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  • La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996) 

    Thèse doctorale soutenue par le Révérend Père  Rigobert KYUNGU SJ, le 30 juin 2020, à l'Université Grégorienne de Rome.

    Un évènement joyeux après celui des ordinations presbytérale et diaconale des Pères Eric KAMBALE et Stanislas KAMBASHI, le samedi 27 juin 2020.

    L’auditoire ne devant contenir qu’un nombre réduit de participants suite aux restrictions liées à la crise sanitaire en cours, ladite soutenance s’est faite en mode semi publique. Néanmoins, la retransmission en direct sur YouTube a contribué à élargir l’audience.

    De quoi a-t-il été question dans cette thèse discutée en vue de l’obtention du titre de docteur en théologie spirituelle ? La recherche a porté sur la figure du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA SJ, mort martyrisé le 29 octobre 1996 à Bukavu, et dont la cause de béatification avance à grands pas.

     

    Pour s’engager dans cette "aventure", l’auteur de la thèse a été motivé entre autres par le témoignage de vie de l’ancien archevêque de Bukavu. Ce dernier, à travers son engagement aussi bien sociopolitique que pastoral, a laissé des traces qui méritent d’être mises en évidence. Une autre motivation est le discernement spirituel qui caractérisait ce serviteur de Dieu. C’était, souligne le Père KYUNGU, un homme dont le discernement spirituel était au cœur de ses actions dans sa vie d’africain, de prêtre jésuite et d’évêque.

    La thèse porte le titre de "La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996)". Elle s’articule sur six grands chapitres. Dans un premier moment, l’auteur décrit la région des Grands-Lacs dans laquelle est né et a œuvré Mgr MUNZIHIRWA. Une description qui prend en compte la période trouble du génocide au Rwanda en 1994, mais aussi la guerre au Congo en 1996, dite la guerre de libération, ayant occasionné la chute du Maréchal MOBUTU, après 32 ans de règne.

    En second lieu, l’auteur dresse une biographie de l’ancien archevêque de Bukavu, depuis sa naissance à Burhale dans le Bushi, jusqu’à son ordination épiscopale inclusivement. Cette biographie se veut suffisamment fouillée, dans le but de contribuer à l’avancement du procès de béatification du serviteur de Dieu.  Le troisième chapitre couvre le ministère épiscopal du prélat à Kasongo où il est resté 8 ans. L’auteur a voulu mettre en exergue ces années qui sont souvent oubliées dans beaucoup de biographies. Le quatrième chapitre développe l’étape de Bukavu où Mgr MUNZIHIRWA a exercé son ministère épiscopal de manière très intense pendant deux ans, dans le contexte de guerre et ce, jusqu’à son martyre. Ici, l’auteur discute aussi la question du martyre " in odium fidei ". 

    D’autre part, la dissertation comprend une partie analytique qui scrute la figure de Mgr MUNZIHIRWA à partir de son enracinement dans la culture africaine, entre autres. Ainsi, le cinquième chapitre analyse-t-il 55 proverbes utilisés par Mgr MUNZIHIRWA, en les insérant dans les genres poétiques de la littérature orale africaine.  Pour notre auteur, Mgr MUNZIHIRWA a montré que l’Afrique est riche et que ses richesses culturelles ne peuvent être balayées ni abandonnées comme si elles n’étaient pas importantes. L’attachement à sa culture a aidé Mgr MUNZIHIRWA à intérioriser, ou mieux, inculturer non seulement l’évangile, mais aussi la spiritualité ignatienne au point de faire de lui un homme à la fois "entièrement africain et entièrement jésuite". L’auteur démontre donc que la culture africaine et la spiritualité ignatienne convergent harmonieusement dans la personne de Mgr MUNZIHIRWA. Enfin, au sixième chapitre, le discernement apparaît comme un thème clé dans la discussion, puisque, selon l’auteur, il constitue un outil efficace utilisé par le serviteur de Dieu tout au long de sa vie, générant en lui une vraie liberté intérieure. La thèse chute en dépeignant le profil spirituel de Mgr MUNZIHIRWA, affirmant que sa spiritualité se fonde sur la prière et l’Eucharistie, la dévotion mariale, l’engagement pour la paix et la justice, la pauvreté évangélique, la croix du Christ, le discernement spirituel, la liberté intérieure, l’inculturation et enfin le sens de l’Eglise.

