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  • La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996) 

    Thèse doctorale soutenue par le Révérend Père  Rigobert KYUNGU SJ, le 30 juin 2020, à l'Université Grégorienne de Rome.

    Un évènement joyeux après celui des ordinations presbytérale et diaconale des Pères Eric KAMBALE et Stanislas KAMBASHI, le samedi 27 juin 2020.

    L’auditoire ne devant contenir qu’un nombre réduit de participants suite aux restrictions liées à la crise sanitaire en cours, ladite soutenance s’est faite en mode semi publique. Néanmoins, la retransmission en direct sur YouTube a contribué à élargir l’audience.

    De quoi a-t-il été question dans cette thèse discutée en vue de l’obtention du titre de docteur en théologie spirituelle ? La recherche a porté sur la figure du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA SJ, mort martyrisé le 29 octobre 1996 à Bukavu, et dont la cause de béatification avance à grands pas.

     

    Pour s’engager dans cette "aventure", l’auteur de la thèse a été motivé entre autres par le témoignage de vie de l’ancien archevêque de Bukavu. Ce dernier, à travers son engagement aussi bien sociopolitique que pastoral, a laissé des traces qui méritent d’être mises en évidence. Une autre motivation est le discernement spirituel qui caractérisait ce serviteur de Dieu. C’était, souligne le Père KYUNGU, un homme dont le discernement spirituel était au cœur de ses actions dans sa vie d’africain, de prêtre jésuite et d’évêque.

    La thèse porte le titre de "La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996)". Elle s’articule sur six grands chapitres. Dans un premier moment, l’auteur décrit la région des Grands-Lacs dans laquelle est né et a œuvré Mgr MUNZIHIRWA. Une description qui prend en compte la période trouble du génocide au Rwanda en 1994, mais aussi la guerre au Congo en 1996, dite la guerre de libération, ayant occasionné la chute du Maréchal MOBUTU, après 32 ans de règne.

    En second lieu, l’auteur dresse une biographie de l’ancien archevêque de Bukavu, depuis sa naissance à Burhale dans le Bushi, jusqu’à son ordination épiscopale inclusivement. Cette biographie se veut suffisamment fouillée, dans le but de contribuer à l’avancement du procès de béatification du serviteur de Dieu.  Le troisième chapitre couvre le ministère épiscopal du prélat à Kasongo où il est resté 8 ans. L’auteur a voulu mettre en exergue ces années qui sont souvent oubliées dans beaucoup de biographies. Le quatrième chapitre développe l’étape de Bukavu où Mgr MUNZIHIRWA a exercé son ministère épiscopal de manière très intense pendant deux ans, dans le contexte de guerre et ce, jusqu’à son martyre. Ici, l’auteur discute aussi la question du martyre " in odium fidei ". 

    D’autre part, la dissertation comprend une partie analytique qui scrute la figure de Mgr MUNZIHIRWA à partir de son enracinement dans la culture africaine, entre autres. Ainsi, le cinquième chapitre analyse-t-il 55 proverbes utilisés par Mgr MUNZIHIRWA, en les insérant dans les genres poétiques de la littérature orale africaine.  Pour notre auteur, Mgr MUNZIHIRWA a montré que l’Afrique est riche et que ses richesses culturelles ne peuvent être balayées ni abandonnées comme si elles n’étaient pas importantes. L’attachement à sa culture a aidé Mgr MUNZIHIRWA à intérioriser, ou mieux, inculturer non seulement l’évangile, mais aussi la spiritualité ignatienne au point de faire de lui un homme à la fois "entièrement africain et entièrement jésuite". L’auteur démontre donc que la culture africaine et la spiritualité ignatienne convergent harmonieusement dans la personne de Mgr MUNZIHIRWA. Enfin, au sixième chapitre, le discernement apparaît comme un thème clé dans la discussion, puisque, selon l’auteur, il constitue un outil efficace utilisé par le serviteur de Dieu tout au long de sa vie, générant en lui une vraie liberté intérieure. La thèse chute en dépeignant le profil spirituel de Mgr MUNZIHIRWA, affirmant que sa spiritualité se fonde sur la prière et l’Eucharistie, la dévotion mariale, l’engagement pour la paix et la justice, la pauvreté évangélique, la croix du Christ, le discernement spirituel, la liberté intérieure, l’inculturation et enfin le sens de l’Eglise.

