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  • La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996) 

    Thèse doctorale soutenue par le Révérend Père  Rigobert KYUNGU SJ, le 30 juin 2020, à l'Université Grégorienne de Rome.

    Un évènement joyeux après celui des ordinations presbytérale et diaconale des Pères Eric KAMBALE et Stanislas KAMBASHI, le samedi 27 juin 2020.

    L’auditoire ne devant contenir qu’un nombre réduit de participants suite aux restrictions liées à la crise sanitaire en cours, ladite soutenance s’est faite en mode semi publique. Néanmoins, la retransmission en direct sur YouTube a contribué à élargir l’audience.

    De quoi a-t-il été question dans cette thèse discutée en vue de l’obtention du titre de docteur en théologie spirituelle ? La recherche a porté sur la figure du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA SJ, mort martyrisé le 29 octobre 1996 à Bukavu, et dont la cause de béatification avance à grands pas.

     

    Pour s’engager dans cette "aventure", l’auteur de la thèse a été motivé entre autres par le témoignage de vie de l’ancien archevêque de Bukavu. Ce dernier, à travers son engagement aussi bien sociopolitique que pastoral, a laissé des traces qui méritent d’être mises en évidence. Une autre motivation est le discernement spirituel qui caractérisait ce serviteur de Dieu. C’était, souligne le Père KYUNGU, un homme dont le discernement spirituel était au cœur de ses actions dans sa vie d’africain, de prêtre jésuite et d’évêque.

    La thèse porte le titre de "La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996)". Elle s’articule sur six grands chapitres. Dans un premier moment, l’auteur décrit la région des Grands-Lacs dans laquelle est né et a œuvré Mgr MUNZIHIRWA. Une description qui prend en compte la période trouble du génocide au Rwanda en 1994, mais aussi la guerre au Congo en 1996, dite la guerre de libération, ayant occasionné la chute du Maréchal MOBUTU, après 32 ans de règne.

    En second lieu, l’auteur dresse une biographie de l’ancien archevêque de Bukavu, depuis sa naissance à Burhale dans le Bushi, jusqu’à son ordination épiscopale inclusivement. Cette biographie se veut suffisamment fouillée, dans le but de contribuer à l’avancement du procès de béatification du serviteur de Dieu.  Le troisième chapitre couvre le ministère épiscopal du prélat à Kasongo où il est resté 8 ans. L’auteur a voulu mettre en exergue ces années qui sont souvent oubliées dans beaucoup de biographies. Le quatrième chapitre développe l’étape de Bukavu où Mgr MUNZIHIRWA a exercé son ministère épiscopal de manière très intense pendant deux ans, dans le contexte de guerre et ce, jusqu’à son martyre. Ici, l’auteur discute aussi la question du martyre " in odium fidei ". 

    D’autre part, la dissertation comprend une partie analytique qui scrute la figure de Mgr MUNZIHIRWA à partir de son enracinement dans la culture africaine, entre autres. Ainsi, le cinquième chapitre analyse-t-il 55 proverbes utilisés par Mgr MUNZIHIRWA, en les insérant dans les genres poétiques de la littérature orale africaine.  Pour notre auteur, Mgr MUNZIHIRWA a montré que l’Afrique est riche et que ses richesses culturelles ne peuvent être balayées ni abandonnées comme si elles n’étaient pas importantes. L’attachement à sa culture a aidé Mgr MUNZIHIRWA à intérioriser, ou mieux, inculturer non seulement l’évangile, mais aussi la spiritualité ignatienne au point de faire de lui un homme à la fois "entièrement africain et entièrement jésuite". L’auteur démontre donc que la culture africaine et la spiritualité ignatienne convergent harmonieusement dans la personne de Mgr MUNZIHIRWA. Enfin, au sixième chapitre, le discernement apparaît comme un thème clé dans la discussion, puisque, selon l’auteur, il constitue un outil efficace utilisé par le serviteur de Dieu tout au long de sa vie, générant en lui une vraie liberté intérieure. La thèse chute en dépeignant le profil spirituel de Mgr MUNZIHIRWA, affirmant que sa spiritualité se fonde sur la prière et l’Eucharistie, la dévotion mariale, l’engagement pour la paix et la justice, la pauvreté évangélique, la croix du Christ, le discernement spirituel, la liberté intérieure, l’inculturation et enfin le sens de l’Eglise.

