A propos de la formation de la
Commission Justice et Paix en RD Congo
un épisode trop peu connu
 

La Commission Episcopale Justice et Paix de la RD Congo est connue pour son dynamisme et ses initiatives sur les grands défis de ce pays. Si on connaît les grandes étapes de sa formation, tel que son site le rappelle, il est un épisode de cette longue gestation qui est peut-être menacé par l’oubli et qu’il serait bon de mettre en lumière.

 

D’après le site de la Commission, après sa création placée en 1978, ses statuts définitifs ont été approuvés le 8 septembre 1993. Ne s’est-il rien passé entre ces deux dates ? C’est l’objet de ces lignes, à la fois sous un aspect particulier et à une occasion déterminée. Elles se basent sur des documents officiels et sur mes notes personnelles.

 

C’est au cours du troisième Séminaire National  "Église et Développement" tenu à Kinshasa en 1981 qu’a surgi l’idée de mettre en place une telle commission au niveau national. Du 15 au 22 novembre, ce séminaire rassembla pas moins de 121 participants de tout le pays, dont cinq évêques résidentiels, ainsi que de l’Europe, avec aussi des représentants du Gabon, du Rwanda, du Burundi, du Congo Brazza et de Madagascar. Personnellement, j’avais été envoyé par l’évêque, Mgr KINGA BONDALA, au nom du diocèse de Kole (Kasai) où j’étais actif comme secrétaire à l’évêché.

 

Dans le courant des travaux, un groupe de volontaires se forma autour de la conviction qu’un engagement pour la justice était un facteur important pour préserver les chances d’un développement. Un outil avait été réalisé à Kinshasa dans ce but. Il s’agissait de brochures expliquant les droits du citoyen zaïrois et permettant de réagir à des abus de pouvoir. Ce thème, mis en avant par le régime, des droits du citoyen, se voyait relayé par ces brochures qui permettaient de les monnayer en pratique.

 

Voici, partant de mes notes personnelles, comment ce groupe de volontaires était composé: Mgr KANINGU (Bukavu), Cit.  NTUMBA (Lubumbashi), R.P. MALIANI (Shaba), Sr Geneveva (Yambuku), Cit. SOKI (Kinshasa), Frère Georges (Likasi), Dr BONNET (BOM), M. Théo GROOT (Basankusu), R.P. Edouard BRION (Kole), R.P. de QUIRINI (Kinshasa), Abbé ORIS (Kamina), R.P. Roland (Kongolo). Outre ces noms, restent à identifier les participants suivants : Citoyen x,  Citoyenne x  (Kamina), x (Bokungu). On espère que les autres participants pourront fournir les compléments d’information.

 

Au terme de ses travaux, le projet suivant de résolution fut rédigé en vue de le présenter au vote du séminaire. Je reprends la formulation dans mes notes.

 

1. L’assemblée a constaté que l’injustice est un blocage important pour le développement.

 

2. Pour cela, elle attache beaucoup d’importance à la justice et à la paix.

 

3. Elle encourage les responsables à conscientiser à connaître ses droits et former à leur niveau un bureau de conseil juridique.

 

4. Elle invite les évêques à installer au niveau national une Commission Justice et Paix qui pourra coordonner l’action, la stimuler et intervenir dans les cas les plus flagrants.

 

On peut retrouver l’essentiel de ce texte dans le communiqué de l’agence de presse DIA, dans son compte-rendu du séminaire.

 

En somme, on peut dire qu’il s’agissait de faire en sorte que la Commission qui, si elle existait bien, ne reste pas enfermée dans les tiroirs.

 

Que cette question fut traitée par le séminaire, on le voit dans le volume qui contient le rapport officiel de ses travaux[1].

 

"III. Justice et Paix

 

Un groupe de travail composé de volontaires a été formé pour étudier les possibilités de créer une Commission Nationale "Justice et Paix" au Zaïre. En voici les conclusions formulées en termes de résolutions.

 

Le groupe de réflexion ayant constaté que l’injustice est l’un des principaux goulots d’étranglement du processus de développement, a affirmé l’importance d’une Commission "Justice et Paix".

 

En conséquence, il encourage les agents d’évangélisation à conscientiser les Communautés chrétiennes au sujet de leurs droits et devoirs comme Citoyens Zaïrois et à installer à tous les niveaux des comités juridiques d’entraide".

 

On remarquera que l’orientation du texte est passablement affaiblie et que l’idée proprement dite d’une Commission Justice et Paix au plan national n’était pas reprise explicitement. De plus, dans la liste des résolutions votées, ce texte n’a pas été retenu, comme on peut le voir dans le volume en question. Faut-il croire que la conjoncture n’était pas encore favorable dans le cadre politique du moment : le simple mot de "justice" y avait une connotation subversive, qui pouvait susciter des ennuis avec le pouvoir central. Il n’empêche. Une graine était semée, qui grandira et produira beaucoup de fruit, comme on peut le voir à présent.

 

Édouard BRION

 

 

 



[1]Église et développement, rapport du 3e Séminaire national. Kinshasa, 15-22 novembre 1981. Commission Épiscopale pour le Développement, B.P. 3258 Kinshasa/Gombe. (3e trimestre 1982), p. 43.

 

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