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  • La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996) 

    Thèse doctorale soutenue par le Révérend Père  Rigobert KYUNGU SJ, le 30 juin 2020, à l'Université Grégorienne de Rome.

    Un évènement joyeux après celui des ordinations presbytérale et diaconale des Pères Eric KAMBALE et Stanislas KAMBASHI, le samedi 27 juin 2020.

    L’auditoire ne devant contenir qu’un nombre réduit de participants suite aux restrictions liées à la crise sanitaire en cours, ladite soutenance s’est faite en mode semi publique. Néanmoins, la retransmission en direct sur YouTube a contribué à élargir l’audience.

    De quoi a-t-il été question dans cette thèse discutée en vue de l’obtention du titre de docteur en théologie spirituelle ? La recherche a porté sur la figure du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA SJ, mort martyrisé le 29 octobre 1996 à Bukavu, et dont la cause de béatification avance à grands pas.

     

    Pour s’engager dans cette "aventure", l’auteur de la thèse a été motivé entre autres par le témoignage de vie de l’ancien archevêque de Bukavu. Ce dernier, à travers son engagement aussi bien sociopolitique que pastoral, a laissé des traces qui méritent d’être mises en évidence. Une autre motivation est le discernement spirituel qui caractérisait ce serviteur de Dieu. C’était, souligne le Père KYUNGU, un homme dont le discernement spirituel était au cœur de ses actions dans sa vie d’africain, de prêtre jésuite et d’évêque.

    La thèse porte le titre de "La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996)". Elle s’articule sur six grands chapitres. Dans un premier moment, l’auteur décrit la région des Grands-Lacs dans laquelle est né et a œuvré Mgr MUNZIHIRWA. Une description qui prend en compte la période trouble du génocide au Rwanda en 1994, mais aussi la guerre au Congo en 1996, dite la guerre de libération, ayant occasionné la chute du Maréchal MOBUTU, après 32 ans de règne.

    En second lieu, l’auteur dresse une biographie de l’ancien archevêque de Bukavu, depuis sa naissance à Burhale dans le Bushi, jusqu’à son ordination épiscopale inclusivement. Cette biographie se veut suffisamment fouillée, dans le but de contribuer à l’avancement du procès de béatification du serviteur de Dieu.  Le troisième chapitre couvre le ministère épiscopal du prélat à Kasongo où il est resté 8 ans. L’auteur a voulu mettre en exergue ces années qui sont souvent oubliées dans beaucoup de biographies. Le quatrième chapitre développe l’étape de Bukavu où Mgr MUNZIHIRWA a exercé son ministère épiscopal de manière très intense pendant deux ans, dans le contexte de guerre et ce, jusqu’à son martyre. Ici, l’auteur discute aussi la question du martyre " in odium fidei ". 

    D’autre part, la dissertation comprend une partie analytique qui scrute la figure de Mgr MUNZIHIRWA à partir de son enracinement dans la culture africaine, entre autres. Ainsi, le cinquième chapitre analyse-t-il 55 proverbes utilisés par Mgr MUNZIHIRWA, en les insérant dans les genres poétiques de la littérature orale africaine.  Pour notre auteur, Mgr MUNZIHIRWA a montré que l’Afrique est riche et que ses richesses culturelles ne peuvent être balayées ni abandonnées comme si elles n’étaient pas importantes. L’attachement à sa culture a aidé Mgr MUNZIHIRWA à intérioriser, ou mieux, inculturer non seulement l’évangile, mais aussi la spiritualité ignatienne au point de faire de lui un homme à la fois "entièrement africain et entièrement jésuite". L’auteur démontre donc que la culture africaine et la spiritualité ignatienne convergent harmonieusement dans la personne de Mgr MUNZIHIRWA. Enfin, au sixième chapitre, le discernement apparaît comme un thème clé dans la discussion, puisque, selon l’auteur, il constitue un outil efficace utilisé par le serviteur de Dieu tout au long de sa vie, générant en lui une vraie liberté intérieure. La thèse chute en dépeignant le profil spirituel de Mgr MUNZIHIRWA, affirmant que sa spiritualité se fonde sur la prière et l’Eucharistie, la dévotion mariale, l’engagement pour la paix et la justice, la pauvreté évangélique, la croix du Christ, le discernement spirituel, la liberté intérieure, l’inculturation et enfin le sens de l’Eglise.

