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  • La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996) 

    Thèse doctorale soutenue par le Révérend Père  Rigobert KYUNGU SJ, le 30 juin 2020, à l'Université Grégorienne de Rome.

    Un évènement joyeux après celui des ordinations presbytérale et diaconale des Pères Eric KAMBALE et Stanislas KAMBASHI, le samedi 27 juin 2020.

    L’auditoire ne devant contenir qu’un nombre réduit de participants suite aux restrictions liées à la crise sanitaire en cours, ladite soutenance s’est faite en mode semi publique. Néanmoins, la retransmission en direct sur YouTube a contribué à élargir l’audience.

    De quoi a-t-il été question dans cette thèse discutée en vue de l’obtention du titre de docteur en théologie spirituelle ? La recherche a porté sur la figure du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA SJ, mort martyrisé le 29 octobre 1996 à Bukavu, et dont la cause de béatification avance à grands pas.

     

    Pour s’engager dans cette "aventure", l’auteur de la thèse a été motivé entre autres par le témoignage de vie de l’ancien archevêque de Bukavu. Ce dernier, à travers son engagement aussi bien sociopolitique que pastoral, a laissé des traces qui méritent d’être mises en évidence. Une autre motivation est le discernement spirituel qui caractérisait ce serviteur de Dieu. C’était, souligne le Père KYUNGU, un homme dont le discernement spirituel était au cœur de ses actions dans sa vie d’africain, de prêtre jésuite et d’évêque.

    La thèse porte le titre de "La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996)". Elle s’articule sur six grands chapitres. Dans un premier moment, l’auteur décrit la région des Grands-Lacs dans laquelle est né et a œuvré Mgr MUNZIHIRWA. Une description qui prend en compte la période trouble du génocide au Rwanda en 1994, mais aussi la guerre au Congo en 1996, dite la guerre de libération, ayant occasionné la chute du Maréchal MOBUTU, après 32 ans de règne.

    En second lieu, l’auteur dresse une biographie de l’ancien archevêque de Bukavu, depuis sa naissance à Burhale dans le Bushi, jusqu’à son ordination épiscopale inclusivement. Cette biographie se veut suffisamment fouillée, dans le but de contribuer à l’avancement du procès de béatification du serviteur de Dieu.  Le troisième chapitre couvre le ministère épiscopal du prélat à Kasongo où il est resté 8 ans. L’auteur a voulu mettre en exergue ces années qui sont souvent oubliées dans beaucoup de biographies. Le quatrième chapitre développe l’étape de Bukavu où Mgr MUNZIHIRWA a exercé son ministère épiscopal de manière très intense pendant deux ans, dans le contexte de guerre et ce, jusqu’à son martyre. Ici, l’auteur discute aussi la question du martyre " in odium fidei ". 

    D’autre part, la dissertation comprend une partie analytique qui scrute la figure de Mgr MUNZIHIRWA à partir de son enracinement dans la culture africaine, entre autres. Ainsi, le cinquième chapitre analyse-t-il 55 proverbes utilisés par Mgr MUNZIHIRWA, en les insérant dans les genres poétiques de la littérature orale africaine.  Pour notre auteur, Mgr MUNZIHIRWA a montré que l’Afrique est riche et que ses richesses culturelles ne peuvent être balayées ni abandonnées comme si elles n’étaient pas importantes. L’attachement à sa culture a aidé Mgr MUNZIHIRWA à intérioriser, ou mieux, inculturer non seulement l’évangile, mais aussi la spiritualité ignatienne au point de faire de lui un homme à la fois "entièrement africain et entièrement jésuite". L’auteur démontre donc que la culture africaine et la spiritualité ignatienne convergent harmonieusement dans la personne de Mgr MUNZIHIRWA. Enfin, au sixième chapitre, le discernement apparaît comme un thème clé dans la discussion, puisque, selon l’auteur, il constitue un outil efficace utilisé par le serviteur de Dieu tout au long de sa vie, générant en lui une vraie liberté intérieure. La thèse chute en dépeignant le profil spirituel de Mgr MUNZIHIRWA, affirmant que sa spiritualité se fonde sur la prière et l’Eucharistie, la dévotion mariale, l’engagement pour la paix et la justice, la pauvreté évangélique, la croix du Christ, le discernement spirituel, la liberté intérieure, l’inculturation et enfin le sens de l’Eglise.

