Hommage à l’Abbé Réginald GREINDL
par les anciens du Collège Saint-André de Kigali

 

La communauté des anciens du Collège Saint-André de Kigali vivant en Europe et au Canada a été très touchée par la disparition de l’Abbé Réginald GREINDL survenue le 22 mars 2014. Co-fondateur et bâtisseur du Collège Saint-André à Nyamirambo, il est considéré comme le plus grand et le plus populaire des directeurs de ce collège fondé en 1957 par le diocèse de Namur à l’initiative de Monseigneur André PERRAUDIN qui lui donna son patronyme.

 

La messe des funérailles de l’Abbé Réginald GREINDL fut célébrée le 27 mars à la Collégiale Sainte-Begge d’Andenne près de Namur. C’est là que, sept mois après, les anciens du Collège Saint-André ont pris l’initiative de rendre un dernier et vibrant hommage au Père Fondateur de leur collège à Nyamirambo. Le lieu choisi pour la cérémonie fut le diocèse de Namur pour des raisons historiques et la date du 30 novembre, le jour de la fête patronale du collège, était conforme à l’événement.

Au programme, ils ont inscrit  des témoignages et une messe précédée d’un dépôt de gerbe de fleurs sur la tombe de l’Abbé Réginald GREINDL en présence d’un de ses neveux dans le cimetière de Landenne où il repose au côté de son frère, l’Abbé Léopold GREINDL, fondateur de l’Institut Supérieur Catholique de Pédagogie Appliquée (ISCPA) de Nkumba à Ruhengeri. La cérémonie a été rehaussée par la présence de son grand frère, le Comte Philippe GREINDL, Lieutenant-Colonel de réserve de l’armée belge, accompagné de son épouse la Comtesse, ainsi que de sa sœur la Baronne Jeanne Chantal Suzanne Andrée GREINDL connue sous le nom de Sœur Chantal, co-fondatrice de l’école des filles de Rwaza des Sœurs de l’Assomption. D’autres membres de l’aristocratie belge et Madame Marie-Marguerite UENTEN, professeur de Physique à l’Université Nationale du Rwanda (UNR) de 1963 à 1968, étaient également présents. Nous étions une soixantaine dont une vingtaine d’anciens du collège.

Des témoignages d’anciens élèves et professeurs du collège, et du frère de l’Abbé GREINDL ont été prononcés après la messe célébrée par l’Abbé Maurice LÉONARD qui lui a succédé au poste de vicaire épiscopal chargé de l’enseignement et qui l’a accompagné pendant ses derniers jours sur terre. La messe a été animée par la chorale des Rwandais de Louvain-la-Neuve présidée par Jean Damascène NDAYISABA, ancien du Petit Séminaire Saint Léon de Kabgayi, et Didace MUDENGE qui a habité à côté du collège Saint-André.

La cérémonie fut organisée par les anciens élèves du Collège Saint-André vivant dans l’Union Européenne (Dr Léonard NDUWAYO, médecin, initiateur et coordonnateur de la cérémonie, Dr Evode TWAGIRAYEZU, spécialiste en didactique des langues, enseignant à Mons et responsable du comité local de contact, Dr Fidèle SIBOMANA, médecin, Eugène NDAHAYO, écrivain et politicien, Rénovat NGWABIJE, ingénieur agronome, et Juvénal NTAWENDERUNDI, ancien diplomate), deux anciens professeurs au collège (Pol GLESNEL de Belgique et son ami le Pr Luc-Normand TELLIER du Canada qui ont bien connu l’Abbé Réginald GREINDL), la famille GREINDL et le diocèse de Namur. Un verre d’amitié entre anciens élèves et professeurs du collège ainsi que leurs familles  et amis fut partagé pour les retrouvailles avant la clôture de la cérémonie.

