Le programme d’action de Beijing
20 ans après son adoption
Progrès et freins à l’autonomisation de la femme

NDLR : Le 20 novembre 2014 au siège du Parlement européen à Bruxelles, l'Asbl Collectif des femmes africaines du Hainaut et le Réseau international des femmes d'Afrique et de la diaspora, en collaboration avec d'autres associations, ont organisé une conférence internationale sur le thème : "Garantir aux femmes l'accès au développement durable, aux opportunités économiques et sociales dans les agendas internationaux à venir". Parmi les intervenants, la politologue Louise NGANDU dont l'exposé est repris ci-dessous :

 

Je voudrais avant toute chose remercier le Collectif des Femmes Africaines du Hainaut et le Réseau International des femmes d’Afrique et de la diaspora pour l’initiative de cette conférence internationale sur le devenir des femmes.

Avant d’introduire mon propos, permettez-moi de paraphraser cette citation de Martin LUTHER KING : "La véritable grandeur d'une femme ne se mesure pas à des moments où elle est à son aise, mais lorsqu'elle traverse une période de controverses et de défis".

Mon intervention portera sur les acquis mais aussi sur les freins depuis la quatrième conférence mondiale sur les femmes à Pékin. Presque 20 ans après, où en en sommes-nous ? 

Un petit rappel s’impose

La convergence des revendications des femmes pour un traitement égalitaire en droit et une participation accrue aux processus de paix et de développement a été au cœur de grandes conférences qui ont précédé celle de Pékin en 1995.

Mexico 1975 :notons qu’à cette époque, dans de nombreux pays notamment africains, les femmes étaient minorées ; elles devaientpar exemple avoir l’autorisation maritale pour voyager même à l’intérieur du pays et pour ouvrir un compte en banque, etc.

Copenhague, 1980 :a eu le mérite de mettre en évidence les disparités voire les écarts entre les droits théoriquement garantis et l’exercice effectif de ces droits dans nombre de pays.

Nairobi 1985 : cette troisième conférence mondiale marque la naissance du féminisme mondial. Contrairement à la conférence de Mexico où les réalités politiques et économiques de l’époque avaient divisé les femmes et influencé fortement leurs revendications, à Nairobi, les femmes ont constitué une force internationale tant les rapports dans les différents pays étaient accablants. Elles ont dégagé trois objectifs communs : la paix, le développement et l’égalité entre les femmes et les hommes.

Le terrain était préparé pour faire un bond en avant avec la 4ème Conférence mondiale sur les femmes à Pékin.

Beijing, 1995 : cette quatrième conférence mondiale a été très importante à plus d’un titre :

1)    Taux de participation : cette conférence a mobilisé 47.000 participants dont 35.000 pour le forum des ONG avec une large représentation au niveau mondial.

2)    Outre la participation impressionnante au niveau mondial, il y a eu l’adoption à l’unanimité de la Déclaration de Beijing et du programme d’action en faveur des femmes. Ce programme définissait 12 domaines critiques où des actions précises devaient être menées par les gouvernements parmi lesquelles : l’éducation, la santé, les conflits armés, les violences à l’égard des femmes, le pouvoir et la prise de décision, la mise en place des mécanismes institutionnels pour la promotion des femmes, etc.

New-York, 2000 : la rencontre de New-York a procédé à l’évaluation et au  suivi du plan d’actions de Beijing

20 ans après, quels progrès ?

L’on peut noter des progrès notables en matière de représentation des femmes en politique, d’accès aux postes décisionnels et à certains emplois diversifiés malgré les disparités au niveau des salaires, d’accès à l’éducation et à l’autonomisation des femmes.

Cette évolution varie d’un continent à l’autre et au sein de chaque continent, certains pays affichent des avancées significatives par rapport à d’autres. À titre d’illustration :

Ø  L’étude menée par Grant THORNTON en 2013 révèle que les femmes occupent 24% des postes à responsabilités dans le monde. Cette même étude note la performance des pays baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie) avec 40% de femmes faisant partie du top management et de la Chine, 51 %de femmes parmi les cadres supérieurs.

Ø  D’après le Rapport mondial de suivi sur l’Éducation pour tous de 2013-2014, au vu des tendances actuelles, d’ici à 2015, seuls 70% des pays auront atteint la parité dans l’enseignement primaire et 56% dans le premier cycle de l’enseignement secondaire.

