthodes traditionnelles superstitieuses de protection. Des conflits fonciers ont opposé les populations autochtones du territoire. Le but initial d’entraide et de promotion économique  s’était transformé en une démarche protectionniste et violente. Ces mouvements armés étaient des forces ethniques d’autodéfense locale. L’auteur continue à expliquer que les mouvements de résistance Maï-Maï au Sud-Kivu sont nés dans le contexte de crise socio-politique caractérisé essentiellement par des rébellions et l’instabilité des institutions politiques avec leurs conséquences  sociales et économiques désastreuses. Ces nouveaux mouvements de résistance Maï-Maï s’inscrivent dans une continuité historique du point de vue de leur nature et leur philosophie".

L’émergence des mouvements de résistance Maï-Maï est fort dispersée selon les périodes et leurs contextes. Ainsi, selon la périodicité, on a distingué deux catégories de Maï-Maï : les Maï-Maï de Fizi qui sont liés  aux mouvements de résistance nés des rébellions de 1996 et 1998 d’une part et les Maï-Maï Yakutumba qui sont liés aux mouvements de résistance nés pendant la transition et la période postélectorale de 2006.

I.2. Contexte d’émergence des groupes armés étrangers

Dans tout le Sud-Kivu en général et le territoire de Fizi en particulier, le phénomène d’émergence des groupes armés étrangers est lié à des facteurs complexes : les problèmes politiques, économiques, ethniques, etc.

Les facteurs ethniques renseignent sur les ramifications identitaires des problèmes touchant les intérêts des groupes ethniques se trouvant entre deux ou plusieurs États. Tel est le cas d’une collaboration soupçonnée entre les Burundais de la plaine de la Ruzizi et les FNL, groupe armé burundais. Les problèmes politiques sont liés au déversement, en RD Congo, des réfugiés armés et non armés burundais et rwandais depuis les années 1993 et 1994. Les facteurs économiques se résument dans le pillage des ressources naturelles de ce territoire.

II. Causes d’émergence et conséquences des effets des groupes armés
sur le développement du territoire de Fizi

            II.1. Les causes d’émergence

Nous allons épingler les causes générales liées à la prolifération des groupes armés dans la RD Congo, surtout dans sa partie Est et particulièrement les causes spécifiques liées à la prolifération des groupes armés à Fizi en les spécifiant selon qu’elles sont internes et externes.     

II.1.1. Les causes externes

Elles peuvent se résumer à trois à savoir la course aux ressources naturelles dont regorgent le Sud-Kivu en général et le territoire de Fizi en particulier, la faiblesse de la réaction de la communauté internationale face aux crimes graves commis à grande échelle dans cette contrée et enfin la prolifération des milices due au retrait des armées étrangères autrefois présentes en RD Congo.         

Ainsi, pour ce qui est des causes liées à la course aux matières premières, on peut citer les enjeux économiques, fondés essentiellement sur le désir des États voisins et mêmes des grandes puissances occidentales, ainsi que des multinationales d’avoir le contrôle sur les ressources naturelles dont regorgent le pays en général et le territoire de Fizi en particulier. C’est ce désir-là qui les pousse à soutenir et au besoin à créer de toutes pièces certains groupes armés en RD Congo, ou des prétendues rébellions qui vont chercher à exploiter quelques causes internes pour avancer leurs revendications politiques, et pourront même être dirigées par un homme de paille pour donner une apparence interne au conflit, mais le vrai but c’est l’accès aux ressources naturelles existantes.

Une des illustrations de cette réalité c’est notamment le rapport du groupe d’experts de l’ONU sur le pillage des ressources naturelles de la RD Congo (2002). Dans ce rapport en effet, un lien est établi entre le pillage des ressources naturelles et la poursuite de la guerre en RD Congo. Et dans sa résolution S/RES/1457 du 24 janvier 2003, le Conseil de Sécurité a noté avec préoccupation que "le pillage des ressources naturelles et d’autres richesses de la RD Congo se poursuit et constitue l’un des principaux éléments qui entretiennent l’émergence des groupes et conflits armés dans la région et exige donc que tous les États concernés prennent immédiatement des mesures pour mettre fin à ces activités illégales qui perpétuent le conflit et l’émergence des groupes armés, entravent le développement économique de la RD Congo et exacerbent les souffrances de sa population".

Dans le rapport précité, les experts de l’ONU avaient établi une liste des personnalités tant congolaises (issues tant du gouvernement que des rébellions et milices) qu’étrangères, dont notamment des Rwandais, des Ougandais et des Burundais occupant des fonctions aussi bien politiques que militaires, qui étaient impliquées dans le trafic d’armes violant ainsi l’embargo sur les armes en RD Congo.