    Au terme de la présentation par le récipiendaire des résultats de sa recherche, un dialogue s’est engagé avec le jury pour expliquer davantage et tirer au clair tous les hémisphères de ce travail scientifique. Après délibération, le jury a salué la rigueur et la qualité du travail accompli. Dans le respect des normes de la Grégorienne, le jury n’a pas immédiatement rendu public son verdict ; il appartient aux services du secrétariat de l’Université de le communiquer au récipiendaire par les voies ordinaires. Le père KYUNGU recevra donc le titre de docteur après la publication partielle ou totale de sa thèse. Profitiat !

    Pour célébrer la joie de cet évènement, les Jésuites présents à la cérémonie ainsi que d’autres invités se sont retrouvés dans la communauté du Gesù où un verre d’amitié a été partagé.

    En outre, pour joindre l’utile à l’agréable, un partage de repas a été organisé le mercredi 1er juillet 2020 dans un restaurant de la place pour célébrer avec quelques invités les trois évènements joyeux de l’ACE-Rome : thèse, ordinations presbytérale et diaconale.

    C’est par ces événements heureux que s’achève l’année académique. Se pliant aux aléas du transport aérien dans les circonstances actuelles, les uns attendent de s’envoler sous d’autres cieux, alors que d’autres ont décidé de passer l’été en Italie ou en Europe. Désormais l’ACE-Rome a un nouveau coordinateur pour l’année académique 2020-2021 en la personne de Camille MUKOSO à qui nous souhaitons beaucoup de succès dans ce service.

    Jean-Paul KAMBA, SJ

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    Vingtième anniversaire de l'assassinant de
    Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO 
    (01/01/1926-29/10/1996) 

    Par Jean NYEMBO, sj
    Commission Foi et Promotion de la Justice

    Bien chers amis dans le Seigneur,

    Paix à vous !

    Nous célébrons aujourd'hui, 29 octobre 2016, le vingtième anniversaire de l'assassinat de notre frère, pasteur de l'Eglise de Bukavu, Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO. Mzee, comme nous l'appelions respectueusement et affectueusement, est mort sur le champ de batailles, la croix à la main comme seule arme qu'il possédait.

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  • Saint Nicolas et Père Fouettard : qui sont-ils ?
    Et quel est leur impact sur les enfants belgo-africains ?

     

    Par Mireille-Tsheusi ROBERT
    BAMKO asbl
     

    Connaissez-vous le "Sauvage d'Ath "? Le "Diable Magnon" ? Ou les "Basoulous de Basècles" ? Vous n'avez sûrement jamais entendu parler de ces sauvages hainuyers si vous n'êtes pas originaire de cette région. Peut-être connaîtrez-vous mieux les Noirauds bruxellois ou le Zwarte Piet anversois ? Dans l'espace francophone, Zwarte Piet, littéralement Pierrot-Le-Noir, est appelé Père Fouettard, le joyeux mais répressif compagnon de Saint Nicolas. Ces figures folkloriques souvent enchaînées, parfois affublées de cornes, dansant, chantant et vociférant à l'encontre des badauds lors du carnaval de la "Ducasse", de la fête de Saint Nicolas ou lors de la procession des Noirauds ont toutes un point commun : le maquillage en noir du visage ou le "blackface".

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  • CPI. Les doutes du procès BEMBA
    Y a-t-il vraiment eu crimes contre l’humanité à Bangui 
    en 2002 et 2003 ?

    Par WINA LOKONDO
    Historien, journaliste indépendant

     Le 24 mai 2008, Jean-Pierre BEMBA, sénateur et ancien Vice-président de la RD Congo de 2003 à 2006, est arrêté en début de soirée dans sa résidence de Rhode-Saint-Genèse, un quartier périphérique de Bruxelles, en exécution du mandat d’arrêt international lancé contre lui par le procureur près la Cour Pénale Internationale. Il sera transféré, après neuf jours de détention dans la capitale belge, à la prison de la CPI de Scheveningen, un faubourg de La Haye. Il y est, à ce jour.