    Au terme de la présentation par le récipiendaire des résultats de sa recherche, un dialogue s’est engagé avec le jury pour expliquer davantage et tirer au clair tous les hémisphères de ce travail scientifique. Après délibération, le jury a salué la rigueur et la qualité du travail accompli. Dans le respect des normes de la Grégorienne, le jury n’a pas immédiatement rendu public son verdict ; il appartient aux services du secrétariat de l’Université de le communiquer au récipiendaire par les voies ordinaires. Le père KYUNGU recevra donc le titre de docteur après la publication partielle ou totale de sa thèse. Profitiat !

    Pour célébrer la joie de cet évènement, les Jésuites présents à la cérémonie ainsi que d’autres invités se sont retrouvés dans la communauté du Gesù où un verre d’amitié a été partagé.

    En outre, pour joindre l’utile à l’agréable, un partage de repas a été organisé le mercredi 1er juillet 2020 dans un restaurant de la place pour célébrer avec quelques invités les trois évènements joyeux de l’ACE-Rome : thèse, ordinations presbytérale et diaconale.

    C’est par ces événements heureux que s’achève l’année académique. Se pliant aux aléas du transport aérien dans les circonstances actuelles, les uns attendent de s’envoler sous d’autres cieux, alors que d’autres ont décidé de passer l’été en Italie ou en Europe. Désormais l’ACE-Rome a un nouveau coordinateur pour l’année académique 2020-2021 en la personne de Camille MUKOSO à qui nous souhaitons beaucoup de succès dans ce service.

    Jean-Paul KAMBA, SJ

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    Vingtième anniversaire de l'assassinant de
    Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO 
    (01/01/1926-29/10/1996) 

    Par Jean NYEMBO, sj
    Commission Foi et Promotion de la Justice

    Bien chers amis dans le Seigneur,

    Paix à vous !

    Nous célébrons aujourd'hui, 29 octobre 2016, le vingtième anniversaire de l'assassinat de notre frère, pasteur de l'Eglise de Bukavu, Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO. Mzee, comme nous l'appelions respectueusement et affectueusement, est mort sur le champ de batailles, la croix à la main comme seule arme qu'il possédait.

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  • Saint Nicolas et Père Fouettard : qui sont-ils ?
    Et quel est leur impact sur les enfants belgo-africains ?

     

    Par Mireille-Tsheusi ROBERT
    BAMKO asbl
     

    Connaissez-vous le "Sauvage d'Ath "? Le "Diable Magnon" ? Ou les "Basoulous de Basècles" ? Vous n'avez sûrement jamais entendu parler de ces sauvages hainuyers si vous n'êtes pas originaire de cette région. Peut-être connaîtrez-vous mieux les Noirauds bruxellois ou le Zwarte Piet anversois ? Dans l'espace francophone, Zwarte Piet, littéralement Pierrot-Le-Noir, est appelé Père Fouettard, le joyeux mais répressif compagnon de Saint Nicolas. Ces figures folkloriques souvent enchaînées, parfois affublées de cornes, dansant, chantant et vociférant à l'encontre des badauds lors du carnaval de la "Ducasse", de la fête de Saint Nicolas ou lors de la procession des Noirauds ont toutes un point commun : le maquillage en noir du visage ou le "blackface".

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  • CPI. Les doutes du procès BEMBA
    Y a-t-il vraiment eu crimes contre l’humanité à Bangui 
    en 2002 et 2003 ?