Le Collège Saint-André fut fondé à Rwamagana en 1957 par trois prêtres envoyés par Monseigneur André-Marie CHARRUE, évêque du diocèse de Namur. Le trio était composé du Chanoine Jacques CUVELIER, de l’Abbé Jacques NOËL, et de l’Abbé Réginald GREINDL. Le collège déménagea à Kigali en 1958 près de l’église Sainte Famille puis à Nyamirambo, son emplacement actuel. L’installation à Nyamirambo a commencé en 1962 pour se terminer définitivement en 1964. Le premier directeur fut le Chanoine Jacques CUVELIER, suivi de l’Abbé Réginald GREINDL, l’Abbé PORTAL, l’Abbé René GÉRARD, l’Abbé Gabriel GOFFINET, l’Abbé André KIBANGUKA et l’Abbé Eustache BUTERA, actuel directeur.

La Belgique a beaucoup contribué à la formation de l’élite rwandaise. Le Collège Saint-André de Kigali a été créé  par le diocèse de Namur, le Collège du Christ-Roi de Nyanza par le diocèse de Liège[1], le Groupe Scolaire de Butare par les Frères de la Charité de Gand, l’École des Humanités Modernes de Byimana par les Frères Maristes, l’École Normale Moyenne de Byumba par les Frères des Écoles Chrétiennes avec l’illustre Frère MANSUY qui en fut directeur pendant plusieurs années, le Lycée Notre Dame de Cîteaux par les Sœurs Bernardines avec la magnanime Sœur Frida. 

Mais le Collège Saint-André avait une mission particulière : "transformer les enfants des pauvres en génies". Ce mot d’ordre fut donné par  Monseigneur André PERRAUDIN au trio de prêtres namurois qui ont fondé le collège, Jacques NOËL, Jacques CUVELIER qui fut le premier directeur, et l’infatigable Réginald GREINDL qui reçut le message 5 sur 5. L’Abbé Réginald GREINDL, deuxième directeur du collège, transforma son collège en un véritable camp retranché. La construction d’un nouveau collège à sa manière fut son obsession sans oublier son rayonnement tant local que national voire international.

Le Professeur Luc-Normand TELLIER, professeur émérite de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) témoigne : "Il y a cinquante ans, le 11 septembre 1964, j’avais dix-neuf ans. Je suis alors devenu le tout premier citoyen canadien à avoir habité et travaillé à Kigali ainsi que le tout premier "muzungu" (Blanc) non-Belge à enseigner au Collège Saint-André.L’Abbé GREINDL était un homme fascinant aux innombrables talents. Il œuvrait, en effet, au collège comme chef d’entreprise en faisant du camionnage, en fabriquant des blocs de béton et en construisant le nouveau collège ; comme architecte en faisant les plans du collège ; comme optométriste et même, à l’occasion, comme infirmier. Il servait, par ailleurs, de "pater familias" aux sept ou huit familles rwandaises qu’il avait prises sous sa protection et qui comprenaient plus de 50 personnes, dont sept ou huit veuves".

Ce témoignage a été confirmé par Pol GLESNEL, ancien professeur de mathématiques et chimie au Collège Saint-André, qui, lui aussi, a bien connu l’Abbé GREINDL. Il lui a rendu également hommage dans un témoignage plein d’anecdotes pour illustrer la complexité du personnage. Pol GLESNEL, qui était accompagné de son épouse Jacqueline à la cérémonie, est arrivé au Rwanda en 1963. Pour sa compétence et sa gentillesse, il est l’un des enseignants du Collège Saint-André les plus appréciés et les plus populaires. Ses anciens élèves étaient très ravis de le revoir.