    Au terme de la présentation par le récipiendaire des résultats de sa recherche, un dialogue s’est engagé avec le jury pour expliquer davantage et tirer au clair tous les hémisphères de ce travail scientifique. Après délibération, le jury a salué la rigueur et la qualité du travail accompli. Dans le respect des normes de la Grégorienne, le jury n’a pas immédiatement rendu public son verdict ; il appartient aux services du secrétariat de l’Université de le communiquer au récipiendaire par les voies ordinaires. Le père KYUNGU recevra donc le titre de docteur après la publication partielle ou totale de sa thèse. Profitiat !

    Pour célébrer la joie de cet évènement, les Jésuites présents à la cérémonie ainsi que d’autres invités se sont retrouvés dans la communauté du Gesù où un verre d’amitié a été partagé.

    En outre, pour joindre l’utile à l’agréable, un partage de repas a été organisé le mercredi 1er juillet 2020 dans un restaurant de la place pour célébrer avec quelques invités les trois évènements joyeux de l’ACE-Rome : thèse, ordinations presbytérale et diaconale.

    C’est par ces événements heureux que s’achève l’année académique. Se pliant aux aléas du transport aérien dans les circonstances actuelles, les uns attendent de s’envoler sous d’autres cieux, alors que d’autres ont décidé de passer l’été en Italie ou en Europe. Désormais l’ACE-Rome a un nouveau coordinateur pour l’année académique 2020-2021 en la personne de Camille MUKOSO à qui nous souhaitons beaucoup de succès dans ce service.

    Jean-Paul KAMBA, SJ

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    Vingtième anniversaire de l'assassinant de
    Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO 
    (01/01/1926-29/10/1996) 

    Par Jean NYEMBO, sj
    Commission Foi et Promotion de la Justice

    Bien chers amis dans le Seigneur,

    Paix à vous !

    Nous célébrons aujourd'hui, 29 octobre 2016, le vingtième anniversaire de l'assassinat de notre frère, pasteur de l'Eglise de Bukavu, Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO. Mzee, comme nous l'appelions respectueusement et affectueusement, est mort sur le champ de batailles, la croix à la main comme seule arme qu'il possédait.

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  • Saint Nicolas et Père Fouettard : qui sont-ils ?
    Et quel est leur impact sur les enfants belgo-africains ?

     

    Par Mireille-Tsheusi ROBERT
    BAMKO asbl
     

    Connaissez-vous le "Sauvage d'Ath "? Le "Diable Magnon" ? Ou les "Basoulous de Basècles" ? Vous n'avez sûrement jamais entendu parler de ces sauvages hainuyers si vous n'êtes pas originaire de cette région. Peut-être connaîtrez-vous mieux les Noirauds bruxellois ou le Zwarte Piet anversois ? Dans l'espace francophone, Zwarte Piet, littéralement Pierrot-Le-Noir, est appelé Père Fouettard, le joyeux mais répressif compagnon de Saint Nicolas. Ces figures folkloriques souvent enchaînées, parfois affublées de cornes, dansant, chantant et vociférant à l'encontre des badauds lors du carnaval de la "Ducasse", de la fête de Saint Nicolas ou lors de la procession des Noirauds ont toutes un point commun : le maquillage en noir du visage ou le "blackface".

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  • CPI. Les doutes du procès BEMBA
    Y a-t-il vraiment eu crimes contre l’humanité à Bangui 
    en 2002 et 2003 ?

    Par WINA LOKONDO
    Historien, journaliste indépendant

     Le 24 mai 2008, Jean-Pierre BEMBA, sénateur et ancien Vice-président de la RD Congo de 2003 à 2006, est arrêté en début de soirée dans sa résidence de Rhode-Saint-Genèse, un quartier périphérique de Bruxelles, en exécution du mandat d’arrêt international lancé contre lui par le procureur près la Cour Pénale Internationale. Il sera transféré, après neuf jours de détention dans la capitale belge, à la prison de la CPI de Scheveningen, un faubourg de La Haye. Il y est, à ce jour.