    Au terme de la présentation par le récipiendaire des résultats de sa recherche, un dialogue s’est engagé avec le jury pour expliquer davantage et tirer au clair tous les hémisphères de ce travail scientifique. Après délibération, le jury a salué la rigueur et la qualité du travail accompli. Dans le respect des normes de la Grégorienne, le jury n’a pas immédiatement rendu public son verdict ; il appartient aux services du secrétariat de l’Université de le communiquer au récipiendaire par les voies ordinaires. Le père KYUNGU recevra donc le titre de docteur après la publication partielle ou totale de sa thèse. Profitiat !

    Pour célébrer la joie de cet évènement, les Jésuites présents à la cérémonie ainsi que d’autres invités se sont retrouvés dans la communauté du Gesù où un verre d’amitié a été partagé.

    En outre, pour joindre l’utile à l’agréable, un partage de repas a été organisé le mercredi 1er juillet 2020 dans un restaurant de la place pour célébrer avec quelques invités les trois évènements joyeux de l’ACE-Rome : thèse, ordinations presbytérale et diaconale.

    C’est par ces événements heureux que s’achève l’année académique. Se pliant aux aléas du transport aérien dans les circonstances actuelles, les uns attendent de s’envoler sous d’autres cieux, alors que d’autres ont décidé de passer l’été en Italie ou en Europe. Désormais l’ACE-Rome a un nouveau coordinateur pour l’année académique 2020-2021 en la personne de Camille MUKOSO à qui nous souhaitons beaucoup de succès dans ce service.

    Jean-Paul KAMBA, SJ

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    Vingtième anniversaire de l'assassinant de
    Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO 
    (01/01/1926-29/10/1996) 

    Par Jean NYEMBO, sj
    Commission Foi et Promotion de la Justice

    Bien chers amis dans le Seigneur,

    Paix à vous !

    Nous célébrons aujourd'hui, 29 octobre 2016, le vingtième anniversaire de l'assassinat de notre frère, pasteur de l'Eglise de Bukavu, Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO. Mzee, comme nous l'appelions respectueusement et affectueusement, est mort sur le champ de batailles, la croix à la main comme seule arme qu'il possédait.

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  • Saint Nicolas et Père Fouettard : qui sont-ils ?
    Et quel est leur impact sur les enfants belgo-africains ?

     

    Par Mireille-Tsheusi ROBERT
    BAMKO asbl
     

    Connaissez-vous le "Sauvage d'Ath "? Le "Diable Magnon" ? Ou les "Basoulous de Basècles" ? Vous n'avez sûrement jamais entendu parler de ces sauvages hainuyers si vous n'êtes pas originaire de cette région. Peut-être connaîtrez-vous mieux les Noirauds bruxellois ou le Zwarte Piet anversois ? Dans l'espace francophone, Zwarte Piet, littéralement Pierrot-Le-Noir, est appelé Père Fouettard, le joyeux mais répressif compagnon de Saint Nicolas. Ces figures folkloriques souvent enchaînées, parfois affublées de cornes, dansant, chantant et vociférant à l'encontre des badauds lors du carnaval de la "Ducasse", de la fête de Saint Nicolas ou lors de la procession des Noirauds ont toutes un point commun : le maquillage en noir du visage ou le "blackface".

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  • CPI. Les doutes du procès BEMBA
    Y a-t-il vraiment eu crimes contre l’humanité à Bangui 
    en 2002 et 2003 ?

