Burkina/ RD Congo
dissemblances et similitudes

 

Dès le début de ce que la presse internationale s’est empressée de qualifier de "printemps noir", les analystes semblent épingler cinq pays (Ouganda, Rwanda, RD Congo, Congo-Brazzaville et Cameroun) dans lesquels le mandat du Chef de l’État approche de l’échéance et, par conséquent, où se profilent des élections présidentielles sur base de révision constitutionnelle annoncée ou supposée. En somme, des scénarios semblables à l’ouragan ayant emporté Blaise COMPAORÉ au Burkina Faso. 

 

Curieusement, ni l’Angola, pays dans lequel le Président José Edouardo DOS SANTOS est au pouvoir de façon discontinue depuis 1979, ni le Tchad, ni le Soudan n’ont été cités.

De tous les pays épinglés, il n’y a aucun dont on puisse dire que la situation ressemble à celle de la RD Congo. À l’heure actuelle, la plupart de ces pays jouissent d’une paix civile notable, résultant parfois d’une chape de plomb imposée par le régime, comme au Rwanda. Seuls l’Ouganda et, dans une moindre mesure, le Soudan au Darfour, connaissent sur leur territoire des dissidences armées. Aucun de tous ces pays n’a été et n’est l’objet d’une menace militaire extérieure ; pas un seul n’a jamais été envahi par des armées étrangères si on excepte l’Ouganda qui fut vaincu par la Tanzanie en 1979 à la suite d’une guerre déclenchée par le Président Idi AMIN DADA.

Parmi eux, deux grands pays par leur superficie : le Soudan (2.500.000 km², 31.809.000 habitants avant la partition) et l’Angola (1.246.700 km², 24.383.000 habitants). Mais aucun n’a un biotope (la forêt tropicale dense) à la dimension de la RD Congo. Sur les 250 millions d’hectares des forêts tropicales, la RD Congo en abrite 57%, contre 10% pour le Congo/Brazzaville. Comme on le sait, ce biotope est particulièrement propice à une activité armée clandestine. Tous les États précités jouissent entièrement de leur souveraineté internationale, alors que la RD Congo abrite la plus grande opération onusienne au monde, avec une présence militaire d’environ 20.000 hommes. Dernièrement, la répression du mouvement dit "Kuluna" par la police congolaise fut vertement critiquée par le responsable des droits de l’homme de la Monusco, le Britannique Scott CAMBELL. À la suite de quoi, ce Monsieur fut déclaré persona non grata. On a alors assisté à un surprenant et musclé échange entre le gouvernement congolais et l’allemand Martin KÖBLER, le Chef de la Mission des Nations unies au Congo. Ce dernier se targua du mandat du Conseil de Sécurité, "supérieur" à la souveraineté congolaise.

À ma connaissance, c’est une situation inédite surtout si on se réfère à Israël, pays qui se fiche des résolutions de l’ONU mais qu’aucune grande puissance ne condamne.   

Le Burkina Faso se situe au Sahel, région largement islamisée depuis plus de dix siècles. L’ethnie mossi y constitue presque la moitié de la population et exerce une influence prépondérante. En RD Congo, il n’y a pas de tribu dans cette posture. Cependant, les Mossi, qui conservent une prestigieuse institution monarchique vieille de plusieurs siècles, comptent aussi une proportion importante de catholiques. Au Sahel, l’influence islamiste est loin d’être négligeable, en particulier au sein d’une jeunesse livrée au chômage, sans avenir. D’ailleurs l’armée du Burkina est présente au Nord du Mali, où elle combat, avec l’armée française notamment, les jihadistes. Dans une région en proie aux conflits, l’ancien Président Blaise COMPAORÉ s’était spécialisé dans la médiation, rôle dans lequel il devint un partenaire apprécié de la communauté internationale. Il fut accusé par certains d’entretenir des relations avec Al Qaëda, sans que cela ne suscite la moindre réaction des Américains. 

Ces éléments de dissemblance soulignés, il sied maintenant de relever les similitudes entre le Burkina et la RD Congo.

Malgré une urbanisation galopante, la population de la RD Congo demeure tributaire d’une culture tribale pour laquelle la mort n’a quasiment pas de cause naturelle. Cette culture rechigne à accepter la défaite. Chez les Africains en général, avouer aux siens qu’on a été battu par plus fort que soi constitue un exercice difficile, alors qu’il est évident que toute lutte consacre un vainqueur, sauf exception. Lorsqu’on perd, c’est que l’autre a triché.