    Au terme de la présentation par le récipiendaire des résultats de sa recherche, un dialogue s’est engagé avec le jury pour expliquer davantage et tirer au clair tous les hémisphères de ce travail scientifique. Après délibération, le jury a salué la rigueur et la qualité du travail accompli. Dans le respect des normes de la Grégorienne, le jury n’a pas immédiatement rendu public son verdict ; il appartient aux services du secrétariat de l’Université de le communiquer au récipiendaire par les voies ordinaires. Le père KYUNGU recevra donc le titre de docteur après la publication partielle ou totale de sa thèse. Profitiat !

    Pour célébrer la joie de cet évènement, les Jésuites présents à la cérémonie ainsi que d’autres invités se sont retrouvés dans la communauté du Gesù où un verre d’amitié a été partagé.

    En outre, pour joindre l’utile à l’agréable, un partage de repas a été organisé le mercredi 1er juillet 2020 dans un restaurant de la place pour célébrer avec quelques invités les trois évènements joyeux de l’ACE-Rome : thèse, ordinations presbytérale et diaconale.

    C’est par ces événements heureux que s’achève l’année académique. Se pliant aux aléas du transport aérien dans les circonstances actuelles, les uns attendent de s’envoler sous d’autres cieux, alors que d’autres ont décidé de passer l’été en Italie ou en Europe. Désormais l’ACE-Rome a un nouveau coordinateur pour l’année académique 2020-2021 en la personne de Camille MUKOSO à qui nous souhaitons beaucoup de succès dans ce service.

    Jean-Paul KAMBA, SJ

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    Vingtième anniversaire de l'assassinant de
    Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO 
    (01/01/1926-29/10/1996) 

    Par Jean NYEMBO, sj
    Commission Foi et Promotion de la Justice

    Bien chers amis dans le Seigneur,

    Paix à vous !

    Nous célébrons aujourd'hui, 29 octobre 2016, le vingtième anniversaire de l'assassinat de notre frère, pasteur de l'Eglise de Bukavu, Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO. Mzee, comme nous l'appelions respectueusement et affectueusement, est mort sur le champ de batailles, la croix à la main comme seule arme qu'il possédait.

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  • Saint Nicolas et Père Fouettard : qui sont-ils ?
    Et quel est leur impact sur les enfants belgo-africains ?

     

    Par Mireille-Tsheusi ROBERT
    BAMKO asbl
     

    Connaissez-vous le "Sauvage d'Ath "? Le "Diable Magnon" ? Ou les "Basoulous de Basècles" ? Vous n'avez sûrement jamais entendu parler de ces sauvages hainuyers si vous n'êtes pas originaire de cette région. Peut-être connaîtrez-vous mieux les Noirauds bruxellois ou le Zwarte Piet anversois ? Dans l'espace francophone, Zwarte Piet, littéralement Pierrot-Le-Noir, est appelé Père Fouettard, le joyeux mais répressif compagnon de Saint Nicolas. Ces figures folkloriques souvent enchaînées, parfois affublées de cornes, dansant, chantant et vociférant à l'encontre des badauds lors du carnaval de la "Ducasse", de la fête de Saint Nicolas ou lors de la procession des Noirauds ont toutes un point commun : le maquillage en noir du visage ou le "blackface".

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  • CPI. Les doutes du procès BEMBA
    Y a-t-il vraiment eu crimes contre l’humanité à Bangui 
    en 2002 et 2003 ?