    Par WINA LOKONDO
    Historien, journaliste indépendant

     Le 24 mai 2008, Jean-Pierre BEMBA, sénateur et ancien Vice-président de la RD Congo de 2003 à 2006, est arrêté en début de soirée dans sa résidence de Rhode-Saint-Genèse, un quartier périphérique de Bruxelles, en exécution du mandat d’arrêt international lancé contre lui par le procureur près la Cour Pénale Internationale. Il sera transféré, après neuf jours de détention dans la capitale belge, à la prison de la CPI de Scheveningen, un faubourg de La Haye. Il y est, à ce jour.

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  • Analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo
    aux organisations internationales africaines

     

    Par       Adolphe AMANI BYENDA[1]
    Germain NGOIE TSHIBAMBE[2]

     

    Résumé : Depuis la fin de la première et de la deuxième guerre mondiale, les organisations internationales jouent  un rôle très important dans les différents secteurs de la vie à cause de leur efficacité de réponse rapide aux problèmes urgents des États. À cet égard, il s’avère, sur base de nos résultats, que l’appartenance des États à plusieurs organisations notamment sous-régionales, régionales ou intercontinentales constitue un avantage  tant sur le plan politique, économique que sécuritaire. Le présent article se fixe comme objectif, l’analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines. À partir de cette recherche, nous comprenons que les facteurs géographique, historique, sécuritaire, économique, politique et culturel,… sont autant d'éléments qui justifient l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines.  

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  • MENDE, KAMBILA et les sanctions impériales

     

    Par MBELU BABANYA KABUDI

    Les sanctions prises par les USA et l'UE à l'endroit de certains membres de ''la kabilie'' ont suscité quelques réactions en son sein. L'ex-porte-parole du gouvernement démissionnaire  de MATATA PONYO, Lambert MENDE, fort de ses études de droit, les a sévèrement critiquées ce lundi 12 décembre 2016. Voici ce qu'il dit :

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    Cosmos EGLO, Du sang sur le miroir. Paris, L'Harmattan, 2012. 200 pages.

    Par Eddy VAN SEVENANT

    Ames sensibles s'abstenir ! De la première à la dernière page, c'est un déferlement de violences et des bains de sang toujours renouvelés que l'auteur nous propose ici afin d'illustrer la situation déplorable de certains pays africains post-coloniaux, livrés à toutes les turpitudes de leurs "élites", sanguinaires à souhait et soutenues à bout de bras par des puissances extérieures (dans le cas présent la France et les USA) qui y trouvent l'opportunité de garder la main sur le pays tout en n'y étant plus officiellement présentes.

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    Par Modeste WASSO

    Griet BROSENS, Du Congo à l’Yser. 32 soldats congolais dans l’armée belge durant la Première Guerre mondiale. Traduit du néerlandais (Belgique) par Charles FRANKEN. Waterloo, éditions Luc Pire (www.editionslucpire.be), 2016. 271 pages. 24,90 €

    Voici un livre qui ouvre une page de l’histoire commune à la Belgique et au Congo des années  1914-1918. "Du Congo à l’Yser"  relate  l’histoire, longtemps occultée, des Congolais arrivés en Belgique, à la fin du 19ème siècle (les premières arrivées datent de 1885) en tant que militaires et qui ont combattu sous le drapeau belge pendant la première guerre mondiale, 1914-1918.

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  • Par Eddy VAN SEVENANT

    Collectif, État des résistances dans le Sud : Afrique. Alternatives Sud (Revue trimestrielle). Volume 23-2016/4. Centre Tricontinental  (Louvain-la-Neuve) et Éditions Syllepse (Paris) – 215 pages. 13 €

    Cet ouvrage fait partie d'une série qui fait le point régulièrement sur les oppositions politiques, féministes, paysannes, etc. aux régimes en place dans différents pays du Sud, principalement d'ailleurs sur le continent africain.