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  • Analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo
    aux organisations internationales africaines

     

    Par       Adolphe AMANI BYENDA[1]
    Germain NGOIE TSHIBAMBE[2]

     

    Résumé : Depuis la fin de la première et de la deuxième guerre mondiale, les organisations internationales jouent  un rôle très important dans les différents secteurs de la vie à cause de leur efficacité de réponse rapide aux problèmes urgents des États. À cet égard, il s’avère, sur base de nos résultats, que l’appartenance des États à plusieurs organisations notamment sous-régionales, régionales ou intercontinentales constitue un avantage  tant sur le plan politique, économique que sécuritaire. Le présent article se fixe comme objectif, l’analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines. À partir de cette recherche, nous comprenons que les facteurs géographique, historique, sécuritaire, économique, politique et culturel,… sont autant d'éléments qui justifient l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines.  

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  • MENDE, KAMBILA et les sanctions impériales

     

    Par MBELU BABANYA KABUDI

    Les sanctions prises par les USA et l'UE à l'endroit de certains membres de ''la kabilie'' ont suscité quelques réactions en son sein. L'ex-porte-parole du gouvernement démissionnaire  de MATATA PONYO, Lambert MENDE, fort de ses études de droit, les a sévèrement critiquées ce lundi 12 décembre 2016. Voici ce qu'il dit :

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    Cosmos EGLO, Du sang sur le miroir. Paris, L'Harmattan, 2012. 200 pages.

    Par Eddy VAN SEVENANT

    Ames sensibles s'abstenir ! De la première à la dernière page, c'est un déferlement de violences et des bains de sang toujours renouvelés que l'auteur nous propose ici afin d'illustrer la situation déplorable de certains pays africains post-coloniaux, livrés à toutes les turpitudes de leurs "élites", sanguinaires à souhait et soutenues à bout de bras par des puissances extérieures (dans le cas présent la France et les USA) qui y trouvent l'opportunité de garder la main sur le pays tout en n'y étant plus officiellement présentes.

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    Par Modeste WASSO

    Griet BROSENS, Du Congo à l’Yser. 32 soldats congolais dans l’armée belge durant la Première Guerre mondiale. Traduit du néerlandais (Belgique) par Charles FRANKEN. Waterloo, éditions Luc Pire (www.editionslucpire.be), 2016. 271 pages. 24,90 €

    Voici un livre qui ouvre une page de l’histoire commune à la Belgique et au Congo des années  1914-1918. "Du Congo à l’Yser"  relate  l’histoire, longtemps occultée, des Congolais arrivés en Belgique, à la fin du 19ème siècle (les premières arrivées datent de 1885) en tant que militaires et qui ont combattu sous le drapeau belge pendant la première guerre mondiale, 1914-1918.

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  • Par Eddy VAN SEVENANT

    Collectif, État des résistances dans le Sud : Afrique. Alternatives Sud (Revue trimestrielle). Volume 23-2016/4. Centre Tricontinental  (Louvain-la-Neuve) et Éditions Syllepse (Paris) – 215 pages. 13 €

    Cet ouvrage fait partie d'une série qui fait le point régulièrement sur les oppositions politiques, féministes, paysannes, etc. aux régimes en place dans différents pays du Sud, principalement d'ailleurs sur le continent africain.

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  • Groupes armés et problématique de développement
    du territoire de Fizi (RD Congo)


    par BAWILI LUKELE Tango
    département des Sciences Politiques et Administratives 
    Université Officielle de Bukavu
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    Résumé : Par leurs actions, les groupes armés ont influé et influent négativement sur le développement de ce territoire ; ils y créent une instabilité permanente depuis de longues années. Cette instabilité entraîne des conséquences désastreuses notamment sur les plans politique, administratif, sécuritaire, économique, etc. Cet état des choses empêche les pouvoirs publics et les populations locales d'exploiter les multiples potentialités naturelles en vue de booster son développement. Ceci explique dans une certaine mesure le sous-développement de ce territoire. De ce fait, il importe que l’État se réveille, rétablisse la paix et suscite le développement de ce territoire en impliquant les populations locales.

    Introduction    

    Depuis plus d’une décennie, l’est de la RD Congo est en proie à une instabilité sécuritaire dont les causes sont à la fois internes et externes. L’ampleur et les effets de cette situation sont différemment vécus d’une province à une autre. Au Sud-Kivu, l’émergence et la résurgence des groupes armés entraînent une instabilité sécuritaire qui, par conséquent, étouffe les actions du développement. 