    Par WINA LOKONDO
    Historien, journaliste indépendant

     Le 24 mai 2008, Jean-Pierre BEMBA, sénateur et ancien Vice-président de la RD Congo de 2003 à 2006, est arrêté en début de soirée dans sa résidence de Rhode-Saint-Genèse, un quartier périphérique de Bruxelles, en exécution du mandat d’arrêt international lancé contre lui par le procureur près la Cour Pénale Internationale. Il sera transféré, après neuf jours de détention dans la capitale belge, à la prison de la CPI de Scheveningen, un faubourg de La Haye. Il y est, à ce jour.

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  • Analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo
    aux organisations internationales africaines

     

    Par       Adolphe AMANI BYENDA[1]
    Germain NGOIE TSHIBAMBE[2]

     

    Résumé : Depuis la fin de la première et de la deuxième guerre mondiale, les organisations internationales jouent  un rôle très important dans les différents secteurs de la vie à cause de leur efficacité de réponse rapide aux problèmes urgents des États. À cet égard, il s’avère, sur base de nos résultats, que l’appartenance des États à plusieurs organisations notamment sous-régionales, régionales ou intercontinentales constitue un avantage  tant sur le plan politique, économique que sécuritaire. Le présent article se fixe comme objectif, l’analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines. À partir de cette recherche, nous comprenons que les facteurs géographique, historique, sécuritaire, économique, politique et culturel,… sont autant d'éléments qui justifient l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines.  

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  • MENDE, KAMBILA et les sanctions impériales

     

    Par MBELU BABANYA KABUDI

    Les sanctions prises par les USA et l'UE à l'endroit de certains membres de ''la kabilie'' ont suscité quelques réactions en son sein. L'ex-porte-parole du gouvernement démissionnaire  de MATATA PONYO, Lambert MENDE, fort de ses études de droit, les a sévèrement critiquées ce lundi 12 décembre 2016. Voici ce qu'il dit :

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    Cosmos EGLO, Du sang sur le miroir. Paris, L'Harmattan, 2012. 200 pages.

    Par Eddy VAN SEVENANT

    Ames sensibles s'abstenir ! De la première à la dernière page, c'est un déferlement de violences et des bains de sang toujours renouvelés que l'auteur nous propose ici afin d'illustrer la situation déplorable de certains pays africains post-coloniaux, livrés à toutes les turpitudes de leurs "élites", sanguinaires à souhait et soutenues à bout de bras par des puissances extérieures (dans le cas présent la France et les USA) qui y trouvent l'opportunité de garder la main sur le pays tout en n'y étant plus officiellement présentes.

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    Par Modeste WASSO

    Griet BROSENS, Du Congo à l’Yser. 32 soldats congolais dans l’armée belge durant la Première Guerre mondiale. Traduit du néerlandais (Belgique) par Charles FRANKEN. Waterloo, éditions Luc Pire (www.editionslucpire.be), 2016. 271 pages. 24,90 €

    Voici un livre qui ouvre une page de l’histoire commune à la Belgique et au Congo des années  1914-1918. "Du Congo à l’Yser"  relate  l’histoire, longtemps occultée, des Congolais arrivés en Belgique, à la fin du 19ème siècle (les premières arrivées datent de 1885) en tant que militaires et qui ont combattu sous le drapeau belge pendant la première guerre mondiale, 1914-1918.

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  • Par Eddy VAN SEVENANT

    Collectif, État des résistances dans le Sud : Afrique. Alternatives Sud (Revue trimestrielle). Volume 23-2016/4. Centre Tricontinental  (Louvain-la-Neuve) et Éditions Syllepse (Paris) – 215 pages. 13 €

    Cet ouvrage fait partie d'une série qui fait le point régulièrement sur les oppositions politiques, féministes, paysannes, etc. aux régimes en place dans différents pays du Sud, principalement d'ailleurs sur le continent africain.