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  • Analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo
    aux organisations internationales africaines

     

    Par       Adolphe AMANI BYENDA[1]
    Germain NGOIE TSHIBAMBE[2]

     

    Résumé : Depuis la fin de la première et de la deuxième guerre mondiale, les organisations internationales jouent  un rôle très important dans les différents secteurs de la vie à cause de leur efficacité de réponse rapide aux problèmes urgents des États. À cet égard, il s’avère, sur base de nos résultats, que l’appartenance des États à plusieurs organisations notamment sous-régionales, régionales ou intercontinentales constitue un avantage  tant sur le plan politique, économique que sécuritaire. Le présent article se fixe comme objectif, l’analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines. À partir de cette recherche, nous comprenons que les facteurs géographique, historique, sécuritaire, économique, politique et culturel,… sont autant d'éléments qui justifient l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines.  

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  • MENDE, KAMBILA et les sanctions impériales

     

    Par MBELU BABANYA KABUDI

    Les sanctions prises par les USA et l'UE à l'endroit de certains membres de ''la kabilie'' ont suscité quelques réactions en son sein. L'ex-porte-parole du gouvernement démissionnaire  de MATATA PONYO, Lambert MENDE, fort de ses études de droit, les a sévèrement critiquées ce lundi 12 décembre 2016. Voici ce qu'il dit :

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    Cosmos EGLO, Du sang sur le miroir. Paris, L'Harmattan, 2012. 200 pages.

    Par Eddy VAN SEVENANT

    Ames sensibles s'abstenir ! De la première à la dernière page, c'est un déferlement de violences et des bains de sang toujours renouvelés que l'auteur nous propose ici afin d'illustrer la situation déplorable de certains pays africains post-coloniaux, livrés à toutes les turpitudes de leurs "élites", sanguinaires à souhait et soutenues à bout de bras par des puissances extérieures (dans le cas présent la France et les USA) qui y trouvent l'opportunité de garder la main sur le pays tout en n'y étant plus officiellement présentes.

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    Par Modeste WASSO

    Griet BROSENS, Du Congo à l’Yser. 32 soldats congolais dans l’armée belge durant la Première Guerre mondiale. Traduit du néerlandais (Belgique) par Charles FRANKEN. Waterloo, éditions Luc Pire (www.editionslucpire.be), 2016. 271 pages. 24,90 €

    Voici un livre qui ouvre une page de l’histoire commune à la Belgique et au Congo des années  1914-1918. "Du Congo à l’Yser"  relate  l’histoire, longtemps occultée, des Congolais arrivés en Belgique, à la fin du 19ème siècle (les premières arrivées datent de 1885) en tant que militaires et qui ont combattu sous le drapeau belge pendant la première guerre mondiale, 1914-1918.

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  • Par Eddy VAN SEVENANT

    Collectif, État des résistances dans le Sud : Afrique. Alternatives Sud (Revue trimestrielle). Volume 23-2016/4. Centre Tricontinental  (Louvain-la-Neuve) et Éditions Syllepse (Paris) – 215 pages. 13 €

    Cet ouvrage fait partie d'une série qui fait le point régulièrement sur les oppositions politiques, féministes, paysannes, etc. aux régimes en place dans différents pays du Sud, principalement d'ailleurs sur le continent africain.

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  • Groupes armés et problématique de développement
    du territoire de Fizi (RD Congo)


    par BAWILI LUKELE Tango
    département des Sciences Politiques et Administratives 
    Université Officielle de Bukavu
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    Résumé : Par leurs actions, les groupes armés ont influé et influent négativement sur le développement de ce territoire ; ils y créent une instabilité permanente depuis de longues années. Cette instabilité entraîne des conséquences désastreuses notamment sur les plans politique, administratif, sécuritaire, économique, etc. Cet état des choses empêche les pouvoirs publics et les populations locales d'exploiter les multiples potentialités naturelles en vue de booster son développement. Ceci explique dans une certaine mesure le sous-développement de ce territoire. De ce fait, il importe que l’État se réveille, rétablisse la paix et suscite le développement de ce territoire en impliquant les populations locales.

