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  • La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996) 

    Thèse doctorale soutenue par le Révérend Père  Rigobert KYUNGU SJ, le 30 juin 2020, à l'Université Grégorienne de Rome.

    Un évènement joyeux après celui des ordinations presbytérale et diaconale des Pères Eric KAMBALE et Stanislas KAMBASHI, le samedi 27 juin 2020.

    L’auditoire ne devant contenir qu’un nombre réduit de participants suite aux restrictions liées à la crise sanitaire en cours, ladite soutenance s’est faite en mode semi publique. Néanmoins, la retransmission en direct sur YouTube a contribué à élargir l’audience.

    De quoi a-t-il été question dans cette thèse discutée en vue de l’obtention du titre de docteur en théologie spirituelle ? La recherche a porté sur la figure du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA SJ, mort martyrisé le 29 octobre 1996 à Bukavu, et dont la cause de béatification avance à grands pas.

     

    Pour s’engager dans cette "aventure", l’auteur de la thèse a été motivé entre autres par le témoignage de vie de l’ancien archevêque de Bukavu. Ce dernier, à travers son engagement aussi bien sociopolitique que pastoral, a laissé des traces qui méritent d’être mises en évidence. Une autre motivation est le discernement spirituel qui caractérisait ce serviteur de Dieu. C’était, souligne le Père KYUNGU, un homme dont le discernement spirituel était au cœur de ses actions dans sa vie d’africain, de prêtre jésuite et d’évêque.

    La thèse porte le titre de "La liberté intérieure comme fruit du discernement spirituel. Tentative d’un portrait spirituel du serviteur de Dieu Mgr Christophe MUNZIHIRWA, archevêque de Bukavu (1926-1996)". Elle s’articule sur six grands chapitres. Dans un premier moment, l’auteur décrit la région des Grands-Lacs dans laquelle est né et a œuvré Mgr MUNZIHIRWA. Une description qui prend en compte la période trouble du génocide au Rwanda en 1994, mais aussi la guerre au Congo en 1996, dite la guerre de libération, ayant occasionné la chute du Maréchal MOBUTU, après 32 ans de règne.

    En second lieu, l’auteur dresse une biographie de l’ancien archevêque de Bukavu, depuis sa naissance à Burhale dans le Bushi, jusqu’à son ordination épiscopale inclusivement. Cette biographie se veut suffisamment fouillée, dans le but de contribuer à l’avancement du procès de béatification du serviteur de Dieu.  Le troisième chapitre couvre le ministère épiscopal du prélat à Kasongo où il est resté 8 ans. L’auteur a voulu mettre en exergue ces années qui sont souvent oubliées dans beaucoup de biographies. Le quatrième chapitre développe l’étape de Bukavu où Mgr MUNZIHIRWA a exercé son ministère épiscopal de manière très intense pendant deux ans, dans le contexte de guerre et ce, jusqu’à son martyre. Ici, l’auteur discute aussi la question du martyre " in odium fidei ". 

    D’autre part, la dissertation comprend une partie analytique qui scrute la figure de Mgr MUNZIHIRWA à partir de son enracinement dans la culture africaine, entre autres. Ainsi, le cinquième chapitre analyse-t-il 55 proverbes utilisés par Mgr MUNZIHIRWA, en les insérant dans les genres poétiques de la littérature orale africaine.  Pour notre auteur, Mgr MUNZIHIRWA a montré que l’Afrique est riche et que ses richesses culturelles ne peuvent être balayées ni abandonnées comme si elles n’étaient pas importantes. L’attachement à sa culture a aidé Mgr MUNZIHIRWA à intérioriser, ou mieux, inculturer non seulement l’évangile, mais aussi la spiritualité ignatienne au point de faire de lui un homme à la fois "entièrement africain et entièrement jésuite". L’auteur démontre donc que la culture africaine et la spiritualité ignatienne convergent harmonieusement dans la personne de Mgr MUNZIHIRWA. Enfin, au sixième chapitre, le discernement apparaît comme un thème clé dans la discussion, puisque, selon l’auteur, il constitue un outil efficace utilisé par le serviteur de Dieu tout au long de sa vie, générant en lui une vraie liberté intérieure. La thèse chute en dépeignant le profil spirituel de Mgr MUNZIHIRWA, affirmant que sa spiritualité se fonde sur la prière et l’Eucharistie, la dévotion mariale, l’engagement pour la paix et la justice, la pauvreté évangélique, la croix du Christ, le discernement spirituel, la liberté intérieure, l’inculturation et enfin le sens de l’Eglise.