    Par WINA LOKONDO
    Historien, journaliste indépendant

     Le 24 mai 2008, Jean-Pierre BEMBA, sénateur et ancien Vice-président de la RD Congo de 2003 à 2006, est arrêté en début de soirée dans sa résidence de Rhode-Saint-Genèse, un quartier périphérique de Bruxelles, en exécution du mandat d’arrêt international lancé contre lui par le procureur près la Cour Pénale Internationale. Il sera transféré, après neuf jours de détention dans la capitale belge, à la prison de la CPI de Scheveningen, un faubourg de La Haye. Il y est, à ce jour.

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  • Analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo
    aux organisations internationales africaines

     

    Par       Adolphe AMANI BYENDA[1]
    Germain NGOIE TSHIBAMBE[2]

     

    Résumé : Depuis la fin de la première et de la deuxième guerre mondiale, les organisations internationales jouent  un rôle très important dans les différents secteurs de la vie à cause de leur efficacité de réponse rapide aux problèmes urgents des États. À cet égard, il s’avère, sur base de nos résultats, que l’appartenance des États à plusieurs organisations notamment sous-régionales, régionales ou intercontinentales constitue un avantage  tant sur le plan politique, économique que sécuritaire. Le présent article se fixe comme objectif, l’analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines. À partir de cette recherche, nous comprenons que les facteurs géographique, historique, sécuritaire, économique, politique et culturel,… sont autant d'éléments qui justifient l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines.  

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  • MENDE, KAMBILA et les sanctions impériales

     

    Par MBELU BABANYA KABUDI

    Les sanctions prises par les USA et l'UE à l'endroit de certains membres de ''la kabilie'' ont suscité quelques réactions en son sein. L'ex-porte-parole du gouvernement démissionnaire  de MATATA PONYO, Lambert MENDE, fort de ses études de droit, les a sévèrement critiquées ce lundi 12 décembre 2016. Voici ce qu'il dit :

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    Cosmos EGLO, Du sang sur le miroir. Paris, L'Harmattan, 2012. 200 pages.

    Par Eddy VAN SEVENANT

    Ames sensibles s'abstenir ! De la première à la dernière page, c'est un déferlement de violences et des bains de sang toujours renouvelés que l'auteur nous propose ici afin d'illustrer la situation déplorable de certains pays africains post-coloniaux, livrés à toutes les turpitudes de leurs "élites", sanguinaires à souhait et soutenues à bout de bras par des puissances extérieures (dans le cas présent la France et les USA) qui y trouvent l'opportunité de garder la main sur le pays tout en n'y étant plus officiellement présentes.

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    Par Modeste WASSO

    Griet BROSENS, Du Congo à l’Yser. 32 soldats congolais dans l’armée belge durant la Première Guerre mondiale. Traduit du néerlandais (Belgique) par Charles FRANKEN. Waterloo, éditions Luc Pire (www.editionslucpire.be), 2016. 271 pages. 24,90 €

    Voici un livre qui ouvre une page de l’histoire commune à la Belgique et au Congo des années  1914-1918. "Du Congo à l’Yser"  relate  l’histoire, longtemps occultée, des Congolais arrivés en Belgique, à la fin du 19ème siècle (les premières arrivées datent de 1885) en tant que militaires et qui ont combattu sous le drapeau belge pendant la première guerre mondiale, 1914-1918.

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  • Par Eddy VAN SEVENANT

    Collectif, État des résistances dans le Sud : Afrique. Alternatives Sud (Revue trimestrielle). Volume 23-2016/4. Centre Tricontinental  (Louvain-la-Neuve) et Éditions Syllepse (Paris) – 215 pages. 13 €

    Cet ouvrage fait partie d'une série qui fait le point régulièrement sur les oppositions politiques, féministes, paysannes, etc. aux régimes en place dans différents pays du Sud, principalement d'ailleurs sur le continent africain.