Un coup d’œil au niveau politique

Ø  Femmes dans les parlements, au niveau mondial, la représentation est passée de 11,5 % en 1995  à 21,8 % en 2014

Ø  Femmes chefs d’État : 3 en 1995 à 9 en 2014

Permettez-moi de citer ici au niveau de l’Afrique :

Ø  Femmes chefs de gouvernement : 7 en 1995 à 15 en 2014

Ø  Femmes dans les institutions/ Instances internationales

·       Christine LAGARDE, Française, Directrice générale du Fonds Monétaire International

·       NKOSAZANA DLAMINI-ZUMA, Sud-Africaine,a été élue présidente de la Commission de l’Union Africaine depuis le 16 juillet 2012

·       Fatou BENSOUDA, Gambienne, Procureure générale à la Cour Pénale Internationale de La Haye depuis le 12 décembre 2011

·       Irina BOKOVA, Bulgare, Directrice générale de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), depuis le 15 novembre 2009, réélue en octobre 2013 pour un deuxième mandat.

S’agissant de l’autonomisation des femmes :

Ø  Divers programmes en faveur des femmes ont été développés et mis en œuvre par des gouvernements, des ONG, des institutions internationales dans les domaines éducationnel, économique, social et culturel pour agir sur les facteurs handicapants.

Ø  Je citerai ici l’exemple des quotas ou des mesures de discriminations positives pour augmenter la représentation, la gratuité de l’enseignement pour favoriser l’éducation des filles, les micro-crédits pour assurer l’autonomie financière des femmes permettant de sortir nombre d’entre elles de l’extrême pauvreté.

Ø  Le développement des instruments juridiques internationaux pour garantir les droits des femmes sont à citer parmi les facteurs de progrès.

20 ans après, quels freins ?

Malgré les progrès affichés au niveau mondial, les inégalités sont encore persistantes dans nombre de pays. Des femmes se heurtent à des niveaux divers à beaucoup d’obstacles les empêchant d’utiliser leur potentiel. Parmi ceux-ci, je citerai les difficultés liées à l’autonomie financière des femmes et celles liées à la paix et à la sécurité notamment dans les régions en conflits.

Accès à l’emploi, autonomie, pauvreté

Malgré les efforts entrepris pour faciliter l’accès à l’emploi des femmes et assurer leur autonomie, force est de constater des difficultés encore persistantes notamment :

Ø  Difficultés d’accès à certains postes de direction ; discriminations au quotidien à l’embauche et absence de voie de recours.

Ø  Difficultés d’accès aux crédits malgré les efforts fournis par quelques pays.

Ø  Malgré les chiffres en augmentation au niveau de l’éducation, on constate une augmentation des mariages précoces des filles due essentiellement à la pauvreté.

Ø  Progression de la traite des êtres humains parmi lesquels beaucoup de femmes et de jeunes filles. 80 % des victimes sont concernées par l’exploitation sexuelle.

Sécurité et paix

En matière de sécurité et de paix, l’on peut tristement constater que malgré la résolution 1325 des Nations unies et diverses actions entreprises à sa suite, malgré de nombreux textes de loi et autres résolutions, les violences faites aux femmes reviennent de manière accrue et persistante dans nombre de pays notamment ceux touchés par les conflits : viols, mutilations et autres violences d’une cruauté indicible affluent dans les témoignages et en appellent à une  justice urgente.

Il est urgent d’agir en amont en s’attaquant aux causes qui génèrent les violences et de sortir de la logique de gestion des conséquences.

Il faut certes protéger les femmes et les jeunes filles, assurer un accompagnement psycho-médical et social pour celles qui sont atteintes mais également lutter contre la banalisation des violences faites aux femmes et aux jeunes filles.

Conclusions

Le chemin est encore long, la lutte pour les droits des femmes demeure une longue conquête où les femmes doivent en permanence relever ces trois grands défis :

1° Sauvegarder les acquis en demeurant en alerte. Enraciner les avancées et veiller à ce qu’elles ne fassent pas l’objet de recul.

2° Progresser en agissant là où les "plaies sont béantes" et en créant une réelle solidarité.

3° Innover pour marquer le progrès et changer la face de nos sociétés fortement inégalitaires.

Merci pour votre attention !

L. NGANDU, politologue

Présidente d’honneur de l’Union des Femmes Africaines

Femme de paix 2012
Bruxelles, le 20 novembre 2014

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