    Introduction    

    Depuis plus d’une décennie, l’est de la RD Congo est en proie à une instabilité sécuritaire dont les causes sont à la fois internes et externes. L’ampleur et les effets de cette situation sont différemment vécus d’une province à une autre. Au Sud-Kivu, l’émergence et la résurgence des groupes armés entraînent une instabilité sécuritaire qui, par conséquent, étouffe les actions du développement. 

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Congo : rêve et parcours d'émancipation

Contribution au colloque du CAL Charleroi du 25 octobre 2014

NDLR : Le 25 octobre 2014 à Charleroi, le Centre d'Action Laïque (CAL) et la Maison de la Laïcité de Charleroi, en partenariat avec LHAC (Laïcité et Humanisme en Afrique Centrale), la MLK (Maison de la Laïcité de Kinshasa), l'Institut National des Invalides de Guerre, et Anciens Combattants et Victimes de Guerre (IV-INIG) ont organisé une exposition  (du 21/10 au 07/11/2014) et un colloque sur le thème : "Les oubliés de la guerre 14-18 : la Force publique du Congo".

Parmi les intervenants prévus au programme du colloque : Elikia M'BOKOLO (EHESS), Valérie PIETTE (ULB), Griet BROSENS (IV-INIG), ZANA ETAMBALA (KUL), Amandine LAURO (ULB) et Antoine TSHITUNGU KONGOLO, dont le texte de l'exposé prévu  est repris ci-dessous :

Ce colloque s'inscrit dans le cadre des commémorations du centenaire du déclenchement de la Grande Guerre, guerre qui fut marquée par des atrocités et diverses autres barbaries d'une très grande ampleur mais aussi par l'apport significatif des soldats appelés à la rescousse par les métropoles coloniales, soldats malheureusement oubliés.

Un des mérites de la rencontre initiée par le Centre d'action laïque de Charleroi est d'offrir l'occasion de rendre hommage aux biffés de l'histoire, acteurs oubliés, minorés voire oubliés. Je me réjouis à ce propos de mesurer à quel point, et pour autant que je puisse en juger, des figures congolaises jadis reléguées dans les oubliettes de l'histoire ont refait surface et font partie désormais du Panthéon des personnages illustres de la RD Congo ; mieux encore elles servent de références communes aux Belges et aux Congolais, embarqués dans la difficile réécriture d'une expérience historique qui est loin d'avoir fini de produire ses effets. Qui n'a pas entendu parler de Paul PANDA FARNANA ? D'autres noms encore émergent peu à peu de l'oubli : KUDJABO, ADIPANGA, BONDJALA. Autant dire que le chantier s'annonce des plus passionnants.

Je me plais à souligner que la réécriture de l'action méconnue des Congolais, liée à la grande boucherie de 1914-1918, est le fait essentiellement des chercheurs congolais dont certains installés en Belgique. C'est en particulier le cas de Paul PANDA FARNANA auquel ont été consacrés des études sous forme d'articles, des ouvrages, un film (réalisé par Françoise LEVIE), et des expositions, autant de réalisations découlant de la volonté d'en finir avec les non-dits.

Il s'agit au total de déconstruire l'histoire reçue en héritage sans tomber pour autant dans la démagogie et les fantasmes.

Ces assises sont aussi l'occasion de mesurer le chemin parcouru et de prendre date pour concrétiser des tâches immenses qui attendent les chercheurs. Car la nouvelle histoire du Congo, cette assertion n'engage que moi, est encore dans son enfance.

Tout en me réjouissant de la commémoration du centenaire du déclenchement de la Grande Guerre, qu'il me soit permis de souligner, dans le sillage de Pierre NORA, la non homologie voire la conflictualité entre mémoire et histoire.

Pour ma part, je focalise mon propos sur le rêve d'émancipation, autrement dit, de liberté et d'indépendance, qui a taraudé de tout temps les Congolais en prise avec la domination à l'ère anté-coloniale, coloniale et post-coloniale.