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  • Groupes armés et problématique de développement
    du territoire de Fizi (RD Congo)


    par BAWILI LUKELE Tango
    département des Sciences Politiques et Administratives 
    Université Officielle de Bukavu
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    Résumé : Par leurs actions, les groupes armés ont influé et influent négativement sur le développement de ce territoire ; ils y créent une instabilité permanente depuis de longues années. Cette instabilité entraîne des conséquences désastreuses notamment sur les plans politique, administratif, sécuritaire, économique, etc. Cet état des choses empêche les pouvoirs publics et les populations locales d'exploiter les multiples potentialités naturelles en vue de booster son développement. Ceci explique dans une certaine mesure le sous-développement de ce territoire. De ce fait, il importe que l’État se réveille, rétablisse la paix et suscite le développement de ce territoire en impliquant les populations locales.

    Introduction    

    Depuis plus d’une décennie, l’est de la RD Congo est en proie à une instabilité sécuritaire dont les causes sont à la fois internes et externes. L’ampleur et les effets de cette situation sont différemment vécus d’une province à une autre. Au Sud-Kivu, l’émergence et la résurgence des groupes armés entraînent une instabilité sécuritaire qui, par conséquent, étouffe les actions du développement. 

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Accueillir la diversité comme un cadeau du ciel.

Apports des chrétiens dans la réconciliation inter-rwandaise !

 

Introduction

              Au Rwanda, l'exclusion éthnique, régionale ou politique est devenue monnaie courante, presque normale. Ce refus des différences fut une des causes principales de la guerre. En effet, l'autre, quelle que soit sa différence, apparaît comme une menace, un danger qu'il faut écarter avant qu'il ne vous ait, lui-même, éliminé. Cela était vrai du temps de la guerre dite d'octobre (1990-1994), mais cela reste encore plus vrai aujourd'hui. Ce refus de l'autre, exacerbé par la peur que l'on a de lui, a provoqué et provoque encore les atrocités que l'on connaît. C'est pourquoi la gestion des différences au Rwanda constitue un des défis majeurs de l’œuvre de réconciliation.

