Joseph CIMPAYE, L'homme de ma colline.  Bruxelles, Archives et Musée de la Littérature – Collection Papier blanc, encre noire, 2013. 146 pages.

 


J'aurais bien aimé faire la connaissance de ce Joseph CIMPAYE car ce devait être une personne agréable à fréquenter si j'en juge par la douceur, la bienveillance envers les autres et l'humanisme profond qui rayonnent à travers les personnages de son (unique hélàs) roman d'aventures. Malheureusement c'est impossible car il disparut en 1972 lors des violents massacres qui ensanglantèrent le Burundi : il avait, faut-il le dire, eu le grand tort de faire de la politique, ce qui pardonne rarement dans les cas de conflits interethniques.

 

Ce petit livre remarquablement écrit m'a fait penser par son régionalisme sans prétention aux ouvrages de chez nous d'un Maurice des OMBIAUX, peu renommé certes au plan de la littérature internationale, mais tellement savoureux et tellement agréable à lire. Dans le cas présent, J. CIMPAYE nous donne une restitution bienvenue du Burundi colonial peu avant la seconde guerre mondiale.

 

Nous assistons donc, à travers les tribulations d'une famille paysanne, à la mutation profonde de la vie quotidienne et aux bouleversements sociétaux engendrés par la nouvelle administration du pays. L'auteur nous restitue néanmoins l'antique mode de vie local que viennent contrarier le comportement néfaste des nouveaux petits chefs, le supplice dégradant de la chicotte et le travail forcé des jeunes gens.  Mais tout cela en douceur, sans forcer le trait pour indigner le lecteur, sans pathos inutile. Finalement, J. CIMPAYE porte sur son peuple et sur sa culture un regard tendre et chaleureux et alors qu'on aurait pu s'attendre à ce qu'éclate à la figure du lecteur la rude violence que subit le héros dans son environnement "colonisé", c'est une discrète tristesse, un chagrin maîtrisé qui sourd à peine entre les lignes.

 

De même, on chercherait en vain dans ce récit les mots hutu et tutsi même si l'auteur aurait eu de très bonnes raisons de s'en servir pour se plaindre des conditions de vie qui lui étaient faites (il écrivit son roman en prison). Mais pour lui, la ligne entre oppresseurs et opprimés n'est pas une ligne ethnique et son plaidoyer, si on peut considérer comme tel cet ouvrage, embrasse la cause de tous les Burundais, opprimés d'hier et d'aujourd'hui, dans une même quête de justice, d'amitié et d'espoir malgré toutes les difficultés de la vie.

 

Un très beau livre donc, à conseiller sans modération et agrémenté en souvenir de quelques photos de l'auteur et de sa famille avant les événements tragiques qui ont amené la disparition brutale de cet écrivain à découvrir.

 

 

E. van SEVENANT

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