Éditorial

L'année 2015 n'a pas vraiment démarré sous de bons auspices. Partout dans le monde, la violence semble avoir pris le dessus sur le bon sens. Attentats terroristes en Europe, enlèvements massifs de jeunes filles au Nigeria, égorgements mis en scène en Syrie, massacres d'étudiants au Mexique, viols systématiques dans l'est de la RD Congo et nouvelles menaces de mort pour le Dr. Denis MUKWEGE, la liste peut encore bien s'allonger sans trop devoir chercher. Et chaque jour, chez nous, on nous bombarde d'avertissements divers,

on arrête des suspects, on supprime des événements "à risque", bref, on est noyé sous un flot d'informations alarmantes et les mesures de sécurité se font de plus en plus envahissantes dans l'espace public. Il n'est évidemment plus question de raboter les budgets de la police ou de l'armée mais au contraire de les réajuster au mieux.

Tous ces malheurs  

et surtout les menaces d'extermination qui pèsent actuellement sur les minorités chrétiennes d'Irak et de Syrie, ainsi que sur les Yésidis de la même région, avec leurs cortèges de foules hagardes fuyant les combats et les massacres, m'ont fait penser à cet éditorial paru dans "L'Africain" n°220 (juin-juillet 2005) et consacré aux génocides actuels et oubliés. Il date de 10 ans déjà mais n'a malheureusement rien perdu de son actualité. Je vous le livre ci-dessous tel qu'il avait été publié alors.

Les Génocides oubliés

Le Petit Larousse illustré 2005 définit le génocide comme : "crime contre l'humanité tendant à la destruction de tout ou partie d'un groupe national, ethnique, racial ou religieux". Naturellement, viennent de suite à l'esprit quand on en parle, les plus récents et les plus "spectaculaires" si on ose employer ce terme pour de telles barbaries, la Shoah, le massacre des Arméniens en 1915, celui de Srebrenica en ex-Yougoslavie, ceux du Rwanda en 1994 ou les exactions des Khmers Rouges au Cambodge dans les années 70. Et pour celui qui veut en savoir plus, nous lui conseillons de consulter la page internet genocidewatch.org/genocidetable.htm sur le site www.genocidewatch.org

En remontant les siècles, nous gardons aussi malheureusement en mémoire l'extinction des Amérindiens après la conquête des Amériques par les Européens et quant aux massacres perpétrés par les hordes de Genghis KHAN, de TAMERLAN, d'ATTILA ou des Croisés en Palestine, cela devient déjà évidemment des souvenirs moins prégnants.

À côté de ces épisodes tragiques et généralement bien connus, il en est d'autres, hélas, qui n'ont pas eu le même retentissement, tout en ayant été aussi tragiques : le massacre des Herero et des Nama en Afrique australe par les Allemands en 1904 en est un exemple qui se redécouvre actuellement et très courageusement, la Ministre allemande de la Coopération, Madame H. WIECZOREK-ZEUN, l'a reconnu et a demandé le pardon des survivants de ce peuple qui vivent dans l'actuelle Namibie (voir son discours en anglais dans D+C, vol. 31, octobre 2004, pp. 392-393). Quand on parle de la Shoah, on pleure les millions de Juifs mais plus rarement les Tziganes qu'Hitler et ses séides ont également cherché à faire disparaître du sol allemand et de l'Europe nazie. Or, comme le dit si bien le Prix Nobel de la Paix Élie WIESEL, "il faut témoigner du passé pour sauver l'avenir".

Il en est d'autres enfin qui ont été, peut-être suite au nombre peu élevé de victimes, complètement occultés et un correspondant nous rappelait récemment que les Africains, dans l'Allemagne nazie, ont été également persécutés et quasi exterminés ou stérilisés afin de ne pas risquer de "contaminer la pureté de la race allemande". Et notre correspondant se montre particulièrement choqué que lors des récentes cérémonies du souvenir à Auschwitz et ailleurs, aucun témoin noir n'ait été invité et qu'aucune personnalité ou institution africaine n'ait été présente. Et pourtant, cette persécution ressortissait bien d'un génocide si l'on en croit les termes du petit Larousse.

Maintenant, faut-il qu'il y ait massacre physique massif pour qu'il y ait génocide ? Est-ce que priver une population de nourriture et de soins en la repoussant dans des déserts ou dans la forêt équatoriale comme nous l'avons vu faire en Afrique centrale à la fin des années 90, est-ce que cela ne peut pas également s'appeler génocide ? Contaminer sciemment une population civile par le virus du sida à travers les viols répétés de la soldatesque, n'est-ce pas aussi une forme de génocide ? Mais ces exactions ne seront pas nécessairement reconnues au même titre que les autres et il semblerait qu'il y ait là des pendules à remettre à l'heure au niveau des réactions de la Communauté internationale.

Malheureusement pour les victimes, sont souvent seuls reconnus comme génocides ceux perpétrés par les vaincus d'un conflit. On n'accusera pas ouvertement les États-Unis des massacres finalement peu utiles de centaines de milliers de civils à Dresde ou à Hiroshima et si le laminage de la résistance tibétaine est quand même évoqué surtout par les ONG des Droits Humains, les gouvernements du monde ne se privent pas de courtiser la Chine pour ses potentialités économiques.    

La vraie question du génocide est peut-être là : comment condamner et punir aussi les crimes parfois abominables commis par les vainqueurs ? On peut en effet se demander ce que peut signifier un concept dont les conséquences ne s'appliquent qu'aux vaincus. N'est-ce pas là une forme de négation sournoise de la notion même de génocide ?

Bref, ce ne serait pas un luxe que d'élever un monument à tous ces génocides oubliés et d'ouvrir tout grand les yeux et les oreilles pour  rester bien attentifs à ce que vainqueurs et vaincus soient traités de la même façon quand ils n'ont pas respecté les Droits Humains.

Eddy VAN SEVENANT

En conclusion, il est bon de se souvenir de ce que contient la Convention sur le génocide qui en fait signale que le génocide s'entend de l'un quelconque des actes ci-après commis dans l'intention de détruire en tout ou en partie un groupe national, ethnique, racial ou religieux comme tel :

1.    Meurtre de membres du groupe ;

2.    Atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe ;

3.    Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ;

4.    Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ;

5.    Transfert forcé d'enfants du groupe à un autre groupe.

 

À l'aune de ces critères, il est clair que dans de nombreuses situations actuelles, la Cour Pénale Internationale aurait de quoi intervenir et condamner les auteurs des faits. Mais tant que les Nations unies seront aussi frileuses pour créer une véritable armée d'intervention et tant que le Conseil de Sécurité sera paralysé par la règle du droit de veto, les massacreurs auront encore et c'est bien triste, de beaux jours devant eux.

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