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  • Groupes armés et problématique de développement
    du territoire de Fizi (RD Congo)


    par BAWILI LUKELE Tango
    département des Sciences Politiques et Administratives 
    Université Officielle de Bukavu
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    Résumé : Par leurs actions, les groupes armés ont influé et influent négativement sur le développement de ce territoire ; ils y créent une instabilité permanente depuis de longues années. Cette instabilité entraîne des conséquences désastreuses notamment sur les plans politique, administratif, sécuritaire, économique, etc. Cet état des choses empêche les pouvoirs publics et les populations locales d'exploiter les multiples potentialités naturelles en vue de booster son développement. Ceci explique dans une certaine mesure le sous-développement de ce territoire. De ce fait, il importe que l’État se réveille, rétablisse la paix et suscite le développement de ce territoire en impliquant les populations locales.

    Introduction    

    Depuis plus d’une décennie, l’est de la RD Congo est en proie à une instabilité sécuritaire dont les causes sont à la fois internes et externes. L’ampleur et les effets de cette situation sont différemment vécus d’une province à une autre. Au Sud-Kivu, l’émergence et la résurgence des groupes armés entraînent une instabilité sécuritaire qui, par conséquent, étouffe les actions du développement. 

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Bilan Afrique 2014 : la bonne année panafricaniste du CRESPOL

Quelles ont été les carences de l’Afrique en 2014 sur le plan panafricain et mondial ? Quels sont les grands chantiers à ouvrir pour y remédier ? L’Afrique est-elle capable de mieux dans les années à venir ? Le CRESPOL répond à ces questions en guise de bonne année !

Il est de coutume, et 2015 ne déroge aucunement à cette règle, de souhaiter tous nos meilleurs vœux à nos proches, parents et amis en espérant que les dieux nous écoutent, nous soient favorables et transforment nos vœux en réalités. Cette stratégie est du domaine des bons sentiments, de la foi et de l’espoir que demain sera mieux qu’hier uniquement parce que nous le souhaitons.

Les secrets des dieux étant cependant uniquement du domaine des charismatiques, des prophètes et des hérauts, une autre façon de souhaiter la bonne année se veut plus réaliste, elle invite à prendre son destin en main. Elle mise sur le fait que certaines choses dépendent de nous et ne peuvent s’améliorer que si nous tirions les leçons du passé et mettions en place ce qu’il faut pour changer de destin. Le CRESPOL, Cercle de Réflexions Économiques, Sociales et Politiques, choisit cette deuxième stratégie d’autant plus indiquée qu’il adresse ses vœux panafricanistes au continent africain. Cela implique un léger bilan 2014 de l’Afrique. Petite photographie instantanée et critique du continent noir en 2014 afin d’esquisser des prospectives informées. Quelles ont été les carences de l’Afrique en 2014 sur le plan panafricain et mondial ? Quels sont les grands chantiers à ouvrir pour y remédier ? L’Afrique est-elle capable de mieux dans les années à venir ?

1.    Qui veut la paix prépare la guerre : l’Afrique est toujours incapable de jouer au gendarme en Afrique

Plus que par le passé, 2014 a confirmé que le continent noir n’est encore indépendant que de façon purement théorique. En dehors de la dépendance juridique qui fait de nombreuses lois subsahariennes des excroissances des lois métropolitaines, en dehors de la dépendance monétaire encore une réalité dans une grande partie du continent liée au FCFA, 2014 a confirmé que l’Afrique reste, cinquante ans après la décolonisation, incapable de jouer au gendarme chez elle. Si, comme Idriss DEBY le dit sans ambages, le but des Occidentaux en Lybie était de tuer MOUAMMAR KADHAFI, il n’est pas superflu de signaler que l’OTAN a encore l’occasion de bombarder des pays africains au 21ème siècle parce que l’Afrique n’a pas une force de frappe capable de maintenir la sécurité du continent et de faire peur à celles de ses anciennes colonies qui ne respectent pas sa souveraineté. L’Afrique doit avoir une force panafricaine digne de ce nom car on ne se fait respecter dans les relations interétatiques que si on est capable de faire peur par sa puissance de frappe. Si la Lybie avait eu l’arme nucléaire, l’OTAN n’y serait jamais intervenu. Mêmement pour l’Ukraine où la Russie ne serait jamais allée si ce pays avait eu une arme dissuasive.

