Société capitaliste, sous gestion socialiste

par Albert KISONGA MAZAKALA
Institut Ruwenzori

Sur la question de la déchéance de nationalité dans le projet de révision constitutionnelle, le parti socialiste français est en train d'exploser. Donné perdant dans la plupart des sondages pour la prochaine élection présidentielle en 2017, François HOLLANDE a pris le risque de fracturer sa base électorale pour tenter de ratisser plus large, étant donné l'impact des attentats sur l'opinion publique,depuis lors focalisée sur le sécuritaire.

En vérité, à l'épreuve de la gestion, François HOLLANDE, comme d'autres socio-démocrates ailleurs, s'est distancié de l'idéologie en faveur du pragmatisme. D'où l'arrivée de Manuel VALLS à la primature, non seulement pour muscler un régime que la droite accusait de mollesse mais surtout pour une politique économique plus réaliste, donc plus en phase avec les réalités de l'économie de marché. Emmanuel MACRON est venu pour marquer encore plus fortement ce virage. Depuis, la gouvernance de HOLLANDE est plus que jamais à géométrie variable, à l'interne et à l'externe. Pour l'aide aux entreprises (sans réelle contrepartie, d'après les analystes), il y va à coup de milliards. À l'international, la France a quasiment renié son héritage gaulliste pour intégrer pleinement l'atlantisme. Sur le continent noir, la "FranceAfrique" dont certains avaient imprudemment célébré les obsèques, est plus que jamais d'actualité. Pour preuves, le soutien à SASSOU NGUESSO au Congo/Brazzaville et le silence assourdissant sur les manœuvres de Paul KAGAME au Rwanda pour une présidence à vie.

Les socialistes peuvent-ils faire autrement? J'avais posé à Elio DI RUPO, alors Premier ministre en conférence à Charleroi, la question de savoir si les socialistes étaient outillés pour gérer une économie capitaliste en crise. Je n'avais pas reçu de réponse, bien que Paul MAGNETTE, dans les couloirs, m'avait répondu affirmativement. Je reste toutefois dubitatif.

En effet, sur le plan des principes, l'entreprise - moteur de l'économie capitaliste - n'existe que pour faire des bénéfices, le maximum possible. Autrement, elle coule. Or, ces bénéfices ne peuvent se faire que par l'exploitation des consommateurs, même si on reconnaît que les progrès du capitalisme ont bénéficié aux populations des pays industrialisés. Mais n'est-ce pas au prix de terribles inégalités sociales d'une part, et de l'accroissement de la pauvreté dans le tiers monde d'autre part ? Dans des systèmes démocratiques vidés de leur substance, les peuples ne possèdent plus le pouvoir d'influer réellement sur le cours de l'histoire. Aux USA, malgré la volonté de 89% de la population, la NRA bloque tout changement. Dans tout le monde occidental, les partis socio-démocrates au pouvoir sont à la peine puisque forcés, souvent à leur corps défendant, d'appliquer les politiques capitalistes d'austérité. Or, le socialisme est né et s'est développé par opposition à l'exploitation des travailleurs par le capitalisme. Créés dans la dynamique du même combat, les syndicats apparaissent comme des alliés objectifs des socialistes. Cependant, au-delà des travailleurs, l'action des socialistes - en tant que partis politiques - concerne l'ensemble de la population, en ce compris des catégories comme les travailleurs intellectuels (enseignants, salariés, artistes, étudiants, etc.). Théoriquement bénéfiques à l'intérêt du plus grand nombre par leurs objectifs supposés de recherche d'une société plus juste, les grèves menées par les syndicats sont de moins en moins comprises par le citoyen lambda. En Wallonie particulièrement, les fréquents débrayages dans les transports publics embarrassent beaucoup le parti socialiste, placé entre le marteau et l'enclume. Les condamner équivaudrait à se tirer une balle dans le pied, étant donné que les syndiqués constituent sa base électorale. Ne pas le faire, c'est courir le risque de payer un lourd tribut lors des scrutins à venir.

L'Etat-Providence et, d'une manière générale "les droits acquis" ne furent obtenus qu'au terme d'une longue lutte contre le système capitaliste. Aujourd'hui, le rapport des forces s'est de nouveau fortement penché en faveur du capitalisme. Malgré la critique de l'actuel modèle économique, la gauche paraît en panne d'idées et n'est plus en mesure de proposer une alternative crédible. Du reste, les socialistes eux-mêmes sont devenus une composante de la même société capitaliste. Ils siègent dans des conseils d'administration des banques et d'autres entreprises. En France, le désarroi est manifeste. Rue Solférino, le discours demeure à gauche mais au gouvernement, c'est le cap à droite toute.

Toutefois, quels que soient les reproches qu'on peut leur faire, l'histoire retiendra que sans les socialistes, le monde aurait été pire.       

 

Charleroi     Le 30/12/2015

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