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  • Groupes armés et problématique de développement
    du territoire de Fizi (RD Congo)


    par BAWILI LUKELE Tango
    département des Sciences Politiques et Administratives 
    Université Officielle de Bukavu
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    Résumé : Par leurs actions, les groupes armés ont influé et influent négativement sur le développement de ce territoire ; ils y créent une instabilité permanente depuis de longues années. Cette instabilité entraîne des conséquences désastreuses notamment sur les plans politique, administratif, sécuritaire, économique, etc. Cet état des choses empêche les pouvoirs publics et les populations locales d'exploiter les multiples potentialités naturelles en vue de booster son développement. Ceci explique dans une certaine mesure le sous-développement de ce territoire. De ce fait, il importe que l’État se réveille, rétablisse la paix et suscite le développement de ce territoire en impliquant les populations locales.

    Introduction    

    Depuis plus d’une décennie, l’est de la RD Congo est en proie à une instabilité sécuritaire dont les causes sont à la fois internes et externes. L’ampleur et les effets de cette situation sont différemment vécus d’une province à une autre. Au Sud-Kivu, l’émergence et la résurgence des groupes armés entraînent une instabilité sécuritaire qui, par conséquent, étouffe les actions du développement. 

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Débat : sécurité contre démocratie

 

La très large majorité des élites congolaises aussi bien en RD Congo qu’à l’étranger est vent debout sur la question de la révision constitutionnelle, en d’autres termes, sur la possibilité pour Joseph KABILA de conserver le pouvoir au-delà de ses deux mandats constitutionnels, le dernier arrivant à échéance en 2016.

D’un côté, il y a les partisans du Chef de l’État qui disent vouloir user de tous les moyens légaux et démocratiques pour conserver le pouvoir. De l’autre, les ténors de toutes les oppositions politiques, religieuses et de la société civile déterminées à faire respecter la constitution telle qu’elle existe à ce jour, c'est-à-dire à contraindre le Chef de l’État de passer la main à la fin de son deuxième mandat.

 

 

 

Comme à notre habitude, nous Congolais, les débats se font dans une atmosphère trop empreinte d’émotion, de sorte que, malheureusement, les thèmes plus essentiels pour le devenir de la RD Congo, tout au moins de l’avis de certains Congolais dont je suis,  restent dans l’ombre ou tout simplement envoyés aux oubliettes. Mon intention est de tenter d’appeler, dans ces quelques lignes, mes compatriotes à débattre d’une manière plus objective sur des questions réelles, de s’éloigner donc d’une généralisation aux conséquences non soupçonnées.

 

En effet, il semble que les questions querellées, en vérité, se résument en deux thèmes : la sécurité et la démocratie. À mon humble avis, les deux concepts ne sont pas égaux sur la même échelle des valeurs. De toute évidence, la sécurité est un concept plus essentiel, dans la mesure où elle conditionne tout, dont la construction de la démocratie. Sans la sécurité, il est impossible de parler ni de démocratie, ni de l’État de droit, si tant que les deux notions n’expriment pas la même réalité. Ce n’est que lorsque la sécurité est pleinement assurée qu’un peuple peut avoir la possibilité de construire sur son espace de vie des institutions démocratiques, ériger un État de droit, assurer le respect des libertés démocratiques et par conséquent bâtir un pays qui puisse répondre aux aspirations de liberté et de mieux-être de ses habitants.

 

20.000 soldats de la Monusco

 

La RD Congo est un pays qui doit encore faire face à diverses menaces pesant sur son existence, principalement de la part du Rwanda qui continue à bénéficier des appuis de certains milieux anglo-saxons, singulièrement de quelques multinationales minières. Pour preuve, la présence sur son sol de 20.000 soldats de la Monusco, soit la plus lourde et plus coûteuse opération onusienne de maintien de la paix dans le monde, ce qui rend par ailleurs la souveraineté congolaise quelque peu étriquée.