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La culture comme moteur de développement (I)

en République de Guinée (Conakry)[1]

1. La culture, essai de définition 

La notion de culture est inhérente à toute réflexion humaine sur ce qui a trait à l’homme, à son vécu et plus largement à l’humanité. Elle se révèle comme un outil opératoire adéquat pour analyser l’ensemble des pratiques sociales, économiques, politiques, religieuses, etc. d’une collectivité. Dans cette réflexion la notion de culture doit être comprise dans son sens le plus étendu : "mode de vie et de pensée".

 

 

Même si de nos jours on parle de culture animale, la culture a longtemps été considérée comme un trait caractéristique de l’humanité, qui distingue l’homme de l’animal. Ainsi, la notion de culture s’oppose-t-elle à la barbarie, disposition insensée qu’on attribue habituellement au comportement bestial. Depuis la Grèce antique, l’homme est appelé "Zoon Politikon" (animal politique), c’est-à-dire être pensant, doué de raison (logos). C’est cette nature "réfléchie" de l’homme qui confère à la culture le statut de "ce qui est commun à un groupe d’individus", les savoirs partagés ou connaissances encyclopédiques, des valeurs qui soudent la communauté. Ainsi, l’UNESCO, institution internationale des Nations unies, qui appréhende la culture dans son sens le plus large, la définit comme : "L’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes des valeurs, les traditions, les croyances".

Ce réservoir commun, qui reflète la manière d’être, de penser, d’agir et de communiquer ensemble étant appris et partagé par tous les membres d’une même société, sert à la fois, d’une manière subjective et symbolique, à souder les citoyens en une collectivité particulière et distincte.

Les paramètres de ma réflexion ainsi posés, je vais à présent revisiter la trajectoire de la notion de culture, ce qui permettra aussitôt après cette synthèse historique, d’introduire le vif du sujet : la dimension culturelle du développement dans un contexte spécifique à la Guinée.

2. De la notion de culture à la culture comme facteur de développement

Si le XVIIIème siècle peut être considéré comme la période de formation moderne de la notion de culture, il faut observer toutefois qu’en 1700 déjà, culture est un mot ancien dans le vocabulaire français. Issu du latin cultura qui signifie "soins apportés aux champs et aux bétails", il apparaît vers la fin du XIIIème siècle pour désigner "une parcelle de terre cultivée".

Au XVIème siècle, culture ne signifie plus un état (celui de la chose cultivée) mais une action (le fait de cultiver la terre). Comme on le voit, le passage de l’état à l’action atteste qu’à partir de la seconde moitié du XVIème siècle se forme le sens figuré de culture, qui va évoluer continuellement au fil des années parallèlement à l’évolution de l’humanité. Cette formation du sens pour désigner "culture d’une faculté" c’est-à-dire "travailler à la développer" assure le passage de la culture de la terre à la culture scientifique et pratique de l’esprit humain. En d’autres termes, pour revenir au sujet de ma communication, je pense concrètement que le socle du développement de la Guinée doit avant tout se bâtir sur la maîtrise des connaissances scientifiques et techniques.

En effet, science et technique sont en interaction permanente puisque les techniques sont la résultante des applications de la science dans la société. Même si la science est en partie construite par l’éducation et l’enseignement, elle englobe un aspect important de construction active de la part de l’individu, c’est-à-dire du jeune guinéen en l’occurrence. Elle comprend aussi une part de structuration de l’esprit humain vis-à-vis de l’ensemble des connaissances. Cette structuration confère au sujet cultivé la capacité de rattacher un quelconque domaine d’étude à ses connaissances. Dans l’arrière-plan de l’expression "capacité de rattacher les connaissances à un domaine social donné" se trame les notions de "savoir-faire et savoir-être" qui, me semble-t-il, font le plus défaut à la Guinée aujourd’hui.

Pris dans un mouvement inverse de "nourriture de l’esprit", on passe de la culture appréhendée comme "action d’instruire" à la culture considérée comme "état de l’esprit cultivé par l’instruction" ou état de l’individu qui a la culture, lequel la "métabolise" dans un domaine d’activité social donné. Il est pour moi évident de considérer que c’est de cet état de l’individu qui a la culture dont la Guinée a le plus besoin. En d’autres termes, je veux parler ici de "l’état d’esprit qui pense, l’état d’esprit qui invente". En effet, je pense plus concrètement que la capacité de concevoir un projet ou des projets de société correspond à un mouvement de mise en œuvre d’énergies créatrices, qui impulse le développement d’autres secteurs d’activités humaines. À mon avis, ces ressources créatrices, génératrices de développement, sont indispensables à tout pays qui aspire au bien-être de son peuple. 