L’autre témoignage a été donné par le Dr Fidèle SIBOMANA, lauréat de la 2ème promotion de la section latin-sciences au Collège Saint-André. "L’Abbé GREINDL m’a fasciné et m’a façonné, je lui dois tout", a-t-il déclaré dans son intervention. Le Dr SIBOMANA nous a appris que c’est l’Abbé GREINDL qui a lancé l’entrepreneur des bâtiments Antoine SEBERA, qui fut célèbre pour avoir construit la mosquée KADHAFI à Nyamirambo et le complexe abritant la Banque Nationale du Rwanda (BNR). Il nous a appris également que c’est GREINDL qui a lancé son chauffeur de nationalité belge, Victor HOUSSA, dans le transport international. L’Abbé GREINDL avait constaté que tous les camions qui apportaient des vivres (le lait en poudre, du porridge, la farine de maïs appelée yellow au Collège Saint-André et pâte jaune au Lycée Notre-Dame de Cîteaux) du port de Mombassa au Kenya pour être stockés au collège avant d’être acheminés dans les autres établissements scolaires du Rwanda, étaient conduits par des Somaliens. Il voulait donc lancer des Rwandais dans le transport routier international. Comme HOUSSA n’avait pas d’argent, c’est l’Abbé GREINDL qui a créé lui-même la première société de transport international au Rwanda. Son ancien chauffeur devient camionneur. L’Abbé GREINDL forma des camionneurs rwandais, un musulman du quartier Biryogo, un certain Houssein, et Emmanuel de Nyamirambo. Ce témoignage a été confirmé par d’autres intervenants qui ont connu l’Abbé GREINDL.

L’Abbé Réginald GREINDL est considéré comme le plus grand directeur que le Collège Saint-André ait connu. Il reste le plus populaire. Issu de l’aristocratie belge dans laquelle on retrouve des comtes, comtesses et autres barons et baronnes, l’Abbé Réginald GREINDL est resté au Rwanda jusqu’en 1966. Ses méthodes furent parfois contestées, à tort ou à raison, par les autorités politiques et ecclésiastiques, mais son collège restera pendant longtemps une école d’élite réputée pour sa qualité d’enseignement. Les anciens élèves du collège se classaient parmi les meilleurs à l’UNR et dans les grandes universités européennes et américaines. Même l’École Royale Militaire (ERM) belge recrutait au Collège Saint-André. Certains ont connu l’Abbé Réginald GREINDL, mais d’autres qui ne l’ont pas connu, connaissent son œuvre et l’image qui plane toujours sur le Collège Saint-André et ses environs. De plus, la construction et le rayonnement du Collège Saint-André au Rwanda et ailleurs dans le monde témoignent de la magnanimité de l’Abbé GREINDL. En effet, il a contribué au développement des villages autour du collège, quartiers Mumena, Kivugiza et Nyamirambo entre autres, notamment par la construction des logements sociaux et  l’approvisionnement en eau potable.

Selon plusieurs témoignages concordants, l’Abbé GREINDL dirigeait le collège d’une main de fer, "à la taloche". Il contrôlait tout et se mêlait de tout, même les menus au réfectoire "pour améliorer le quotient intellectuel de ses élèves". Il prenait régulièrement son fusil pour aller chasser les hippopotames et autres gibiers dans la zone de chasse du parc national de l’Akagera pour nourrir ses élèves. Il faillit se faire tuer, écorné par un buffle lors de ces séances de chasse qu’il affectionnait. Monseigneur André PERRAUDIN, parrain du collège, lui avait donné une mission délicate qu'il a bien accomplie. "Il a transformé les enfants des pauvres en génies". Effectivement, il a réussi car le collège était l’une des plus prestigieuses écoles secondaires du Rwanda très réputée en matière d’enseignement. La majorité des élèves venaient du monde paysan.

Dans mon témoignage, j’ai donné quelques statistiques sur le palmarès impressionnant du Collège Saint-André en citant le devenir des lauréats de ma promotion n° 13, section latin-sciences et de la section scientifique parallèle à la nôtre. Plusieurs médecins, ingénieurs, chimistes, officiers militaires, et littéraires, parmi eux des écrivains, sont issus de ces deux promotions citées à titre d’exemple. Avant de conclure, j’ai lu le témoignage d’un des premiers étudiants du Collège Saint-André à Rwamagana : " C’est vrai que je suis un des aînés du collège Saint-André, le premier collège des Humanités modernes au Rwanda. Le nom de Saint-André a été donné en l'honneur de Saint André, le saint patron du nouvel évêque de Kabgayi, Mgr André PERRAUDIN. Si je me rappelle bien, c’était en 1957. Les premiers recrutements se faisaient à raison de trois lauréats par paroisse et je fus parmi les trois recrutés dans la paroisse de Kanyanza et j’eus alors l'honneur d'être élève de l'Abbé Reginald GREINDL. 