    Au terme de la présentation par le récipiendaire des résultats de sa recherche, un dialogue s’est engagé avec le jury pour expliquer davantage et tirer au clair tous les hémisphères de ce travail scientifique. Après délibération, le jury a salué la rigueur et la qualité du travail accompli. Dans le respect des normes de la Grégorienne, le jury n’a pas immédiatement rendu public son verdict ; il appartient aux services du secrétariat de l’Université de le communiquer au récipiendaire par les voies ordinaires. Le père KYUNGU recevra donc le titre de docteur après la publication partielle ou totale de sa thèse. Profitiat !

    Pour célébrer la joie de cet évènement, les Jésuites présents à la cérémonie ainsi que d’autres invités se sont retrouvés dans la communauté du Gesù où un verre d’amitié a été partagé.

    En outre, pour joindre l’utile à l’agréable, un partage de repas a été organisé le mercredi 1er juillet 2020 dans un restaurant de la place pour célébrer avec quelques invités les trois évènements joyeux de l’ACE-Rome : thèse, ordinations presbytérale et diaconale.

    C’est par ces événements heureux que s’achève l’année académique. Se pliant aux aléas du transport aérien dans les circonstances actuelles, les uns attendent de s’envoler sous d’autres cieux, alors que d’autres ont décidé de passer l’été en Italie ou en Europe. Désormais l’ACE-Rome a un nouveau coordinateur pour l’année académique 2020-2021 en la personne de Camille MUKOSO à qui nous souhaitons beaucoup de succès dans ce service.

    Jean-Paul KAMBA, SJ

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    Vingtième anniversaire de l'assassinant de
    Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO 
    (01/01/1926-29/10/1996) 

    Par Jean NYEMBO, sj
    Commission Foi et Promotion de la Justice

    Bien chers amis dans le Seigneur,

    Paix à vous !

    Nous célébrons aujourd'hui, 29 octobre 2016, le vingtième anniversaire de l'assassinat de notre frère, pasteur de l'Eglise de Bukavu, Mgr Christophe MUNZIHIRWA MWENE NGABO. Mzee, comme nous l'appelions respectueusement et affectueusement, est mort sur le champ de batailles, la croix à la main comme seule arme qu'il possédait.

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  • Saint Nicolas et Père Fouettard : qui sont-ils ?
    Et quel est leur impact sur les enfants belgo-africains ?

     

    Par Mireille-Tsheusi ROBERT
    BAMKO asbl
     

    Connaissez-vous le "Sauvage d'Ath "? Le "Diable Magnon" ? Ou les "Basoulous de Basècles" ? Vous n'avez sûrement jamais entendu parler de ces sauvages hainuyers si vous n'êtes pas originaire de cette région. Peut-être connaîtrez-vous mieux les Noirauds bruxellois ou le Zwarte Piet anversois ? Dans l'espace francophone, Zwarte Piet, littéralement Pierrot-Le-Noir, est appelé Père Fouettard, le joyeux mais répressif compagnon de Saint Nicolas. Ces figures folkloriques souvent enchaînées, parfois affublées de cornes, dansant, chantant et vociférant à l'encontre des badauds lors du carnaval de la "Ducasse", de la fête de Saint Nicolas ou lors de la procession des Noirauds ont toutes un point commun : le maquillage en noir du visage ou le "blackface".

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  • CPI. Les doutes du procès BEMBA
    Y a-t-il vraiment eu crimes contre l’humanité à Bangui 
    en 2002 et 2003 ?

    Par WINA LOKONDO
    Historien, journaliste indépendant

     Le 24 mai 2008, Jean-Pierre BEMBA, sénateur et ancien Vice-président de la RD Congo de 2003 à 2006, est arrêté en début de soirée dans sa résidence de Rhode-Saint-Genèse, un quartier périphérique de Bruxelles, en exécution du mandat d’arrêt international lancé contre lui par le procureur près la Cour Pénale Internationale. Il sera transféré, après neuf jours de détention dans la capitale belge, à la prison de la CPI de Scheveningen, un faubourg de La Haye. Il y est, à ce jour.