"Les Blancs seront noirs et les Noirs seront blancs".Cette sentence aux allures prophétiques, coulée dans un langage métaphorique quelque peu ésotérique, engage un débat en profondeur tant sur le concept d'émancipation tel que les Congolais l'ont intériorisé de par leur vécu historique que sur les stratégies mises en place pour sortir de la "grande nuit" de l'oppression, selon la belle expression d'Achille MBEMBE. Les paradigmes d'émancipation reviennent d'une manière récurrente voire obsessionnelle dans le discours congolais qu'il soit écrit, oral, pictural, musical

ou tout autre ; ce phénomène est en phase avec une trajectoire historique des plus singulières. Pour n'en citer qu'un jalon emblématique : le discours de Patrice LUMUMBA, le 30 juin 1960, qui continue à soulever débats et polémiques.

Le propos du Premier ministre congolais s'inscrivait pourtant dans une longue chaîne de prises de parole congolaises, soigneusement occultées par le colonisateur, biffées de la mémoire historique dans sa volonté de faire prévaloir la doxa colonialiste en posant le Congolais sur la scène de l'histoire comme un éternel enfant, qui a tout intérêt à s'en remettre à son bienfaiteur, parangon de la Civilisation et du Progrès, plutôt que de réclamer une émancipation à même de lui nuire. C'est d'ailleurs cette propension coloniale imprégnée d'une raideur toute téléologique avec sa cohorte de fantasmes et de clichés qui fut la marque du discours prononcé par le Roi BAUDOUIN Ier, le 30 juin 1960, en contradiction flagrante avec sa célèbre déclaration par laquelle il exprimait son souhait de voir le Congo accéder à l'indépendance "sans atermoiements funestes ni précipitation inconsidérée".

Ainsi le clash du 30 juin 1960 n'est que le maillon d'une longue chaîne qui remonte à l'amont du face-à-face entre les Européens et les habitants de l'Afrique Centrale.

La volonté de s'émanciper avait d'ores et déjà animé les sujets du Mani Kongo (le Roi de Kongo) se dressant contre les Portugais dès lors que fut percé à jour leur projet d'assujettissement et d'instrumentalisation du royaume de Kongo, qui se matérialisa notoirement par le commerce des esclaves.

La lettre du Mani Kongo (Affonso Ier) à son "frère" le Roi du Portugal témoigne plus qu'éloquemment d'une prise de conscience bouleversante des enjeux d'une relation entamée sous les auspices de la cordialité mais cependant soumise à des tensions, dans la foulée de l'expansion du commerce esclavagiste.

L'action héroïque de KIMPA VITA alias Dona Béatrice est un chapitre glorieux de cette société bantou et africaine, qui ne s'est pas épargnée de sacrifices pour préserver son initiative, en réponse à une posture hégémonique, dissimulée ou non. Jugée par un tribunal inquisitorial en terre africaine (!), puis brûlée vive sur un bûcher, elle n'a cessé depuis son martyre de nourrir, par son exemple, la mémoire Kongo.

Ces momentums de l'Histoire africaine constituent des témoignages pour le moins significatifs de la volonté africaine et congolaise de préserver son "Ubuntu", car il n'est d'homme au sens plein du mot que celui qui est libre et digne. Le vocable "muntu" ne désigne-t-il pas l'homme, quelle que soit sa couleur, son origine, son statut social. "Muntu", c'est l'homme en son humanité. Et pourtant les Européens, voyageurs, explorateurs, missionnaires et autres, à travers leurs textes, se sont évertués le plus souvent à portraiturer l'homme noir africain comme l'incarnation même de la déchéance humaine.

À en croire cette littérature, qui relève, d'après Achille MBEMBE, davantage de la "fantasmagorie" que d'autre chose, l'homme noir serait l'appendice de l'humanité, l'incarnation même de la primitivité, l'étalon de la sauvagerie et de la barbarie. Sa soumission à l'homme blanc supérieur ne pouvait que lui être bénéfique.

Il y a d'ailleurs comme une rupture de tonalité et de contenu dans les textes occidentaux relatifs à l'Afrique. Comme l'a souligné Achille MBEMBE, le chapitre de la traite négrière y est pour quelque chose. Par l'effet de la traite, l'homme noir se mue en homme-marchandise.