Dans une ville comme Kinshasa dont la population est estimée à dix millions d’habitants, la misère sociale, depuis les années 70, est une des plus fortes du continent noir. Les destructions successives de l’appareil économique surtout par les mesures de zaïrianisation en 1973, puis les pillages de 1991 et 1993 ont mis à terre l’économie naguère la plus prospère de toute la région. Kinshasa, en plus, connaît une montée fulgurante de la criminalité à cause de l’énorme quantité d’armes à feu se trouvant dans des mains indues, du fait que beaucoup de soldats de l’ancienne armée (de MOBUTU) s’étaient évanouis dans la nature avec leurs armes, et par la suite aux actions armées menées par le Rwanda en 1998 pour tenter de prendre la capitale, et enfin par les combats déclenchés par l’ancien Vice-Président Jean Pierre BEMBA dans la capitale. En outre, il semblerait que parmi les expulsés de Brazzaville, certains auraient également introduit des armes.

Depuis les années 90, la capitale congolaise vit un climat de contestation permanente, entretenu par des opposants aux objectifs loin d’être toujours compréhensibles. Depuis 1997, les Swahiliphones sont pointés du doigt, considérés par certains comme des envahisseurs. Aussi, la métropole kinoise est-elle  un chaudron susceptible d’exploser. Par deux fois, le Chef de l’État a pu, lors des deux élections présidentielles passées, éviter l’embrasement en faisant des alliances politiques nécessaires. Qu’en sera-t-il dans deux ans, à la lumière du comportement des politiciens plus préoccupés par leur standing de vie que par la situation de l’Est ?

C’est pourquoi l’intelligence politique du Chef de l’État sera encore plus sollicitée dans les mois qui viennent. À lui de trouver les voies et moyens de préserver la paix civile. À ce sujet, je ne crois même pas que le fait, pour le Président, de renoncer à briguer un nouveau mandat suffirait à lui seul à calmer les esprits. Rien ne pourrait, en effet, écarter l’hypothèse qu’un tel geste ne soit interprété comme un signe de faiblesse, et donc susceptible d’inciter certains à assouvir une rancœur mal contenue.

Toute exaction dans la capitale contre les ressortissants de l’Est serait probablement suivie de représailles, ce qui menacerait gravement l’unité nationale. À plus forte raison que le contexte régional et international indique que la RD Congo a des soucis à se faire. La récente déclaration de M. KÖBLER appelant "au retour de l’argent du Congo placé à l’extérieur" est lourde de sous-entendus, après l’incident rappelé ci-haut de M. SCOTT CAMBELL. Au Rwanda, Human Rights Watch vient de signaler la disparition de près de 100.000 personnes, probablement liquidées par le régime, sans que cela ne suscite le moindre commentaire des États-Unis et d’autres pays occidentaux. Que signifie ce silence qui étonne même certains outre-Atlantique, dont Human Rights Watch  qui a publié un rapport très documenté mais n’ayant suscité aucune réaction ? Si on peut supposer qu’effectivement la police congolaise aurait eu la main lourde dans cette opération contre un groupe accusé de plusieurs assassinats, comment  expliquer que la liquidation de près de 100.000[1] personnes au Rwanda ne suscite aucune réaction occidentale ? À ce jour, des centaines de cadavres humains sont encore charriés par la rivière Akanyaru frontalière du Rwanda et du Burundi. Dans ce dernier pays, une partie de ces cadavres sont récupérés et exposés à la vue des représentants des pays de la communauté internationale. Sans suite.

La conclusion à tirer de cette situation est que l’importance de l’alliance stratégique des USA avec le Rwanda donne à KAGAME le pouvoir de tout faire, un pouvoir que même Israël ne possèderait pas. S’imagine-t-on NETANYAHU massacrer 100.000 Palestiniens sans que le monde ne s’en émeuve ? Il s’ensuit donc que personne ne peut dire avec certitude que Kinshasa serait épargné du même type d’événements qu’à Ouagadougou, vu que même sans dynamique interne, le feu pourrait y être bouté par une main extérieure.

Si Kinshasa s’embrase, ce serait plus qu'Ouagadougou. Blaise COMPAORÉ est parti sans que les frontières du pays soient attaquées. Or si, malheureusement,  le  même scénario se produisait en RD Congo, les armées rwandaises et ougandaises se mettraient immédiatement en mouvement, avec l’intention, cette fois-ci, d’éviter les erreurs qui avaient fait échouer leurs entreprises par le passé.

Pour ma part, je réitère ma conviction que l’intérêt du pays est de garder à la barre Joseph KABILA. Je ne suis demandeur d’aucun poste. J’agis uniquement par patriotisme. J’aspire seulement à ce que notre pays donne un avenir meilleur aux générations suivantes et, si Dieu le veut, que le moment venu mon corps puisse être accueilli par la terre qui m’a vu naître et a vu aussi naître mes parents.      

 

Albert KISONGA MAZAKALA
Gilly, le 2 novembre 2014

 



[1] NDLR : voir à ce sujet l'article (en anglais) de la journaliste Ann GARRISON en cliquant ici et un autre article sur le même thème en cliquant ici.

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