               Gommer la diversité

             Et pourtant, une des idéologies les plus pernicieuses dans ce pays veut que ces différences ethniques, régionales ou politiques soient systématiquement et officiellement gommées par ceux-là mêmes qui les prônent réellement et officieusement comme critères de conduite quotidienne et politique. Ce déni se retrouve jusqu'au sein même de l'Église Catholique du Rwanda[1] qui, depuis longtemps et pour longtemps, est rongée par cette question ethnique. La division de sa hiérarchie en témoigne : la reconnaissance du fait par les uns (Hutu) et le déni de ce même fait par les autres (Tutsi). Certains croient qu'en faire un tabou supprimera la question ou la tournera à leur avantage. Et pourtant la récente histoire du pays en apporte un démenti catégorique. On se rappellera que la suppression - pourtant bienvenue - de la mention ethnique sur la carte d'identité au Rwanda, et la cessation officielle des ethnies au Burundi, dès le régime de Michel MICOMBERO, n'ont pas empêché ces deux contrées de sombrer dans le pire des ethnismes et de connaître des massacres à grande échelle, au nom de ces mêmes ethnies, et sous la houlette de ces mêmes régimes qui avaient proclamé haut et fort l'abrogation officielle des ethnies. Aujourd'hui au Rwanda officiellement les ethnies n'existent pas. Il est même formellement interdit d'en parler au point que les anciens réfugiés Hutu rapatriés de l’ex-Zaïre ont dû subir une cure de désintoxication du virus de l'ethnisme contracté dans les camps de réfugiés. “Les animateurs nous traitaient d'infiltrés, témoigne un ancien réfugié dans l'ex-Zaïre ayant participé à ces camps de rééducation. Et nous étions révoltés par leur relecture de l'histoire du Rwanda. Ils racontent qu'il n'y a jamais eu de Hutus (sic) et de Tutsis (sic) dans ce pays, que nous avons tous la même origine. Plutôt que de nier les différences, ils feraient mieux de nous apprendre à vivre en respectant ces différences. Il est dangereux de nier l'identité des gens”[2]Car, à vouloir annuler la différence, on “aboutit à la poser comme absolue, insensible à toute négation, donc envahissante...”[3].Néanmoins ceux qui n'ont pas été dans ces camps ne se trompent pas d'ethnie - et sont bien guidés par elle- dans l'attribution des postes[4]! C'est dire qu'un hiatus demeure entre les déclarations officielles destinées à l'opinion internationale et les faits vécus au quotidien par les Rwandais. En réalité, comme le fait remarquer le philosophe canadien Charles TAYLOR, l’ensemble apparemment neutre des principes de dignité politique, aveugles aux différences, est le reflet d’une culture hégémonique. “Par conséquent, la société prétendument généreuse et aveugle aux différences est non seulement inhumaine (parce qu’elle supprime les identités), mais aussi hautement discriminatoire par elle-même, d’une façon subtile et inconsciente”[5]Cependant, au niveau social, le principe essentiel de l’équité exige qu’on accorde à chacun des chances égales pour développer sa propre identité, laquelle implique la reconnaissance universelle de la différence, quelle que soit sa pertinence pour l’identité, qu’elle soit de sexe, de race, d’ethnie ou de culture. Car, “si les hommes et les femmes sont égaux, ce n’est pas parce qu’ils sont différents, mais parce que, au-delà de leurs différences, il existe des propriétés communes ou complémentaires, qui sont valables. ... La reconnaissance des différences, comme la liberté de choix, exige un horizon partagé”[6]telle que la même humanité, la même rationalité[7]Supprimer les ethnies sur les cartes d'identité et dans les textes officiels ne signifie pas les effacer de la mémoire historique, dans les mentalités et dans les faits. Pierre BOURDIEU l'a fort bien écrit : “... S'il est bon de rappeler que le genre, la nation, l'ethnie ou la race sont des constructions sociales, il est naïf, donc dangereux, de croire et de laisser croire qu'il suffit de 'déconstruire' ces artefacts sociaux, dans une célébration purement performative de la 'résistance', pour les détruire : c'est en effet ignorer que, si la catégorisation selon le sexe, la race ou la nation est bien une ‘invention’ raciste, sexiste, nationaliste, elle est inscrite dans l'objectivité des institutions, c'est-à-dire des choses et des corps....Et l'on peut ... douter de la réalité d'une résistance qui fait abstraction de la résistance de la 'réalité '” [8].

Comme le relève Michael WALZER "... la résolution des différences ne produira jamais de résultat définitif. Cela veut aussi dire que notre humanité commune ne fera jamais de nous les membres d'une seule et même tribu universelle. Car le caractère commun le plus fondamental de l'humanité, c'est le particularisme”[9]Vivre la diversité comme don et volonté de Dieu,