La doxa coloniale, au XIXème siècle, reprendra à son compte, en le modalisant en fonction de ses fins, le paradigme de la différence radicale. Pour le colonisateur, l'infériorité de l'indigène relève de l'évidence. La mission de civilisation dissimulant pourtant des desseins douteux n'en est que plus noble et plus exaltante.

Quel discours l'indigène a-t-il opposé à ceux qui se sont employés à le façonner, au gré de leurs intérêts, autant dire en fonction de leur libido dominandi ? À quels outils discursifs a-t-il recouru pour conquérir tant soit peu sa voix propre ? Quels cheminements a-t-il empruntés pour marcher résolument vers son émancipation ?

Dans "Psychologie de Bantu ", l'Abbé Stefano KAOZE dit à propos du mot "liberté" que ce dernier n'existe pas en langue tabwa mais sa réalité au niveau de la conscience et de l'expérience est indéniable. Pour ses compatriotes, écrit-il, la liberté se traduit par l'expression "immunité interne". En somme, il s'agit de ce que la colonisation, elle-même, ne peut vaincre.

En proie à ses pulsions paternalistes, le colonisateur belge a toujours pris soin de préserver le Congolais des néfastes influences extérieures, susceptibles de le conduire à la perdition. Le Congo belge, promu "colonie modèle" et "oasis de paix", a été tenu à l'écart, pendant des décennies, des dangers inhérents au "pan-négrisme", au bolchévisme et au communisme.

C'est sur cette vitrine factice d'une colonie dite modèle, plus conforme à la vision des Belges qu'aux aspirations des Congolais, que va retentir comme le tonnerre le discours de Patrice LUMUMBA.

Sous l'angle du colonisateur, un bon Congolais se doit d'être soumis, reconnaissant, acquis à l'idée si typiquement belge d'une progression lente et prudente. En somme le maître a la conviction de tenir sous sa coupe l'indigène congolais, un être programmé ad aeternam

pour entériner le pacte d'allégeance. C'est cet homme éternellement infantilisé qu'à la fin des années 50 l'on qualifie sans ironie d' "interlocuteur valable".

De fait les jalons de l'émancipation du Congo essaiment la ligne du temps ; dans la période anté-coloniale, l'exemple de KIMPA VITA, la Jeanne d'Arc congolaise, donne une idée concrète du désir impavide d'émancipation qui taraudait les habitants de l'Afrique centrale. D'autres prodromes marquent l'époque coloniale en tant que telle. Malheureusement le vocabulaire que nous avons hérité de la "bibliothèque coloniale", selon la définition qu'en donne V.Y. MUDIMBE, aurait tendance à masquer, à nier,voire à oblitérer un certain nombre de faits.

Que recouvrent exactement les termes : "révolte des Batetela", "révolte des Bapende", "mutinerie de la Force publique", "révolte de Luluabourg" ? Qui sont vraiment les "Manis", les "Aniotos" et autres "Hommes-Léopards" ? Que recouvre l'expression "sociétés secrètes" appliquée à des mouvements de tout acabit prônant la rupture avec l'ordre colonial ?

Que de contre-vérités, de fantasmes,  de mensonges délibérés à leur propos ! L'histoire anté-coloniale, précoloniale et coloniale est jalonnée d'actes isolés ou relevant de l'initiative de groupes, qui illustrent avec éclat la volonté des indigènes congolais de secouer le joug.

À cette histoire-là, où le Congolais est acteur, l'"occupant belge" (terme de stigmatisation brandi par l'Abako) a toujours voulu faire un sort à coups de gomme, et de falsifications, inconscientes ou non.

Dès l'entame de l'ère léopoldienne, en 1897, les soldats de la Force publique se soulevèrent signant une véritable épopée. Sous la plume de chroniqueurs coloniaux, des historiographes africanistes ou africanisants ainsi que leurs épigones, de tels évènements sont présentés comme des faits isolés, sans continuité, minorés et niés dans leur dimension pan-congolaise.

