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  • La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996) 

    Thèse doctorale soutenue par le Révérend Père  Rigobert KYUNGU SJ, le 30 juin 2020, à l'Université Grégorienne de Rome.

    Un évènement joyeux après celui des ordinations presbytérale et diaconale des Pères Eric KAMBALE et Stanislas KAMBASHI, le samedi 27 juin 2020.

    L’auditoire ne devant contenir qu’un nombre réduit de participants suite aux restrictions liées à la crise sanitaire en cours, ladite soutenance s’est faite en mode semi publique. Néanmoins, la retransmission en direct sur YouTube a contribué à élargir l’audience.

    De quoi a-t-il été question dans cette thèse discutée en vue de l’obtention du titre de docteur en théologie spirituelle ? La recherche a porté sur la figure du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA SJ, mort martyrisé le 29 octobre 1996 à Bukavu, et dont la cause de béatification avance à grands pas.

     

    Pour s’engager dans cette "aventure", l’auteur de la thèse a été motivé entre autres par le témoignage de vie de l’ancien archevêque de Bukavu. Ce dernier, à travers son engagement aussi bien sociopolitique que pastoral, a laissé des traces qui méritent d’être mises en évidence. Une autre motivation est le discernement spirituel qui caractérisait ce serviteur de Dieu. C’était, souligne le Père KYUNGU, un homme dont le discernement spirituel était au cœur de ses actions dans sa vie d’africain, de prêtre jésuite et d’évêque.

    La thèse porte le titre de "La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996)". Elle s’articule sur six grands chapitres. Dans un premier moment, l’auteur décrit la région des Grands-Lacs dans laquelle est né et a œuvré Mgr MUNZIHIRWA. Une description qui prend en compte la période trouble du génocide au Rwanda en 1994, mais aussi la guerre au Congo en 1996, dite la guerre de libération, ayant occasionné la chute du Maréchal MOBUTU, après 32 ans de règne.

    En second lieu, l’auteur dresse une biographie de l’ancien archevêque de Bukavu, depuis sa naissance à Burhale dans le Bushi, jusqu’à son ordination épiscopale inclusivement. Cette biographie se veut suffisamment fouillée, dans le but de contribuer à l’avancement du procès de béatification du serviteur de Dieu.  Le troisième chapitre couvre le ministère épiscopal du prélat à Kasongo où il est resté 8 ans. L’auteur a voulu mettre en exergue ces années qui sont souvent oubliées dans beaucoup de biographies. Le quatrième chapitre développe l’étape de Bukavu où Mgr MUNZIHIRWA a exercé son ministère épiscopal de manière très intense pendant deux ans, dans le contexte de guerre et ce, jusqu’à son martyre. Ici, l’auteur discute aussi la question du martyre " in odium fidei ". 

    D’autre part, la dissertation comprend une partie analytique qui scrute la figure de Mgr MUNZIHIRWA à partir de son enracinement dans la culture africaine, entre autres. Ainsi, le cinquième chapitre analyse-t-il 55 proverbes utilisés par Mgr MUNZIHIRWA, en les insérant dans les genres poétiques de la littérature orale africaine.  Pour notre auteur, Mgr MUNZIHIRWA a montré que l’Afrique est riche et que ses richesses culturelles ne peuvent être balayées ni abandonnées comme si elles n’étaient pas importantes. L’attachement à sa culture a aidé Mgr MUNZIHIRWA à intérioriser, ou mieux, inculturer non seulement l’évangile, mais aussi la spiritualité ignatienne au point de faire de lui un homme à la fois "entièrement africain et entièrement jésuite". L’auteur démontre donc que la culture africaine et la spiritualité ignatienne convergent harmonieusement dans la personne de Mgr MUNZIHIRWA. Enfin, au sixième chapitre, le discernement apparaît comme un thème clé dans la discussion, puisque, selon l’auteur, il constitue un outil efficace utilisé par le serviteur de Dieu tout au long de sa vie, générant en lui une vraie liberté intérieure. La thèse chute en dépeignant le profil spirituel de Mgr MUNZIHIRWA, affirmant que sa spiritualité se fonde sur la prière et l’Eucharistie, la dévotion mariale, l’engagement pour la paix et la justice, la pauvreté évangélique, la croix du Christ, le discernement spirituel, la liberté intérieure, l’inculturation et enfin le sens de l’Eglise.