Dès le commencement, Dieu nous a voulu un, divers et complémentaires : homme et femme il les créa pour que l’homme ne soit pas seul, mais qu’il ait un vis-à-vis. Dieu lui-même qui est notre origine et notre destination est à la fois un et pluriel. Certes il est unique, mais en trois personnes : Père, Fils et Esprit. En Lui se vivent et sont fondés l’unité, l’égalité, la diversité, la complémentarité, le dialogue, la solidarité. Or, s’il nous a créés à son image, c’est pour que nous puissions lui ressembler : vivre l’unité dans la diversité, la complémentarité, la solidarité, le dialogue, la communion comme cela se fait entre le Père, le Fils et l’Esprit. L'Église elle-même est une communion dans la diversité. Les problèmes de la communauté de Corinthe et surtout la judaïsation amèneront Saint Paul à approfondir cette vision de l'Église. Plusieurs fois, il montrera que, que l’on soit Juif ou Grec, esclave ou homme libre, homme ou femme, ce qui est fondamental, ce ne sont pas nos origines humaines, nos différences sociales ou de sexe, mais notre foi commune en Jésus Christ, au même Esprit, au même Dieu, le fait que nous avons la même Espérance, que nous avons reçu le même baptême, que nous formons un seul corps. "Tous, vous êtes par la foi, fils de Dieu en Jésus Christ. Il n’y a plus ni Juif, ni Grec ; il n’y a plus ni esclave, ni homme libre ; il n’y a plus l’homme et la femme ; car tous vous n’êtes qu’un en Jésus Christ" (Ga 3, 26-28). L’unité dans la diversité est donc pour nous chrétiens au fondement, à l’origine de notre être. C’est notre nature, notre vocation, notre destination. C’est cela qui fonde notre catholicité, notre universalité. On ne peut donc pas se dire chrétien ou catholique si l’on ne vit pas cette réalité, si on ne la favorise pas. Souvent confrontés, avant le 6 avril 1994, au problème politico-ethnique, les évêques catholiques du Rwanda sont revenus, à plusieurs reprises, sur l'importance capitale de cette gestion des différences[10]Leur message du 30 décembre 1991 spécifiait : "Par prédestination, aucune race n'est supérieure à une autre, ni aucune région n'est appelée à dominer une autre”[11].

Cet échec de gestion des différences entre nous Rwandais est souvent dû aux égoïsmes individuels et collectifs, aux préjugés réciproques qui nous poussent à des rejets et exclusions mutuels. Et pourtant, “quels que soient les motifs et les prétextes à cette intolérance agressive, nous savons très bien qu'elle ne construit jamais, blesse, démolit et tue. Ceux qui la provoquent et ceux qui la subissent, tous, en sont finalement victimes”[12]Les faits sont là : ce refus de la différence ne nous a jamais conduits à la paix, mais toujours à la violence, voire à la guerre. Seules l'acceptation et la reconnaissance mutuelles nous conduiront à la renaissance. Comme l'ont relevé les évêques rwandais dès le 11 mars 1992, “aussi longtemps que Hutu, Tutsi, Twa, ne se comprennent pas et ne s'acceptent pas sur un pied d'égalité pour conduire de concert le pays sans accaparement, et se partager le patrimoine national sans monopole, le Rwanda ne connaîtra jamais la paix”[13].

Le 16 septembre 1992, ils écrivaient : “ Chers chrétiens, les liens de la foi chrétienne surpassent ceux dont nous aimons nous enchaîner, tels ceux du sang, l'ethnie, la région ou le parti politique... Comprenons donc que nos liens dans le Christ surpassent les liens naturels de consanguinité, d'ethnie ou de diverses convictions. En effet, les liens naturels prendront fin avec la vie terrestre, tandis que les liens nous reliant en Jésus-Christ sont éternels et nous unissent à jamais. Oui, le Royaume de Dieu, dans lequel nous introduit le Christ... surpasse toutes les autres relations sociales”[14].

En régime chrétien, la fraternité est universelle (au-delà de l'ethnie, de la région et du parti), parce que fondée dans une même paternité divine : “Tous les êtres humains sont fils du Père et créés à son image. La paternité de Dieu est universelle et la fraternité entre les hommes est donc également universelle. Nourrir des pensées racistes, c'est contraire au message du Christ, parce que le prochain que Jésus nous demande d'aimer n'est pas seulement l'homme de mon groupe social, de ma région ou de ma nation : le prochain, c'est tout homme rencontré sur ma route”[15]Dans un pays souvent marqué par l’intolérance ethnique, régionale et politique exacerbée, nous, chrétiens, devrions attirer l'attention sur le fait que la différence n’appelle pas la guerre (ou la violence) contre autrui. Ce dernier n’est pas à priori un ennemi à abattre, mais un clin d’œil de Dieu, un appel, un don, un cadeau fait par Dieu pour nous conduire vers lui : “chaque personne en tant qu’elle est unique est une voie vers Dieu. Mon prochain qui cherche à sa manière son chemin vers Dieu, ne doit pas être rejeté parce qu’il pense différemment. Je ne suis pas le critère de la vérité. Mon prochain est une richesse pour moi dans la mesure où il est différent. J’assume cette différence comme un don de Dieu, puisque telle est Sa volonté. S’il avait voulu, il aurait fait de nous une seule communauté (cf. Coran 5, 48)”[16].