Pour ce qui est de la faiblesse de la réaction de la communauté internationale face aux crimes graves qui se commettent et continuent à se commettre en RD Congo, les moyens utilisés pour ce pillage sont eux-mêmes hautement criminels. Ainsi pour faciliter le pillage des ressources naturelles en RD Congo, des meurtres à grande échelle sont commis, causant ainsi des déplacements de populations réduites à des conditions de vie pouvant entraîner leur destruction. Face à cette horreur, on constate malheureusement la faiblesse de la réaction de la communauté internationale, tant le Conseil de Sécurité que les autres États qui se montrent réticents à déclencher des poursuites sur la base de la compétence universelle. On constate en outre que ce sont les mêmes auteurs de la tragédie de l’Est de la RD Congo qui définissent les grandes lignes de la politique sous-régionale en Afrique des grands lacs.

Une autre cause qui nous semble intermédiaire est celle liée à la prolifération des milices à la suite de retrait des armées étrangères en RD Congo en vertu des accords de paix, notamment l’accord dit global et inclusif. Comme le dénonce un des nombreux rapports du Secrétaire Général des Nations unies : "Le vide du pouvoir qui a succédé au retrait des forces de défense rwandaises, puis les forces de défense du peuple ougandais et burundais a entrainé la prolifération des milices. Ces milices ont lutté pour s’assurer le contrôle des zones stratégiques où se trouvent les ressources lucratives et qui étaient précédemment détenues par les forces étrangères" (ibidem).

Cet extrait du rapport du Secrétaire Général de l’ONU insiste sur le vide créé par le retrait des troupes étrangères. Mais il semble minimiser le fait que c’est souvent ces mêmes armées étrangères qui créent ces milices pour pérenniser leur présence dans le territoire congolais sous une forme moins officielle.  

II.1.2. Les causes internes

À l’origine, on peut situer la première cause dans la démission de l’État dans ses missions tant traditionnelles que modernes, notamment son rôle de la défense du territoire, de la sécurité des personnes et de leurs biens, le rôle de régulateur des conflits sociaux. Cette démission est manifestement favorisée par la médiocrité de la classe politique congolaise qui ne cesse de s’encanailler à travers les stratégies de conquête et de conservation du pouvoir politique à des fins égoïstes (MWAYILA TSHIYEMBE, préface à l’ouvrage de M. F. MUTOMBO MUKENDI, 2005, p.7).                                  

Comme nous venons de le dire, lorsque l’État n’affirme son pouvoir ni sur le plan interne ni sur le plan international, il y a d’autres causes ou facteurs qui se développent favorisant la prolifération des groupes armés et qui ne sont pas faciles à éradiquer le jour où il y aura un État de droit.

En résumé, la cause centrale réside dans la faillite de l’État congolais qu’il faut reconstruire. C’est parce que l’État est en panne que les États voisins pillent, violent et font ce qu’ils font et veulent. C’est parce que l’État est défaillant qu’il y a prolifération des seigneurs de guerre et la prolifération des armes légères.

II.2. Les conséquences des effets des groupes armés

Le développement de toute entité administrative, grande ou petite soit-elle, repose sur la paix. Il n’y a donc pas de progrès sans la sécurité que SPINOZA (1985, p.815) perçoit comme  un premier besoin d’un État. C’est pourquoi les pouvoirs publics doivent être capables de créer et de maintenir un environnement stable. La longue instabilité que le territoire de Fizi a connue et continue de connaître explique, dans une large mesure, son sous-développement. À ce point, il importe de présenter ces conséquences dans les lignes qui suivent.                                                                                        

II.2.1. Sur le plan politico-administratif

-        Les fragilités infrastructurelles et politico-administratives.         
L’instabilité du territoire de Fizi est si généralisée et si sévère qu’aucun secteur de la vie nationale n’est épargné, en commençant par les infrastructures de base et les instances politico-administratives qui y sont présentes. D’un côté, la fragilité infrastructurelle du territoire est très visible dans le mode d’organisation et de fonctionnement des services de base. Les diverses infrastructures publiques ont été livrées à  la merci des groupes armés, ces derniers détruisant certaines d’entre elles et d’autres furent confisquées comme leurs habitations.      
De l’autre côté, la fragilité politico-administrative qui tient à l’insuffisance de nombreux facteurs nécessaires à l’édification d’une administration performante et compétitive en tant qu’une épine dorsale du déploiement de la puissance publique dans la conduite du destin national. Les actions des groupes armés ont conduit à une sous-administration du territoire, sinon à une administration détruite. Sur le marché, la taxe est payée à la fois au territoire et aux groupes armés. Aussi, à cause des multiples conflits armés à répétition, la plupart des autorités administratives légalement investies ont déplacé ou abandonné leurs postes. Tel est le cas actuel du secteur Ngandja où le bureau du secteur est en déplacement à Lulimba et celui de Lulenge qui est abandonné par son chef. La plupart des biens meubles de l’administration ont servi de bois de chauffage et les documents administratifs ont été déchirés ou volés si bien que le territoire n’a plus les archives nécessaires. D’où le territoire perd sa mémoire de plusieurs années de son existence.