Max WEBER l’enseigne et la sociogenèse des États le prouve, l’édification d’États et même leurs conditions d’existence et de souveraineté dépendent depuis toujours de leur capacité à infliger la violence de façon légitime tant à leurs propres citoyens quand il le faut, qu’aux forces exogènes qui menacent leur stabilité. Par conséquent, incapable de faire la guerre face à des groupuscules terroristes, la question s’est posée, au regard de la déroute du Mali et de la Centrafrique en 2014, si les pays africains étaient véritablement des États. À ce niveau, il est primordial, malgré la mise en place de l’Architecture Africaine de Paix et de Sécurité, de signaler que le compte n’y est toujours pas. La logistique de la Force Africaine en Attente, la qualité de ses troupes, les rapports entre les communautés économiques régionales et la capacité africaine d’intervention rapide sont encore extrêmement médiocres. La preuve en est qu’au Mali et en Centrafrique, les forces françaises ont été sur le terrain des opérations longtemps avant la force africaine. Le problème qui se pose et que doit impérativement résoudre l’Union Africaine est celui des ressources financières autonomes car l’Architecture Africaine de Paix et de Sécurité est largement dépendante des financements extérieurs, notamment de l’Union Européenne. Une armée financée, formée et entraînée par l’extérieur ne peut être garante de la sécurité d’un continent. Il faut des financements panafricains si l’Afrique veut jouer au gendarme en Afrique car c’est celui qui finance qui dicte les ordres, le timing et la stratégie de la politique sécuritaire.

Conjuguée aux spécialisations défaillantes à cause du retard technologique, la politique sécuritaire accuse d’autres retards en Afrique par rapport au surgissement des groupes terroristes très mobiles, bien armés, hyper entraînés et suffisamment déterminés. L’Afrique ne peut combattre efficacement la civilisation du sang et de la terreur incarnée par Boko Haram, Asar Dine, les Chebab, AQMI et les ramifications de l’État islamique que si ce continent investit de façon conséquente sur les outils modernes de géo-localisation, les forces d’élites et les outils comme les radars. Cela exige des projets panafricains de recherche scientifique et militaire, l’acquisition de satellites pour contrôler l’information et la maîtrise des airs par les armées pour combattre à distance l’ennemi islamiste. Ces précautions ne réduiront certainement pas la menace à néant. Ils assureront cependant une capacité élevée de sécurité et de riposte face aux groupes terroristes. Se rendre compte en 2014 que l’armée nigériane, une des plus puissantes d’Afrique subsaharienne, se fait malmener par Boko Haram qui enlève des centaines de filles et occupe des villes entières, n’est pas rassurant pour le continent dans sa lutte contre le terrorisme.

Ces carences logistiques, financières et stratégiques de l’Architecture Africaine de Paix et de Sécurité entraînent une conséquence logique et inévitable : le renforcement de la présence française en Afrique subsaharienne. Une fois que les anciennes colonies n’arrivent pas à assurer la sécurité des personnes et des biens, la France dont les intérêts sont exposés par cette faillite de l’État africain postcolonial, réinvestit le continent et y renforce son contrôle. C’est en effet la France qui fait le job au Mali via l’opération Serval et en Centrafrique via l’Opération Sangaris. Bien sûr qu’elle supporte là des coûts que les incuries des États africains entraînent dans ses finances publiques, mais elle en profite aussi pour renforcer son influence géopolitique. Un continent "protégé/contrôlé" par un autre pays ou un autre continent est en insécurité : c’est le cas de l’Afrique en 2014 au regard de la carte ci-dessous.