Mais avant de développer plus amplement cette question essentielle, il s’avère important pour moi de préciser qu’au siècle des Lumières, la culture acquiert une autre acception : "la somme des savoirs accumulés et transmis par l’humanité, considérée comme une totalité au cours de son histoire". La culture est alors associée aux idées de progrès, d’éducation, d’évolution. Il en résulte que le progrès soit social, économique, artistique, etc., il naît de l’instruction, c’est-à-dire de la culture toujours plus étendue. Ce qui revient donc à admettre que c'est l’extension de l’instruction ou plus concrètement l’accès aux connaissances de toutes les couches sociales de la Guinée, qu’on nomme habituellement par l’expression "génie du peuple" qui libérera les énergies créatrices. L’idée contenue dans la notion de culture participe ainsi de l’optimisme, de la confiance en l’avenir de l’être humain. 

La culture est proche aussi d’une autre notion qui va connaître un grand succès : civilisation dont le sens plus étendu a été introduit et imposé par l’esprit petit bourgeois pour désigner "le raffinement des mœurs collectives". La notion de culture s’enrichit ainsi d’une dimension collective en France. Elle ne se rapporte plus seulement qu’au développement intellectuel de l’individu mais plus largement, elle désigne désormais "un ensemble de caractères propres à une communauté". La culture est alors l’expression de la totalité de la vie sociale de l’homme. Elle se caractérise par sa dimension collective en embrassant les couches et catégories sociales, et globale parce qu’elle concerne tous les domaines d’activités sociales et donc de la vie humaine. 

Selon toute logique la définition précédente fait écho à l’idée défendue par Claude LÉVI-STRAUSS dans les années 50. À cette période déjà, l’auteur affirme de manière programmatique que "toute culture est considérée comme un ensemble de systèmes au premier rang desquels se placent le langage, les règles matrimoniales, les rapports économiques, l’art, la science, la religion" (1950 : 19).

Toutes ces réalités, qui embrassent divers aspects sociaux se rapportant à la vie de l’homme, entretiennent des rapports entre eux. L’interdépendance entre tous ces aspects de la réalité sociale atteste qu'il ne suffit pas aux citoyens guinéens, à l’image de tout peuple d’ailleurs, d’avoir, entre autres, de l’eau potable, de l’électricité, des hôpitaux, mais il faut bien que les infrastructures immobilières, routières, scolaires, sanitaires, que sais-je encore, s’accompagnent d’une écologie du vivre ensemble dans la tolérance et que l’État guinéen garantisse les libertés individuelles et collectives, la paix sociale et la concorde nationale bien au-delà des vains mots de multipartisme et de démocratie, valeurs républicaines souvent galvaudées par les acteurs politiques.

Toutes ces considérations invitent à postuler qu’en matière de développement, l’économie déborde largement l’économique pour couvrir le vaste domaine de la réalité sociale. Ainsi, le développement de la Guinée se définit-il en termes "d’épanouissement de la Guinée et des citoyens guinéens au-delà de l’augmentation des biens et des services". Cela revient à admettre ainsi que le développement consiste en une transformation sociale globale dans le but d’apporter une vie qualitativement meilleure. Or, l’épanouissement de ce qui est humain en l’Homme c’est la culture. À partir de maintenant se profile à l’horizon de ma réflexion la différence entre la croissance, qui concerne la seule dimension économique et le développement qui embrasse tous les domaines de la vie de  l’Homme.

En intégrant à la composante économique la dimension culturelle, le développement acquiert un contenu centré sur la qualité de vie des citoyens. Ainsi, l’objectif fondamental du développement de la Guinée visera donc à améliorer de manière continue le bien-être matériel et moral au grand bénéfice de tous les Guinéens. Pour que cela soit possible, la stratégie de développement à mettre en œuvre doit reposer sur une action commune de tous les citoyens en vue d’améliorer toutes les sphères de la vie sociale : éducation, santé, démocratie, justice, sécurité, etc. D’où la question primordiale des rapports entre développement et culture qui se pose dans le contexte spécifique de l’histoire politique de la Guinée que je vais aborder maintenant en trois volets. 