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  • Analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo
    aux organisations internationales africaines

     

    Par       Adolphe AMANI BYENDA[1]
    Germain NGOIE TSHIBAMBE[2]

     

    Résumé : Depuis la fin de la première et de la deuxième guerre mondiale, les organisations internationales jouent  un rôle très important dans les différents secteurs de la vie à cause de leur efficacité de réponse rapide aux problèmes urgents des États. À cet égard, il s’avère, sur base de nos résultats, que l’appartenance des États à plusieurs organisations notamment sous-régionales, régionales ou intercontinentales constitue un avantage  tant sur le plan politique, économique que sécuritaire. Le présent article se fixe comme objectif, l’analyse des enjeux de l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines. À partir de cette recherche, nous comprenons que les facteurs géographique, historique, sécuritaire, économique, politique et culturel,… sont autant d'éléments qui justifient l’appartenance multiple de la RD Congo aux organisations internationales africaines.  

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  • MENDE, KAMBILA et les sanctions impériales

     

    Par MBELU BABANYA KABUDI

    Les sanctions prises par les USA et l'UE à l'endroit de certains membres de ''la kabilie'' ont suscité quelques réactions en son sein. L'ex-porte-parole du gouvernement démissionnaire  de MATATA PONYO, Lambert MENDE, fort de ses études de droit, les a sévèrement critiquées ce lundi 12 décembre 2016. Voici ce qu'il dit :

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    Cosmos EGLO, Du sang sur le miroir. Paris, L'Harmattan, 2012. 200 pages.

    Par Eddy VAN SEVENANT

    Ames sensibles s'abstenir ! De la première à la dernière page, c'est un déferlement de violences et des bains de sang toujours renouvelés que l'auteur nous propose ici afin d'illustrer la situation déplorable de certains pays africains post-coloniaux, livrés à toutes les turpitudes de leurs "élites", sanguinaires à souhait et soutenues à bout de bras par des puissances extérieures (dans le cas présent la France et les USA) qui y trouvent l'opportunité de garder la main sur le pays tout en n'y étant plus officiellement présentes.

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    Par Modeste WASSO

    Griet BROSENS, Du Congo à l’Yser. 32 soldats congolais dans l’armée belge durant la Première Guerre mondiale. Traduit du néerlandais (Belgique) par Charles FRANKEN. Waterloo, éditions Luc Pire (www.editionslucpire.be), 2016. 271 pages. 24,90 €

    Voici un livre qui ouvre une page de l’histoire commune à la Belgique et au Congo des années  1914-1918. "Du Congo à l’Yser"  relate  l’histoire, longtemps occultée, des Congolais arrivés en Belgique, à la fin du 19ème siècle (les premières arrivées datent de 1885) en tant que militaires et qui ont combattu sous le drapeau belge pendant la première guerre mondiale, 1914-1918.

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  • Par Eddy VAN SEVENANT

    Collectif, État des résistances dans le Sud : Afrique. Alternatives Sud (Revue trimestrielle). Volume 23-2016/4. Centre Tricontinental  (Louvain-la-Neuve) et Éditions Syllepse (Paris) – 215 pages. 13 €

    Cet ouvrage fait partie d'une série qui fait le point régulièrement sur les oppositions politiques, féministes, paysannes, etc. aux régimes en place dans différents pays du Sud, principalement d'ailleurs sur le continent africain.

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  • Groupes armés et problématique de développement
    du territoire de Fizi (RD Congo)


    par BAWILI LUKELE Tango
    département des Sciences Politiques et Administratives 
    Université Officielle de Bukavu
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    Résumé : Par leurs actions, les groupes armés ont influé et influent négativement sur le développement de ce territoire ; ils y créent une instabilité permanente depuis de longues années. Cette instabilité entraîne des conséquences désastreuses notamment sur les plans politique, administratif, sécuritaire, économique, etc. Cet état des choses empêche les pouvoirs publics et les populations locales d'exploiter les multiples potentialités naturelles en vue de booster son développement. Ceci explique dans une certaine mesure le sous-développement de ce territoire. De ce fait, il importe que l’État se réveille, rétablisse la paix et suscite le développement de ce territoire en impliquant les populations locales.

    Introduction    

    Depuis plus d’une décennie, l’est de la RD Congo est en proie à une instabilité sécuritaire dont les causes sont à la fois internes et externes. L’ampleur et les effets de cette situation sont différemment vécus d’une province à une autre. Au Sud-Kivu, l’émergence et la résurgence des groupes armés entraînent une instabilité sécuritaire qui, par conséquent, étouffe les actions du développement. 

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Introduction à la méditation sur la "nécessité de faire le deuil"[1]

 

Bien chers amis rassemblés ici ce soir pour commémorer le 42ème anniversaire du génocide contre les Hutu du Burundi de 1972, je voudrais juste dire un petit mot en guise du lancement de notre méditation centrée sur la "nécessité de faire le deuil".