 

Il en résulte que la priorité –existentielle- pour le Congo devrait être de se concentrer sur sa sécurité, toute distraction sur ce plan pouvant se payer très cher. En prenant par exemple l’hypothèse où les agresseurs parviendraient à occuper de nouveau une portion significative de notre territoire, rien ne les empêcherait d’y proclamer un État fantoche, prélude à l’annexion, après la balkanisation réussie du Soudan et celle qui se profile en Centrafrique, voire au Nigéria. Or, malheureusement, les élites croient que c’est la question du pouvoir qui doit tout primer, faisant preuve, pour le moins, de la grande faiblesse de leur  conscience patriotique. En quoi servirait le "partage équilibré du pouvoir", mieux, l’alternance au sommet de l’État, si l’exercice pouvait engendrer le risque d’affaiblir la sécurité de la patrie vis-à-vis de ses ennemis ?

 

En fait, à Kinshasa et généralement à l’ouest, on ne prend pas la pleine mesure de la véritable situation dans la partie orientale du pays. Or, c’est là où l’avenir du Congo se joue. La RD Congo mourra ou sortira renforcée en fonction de la manière dont se résoudra la menace contre elle engendrée par l’arrivée du FPR au pouvoir à Kigali.

 

Il faut constater que le Congo, sans être le seul dans ce cas, est un pays composé de populations ayant eu un parcours historique pré colonial contrasté. Là où les gens ne se sentirent pas spécialement menacés sur leur espace de vie, il est normal qu’on soit moins éveillé aux problèmes de l’Est. Du reste, certains politiciens parmi les plus connus n’ont jamais admis que le Congo fut agressé, le conflit étant qualifié "d’une affaire interne à l’AFDL". Un autre facteur à souligner est la très grande étendue du pays (2.350.000 Km²). Les communications étant ce qu’elles sont, les gens ne sont pas toujours sensibilisés, même lorsque nos compatriotes sont victimes de massacres de masse. Les dancings à Kinshasa sont toujours bondés, quelles que soient les mauvaises nouvelles du front. À ce sujet, on continue à déplorer l’absence d’une grande campagne de mobilisation nationale qui aurait donné plus de visibilité à la lutte de résistance du peuple congolais.

 

Maintenir le leadership de Joseph KABILA

 

En 1967, suite à l’humiliante défaite de l’armée égyptienne face à Israël, feu le Président Gamal ABDEL NASSER démissionna de ses fonctions. Mais aussitôt, les Égyptiens se mirent à manifester pour l’obliger à demeurer en place. Je pense que les populations auraient le même comportement au Kivu, malgré la campagne assassine menée contre Joseph KABILA depuis son avènement. Ces populations du "front line" sont convaincues, après la victoire des FARDC, de l’efficacité de la stratégie du Chef de l’État. Aussi, en choisissant, à dessein de me répéter, ma conviction est que si Joseph KABILA voulait déposer sa charge, les Congolais conscients de la nature des enjeux en cours seraient en droit de l’en empêcher. La tempête n’a pas cessé de gronder pour que le bateau Congo change de timonier alors qu’il continue à voguer dans un océan loin d’être calmé.

 

Vital KAMERHE, le leader charismatique du Kivu, fut battu aux élections par Joseph KABILA dans son propre fief de Walungu, lui qui est, par sa mère, en plus,  de sang royal. Certes, à certains moments, surtout après l’autorisation accordée à l’armée rwandaise d’entrer au Kivu pour la traque des FDLR, les gens devinrent soupçonneux à l’égard du Chef de l’État. Récemment encore, l’assassinat non encore élucidé du Colonel  Mamadou NDALA, et la semaine dernière la mort du Général BAHUMA, deux héros de la guerre, événements malheureux sur lesquels se déchaîne l’intox anti-KABILA, la défiance a paru refaire surface. Mais il semble bien que ceci ne soit qu’un épiphénomène. Au Kivu, la conscience historique n’est pas une vue de l’esprit. Les gens savent ne pas avoir droit à l’erreur dans les choix stratégiques. Ils avaient décidé de faire confiance à KABILA ; apparemment ils persistent dans ce choix, d’après la majorité des Kivutiens que j’interroge par téléphone. Après tout aussi, il y a cette touche sentimentale de l’appartenance de Joseph KABILA au "Kivu-Maniema" et le fait que ce soit au Sud Kivu qu’il soit né et ait vécu avec ses parents jusqu’à l’âge de 5 ans.    