 

 

2.    Le Virus Ebola : l’Afrique est encore incapable de se soigner elle-même

Ce n’est pas seulement faire le gendarme chez elle qui dépasse encore l’Afrique cinquante ans après les indépendances. C’est aussi l’acquisition d’une capacité à se soigner elle-même. Y remédier exige de penser la sécurité sociale globale à très long terme dans une Afrique où les dépenses affectées à celle-ci restent dérisoires comme l’indique le tableau 7.1 ci-dessous où l’Afrique subsaharienne occupe la queue du peloton :

Source: Global Extension of Social Security Database (2014)

Autrement dit, non seulement la sécurité au sens militaire du terme n’est pas garantie, mais aussi la sécurité humaine reste parmi les plus déplorables au monde. En dehors du Sida et du paludisme, cette deuxième maladie tuant en Afrique plus que le VIH, l’Afrique connaît les effets dévastateurs du virus Ebola déjà depuis plusieurs années. Il est paradoxal, même si trouver un vaccin contre le VIH, le Virus Ebola et le paludisme n’est pas aisé, que des programmes de recherches panafricains sérieux n’existent pas par rapport à ces maladies qui déciment la force démographique du continent. Le but ici n’est pas de dire que les recherches ne se font pas ailleurs ou que la solidarité n’existe pas au niveau international, loin de nous une telle idée. Il est de signaler que c’est d’abord l’Afrique qui, au travers des programmes panafricains de recherches, doit initier des programmes de santé publique pour combattre les maladies qui frappent d’abord massivement les Africains. Les Occidentaux ne vont par exemple pas déployer de sérieux et constants efforts à trouver un vaccin contre le paludisme pratiquement inexistant chez eux. 

La Charité bien ordonnée commençant toujours par soi-même, la collaboration avec des centres de recherches extra-africains sur ces maladies doit s’appuyer sur une volonté panafricaine de premier plan. Que seraient aujourd’hui la Sierra Léone, la Guinée et le Liberia sans les recherches occidentales sur Ebola ? Que serait l’Afrique sans les recherches occidentales sur le VIH ? Que seraient les bidonvilles africains infestés de moustiques sans les recherches occidentales sur la malaria ? Aurait-on déploré un tel retard dans la prise en charge des malades d’Ebola si l’Afrique avait été capable de se soigner elle-même ? Aurait-on enregistré déjà près de 8.000 morts et 20.381 cas dans les trois pays touchés si l’Union Africaine avait depuis longtemps pensé aux protocoles efficaces d’intervention : infection, période d’incubation, manifestation de la maladie, isolement du malade et soins ?

Autant de questions cruciales qui prouvent que dire bonne année 2015 aux Africains de demain revient à engager des programmes de recherches capables de permettre à l’Afrique de se soigner elle-même grâce à la mise en route de plusieurs dynamiques concomitantes de recherches scientifiques sur le VIH, le virus Ebola et le paludisme. Les scientifiques existent, seuls doivent suivre les financements et la volonté politique panafricaine.

Ce ne sont pourtant pas des capitaux qui manquent. Ce qui fait défaut, c’est leur affectation optimale.  Tenter de capter sérieusement la problématique de l’inadéquation entre la richesse globale du continent africain et ses carences revient à mettre l’accent sur une question : où vont les capitaux africains ? Un rapport conjoint de la Banque Africaine de Développement et de Global Financial Integrity montre que de 1980 à 2009 l’Afrique a perdu l’équivalent de son produit intérieur brut, c'est-à-dire entre 1.200 et 1.400 milliards de $ vers l’extérieur et que "l’hémorragie illicite des ressources de l’Afrique représente près de quatre fois sa dette extérieure". L’argent africain ne va donc pas où il devrait aller !

3.    La croissance africaine ne réduit pas la pauvreté de masse et ne produit pas d’emplois

Le chiffre phare de ces dernières années et désormais fétiche lorsqu’on évoque l’Afrique est 5%, son taux de croissance moyen depuis l’an 2000. Chiffre fétiche car il se mue en un argument lapidaire et passe-partout pour les intégristes de la croissance économique et de l’émergence économique dans un continent où un virus vient de décimer près de 8.000 personnes en quelques mois ! Comme toute valeur moyenne, ces 5% de croissance cachent non seulement de très grandes disparités entre les pays africains, mais aussi le fait qu’un indicateur métrique comme la croissance économique signifie très peu de chose sur l’amélioration réelle de la vie des gens dans des pays africains où parfois la vie quotidienne se fait ailleurs en dehors des indicateurs économiques officiels.