           "Chaque homme que je rencontre est un drame humain". Sans aucune hésitation, j’applique à nous Burundais ce terrible constat du philosophe français Gabriel MARCEL en affirmant que "chaque Burundais est un drame humain". En effet, comme le révèle le psychiatre Sylvestre BARANCIRA[2], "le Burundi d’aujourd’hui est couvert de charniers disséminés sur l’ensemble du territoire au gré des évènements sanglants et des massacres de masse depuis les années 1965 jusqu’à nos jours  (…). Des milliers de familles décimées et de corps de disparus n’ont toujours pas été retrouvés. Les victimes ont été hâtivement enterrées dans des fosses communes[3], jetées dans des latrines, dans les cours d’eau, dans les marais ou dans la brousse  (…). De nombreuses victimes, hommes, femmes et enfants, ont disparu dans l’anonymat le plus complet et les responsables politiques se disputent toujours pour reconnaître ce qui s’est passé, désigner les coupables, rassurer les innocents et redonner l’espoir au pays (…)".

              Conséquence dramatique : des milliers de Burundais n’ont pas pu faire le deuil de leurs morts et enfouissent leurs souffrances "au plus profond de leur être", tentant d’essayer de vivre, mais cela est impossible. En effet, "selon les croyances traditionnelles des Barundi, les esprits des morts laissés sans sépulture sont vindicatifs et reviennent hanter les vivants et provoquer divers malheurs, dont certaines maladies et la folie (…).  Les esprits des morts laissés sans sépulture, jetés en pleine nature et livrés aux charognards sont des esprits sauvages. Ils cherchent sans cesse à nuire aux vivants par rancune de n’avoir pas bénéficié de l’intégration sociale dans les rituels funéraires qui fondent l’unité des vivants et des morts et l’immortalité des ancêtres à travers les descendants". "C’est dans ce contexte, continue le Dr BARANCIRA, que "l’on peut observer des états dépressifs, des psychoses réactionnelles et des névroses traumatiques qui s’accompagnent de sentiments de culpabilité et de retour des esprits des morts qui crient vengeance sur leurs enfants accusés d’avoir négligé les rituels funéraires". "Nous avons là, dit-il, l’une des principales explications de la maladie mentale en tant que trouble de l’identité dans la cultureburundaise". Le psychiatre cite comme exemple le cas de "jeunes filles qui tombaient par terre, étaient animées de contorsions spectaculaires et proféraient  des propos mystérieux dans un état second, se relayant les unes les autres pour entrer en crise devant des adultes sidérés qui faisaient cercle autour d’elles"[4].  On pourrait sans doute multiplier les exemples. 

               Un autre phénomène qui montre que le pays a sombré dans l’abîme est que, au pire des violences meurtrières qui ont déchiré le Burundi, "les Hutu et les Tutsi ne partagent plus comme auparavant les fêtes familiales et le deuil. Dans certaines régions du pays, les cimetières des deux principales ethnies burundaises sont désormais séparés ".  

                Dans cet ordre d’idées, ce n’est pas le Frère Emmanuel NTAKARUTIMANA (OP) qui minimisera les souffrances vécues par le peuple burundais. Permettez-moi de citer presque toute son introduction à l’ouvrage intitulé "Les traumatismes de guerre au Burundi"[5] publié en janvier 2007 par le Centre Ubuntu qu’il a fondé le 1er janvier 2002. Il écrit ceci : "Avec tout ce que notre pays a vécu ces quarante dernières années, on ne s’imagine pas avec clarté les séquelles psychosociales incrustées dans le cœur des citoyens. Des millions de gens dans ce pays ont beaucoup souffert, et souvent de façon répétitive. Des millions ont été profondément blessés. Des millions ont été témoins directs ou indirects de choses atroces. Et le climat qui a prévalu ne permettait même pas l’organisation du deuil psychologique normal pour la santé mentale. Les événements traumatiques sont des événements inattendus, incontrôlables et accompagnés d’une forte menace pour soi-même ou pour ses proches. Le traumatisme psychologique est un phénomène qui se déroule dans le psychisme sous l’impact d’un événement potentiellement traumatisant. Il produit l’effroi et la frayeur. Le traumatisme est l’incidence dans le psychisme d’un événement, habituellement soudain et inattendu, parfois cumulatif, dont l’importance soulève une réaction émotionnelle intense et déborde au moins momentanément les possibilités de défense, de maîtrise et de l’intégration du sujet, laissant une trace pathogène par le bouleversement qu’il entraîne. Notre CENTRE UBUNTU a mené dernièrement une recherche sur le traumatisme dans le pays en prenant l’échantillon de la commune Itaba, province Gitega, de la commune Ruhororo en province Ngozi, de la commune Musigati en province Bubanza, de la commune Makamba en Province Makamba et de la Province Mwaro.