Une époque où le collège ne dispensait que le premier cycle des Humanités, je dus m’en séparer à mon grand regret pour poursuivre le 2ème cycle dans un autre établissement. C’était en 1961. J’ai continué à m'intéresser au devenir du collège Saint-André et aux nouvelles de l'abbé GREINDL pour qui j'adresse mes pensées les plus émues à l'occasion de cette commémoration à laquelle je m’associe. Que Dieu ait son âme et qu'il repose en paix. Nous penserons toujours à lui".  Signé SHINGIRO MBONYUMUTWA.

Les organisateurs de la cérémonie en la mémoire du co-fondateur et bâtisseur du Collège Saint-André à Nyamirambo tiennent à remercier la famille GREINDL, en particulier son frère le Comte Philippe GREINDL et son épouse madame la Comtesse, qui ont facilité les contacts pour la préparation de cet hommage. Ils remercient également le diocèse de Namur et de façon particulière Monseigneur Pierre VARIN, Évêque-Auxiliaire, l’Abbé Henri GANTY et l’Abbé Maurice LÉONARD de la Collégiale Sainte-Begge d’Andenne pour leur contribution à la réussite de la cérémonie.

Ils profitent également de l’occasion, au moment où le système éducatif au Rwanda a complètement changé, pour rendre hommage à toutes les femmes et à tous les hommes qui, par leurs actions, leur dynamisme, leur dévouement, leurs initiatives, ont consacré leur vie à l’éclosion d’une éducation de qualité dans notre pays. Nous pensons à Sœur Frida, directrice du Lycée Notre Dame de Cîteaux, Marie-Jeanne NOPPEN, directrice du premier lycée scientifique des filles au Rwanda (Lycée Notre Dame de Nyundo [2]), Sœur Chantal, directrice de l’École des filles de Rwaza, Frère MANSUY, directeur de l’École normale moyenne de Byumba, Frère ALVARUS (Léon Jozef BACKX), fondateur du Collège des humanités modernes de Byimana, Chanoine Eugène ERNOTTE du Collège Christ-Roi de Nyanza, Frère Bernard du Groupe Scolaire de Butare, les Sœurs luxembourgeoises qui ont fondé l’École des infirmières de Rwamagana, les Suisses qui ont créé l’École officielle de Mburabuturo, les Sœurs canadiennes qui ont créé l’École sociale de Byumba, les Salésiens fondateurs du Petit Séminaire de Rwesero et de l’École technique de Kicukiro, et bien d’autres qui ont créé des écoles de confession catholique (Petit séminaire de Nyundo, Zaza, Kabgayi et Kansi), adventiste comme la grande École adventiste de Gitwe, protestante comme le Collège de Gahini et l’École des infirmières de Kirinda, pour ne citer que ceux-là. À eux tous et à l’Abbé Réginald GREINDL, le Rwanda restera éternellement reconnaissant.

Dr Léonard NDUWAYO

Chef du Service d’Endocrinologie, Diabétologie et Nutrition

Centre Hospitalier Geneviève de Gaulle Anthonioz
52115 Saint Dizier Cedex
France
E-mail : 
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Site internet : http://www.ch-saintdizier.fr/



[1] NDLR : voir l'article de l'Abbé Marcel VILLERS, Jubilé des 50 ans du Collège du Christ-Roi de Nyanza (Rwanda). Liège, le 2 septembre 2006. In L'Africain n°226, octobre-novembre 2006, pp. 19-21.

[2] NDLR : Voir l'article de la Professeure Donatile MUJAWAMARIYA, Marie-Jeanne NOPPEN vivra toujours. In L'Africain n° 232, décembre 2007-janvier 2008, pp. 2-5.

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