 

Effectivement, les résultats obtenus par la stratégie du Général Joseph KABILA ont tordu le cou à tous les scepticismes, dont le mien, et donc de tous ceux qui avaient douté de sa capacité à assurer la défense du pays. J’ai entendu de la bouche de certains spécialistes militaires occidentaux leur admiration sur la manière dont le Général KABILA avait conçu et appliqué sa stratégie pour battre les agresseurs, surtout après avoir vu la qualité et la quantité d’armements saisis par les soldats congolais à Chanzu.

 

Une maman congolaise m’a dit à Bruxelles que lorsque Joseph KABILA s’était exprimé à Chanzu, elle avait senti quelque chose de semblable à ce qu’elle avait éprouvé plus d’un demi-siècle passé, le 30 juin 1960, lorsque Patrice LUMUMBA s’était adressé au "Peuple congolais victorieux". Depuis lors, même le regard des Blancs posé sur nous n’est plus le même.

 

Coutumes africaines et État de droit

 

L’État de droit et la démocratie sont des idéaux vers lesquels nous devons focaliser notre lutte. En revanche, l’honnêteté intellectuelle permet de constater qu’il n’y a pas de "copier coller" en la matière. Dans un pays en majorité non analphabétisé et à faible développement économique, où l’administration n’est plus que l’ombre de ce qu’elle fut sous la colonie et où la tribu demeure le référentiel, la démocratie ne peut être qu’une quête. Nous devons, de toutes nos forces, chercher à bâtir un État de droit, mais nous n’y sommes pas encore. Dans nos réflexions, il serait indiqué de toujours garder à l’esprit cette contradiction difficilement surmontable de l’obligation de concilier notre culture traditionnelle, laquelle continue à nous marquer malgré les diplômes, avec les exigences de la gestion d’un État moderne, lequel fut conçu en dehors. Ce n’est donc pas demain que nous aurons le même attachement aux textes que les Belges, que nous serons en mesure d’organiser des élections de standard occidental. Tout ce que nous pouvons faire, c’est de nous efforcer d’évoluer positivement mais en attendant, il n’y a pas d’illusions à se faire. À ce stade de notre évolution, je crois que nous aurions fait un grand pas si nous débattions des problèmes de notre pays dans le respect réciproque, sans injures, sans calomnies, sans fausses accusations formulées par simple méchanceté ou légèreté.  

 

Le chemin vers l’État de droit sera nécessairement long, si on se réfère à d’autres aires culturelles ayant eu un parcours semblable à celui du monde occidental mais qui connaissent les plus grandes difficultés à intégrer la démocratie. Pour être honnête, il faut reconnaître que notre vision du monde ne favorise pas l’État de droit, lorsqu’elle n’y est pas antagonique. Le parti qui se targue de lutter depuis plus de trois décennies pour instaurer la démocratie se gère comme un étal de marché. L’épouse de son Président, qui n’y exerce aucune fonction connue, n’en révoque pas moins les cadres. Aucun des partis politiques créés depuis des décennies au Congo n’a jamais cru nécessaire de changer de Président. Il y en a dont les Présidents sont en place depuis plus de….50 ans. C’est cela la réalité africaine. Pourquoi le Vatican tolère-t-il que beaucoup d’évêques africains vivent maritalement ? Un tel pragmatisme devrait pouvoir nous inspirer. À charge pour le Président Joseph KABILA de tout faire pour essayer d’apaiser les tensions en ouvrant les structures du pouvoir aux acteurs provenant de tous les segments de la population.

 

Un pays occupé

 

Sur le plan politique, Joseph KABILA avait hérité d’un pays dont près de la moitié était occupée par les armées rwandaises et ougandaises. Grâce à une diplomatie bien pensée et à la résistance sur le terrain, il parvint à rétablir l’unité nationale. Progressivement, il est parvenu à réinstaurer la sécurité sur une majeure partie du territoire.