Nous sommes donc appelés à nous accepter différents mais complémentaires (1 Co 12). Une telle entreprise est humainement impossible, mais possible avec la grâce de Dieu, car rien n'est impossible à Dieu. Sans l'ombre d'un doute, notre pays a besoin de paix, d’unité et de réconciliation... Mais l’unité n’est pas et ne peut pas être uniformité. La réduction de l’unité à l’uniformité est exclue tant du côté de Dieu que de celui des hommes. Pour les Rwandais, baptisés en Jésus-Christ, l’unité est déjà là dans leur origine et leur destination (Dieu), dans leur foi commune en Jésus-Christ et, par-là, en la Trinité ; elle se trouve dans le partage d’une même mère (l’Église), de la même nourriture (les sacrements et la Parole de Dieu), de la même vie divine en eux (la grâce). “C’est le même et unique Seigneur, qui habite en nous tous, c’est lui qui nous assemble par les liens de l’unité”[17]Mais l’unité ne supprime pas les différences. Elle ne signifie ni négation ni réduction des différences comme nous avons trop tendance à le croire. Comme dans la Trinité, elle exprime la communion et l'interpénétration des unes avec les autres. Restons différents mais sans opposition farouche, car “la différence ne signifie pas opposition (l'un n'est pas l’autre) et l'irréductibilité ne veut pas dire séparation pure et simple. C'est la diversité qui permet la communion, la réciprocité et la révélation mutuelle”[18].

“En réalité ce qu'il y a de malheureux, ce n'est pas que nous différions, mais que nous fassions de nos différences, des divisions”[19].

              Conclusion

            Réussir l'unité dans les différences acceptées représente un effort phénoménal. Mais les motifs et les avantages en sont tellement immenses que nous devons y mettre le prix : “(...) que chacun, animé des mêmes pensées que le Seigneur Jésus-Christ, ait le souci de chercher la gloire de Dieu et se dévoue au bien commun. '(...) Ayez un même amour, un même cœur ; recherchez l'unité ; ne faites rien par rivalité, rien par gloriole, mais avec humilité, considérez les autres comme supérieurs à vous. Que chacun ne regarde pas à soi seulement, mais aussi aux autres' (Ph. 2,1-4). Le Mutwa, le Mututsi, le Muhutu, l'hôte étranger, tous nous sommes enfants de Dieu et nous possédons un seul et même Père : Dieu. C'est pour cela que nous devons tous nous aimer comme des frères sans discrimination : je dois aimer tout homme comme moi-même”[20].

Ainsi qu'aucune ethnie, aucune région, aucun parti politique ne vive plus dans cette aberration qu'est l'ignorance totale ou le refus catégorique des autres ethnies, des autres régions, des autres partis politiques. C'est au prix de la gestion de ces différences que la paix durable s'implantera dans notre chère patrie. En faisant cela, nous accomplirons la volonté de Dieu et répondrons à notre vocation divine : vivre l'union dans la différence et accueillir la diversité comme un cadeau du ciel.

J. RUTUMBU



[1] Voir entre autres J. LINDEN, Christianisme et pouvoirs au Rwanda (1900-19990), coll. " Hommes et sociétés ", Karthala, Paris, 1999, p. 285-319.