    Au terme de la présentation par le récipiendaire des résultats de sa recherche, un dialogue s’est engagé avec le jury pour expliquer davantage et tirer au clair tous les hémisphères de ce travail scientifique. Après délibération, le jury a salué la rigueur et la qualité du travail accompli. Dans le respect des normes de la Grégorienne, le jury n’a pas immédiatement rendu public son verdict ; il appartient aux services du secrétariat de l’Université de le communiquer au récipiendaire par les voies ordinaires. Le père KYUNGU recevra donc le titre de docteur après la publication partielle ou totale de sa thèse. Profitiat !

    Pour célébrer la joie de cet évènement, les Jésuites présents à la cérémonie ainsi que d’autres invités se sont retrouvés dans la communauté du Gesù où un verre d’amitié a été partagé.

    En outre, pour joindre l’utile à l’agréable, un partage de repas a été organisé le mercredi 1er juillet 2020 dans un restaurant de la place pour célébrer avec quelques invités les trois évènements joyeux de l’ACE-Rome : thèse, ordinations presbytérale et diaconale.

    C’est par ces événements heureux que s’achève l’année académique. Se pliant aux aléas du transport aérien dans les circonstances actuelles, les uns attendent de s’envoler sous d’autres cieux, alors que d’autres ont décidé de passer l’été en Italie ou en Europe. Désormais l’ACE-Rome a un nouveau coordinateur pour l’année académique 2020-2021 en la personne de Camille MUKOSO à qui nous souhaitons beaucoup de succès dans ce service.

    Jean-Paul KAMBA, SJ

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    Vingtième anniversaire de l'assassinant de
    Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO 
    (01/01/1926-29/10/1996) 

    Par Jean NYEMBO, sj
    Commission Foi et Promotion de la Justice

    Bien chers amis dans le Seigneur,

    Paix à vous !

    Nous célébrons aujourd'hui, 29 octobre 2016, le vingtième anniversaire de l'assassinat de notre frère, pasteur de l'Eglise de Bukavu, Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO. Mzee, comme nous l'appelions respectueusement et affectueusement, est mort sur le champ de batailles, la croix à la main comme seule arme qu'il possédait.

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  • Saint Nicolas et Père Fouettard : qui sont-ils ?
    Et quel est leur impact sur les enfants belgo-africains ?

     

    Par Mireille-Tsheusi ROBERT
    BAMKO asbl
     

    Connaissez-vous le "Sauvage d'Ath "? Le "Diable Magnon" ? Ou les "Basoulous de Basècles" ? Vous n'avez sûrement jamais entendu parler de ces sauvages hainuyers si vous n'êtes pas originaire de cette région. Peut-être connaîtrez-vous mieux les Noirauds bruxellois ou le Zwarte Piet anversois ? Dans l'espace francophone, Zwarte Piet, littéralement Pierrot-Le-Noir, est appelé Père Fouettard, le joyeux mais répressif compagnon de Saint Nicolas. Ces figures folkloriques souvent enchaînées, parfois affublées de cornes, dansant, chantant et vociférant à l'encontre des badauds lors du carnaval de la "Ducasse", de la fête de Saint Nicolas ou lors de la procession des Noirauds ont toutes un point commun : le maquillage en noir du visage ou le "blackface".

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  • CPI. Les doutes du procès BEMBA
    Y a-t-il vraiment eu crimes contre l’humanité à Bangui 
    en 2002 et 2003 ?

    Par WINA LOKONDO
    Historien, journaliste indépendant

     Le 24 mai 2008, Jean-Pierre BEMBA, sénateur et ancien Vice-président de la RD Congo de 2003 à 2006, est arrêté en début de soirée dans sa résidence de Rhode-Saint-Genèse, un quartier périphérique de Bruxelles, en exécution du mandat d’arrêt international lancé contre lui par le procureur près la Cour Pénale Internationale. Il sera transféré, après neuf jours de détention dans la capitale belge, à la prison de la CPI de Scheveningen, un faubourg de La Haye. Il y est, à ce jour.