-        La perte de la souveraineté sur l’étendue du territoire occupée par les groupes armés suite à un gouvernement de façade et de complaisance.

-        Une partie de la population est soumise à l’esclavage dans les milieux ou les zones occupées par les groupes armés, et celles sous contrôle gouvernemental sont abandonnées à elles-mêmes.

-    Méfiance presque totale de la population vis-à-vis de la politique et des politiciens.

-    Les crises internes, sur fonds d’instabilité territoriale, ont sérieusement dégradé la situation sécuritaire à travers plusieurs types de menaces qui ont pesé et continuent de peser actuellement sur le territoire. Les groupes armés s’attaquent  aux populations en les dépossédant de leurs biens. Les cibles privilégiées de ces bandits sont des convoyeurs de fonds, les commerçants et les éleveurs. Leurs zones de prédilection étant des axes routiers et les sites miniers.

En définitive, la situation sécuritaire du territoire de Fizi demeure précaire et mérite d’être assainie en vue de la reprise des activités  socio-économiques dans un climat social plus ou moins apaisé et viable, gage de tout développement.

II.2.2. Sur le plan humanitaire

-        Recrudescence de la violence, de la haine tribale, des conflits interethniques, de la xénophobie.

-        Traumatisme de la population et spécialement les femmes et les jeunes filles, victimes de diverses violences.

-        Difficultés d’accès aux services sociaux de base : éducation, soins de santé primaires, eau potable,…

-        Propagation des MST, du VIH /SIDA et des grossesses non-désirées à la suite des viols issus des conflits armés.

-        Augmentation des groupes de personnes vulnérables dont les veuves, les orphelins, les femmes violées dont les maris, les parents ont été tués pendant les conflits armés.                      

En somme, les pertes des vies humaines ne sont plus faciles à évaluer. Des familles entières ont été décimées, exterminées. D’autres ont été déportées ou emportées dans la brousse ; les couches vulnérables de la population à savoir les enfants, les personnes âgées, les filles et les femmes sont encore plus touchées que quiconque. Des filles et des femmes continuent d’être victimes des viols et violences. Des foules immenses sont contraintes à des déplacements sans destination précise et sûre, errant loin de leurs villages. Contraints au refuge et/ou à l’exil, des ménages entiers vivent dans le dénuement et la précarité sur les plans alimentaire, sanitaire et économique.

II.2.3. Sur le plan économique

Depuis plus d’une décennie, le territoire de Fizi fait face à des conflits armés. Les conséquences énormes des conflits armés ne sont pas uniquement d’ordre sécuritaire, politique et social, elles sont aussi d’ordre économique parmi lesquelles on peut citer :          

-        La destruction des infrastructures de base : marchés, champs,… ayant pour conséquence la baisse de la production, de la commercialisation, de la circulation des personnes et de leurs biens.
Le tissu économique en a été lamentablement détruit. Autrefois, le territoire de Fizi, grâce à l’agriculture et à l’élevage, était classé parmi les greniers du Sud-Kivu. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, les populations de ce territoire où sévit l’insécurité sont devenues presque dépendantes des territoires et pays voisins, surtout sur le plan alimentaire. On peut cependant noter qu’à présent, une relance se fait observer notamment à travers les investissements privés dans les secteurs agricole et minier et dans le petit commerce.

-        Baisse du niveau des revenus de la population avec toutes les conséquences y afférentes et la pauvreté de masse surtout dans les villages sous contrôle des bandes et groupes armés où  les gens n’ont pas accès aux facteurs de production, notamment le crédit, la sécurité, etc.

II.2.4. Sur le plan environnemental

-        La destruction des forêts et la fuite ou la disparition de certaines espèces animales. Les groupes armés ont détruit et pillé considérablement la faune et la flore de ce territoire. Les forêts ont été dépouillées de tous les animaux qui faisaient la fierté du territoire tels que les éléphants, les gorilles, les buffles…

On peut noter que l’impact destructeur des conflits armés sur l’environnement physique menace l’existence des plantes et des animaux d’espèces rares, la survivance de ceux qui dépendent de la terre, la reconstruction et la reprise économique du territoire lorsque la paix est atteinte.

III. Résultats condensés

Résultat 1 : causes d’émergence des groupes armés en territoire de Fizi

Causes internes

Causes externes

-        La démission de l’État congolais dans ses missions traditionnelles et modernes.

-        La prolifération des milices nationales et des armes légères.

-        Recours aux ressources naturelles.

-        La faiblesse de la communauté internationale.

-        La prolifération des milices étrangères.