Le constat nous est apparu de façon très claire. Nous vivons dans une société profondément blessée, et les blessures historiques exigent la création de structures appropriées qui pourront alors entreprendre une thérapie longue et délicate. Il serait important de donner aux gens la possibilité de raconter les projets et les combats qu’ils ont nourris, les frustrations et les espoirs qu’ils ont vécus. Ils vont témoigner des harcèlements, des étouffements, des jugements sommaires et des tortures qu’ils ont connus, souvent de la part d’institutions très respectables. Ils vont parler des figures qui entourent les emprisonnements injustes qui ont sévi et des jugements rendus sans défense ni assistance. Ils vont pouvoir raconter ce qu’ils ont enduré dans les camps de regroupements. Ils vont parler des massacres des leurs, souvent dans des conditions d’une violence délirante dans sa déshumanisation.

C’est aussi une œuvre de thérapie qui, même partant de la colère, développe le refus de l’amnésie. Ces témoignages devraient augmenter notre sens de responsabilité devant l’histoire (…). Mais tout ceci exige un profond enracinement moral dont le mobile n’est pas la vengeance, mais la construction ensemble d’un avenir négocié ensemble. La clé ici est de construire la sécurité sur le principe que ce qui concerne tout le monde doit être discuté ensemble en évitant qu’il y en ait qui s’arrogent le droit de définir qui est voyou et qui ne l’est pas. Comme le disait le philosophe juif Paul RICŒUR, il s’agit de redécouvrir fondamentalement le visage de l’autre qui nous oblige toujours. Et ceci nous conduit au principe de ne pas chercher à humilier l’autre mais de l’amener à redevenir humain".

             Du point de vue purement humain justement, la première démarche de cette thérapie est la pratique du deuil. En effet, comme l’écrit Melchior MUKURI [6] : "la mort a toujours donné lieu à des rituels dont certains ont une fonction sociale importante pour la famille qui a perdu un de ses membres ainsi que pour la communauté. L’exemple le plus explicite est le deuil. Pendant ces périodes de dures épreuves, on assiste à une inversion des activités et des us et coutumes : interdiction de cultiver, de manger du sel, etc. Des gestes de solidarité se manifestent. Les participants au deuil ne sont pas que des proches de la personne défunte, tous les voisins se sentent dans l’obligation d’y prendre part sous peine d’être la risée de tous ou d’être considérés comme des gens associables. Le rituel permet à la famille endeuillée d’être consolée, de retrouver le courage, de constater qu’elle est soutenue. En témoignage de convivialité, les gens apportent des boissons qu’ils consomment lors du deuil. Une personne passe ses nuits avec la famille endeuillée pour l’encadrer, et ne rentrera chez elle qu’au moment de la première levée partielle du deuil (gutanga amasuka : donner les houes) qui autorise le retour aux activités habituelles".

Lors de la levée définitive du deuil, on assiste également à des témoignages de solidarité envers la famille endeuillée. En effet, lors des allocutions de circonstance on insiste sur le soutien et l’encadrement dont elle bénéficie ; on invite les gens présents à en cultiver l’esprit. La levée du deuil est une occasion de régler les dettes que la personne défunte a contractées envers les tiers ainsi que les dettes à son égard. Le deuil présente donc un aspect libérateur, notamment au moment de la levée définitive, alors que le mort passe dans un autre univers. Désormais éloigné des vivants, il est néanmoins censé intervenir dans la vie des membres de sa famille".

             C’est dans cet esprit que les organisateurs de cette veillée ont choisi de remettre à chacun d’entre vous trois textes qui vous aideront à faire ce cheminement. En effet, compte tenu de la situation qui est la nôtre ici et maintenant, nous ne pouvons malheureusement pas pratiquer le deuil comme cela devrait être. Nous vous invitons donc à échanger sur ce thème et à nous proposer des voies et moyens qui nous permettront, par exemple l’année prochaine, de vivre vraiment le deuil pendant au moins deux à trois jours, dans un cadre approprié. Nous espérons que la lecture de ces documents, maintenant et chez vous, vous inspirera des actions futures que nous allons aussi porter dans notre prière liturgique de tout à l’heure.