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  • Analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo
    aux organisations internationales africaines

     

    Par       Adolphe AMANI BYENDA[1]
    Germain NGOIE TSHIBAMBE[2]

     

    Résumé : Depuis la fin de la première et de la deuxième guerre mondiale, les organisations internationales jouent  un rôle très important dans les différents secteurs de la vie à cause de leur efficacité de réponse rapide aux problèmes urgents des États. À cet égard, il s’avère, sur base de nos résultats, que l’appartenance des États à plusieurs organisations notamment sous-régionales, régionales ou intercontinentales constitue un avantage  tant sur le plan politique, économique que sécuritaire. Le présent article se fixe comme objectif, l’analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines. À partir de cette recherche, nous comprenons que les facteurs géographique, historique, sécuritaire, économique, politique et culturel,… sont autant d'éléments qui justifient l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines.  

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  • MENDE, KAMBILA et les sanctions impériales

     

    Par MBELU BABANYA KABUDI

    Les sanctions prises par les USA et l'UE à l'endroit de certains membres de ''la kabilie'' ont suscité quelques réactions en son sein. L'ex-porte-parole du gouvernement démissionnaire  de MATATA PONYO, Lambert MENDE, fort de ses études de droit, les a sévèrement critiquées ce lundi 12 décembre 2016. Voici ce qu'il dit :

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    Cosmos EGLO, Du sang sur le miroir. Paris, L'Harmattan, 2012. 200 pages.

    Par Eddy VAN SEVENANT

    Ames sensibles s'abstenir ! De la première à la dernière page, c'est un déferlement de violences et des bains de sang toujours renouvelés que l'auteur nous propose ici afin d'illustrer la situation déplorable de certains pays africains post-coloniaux, livrés à toutes les turpitudes de leurs "élites", sanguinaires à souhait et soutenues à bout de bras par des puissances extérieures (dans le cas présent la France et les USA) qui y trouvent l'opportunité de garder la main sur le pays tout en n'y étant plus officiellement présentes.

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    Par Modeste WASSO

    Griet BROSENS, Du Congo à l’Yser. 32 soldats congolais dans l’armée belge durant la Première Guerre mondiale. Traduit du néerlandais (Belgique) par Charles FRANKEN. Waterloo, éditions Luc Pire (www.editionslucpire.be), 2016. 271 pages. 24,90 €

    Voici un livre qui ouvre une page de l’histoire commune à la Belgique et au Congo des années  1914-1918. "Du Congo à l’Yser"  relate  l’histoire, longtemps occultée, des Congolais arrivés en Belgique, à la fin du 19ème siècle (les premières arrivées datent de 1885) en tant que militaires et qui ont combattu sous le drapeau belge pendant la première guerre mondiale, 1914-1918.

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  • Par Eddy VAN SEVENANT

    Collectif, État des résistances dans le Sud : Afrique. Alternatives Sud (Revue trimestrielle). Volume 23-2016/4. Centre Tricontinental  (Louvain-la-Neuve) et Éditions Syllepse (Paris) – 215 pages. 13 €

    Cet ouvrage fait partie d'une série qui fait le point régulièrement sur les oppositions politiques, féministes, paysannes, etc. aux régimes en place dans différents pays du Sud, principalement d'ailleurs sur le continent africain.

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  • Groupes armés et problématique de développement
    du territoire de Fizi (RD Congo)


    par BAWILI LUKELE Tango
    département des Sciences Politiques et Administratives 
    Université Officielle de Bukavu
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    Résumé : Par leurs actions, les groupes armés ont influé et influent négativement sur le développement de ce territoire ; ils y créent une instabilité permanente depuis de longues années. Cette instabilité entraîne des conséquences désastreuses notamment sur les plans politique, administratif, sécuritaire, économique, etc. Cet état des choses empêche les pouvoirs publics et les populations locales d'exploiter les multiples potentialités naturelles en vue de booster son développement. Ceci explique dans une certaine mesure le sous-développement de ce territoire. De ce fait, il importe que l’État se réveille, rétablisse la paix et suscite le développement de ce territoire en impliquant les populations locales.

    Introduction    

    Depuis plus d’une décennie, l’est de la RD Congo est en proie à une instabilité sécuritaire dont les causes sont à la fois internes et externes. L’ampleur et les effets de cette situation sont différemment vécus d’une province à une autre. Au Sud-Kivu, l’émergence et la résurgence des groupes armés entraînent une instabilité sécuritaire qui, par conséquent, étouffe les actions du développement. 