Source : notre élaboration.

Résultat 2 : conséquences des groupes armés en territoire de Fizi

Domaines choisis

Dégâts causés

Bénéfices acquis

Sur le capital humain

-        Pertes en vies humaines

-        Généralisation des mentalités belliqueuses

-         Multiplicité des cas de viols et violences sexuelles

-        L’enrôlement des enfants dans les rangs des milices

-        Soumission aux travaux forcés

-        Fuite des cerveaux, etc.

-        Expatriation massive, vers les autres continents, des réfugiés congolais originaires du territoire de Fizi.  

Sur le capital naturel

-        La destruction systématique des forêts

-        L’abattage des animaux rares ou protégés.

 

Sur le plan économique

-        La destruction des infrastructures de bases dont les routes, les marchés, les champs…

-        Pillage des activités commerciales,

-        Baisse du niveau de revenu

-        Enrichissement rapide à travers l’activité minière dans les zones sans autorité de l’État.

Source : notre élaboration.

Résultat 3 : Quelques stratégies communautaires adaptées
au développement du territoire de Fizi

-        Dépolitiser et démilitariser les conflits entre éleveurs et agriculteurs

-        Démilitariser les ambitions politiques

-        Accélérer l’éducation des jeunes

-        Promouvoir l’entreprenariat

-        Combattre les mentalités ou pratiques belliqueuses

-        Investir dans l’agriculture et la pèche améliorées, etc. 

Conclusion

Cette réflexion a voulu répondre aux questions de savoir les contextes et causes d’émergence des groupes armés en territoire de Fizi, et comment ces derniers érigent un frein au développement de ce territoire. La méthode dialectique a été d’application dans la conduite de cette étude.

Il ressort de nos enquêtes et analyses que les groupes armés naissent généralement de  l’instabilité qui prévalait dans les pays voisins, pays secoués par des guerres civiles de grande ampleur débordant et affectant la RD Congo, surtout dans sa partie Est ; la présence de plus d’un million de réfugiés rwandais et burundais à l’époque, politisés, lourdement armés et bien organisés ; ces événements ont nourri l’esprit des groupes armés déjà présents dans le territoire congolais et conduit à la formation d’autres ; la faillite de l’État congolais expliquée par la perte du monopole de contrainte, la disponibilité des armes dans le territoire ;  la course aux matières premières ; la démission de l’État dans ses missions tant traditionnelles que modernes à savoir notamment son rôle de la défense du territoire, les problèmes identitaires, la pauvreté, le chômage et le taux élevé d’analphabétisme, etc.

De ce fait, les actions menées par ces groupes armés pour leurs intérêts produisent des effets néfastes sur tous les plans tant pour l’État que pour la population civile du territoire notamment les fragilités politico-infrastructurelle et politico-administrative, la perte de la souveraineté de l’étendue du territoire occupée par les groupes armés,…(plan politico-administratif), l’insécurité généralisée dans plusieurs localités du territoire, les faiblesses du système de défense, le trafic illicite d’armes,…(plan sécuritaire), le pillage et la destruction des infrastructures sociales, le déplacement de la population, le viol, le recrutement des enfants dans les groupes armés,… (plan humanitaire), la destruction des infrastructures économiques de base, baisse de niveau de revenu de la population, l’exploitation et le commerce illicite des minerais,… (plan économique), la déforestation, la destruction des terres arables vitales, l’érosion, l’épuisement des ressources naturelles et la pollution de l’air et de l’eau,… (plan environnemental). La paix étant un préalable pour tout  processus de développement, quelques techniques non violentes doivent conduire au développement dudit territoire : il s’agit du DDR (Désarmement, Démobilisation et Réinsertion) ou DDRRR (Désarmement, Démobilisation, Rapatriement, Réintégration, Réinstallation), le désenclavement territorial et surtout la restauration de l’autorité de l’État. Ainsi, une nouvelle orientation s’impose pour continuer cette étude considérant qu’il n’y a pas de paix sans développement et il n’y a pas non plus de développement sans la paix : faut-il éradiquer les groupes armés pour développer ce territoire ou le développer pour éradiquer les groupes armés ?

 

Bibliographie

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-        MUTOMBO MUKENDI M. F., Du mirage nationaliste à l’utopie en action-au-messie collectif : le cas du Congo-Kinshasa, L’Harmattan, 2005.

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-        PINTO  R. et GRAWITZ M., Méthodes des recherches en sciences sociales, Paris, Dalloz, 1971.

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  • Comment Link kika lukeka Saturday, 15 April 2017 13:52 posted by kika lukeka

    merci pour tout. Le monde a besoin de personne meilleure comme vous par rapport aux informations que nous retenons grâce à vous. Merci beaucoup Mr l'assistant ; que Dieu vous aide pour enrichir vos idées.

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