 

Joseph NTAMAHUNGIRO

 

P.S.A la fin de la Prière Liturgique, les participants ont été invités à aller méditer sur quelques phrases ou textes relatifs au devoir de commémorer nos morts.  Les voici :

 

1) "Ces morts sont toujours présents. Ceux qui les ont tués en ont peur et ont fait tout pour qu’on n’en parle pas. Mais ces morts réclament reconnaissance, justice et hommage. La réconciliation recherchée ne sera durable que si elle est bâtie sur la vérité de l’histoire, sur la reconnaissance et l’estime des différences que l’on essaie de cacher pour en faire un mythe et l’exploiter comme tel.  Oui, il faut que les générations à venir sachent la vérité de leur histoire, y compris ses points les plus sombres et celle des souffrances et des morts laissés dans l’oubli". MINANI Jean Chrysostome, La vérité et l’amour : un défi moral pour la réconciliation d’un peuple divisé. Le cas du Burundi, Ed. Presses Lavigerie, Bujumbura, 2008, 270 p.

2) "Sans mémoire, nous ne savons pas qui nous sommes. Sans mémoire, nous divaguons sans savoir où nous allons. Sans mémoire, il n’y a pas d’identité". AGUIRRE L.P., Mémoire, justice et pardon in Spiritus n° 35135, mai 1994, p. 152.

3) "On peut faire taire les vivants, mais on ne peut pas étouffer la voix des morts". Chanoine PICCARD, Lettre ouverte au Président Michel MICOMBERO, Bujumbura, 15 mai 1972.

4) "Qui répondra à la revendication de la liberté née des souffrances et des espérances passées ? Qui répondra aux défis des morts ? Qui sensibilisera la conscience pour leur exigence inaltérable de justice ? " METZ J.B., La foi dans l’histoire et dans la société, Ed. du Cerf, Paris, 1999.

5) "Avant tout, la réconciliation n’est pas une paix précipitée. Elle ne peut être obtenue en supprimant ou en gommant les souvenirs d’une histoire de douleur et de souffrances et en déclarant que désormais tout sera en paix. On essaie alors d’évacuer de la vue et de la mémoire une histoire douloureuse et difficile, espérant ainsi offrir à toutes les parties un nouveau départ. Souvent, les victimes de cette histoire sont exhortées à pratiquer un ‘pardon’ chrétien. Comme on peut s’y attendre, cette version de la réconciliation est souvent proposée par ceux qui sont les auteurs de la violence, ou par ceux qui craignent que le souvenir du passé ne provoque de nouvelles violences. ….Au lieu d’établir la paix, on banalise la souffrance des victimes….Cela revient à dire que les épreuves n’ont pas d’importance, et que les victimes comptent pour rien.  En oubliant les souffrances avec tant de hâte, on oublie les victimes, et les causes des souffrances ne sont jamais dévoilées ou affrontées". SCHREITER R. Exigences évangéliques et don de Dieu, in Spiritus n° 35135, mai 1994, p. 214 .


[1] Joseph NTAMAHUNGIRO. Intervention faite le 29 avril 2014 dans la salle de la Paroisse du Saint Esprit, Place Martin Luther King, 1 à 1070 Bruxelles (Anderlecht).

[2] Sylvestre BARANCIRA, "Burundi : La crise politico-ethnique et le travail du deuil", RCN Justice et Démocratie, Bujumbura, Bulletin, 4ème trimestre, 2005, 4 p. BARANCIRA est psychiatre, coordonnateur de projets pour le Burundi de l’ONG belge RCN Justice et Démocratie.   

[3]Bien que l’Accord d’Arusha recommande l’identification et la protection des fosses communes, rien n’a encore été fait dans ce sens. Les fosses communes les plus citées sont celles de Rumonge, Kamenge, Buterere, Kivyuka, près de la rivière Ruvubu (Gitega).  

[4] Sylvestre BARANCIRA, article cité.

[5] Centre UBUNTU, "Les traumatismes de guerre au Burundi. Cas des Communes Itaba, Musigati et Ruhororo issues respectivement des Provinces Gitega, Bubanza et Ngozi". Bujumbura, Janvier 2007, 114 p.  

[6] Melchior MUKURI, "Recours à la pratique du deuil". Texte publié dans Cahiers d'études africaines [En ligne], 173-174 | 2004, mis en ligne le 08 mars 2007 URL : http://etudesafricaines.revues.org/4680

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