Il faut en outre signaler tant la fragilité de cette croissance largement dépendante des matières premières et des prix internationaux que ne contrôle aucun pays africain, que le fait que la prospérité qui en résulte est très inégalement répartie. La pauvreté de masse ne baisse presque pas, la création d’emplois est inexistante et les fruits de la prospérité n’atteignent nullement les populations africaines. Le graphique ci-dessous montre qu’en 2015 – en considérant que la projection est effective – près de 40 % d’Africains vivront toujours avec moins de 1,25 $ par jour.

Il en résulte que de nombreux jeunes africains quittent le continent pour d’autres cieux. Près de 4.000 ont perdu la vie dans ce périple en 2014. L’Afrique a donc à réfléchir sur un arbitrage crucial pour son avenir entre dépenses militaires, dépenses sociales et répartition équitable des fruits de la croissance, notamment par la création d’emplois pour ses populations dont 75 % des moyens de subsistance dépend encore de la production agricole. La théorie du ruissellement (trikle-down effect), c’est-à-dire la croyance qu’ont les économistes libéraux que la richesse va dégouliner sur les pauvres une fois la mangeoire de la société pleine, n’a jamais fonctionné nulle part sans politiques publiques de répartition de la richesse par transferts directs ou indirects.

4.    Le processus démocratique africain cherche toujours des dirigeants démocrates

En 2014, le rêve de plusieurs Africains d’une Afrique démocratique reste assez loin des réalités politiques du continent. Le continent africain reste celui où la mort au pouvoir, le coup d’État et la succession héréditaire demeurent les principes de transition politique préférés des dirigeants par rapport au vote libre et transparent. L’Afrique reste un continent où les lois votées par les parlements semblent s’imposer uniquement aux peuples et pas à ceux qui les dirigent. La preuve en est que la limitation du nombre de mandats à la tête des États n’est respectée par aucun des dirigeants au pouvoir. Ils ne respectent pas eux-mêmes les lois mais veulent que les populations africaines soient leur antithèse en acceptant des lois constitutionnelles taillées sur mesure pour l’ivresse du pouvoir à vie. Notre Afrique souffre donc encore d’un grand mal, celui d’avoir une jeunesse qui crie à la démocratie face à des dirigeants non démocrates et plus enclins à conserver leurs privilèges qu’à placer leurs pays sur les rails de la liberté politique.

Le peuple africain garde heureusement une âme démocratique vivace via sa jeunesse. Le débarquement de BEN ALI et de MOUBARAK par la rue a fait des émules. La jeunesse du pays des hommes intègres a retenu la leçon et s’est séparée contre son sang d’un dictateur voulant s’agripper au pouvoir en transformant pour une troisième fois la Constitution en paillasson. Les jeunes Burkinabè ont montré que l’Afrique de demain sera plus difficile à gouverner par des dictateurs que par des démocrates convaincus. Les pseudos légitimités de père de la nation, de pacificateur, de libérateur et de médiateur des conflits sont désormais obsolètes et sans aucun ancrage politique au sein d’une jeunesse africaine dont le poids démographique peut faire la décision politique à tout moment. Le CRESPOL soutient pour cela que l’âge du vote en Afrique soit fixé à 15 ans car les jeunes dominent démographiquement l’Afrique et leurs avis doivent légitimement dessiner l’avenir de ce continent. La jeunesse africaine a pris sa responsabilité politique, c’est sûrement-là le meilleur espoir 2014 de l’Afrique de demain.

Le CRESPOL souhaite une bonne et heureuse année panafricaniste à tous et à toutes.  

Thierry AMOUGOU
Fondateur et animateur du CRESPOL
Cercle de Réflexions Économiques, Sociales et Politiques
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1 comment

  • Comment Link balde Tuesday, 14 April 2015 21:28 posted by balde

    nous savons tous les maladies dont soufre l'Afrique ; reste à trouver les meilleures solutions.

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