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La voie "lumumbienne" pour le Congo

‘’On ne tue pas les idées’’ F. CASTRO

Les Pères fondateurs de l’indépendance congolaise ont laissé une certaine pensée politique.  Celle-ci mérite d’être revisitée régulièrement. Elle peut inspirer "la  voie" ou "les voies" à suivre pour ‘’sauver le Congo’’ du bourbier où il s’enfonce au quotidien. Revisiter certaines convictions politiques de Patrice LUMUMBA par exemple peut être d’une importance certaine dans l’évaluation du ‘’partenariat’’ entretenu  entre les acteurs sociopolitiques congolais  et la  communauté occidentale. Cela peut donner des idées aux partis politiques et aux associations de la société civile en quête de synergie.

Tuer LUMUMBA visait subrepticement l’effacement de toutes ses traces et de sa pensée en créant la peur et le syndrome du larbin  dans certains rangs de ceux et celles qui auraient pu devenir ses héritiers politiques. Après cet assassinat, plusieurs compatriotes, victimes du syndrome du larbin, ont, la peur au ventre, choisi ‘’le pragmatisme’’ ou ‘’le réalisme politique’’. Ils ont versé dans une inversion sémantique les confinant à pratiquer la politique de l’autruche face  aux assassins  de LUMUMBA, devenus, comme par coup de baguette magique, ‘’des partenaires extérieurs’’, soutenant la dictature mobutienne, imposant au Congo (Zaïre) les programmes d’ajustement structurels par la Banque mondiale et le FMI interposés et orchestrant la guerre de basse intensité depuis les années 1996 pour mettre le pays de LUMUMBA en coupe réglée. Ne serait-il pas finalement temps de dresser le bilan de ce ‘’partenariat pragmatique et réaliste’’ sans verser facilement dans la politique du bouc émissaire ? Qu’a-t-il produit plus de cinquante-trois ans après l’assassinat de LUMUMBA ?

De 1996 à ce jour, il a produit un pays sous occupation et sous tutelle ; une économie saignée à blanc par les multinationales ; une pauvreté anthropologique galopante ; plus de 300 partis politiques ; plus de 200 ONG de la société civile ; plus de 6.000.000 de morts : un État  failli, sans boussole, sans direction, etc.

Après ce bilan macabre, ne serait-il pas intéressant de réécouter LUMUMBA et d’approfondir sa méthodologie ? En dehors du fait qu’il a décrié le sort réservé à ses frères et sœurs  de couleur pendant la traite négrière et la colonisation, LUMUMBA avait réussi, comme plusieurs leaders politiques de son temps, à identifier les véritables ‘’ennemis’’ extérieurs et intérieurs de la cause afro-congolaise. Il avait nommé leur mode opératoire et proposé une voie d’émancipation politique pour son pays et pour l’Afrique en fonction des buts poursuivis par les mouvements nationalistes de l’époque. Il avait pointé du doigt l’impérialisme et le colonialisme et les phénomènes d’assujettissement et d’abâtardissement qu’ils induisaient comme étant les pires ‘’ennemis’’ extérieurs du Congo et de l’Afrique.

Sur ce point, presque rien n’a changé. L’impérialisme ‘’ensauvagé’’ s’est reconverti en ‘’impérialisme intelligent’’ opérant au travers d’une multitude de think tanks exploitant les stratégies prônées par les têtes pensantes de l’acabit de BRZEZINSKI.  De ces think tanks est sortie l’idée de mener une guerre de basse intensité en RD Congo.  "Trompeur, écrit Michel COLLON, le terme ‘basse intensité’ peut donner l’impression que les dégâts sont moindres. En réalité, ils ne sont moindres que pour les États-Unis. Ainsi, la guerre dite de basse intensité que Washington a déclenchée contre le Congo (à travers les armées du Rwanda et de l’Ouganda voisins, et à travers diverses milices), cette guerre a fait cinq millions de morts et elle a paralysé le développement du Congo"[1].

Cette guerre vise l’extension du domaine de l’empire US (sur le déclin) à certains territoires du Congo dénommés en 1996  ‘’le Zaïre utile’’, c’est-à-dire riche en matières premières stratégiques pour les multinationales.  Il est sur le point de gagner ce pari en faisant de l’Ituri, des Kivus et du Katanga sa ‘’zone protégée’’. La reconstruction des Kivus pourrait être confiée à la Banque mondiale, ‘’petite main économique’’ de l’empire US !