La Grande Guerre a connu la participation de soldats noirs (d'Afrique, des Amériques et du Congo) sur les champs de bataille, en Afrique, en Europe et en Asie. La volonté d'émancipation, l'aspiration à l'égalité et la fin espacée des injustices engendrées par les racismes sont autant de motivations à leur participation à la guerre. Il convient de souligner deux aspects fondamentaux de l'expérience vécue par les sujets de l'empire au cours de la guerre 14-18 qui demeurent quelque peu minorés.

Comme en a témoigné le Congolais Paul Panda FARNANA, entre autres, la guerre fut une expérience cruciale pour les soldats noirs confrontés à la fragilité psychologique de l'homme blanc ; l'image du maître omnipotent en a pris un coup. Par ailleurs, les soldats noirs ont découvert que le Blanc pouvait adopter à leur égard une attitude fraternelle, aux antipodes du comportement qu'il affiche sous les tropiques. La fraternité indifférente aux barrières raciales, dans le contexte de la guerre, imprègne par exemple la préface de René MARAN à son roman "Batouala".

L'expérience de la guerre fut un moteur puissant au service de l'émancipation des Noirs du monde entier. Les grands rendez-vous du monde noir de l'entre-deux-guerres, notamment la série des congrès panafricains, orchestré par W.E.B DU BOIS et la NAACP s'inscrivent dans le prolongement de la Grande Guerre.

La question de l'émancipation des peuples noirs d'Afrique y est récurrente. Sous l'influence des élites africaines-américaines, les intellectuels africains conditionnent le processus d'émancipation à un système éducatif de qualité. Le Congolais Paul Panda FARNANA fera de l'éducation le cheval de bataille de son combat, pour l'émancipation et l'indépendance des Congolais. Il bottera en touche concomitamment contre les discriminations raciales, et la violence coloniale tout en plaidant pour une humanisation du système colonial qu'il qualifie de "sodomisation". L'émancipation prend la forme d'un engagement intellectuel et militant dont il n'aura de cesse d'explorer les potentialités avec plus ou moins de bonheur.

Parallèlement à sa trajectoire qui n'ignore pas le dynamisme engendré par l'associatif, émergent au Congo même des mouvements portés par une volonté émancipatrice qui entend modifier le paradigme dans les champs du religieux, par une appropriation inculturée des principes évangéliques, contribuant ainsi à fragiliser l'ordre colonial. D'autres acteurs ont agit dans les coulisses de la grande Histoire. Le mouvement indépendantiste des années 50 ne constitue pas une émanation ex nihilo.

Et voici notre conclusion non conclusive

Aujourd'hui le Congo doit réaliser une émancipation à multiples détentes à la fois : pour déjouer les stratégies exogènes qui tendraient à son démantèlement comme territoire et à sa dissolution comme nation ; pour garantir sa place dans le monde et conduire ses populations à la jouissance du développement et du bonheur.

Pour y arriver les conditions à remplir sont de plusieurs ordres.

Il est impérieux que le Congolais libère son imaginaire des moules prégnants du passé qui induisent défaitisme, pessimisme et passivité. "La faute aux Blancs" : ce mantra n'aura pas permis de sortir de la "grande nuit ". De ce fait l'homme congolais doit avant tout s'émanciper de lui-même en acceptant sa part de responsabilité dans ses malheurs.

Le Congolais a l'obligation de se doter d'un nouvel imaginaire. Et pour ce faire inventer sans cesse dans la confrontation et la compétition avec d'autres peuples sur l'échiquier du monde. L'occasion est belle de s'inspirer des exemples vertueux venus d'ailleurs tout en se prémunissant des travers de la globalisation.

Il faut se méfier du solipsisme et des tentations de ghettoïsation ainsi que des authenticités biaisées qui en sont le fruit.

Il est vital que s'opère la reconversion sincère des intelligences et des cours au service des idéaux nobles et de l'intérêt général. Sans cela, la paix, la bonne gouvernance, la démocratie ne seront que des totems inaccessibles.

Antoine TSHITUNGU KONGOLO
Écrivain
Professeur à l'Université de Lubumbashi (UNILU)

RD Congo

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