3. Quand développement rime avec culture

Les enseignements tirés de l’histoire attestent que l’approche exclusivement économique mise en œuvre au lendemain de la seconde guerre mondiale apparaît très tôt comme inopérante à cause des multiples échecs enregistrés un peu partout dans le monde. En effet, l’examen des limites du processus de développement économique révèle aux experts et spécialistes des questions essentielles qui se situent au-delà de l’économique. Ce diagnostic une fois posé, nombreux sont les théoriciens qui mettent dans la foulée l’accent sur l’importance que représentent la justice sociale, l’égalité, l’éducation, la santé, la sécurité, etc. comme facteurs sociaux de développement.

C’est ainsi qu’à la suite des experts des Institutions internationales, un indice de développement a été conçu en 1990 non pas sur la base de la seule croissance économique mais à partir de tous les indicateurs fondamentaux du bien-être humain, dont entre autres :

·      L’espérance de vie

·      Le niveau d’éducation et

·      Le pouvoir d’achat réel par habitant

Plus récemment en 2004, le PNUD, dans son rapport annuel, a mis en avant l’importance et la place de la "liberté culturelle dans un monde diversifié", la situant ainsi au centre du dispositif visant à l’amélioration des conditions de vie de l’humanité. En admettant que le développement soulève aussi une question culturelle, les experts valident du même coup la pertinence du postulat selon lequel : il n’y a pas de développement harmonieux, équilibré et juste possible sans liberté culturelle. Ainsi, la culture influence-t-elle tous les secteurs des activités humaines. 

En postulant la prise en compte de la composante culturelle dans le dispositif d’un plan de développement de la Guinée, on admet d’emblée que les activités culturelles, comprises dans le sens le plus large du terme, doivent figurer dans les projets et programmes de développement au même titre que les autres secteurs économiques apparemment plus rentables. J’adhère donc à l’hypothèse qu’il ne peut pas y avoir de développement harmonieux de la Guinée sans un minimum de cohérence des systèmes culturels des peuples appartenant aux quatre régions naturelles en osmose avec les cultures venant d’ailleurs. Ce qui revient à considérer que la force de la culture guinéenne doit résider dans sa plasticité, son dynamisme et dans son aptitude à assumer les changements indispensables pour l’épanouissement du bien-être des Guinéens.

Sans doute faut-il observer de toutes les considérations précédentes que dans le creuset du développement dont l’Homme est la finalité, la composante culturelle occupe une place essentiellement primordiale. Ainsi, de manière programmatique, je considère justement que, pour que les enjeux culturels du développement s’enracinent dans le mode vie du peuple guinéen, la Guinée doit :

·      S’ouvrir à la modernité

·      Prendre acte des mutations dans un monde dominé par la mondialisation et

·      Engager le peuple dans un processus d’adaptation nécessaire à la nouvelle conjoncture internationale.

 

Comment la dimension culturelle va-t-elle conditionner l’orientation fondamentale du développement, son style et son type en Guinée ?

Comment consolider la nation guinéenne tout en intégrant ses différentes cultures régionales ? Quels obstacles au développement faut-il vaincre pour assurer le bien-être des Guinéens ?

En postulant que la promotion de la culture est un facteur de développement en Guinée, comment en faire un levier de mobilisation des forces vives et vitales pour l’enclencher et l’orienter dans le sens souhaité ?

Enfin, comment faire pour que le projet de développement de la Guinée soit bâti sur la base d’une dynamique transversale en vue d’accompagner l’économique, le social, le politique, etc. ? 

Le champ de ma réflexion balisé, je vais maintenant explorer les différentes questions ainsi posées en vue d’aborder plus concrètement les différents axes de la culture comme moteur de développement en Guinée.   
(à suivre)

Alpha OUSMANE BARRY

Professeur des Universités

Fondateur du Réseau Discours d'Afrique
Université de Bordeaux Montaigne 
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Dans notre prochaine newsletter, vous trouverez une application pratique de cette théorie avec le cas de la Guinée Conakry. 

 

(1) Exposé donné le 22/02/2014 à l'Université Libre de Bruxelles à l'occasion de la conférence sur le développement de la Guinée Conakry organisée par le Cercle du Conseil des Étudiants guinéens en Belgique (CCEG-B).

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