 

Au plan des infrastructures, ce n’est pas un hasard si c’est dans le Bandundu que sa popularité paraît la plus grande. Car, tout simplement, il y a construit des routes qui ont complètement chamboulé la vie des populations. Feu le Professeur Docteur Frédéric IZZIA m’a dit avant sa mort être allé dans son village en quelques heures là où il fallait des semaines de voyage auparavant.

 

Joseph KABILA a construit plus d’écoles en cinq ans, que la deuxième République en ….. 30 ans. Tous ceux qui ont connu le Congo sous l’ancien régime et qui le redécouvrent aujourd’hui ne tarissent pas d’éloges sur les changements constatés non seulement à Kinshasa mais également à l’intérieur, au point de vue de la réhabilitation des routes et de la construction de nouveaux bâtiments.

 

Je pense sincèrement que, sauf à se tirer une balle dans le pied, les Congolais ont intérêt à ce que l’actuel Chef de l’État demeure en place.  

 

Concernant le principe même de la révision de l’actuelle constitution, j’y souscris entièrement. Cette constitution eut pour but d’imposer un modèle fédéral contre lequel, en tant que lumumbiste, je ne peux que m’élever. Elle fut rédigée et quasiment imposée à un moment où le rapport des forces n’était pas favorable au Congo.  Son objectif caché fut, en instaurant un modèle de gestion plus favorable aux provinces, de faciliter la tâche à ceux qui voulaient instaurer une certaine République des Volcans à l’Est. Ce n’est pas une constitution visant à conforter l’unité de notre Nation. "Congo uni = Pays fort" fut la devise du Congo belge. C’est avec cette devise que fut construit ce pays dont nous sommes tous si fiers. Des individus comme moi, issus des parents originaires de deux provinces différentes, n’auraient pas d’avenir assuré dans un système ne confortant pas le principe de l’unité nationale, étant donné la probabilité de voir  les droits politiques des citoyens conditionnés par leur ancrage tribal.

 

La 2ème République de triste mémoire

Il fut une époque, sous la 2ème République, où les enfants du Chef de l’État abattaient comme des lapins des rivaux qui avaient osé leur disputer les faveurs d’une fille. Pour se bâtir une résidence à Mbandaka, le Président Fondateur se fit convaincre que c’est le sable de Nice qui était approprié. En conséquence, le DC 8 d’Air Zaïre fut réquisitionné pour transporter ce sable de la Côte d’Azur jusqu’à Mbandaka, bien entendu aux frais du trésor. Soit dit en passant, cette résidence est un éléphant blanc.

 

Je portais assistance à la fin des années 70 à Kisangani à une dame avec quatre enfants à l’aéroport de Bangoka, qui venait d’être inauguré mais non encore raccordé au réseau de la distribution d’eau. Cette dame, embarquée à Goma en partance pour Kinshasa, venait d’y passer trois jours avec ses enfants dans des conditions d’hygiène indescriptibles. Elle et d’autres passagers du DC 10 d’Air Zaïre avaient été débarqués sans ménagement à Kisangani, livrés à eux-mêmes, parce que le Président Fondateur avait besoin de l’avion. Pourtant feu le Maréchal avait une flotte de trois avions (un Boeing 727, un Boeing 707 et son C 130 de commandement). En plus, il utilisait très fréquemment l’avion de la MIBA. Comme on le constate, la situation actuelle, par rapport aux abus commis contre les droits des gens, n’a rien de comparable avec ce qu’elle fut jadis.

 

Je rappelle ces faits pour nous souvenir d’où notre pays revient. Nous avons aussi un devoir de mémoire.

 

Albert KISONGA MAZAKALA 
Gilly, le 9/09/2014

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1 comment

  • Comment Link Pierre Mourlon sj Monday, 24 November 2014 10:39 posted by Pierre Mourlon sj

    Lu avec intérêt, mais pas pour autant convaincu. Il est vrai que je n'ai été qu'à trois reprises en Afrique Centrale, l'été.
    J'espère que le débat sera ouvert par cette présentation. Merci.

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