[2] R. OURDAN, Rwanda, enquête sur un génocide : 3. La guerre de l'ombre, in Le monde du 2 avril 1998, p. 16.

[3] D. SIBONY, Le racisme ou la haine identitaire, Christian BOURGEOIS, Paris, 1997, p. 57.

[4] R. BRAUMAN, S. SMITH, C. VIDAL, Politique de terreur et privilège d'impunité au Rwanda, in Esprit (Août-Septembre 2000), p. 155-157.

[5] Ch. TAYLOR, Multiculturalisme. Différence et démocratie. Coll. “Champs”. Paris, Flammarion, 1994. P. 63.

[6] Ch. TAYLOR, Le malaise de la modernité. Coll. “Humanité”. Paris, Cerf, 1994.

[7] Ch. TAYLOR, Les sources du moi. La formation de l'identité moderne.Coll. "La couleur des idées". Paris, Seuil, 1998. P. 457-458.

[8] P. BOURDIEU, Méditations pascaliennes. Coll. "Liber". Paris, Seuil, 1997. P. 130.

[9] M. WALZER, Pluralisme et démocratie. Coll. "Esprit". Paris, Seuil, 1997. P. 129.

[10] Message de Carême des évêques catholiques du Rwanda : Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres " (Jn 13,34), 2 mars 1991 n° IV  ; Lettre pastorale des évêques catholiques du Rwanda : "Heureux les artisans de paix, car ils seront fils de Dieu"(Mt 5,9), 7 novembre 1990, chap. I, n° 2  ; Chap. II, n° 2  ; La réconciliation avant toute chose, n° 8  ; Message des Évêques Catholiques du Rwanda pour le Carême 1992 : "Convertissez-vous et croyez à l'Évangile" (Mc 1, 5), 11 mars 1992, n° 16  ; Lettre des évêques catholiques du Rwanda à l'occasion du 75ème anniversaire du sacerdoce au Rwanda 1917-1992 : Le prêtre, témoin du Christ au Rwanda aujourd'hui, 16 septembre 1992, n° 12  ; Lettre des évêques catholiques du Rwanda pour le Carême 1993 : La paix et la réconciliation des Rwandais, 17 février 1993, n° 12.

[11] La réconciliation avant toute chose, n° 8.

[12] Comme je vous ai aimés, n° IV.

[13] Convertissez-vous, n° 16.

[14] Le prêtre, témoin du Christ au Rwanda aujourd'hui, n° 12.

[15] Heureux les artisans de paix, chap. II, n° 2.

[16] ABDESLAM BOU IMAJDIL, Mon prochain et moi, in Supplément au Bulletin de Littérature ecclésiastique, n° 2  (1993), p. 23.

[17] J.-A. MOEHLER, L'unité de l'Église ou le principe du catholicisme d'après l'esprit des Pères des trois premiers siècles de l'Église. Coll. “Unam Sanctam”, n° 2. Paris, Cerf, 1938. P. 8.

[18] L. BOFF, Trinité et société. Coll. “Libération”, n° 5. Paris, Cerf, 1990. P. 165.

[19] Y. CONGAR, Chrétiens en dialogue. Contribution catholique à l'œcuménisme. Coll. "Unam Sanctam", n° 50. Paris, Cerf, 1964. P. 20.

[20] Ibidem, p. 20.

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  • Comment Link Charles BAKUNDAKWITA Tuesday, 26 August 2014 16:20 posted by Charles BAKUNDAKWITA

    Bonne réflexion que celle-ci. Merci J. Rutumbu. Puissent les Bahutu, les Batutsi, les Batwa, les Bakiga, les Banyanduga, les Bagoyi, etc. comprendre et appliquer ce que vous dites, à commencer par ceux qui ont le devoir de conduire le peuple?

    Une petite remarque pratique: convertissez vos écrits en format pdf de peur que les plaisantins ne les déforment.

    Que Dieu vous bénisse.

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