Les mémoires de Madame CLINTON

 

Belle et cérébrale, l’ancienne Sénatrice puis Secrétaire d’État américaine, épouse de l’ancien Président Bill CLINTON et probable future première femme à postuler pour la Maison Blanche, est bien cette bête politique dont la publication des mémoires était attendue par la planète entière.

           La sortie de ces mémoires a fait le buzz dans toutes les rédactions des médias qui comptent sur tous les continents. Le livre, dans sa traduction française, n’est pas encore disponible en Belgique. Mais Jeune Afrique[1], sous la plume de François SOUDAN, en a divulgué quelques pages. Madame Clinton y livre quelques observations vitriolées sur certaines personnalités du monde. Seraient-ce des jugements de valeur ou de simples constats ? Il faudra sans doute lire le livre pour répondre à la question.

              Il va sans dire que, comme de nombreux autres Congolais, j’ai pris connaissance avec l’attention qu’on devine des propos de l’ancienne Secrétaire d’État sur la RD Congo et son Président. Ces propos sont sidérants et inquiétants dans la mesure où leur auteure pourrait prendre les commandes des States dans trois ans. Aurait-elle succombé à l’émotion au vu du drame indescriptible subi par les populations dans la partie orientale de la RD Congo ?  Possible, mais elle s’est gardée, elle qui est très bien renseignée et dont la famille fut intimement impliquée dans les sanglants événements du Rwanda et par la suite du Congo, de dire le moindre mot pour situer les responsabilités. À l’évidence, Madame CLINTON sait que les Congolais ne s’étaient pas levés un jour pour créer l’état de guerre sur leur territoire et user du viol des femmes comme arme de guerre. En cela, elle a été cynique, car il serait étonnant qu’elle soit subitement devenue amnésique.

              Car, en effet, c’est dans le cadre de la politique dite du "nouveau leadership africain" de l’administration CLINTON que le FPR fut armé et encouragé à attaquer le Rwanda. Cette politique était elle-même la résultante de la stratégie étasunienne de la prise de contrôle des ressources de l’Afrique centrale et des Grands Lacs. Washington usa de tout son pouvoir pour empêcher l’intervention militaire internationale prônée par Paris alors que les Rwandais se massacraient, afin de ne pas gêner la prise programmée du pouvoir par le FPR au Rwanda, après celle de MUSEVENI en Ouganda. Deux ans après avoir conquis le Rwanda, le FPR se lança à l’assaut du Congo, y créant "ce qu’il y a de pire dans l’humanité" (expression de Madame CLINTON) pendant plus d’une décennie.

                Concernant le Président de la RD Congo, l’opinion de l’ancienne Secrétaire d’État est, pour le moins, superficielle, sinon incorrecte. Joseph KABILA est cet homme politique qui hérita, après l’assassinat de son père, d’un pays éclaté occupé par les armées rwandaises et ougandaises. Le seul fait d’avoir réussi à restaurer le pays dans son unité est une prouesse dont l’histoire se souviendra. Aujourd’hui les Congolais peuvent se déplacer sur l’ensemble du territoire national, même si la sécurité n’est pas encore totalement recouvrée à certains endroits du fait de l’action des forces d’agression ou des conséquences de leurs actes. Malgré la gigantesque entreprise de déstabilisation dont la RD Congo est victime, et deux élections présidentielles risquées, le Chef de l’État congolais a pu maintenir la paix dans son pays. Il n’y a aucune guerre civile sur tout le territoire national, alors que tout est fait pour inciter certains segments de la population à se battre contre d’autres. Le scénario de la guerre civile qu’on voudrait importer au Congo afin de faciliter sa balkanisation à la soudanaise est mis en échec, notamment grâce à la politique d’apaisement de Joseph KABILA. Nonobstant une crise économique héritée du régime de la IIème République, lequel s’était abstenu d’investir dans l’entretien et le développement de l’outil de production et la situation de guerre qui met à mal les maigres ressources de l’État, le gouvernement parvient à maîtriser tant bien que mal l’accueil et la réinsertion des centaines des milliers de ses citoyens expulsés des pays voisins. Par ailleurs, l’effort fourni pour réhabiliter les infrastructures et en bâtir des nouvelles, donne manifestement des résultats, quoique la tâche paraît titanesque tant la gestion irresponsable du passé a conduit à une dégradation avancée. Ce n’est pas un tel bilan qui peut être effacé par quelques propos désinvoltes.  

               Si donc la perspective de la présidentialisation de Hillary CLINTON a de quoi inquiéter les Congolais, il convient toutefois de prendre calmement les choses. Le Congo n’a jamais agressé quiconque ou commis je ne sais quel crime pour que se justifient les menaces qui continuent à peser sur lui. La mariée est trop belle, tout simplement, et suscite donc des envies irrésistibles. L’époux, légitime mais pauvre, falot, sans relief (c’est l’image des élites) est considéré par les envieux comme ne méritant pas sa femme. Il lui appartient, dès lors, de se battre pour la protéger. Cette métaphore suggère que bien d’épreuves jalonneront encore le chemin de notre pays. Nous, Congolais, sommes condamnés à nous défendre ou alors à voir mourir notre pays et donc à subir un nouvel esclavage. Or, si tout au long de ces années d’épreuves l’expression de la conscience populaire quant à l’attachement à sa patrie a été sans équivoque, ce ne fut guère le cas de certaines élites. Parmi elles, les plus irresponsables, tribalistes, nient que le pays soit agressé de l’extérieur car il s’agirait, selon elles, "d’une affaire intérieure à l’AFDL". Sans sombrer dans cet état d’esprit inqualifiable, d’autres sont prêtes à toutes les compromissions, à se vendre partout pourvu que leur appétit du pouvoir soit satisfait. Parmi ces dernières, les élites qui se sont arrogées le droit de nier la nationalité des autres Congolais, dont leur Chef de l’État, le Président du Sénat, l’ancien Président de l’Assemblée nationale, pour ne citer que ces trois personnalités. Les dommages que cette campagne cause dans la conscience d’une certaine catégorie des citoyens sont incommensurables. D’où le phénomène appelé "combattants".    

                 Le mérite des propos de Madame CLINTON est celui de rappeler aux Congolais qu’ils ne peuvent pas éviter de rencontrer leur destin. Les richesses que renferme leur pays ainsi que sa position stratégique font dire à certains, à commencer par le FPR, que la RD Congo© est un paradis que ses habitants ne méritent pas. C’est à nous de faire la démonstration du contraire.

 

Albert KISONGA MAZAKALA

Charleroi, le 20/06/2014



[1] NDLR : voir :  http://www.jeuneafrique.com/Article/JA2788p006.xml0/

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