Disons que cette guerre se mène depuis les années 90 sur plusieurs fronts : le front militaire, le front économique, le front historique, le front psychologique, etc. Économiquement, l’imposition sournoise des règles néolibérales au marché congolais participe de la néocolonisation de  la RD Congo. 

De l’assassinat de LUMUMBA à nos jours, du point de vue de l’économie politique de la RD Congo, il y a des ‘’ennemis’’ extérieurs à identifier et à combattre en permanence : ‘’l’impérialisme intelligent’’ et la néocolonisation-néolibérale. (Avec quelles armes ? D’abord avec les armes de l’intelligence et de la sagesse).

En son temps, LUMUMBA, après avoir identifié les buts poursuivis par les partis nationalistes (patriotes) dans leur lutte d’émancipation politique, pensait que ceux-ci pourraient être atteints facilement et rapidement ‘’dans l’union plutôt que dans la division’’. Pourquoi disait-il cela ?

Il savait, lui, que les impérialistes et les colonialistes pratiquaient la politique du ‘’diviser pour régner’’ afin d’asseoir leur domination.  Dans son discours à Ibadan, il disait que "ces divisions, sur lesquelles se sont toujours appuyées les puissances coloniales pour mieux asseoir leur domination, ont largement contribué - et elles contribueront encore - au suicide de l’Afrique."[2]  LUMUMBA est-il  un prophète ? Le suicide actuel de l’Afrique n’est-il pas en grande partie lié aux divisions ? La Libye ? La Côte d’Ivoire ? Le Nigéria ? Le Soudan ? Le Mali ? Le Rwanda ? La RD Congo ? Les divisions internes de ces pays retardent l’intégration politico-économique et sécuritaire de plusieurs sous-régions africaines et font du continent un simple réservoir de matières premières pour les multinationales occidentales.

Pour sortir de cette impasse, LUMUMBA proposait une voie. "Cette voie, c’est le rassemblement de tous les Africains au sein des mouvements populaires ou des partis unifiés."[3]  Cette voie est portée par une conviction. LUMUMBA croyait en la possibilité d’une coexistence démocratique des mouvements ou partis différents. Pour lui, "toutes les tendances peuvent coexister au sein de ces partis de regroupement national et chacun aura son mot à dire tant dans la discussion des problèmes qui se posent au pays, qu’à la direction des affaires publiques"[4]. Il croyait en la possibilité de la convergence de vues des partis  aux tendances différentes au bout d’une discussion démocratique. Et il ajoutait un préalable : un fonctionnement démocratique au sein desdits partis. Aux yeux de LUMUMBA, "plus nous serons unis, mieux nous résisterons à l’oppression, à la corruption et aux manœuvres  de la division auxquelles se livrent les spécialistes de la politique du "diviser pour régner"."[5]

Ces prises de positions de LUMUMBA conduiront certains compatriotes à le classifier dans le camp des ‘’unitaristes’’, de ceux qui, à l’accession de notre pays à l’indépendance (formelle) ont privilégié l’option ‘’unitariste’’ au détriment de la ‘’fédéraliste’’. Le Congo étant un pays ‘’plurinational’’, il aurait dû être fondé sur un pacte conclu entre les leaders des nations la constituant et ces nations (Kongo, Tshokwe, Lunda, Kuba, Luba, etc.) seraient devenues des ‘’fédérations’’ à part entière. Cette critique est discutable.

Face aux hypothèques pesant sur le pays à son indépendance, n’aurait-il pas été sage et intelligent de commencer par consolider l’union dans une diversité fondée sur la discussion démocratique ? Comment les États fédérés auraient-ils pu survivre dans un pays sans administration et sans armée locales, livré aux appétits gloutons de ceux qui estimaient qu’"après l’indépendance = avant l’indépendance" ?  Quel usage faisait-il des rivalités politiques ? Sur cette question, voici ce que disait LUMUMBA : "Je veux attirer l’attention de tous qu’il est hautement sage de déjouer, dès le début, les manœuvres possibles de ceux qui voudraient profiter de nos rivalités politiques apparentes pour nous opposer les uns aux autres et retarder ainsi notre  libération du régime colonialiste"[6].  Disons que depuis nos indépendances africaines, l’instrumentalisation des rivalités politiques est une donne permanente dans les relations avec ‘’les partenaires extérieurs’’. Elle sert à la mise en pratique d’un principe cher à BRZEZINSKI :’’Éviter la collusion entre les vassaux’’. Elle facilite ‘’la balkanisation de nos pays en de petits États faibles’’ et corvéables à souhait.

Pour Patrice LUMUMBA, les ennemis ne sont pas qu’extérieurs. Ils peuvent aussi être intérieurs et s’appeler : égoïsme, gloriole, intérêts personnels, etc. Partant  de son expérience, LUMUMBA soutenait "que dans nos territoires africains, l’opposition que certains éléments créent au nom de la démocratie n’est pas souvent inspirée par le souci du bien général ; la recherche de la gloriole et des intérêts personnels en est le principal, si pas l’unique mobile"[7].

Après LUMUMBA, le Congo/Zaïre a quand même fait l’expérience d’un mouvement populaire unifié et unifiant. Il s’agit du Mouvement Populaire de la Révolution (MPR). Politiquement, sa base n’était pas la discussion démocratique. Il a travaillé au triomphe de la pensée unique et du culte de la personnalité. Économiquement, il était gangréné par la kleptomanie et la corruption. Son fondateur fut l’otage des IFI[8]. Sécuritairement, il était l’agent des services secrets impérialistes et néocolonialistes. Idéologiquement, il n’a pas été bien servi par le recours folklorique à l’authenticité. Au lieu d’être un mouvement unificateur, le MPR fut un mouvement uniformisant.  Il a eu quand même ‘’le mérite’’ d’avoir atteint tous les coins et recoins du pays. À ce point, il y aurait quelque chose à recréer, de près ou de loin : réussir à avoir un ou deux mouvements unifiants,  respectueux de la diversité, promoteurs de la discussion démocratique et fondés sur la souveraineté politique, économique et culturelle du pays.

La deuxième République a un peu excellé dans le culte de la personnalité et de la pensée unique. Ce mal semble être encore présent au cœur  de plusieurs partis politiques et mouvements citoyens congolais. Un pays ‘normal’ peut-il compter plus de 300 partis politiques ? C’est-à-dire plus de 300 idéologies ? Est-ce vrai ? Est-ce que nous ne nous mentons pas à nous-mêmes ?  Si nous voulons réellement tous ‘’sauver le Congo’’, pourquoi ne réussissons-nous pas à nous mettre le plus possible ensemble, en nous laissant guider par exemple par une présidence tournante assumée par deux ou trois d’entre nous ? Et en nous fixant des objectifs à atteindre sur le court, moyen et long terme ; des défis à relever sur le temps ? Ne serait-il pas temps de relire LUMUMBA et d’appliquer certaines de ses meilleures idées en ayant comme matrice organisationnelle ‘’la solidarité-coopératrice’’? À ce point nommé, il y a une ‘’révision constitutionnelle’’ à imaginer. Demain, quand le Congo ‘’sera sauvé’’, qu’il y ait une mise en place d’une assemblée constituante pouvant repenser les critères  présidant à la  mise sur pied d’un parti politique ou d’un mouvement citoyen. Nos ‘’partenaires extérieurs’’ ont réussi, depuis toujours, à avoir de grands regroupements politiques et une multitude de lieux de la pensée qui rend efficaces leurs actions. Ils ont des think tanks qu’ils financent, des écoles d’administration et des universités mises au service de la politique et de l’économie. Et nous ?

 

MBELU BABANYA KABUDI


[1] M. COLLON, Les 7 péchés d’Hugo Chavez, Bruxelles, Investig’Action, 2009. P. 383.

[2] " Africains, levons-nous !  Discours de Patrice Lumumba, prononcé à Ibadan (Nigeria), Paris, Points, 2010. P.10.

[3] Ibidem.

[4] Ibidem, p. 10-11.

[5] Ibidem, p. 11.

[6] Ibidem.

[7] Ibidem.

[8] Lire E. TOUSSAINT, Procès d’un homme exemplaire. Jacques de Groote, directeur exécutif au FMI et à la Banque mondiale pendant 20,  Al Dante, CADTM (Belgique), 2013.

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