Report comment

C’est une initiative fort louable d’avoir un site pour des étudiants africains de laisser des commentaires sur des ouvrages produits par des Africains. Bien que je ne sois pas en Belgique, je me fais le plaisir de laisser quelques mots sur cet ouvrage.
Mais je veux d’abord répondre à Jean-Marc Hublot. Cher monsieur, c’est vrai que les Africains sont en partie responsables de leurs maux. Mais c’est dommage que pour votre miroir à vous, l’Europe s’y regarde et n’y voit que l’Afrique !
Que dites-vous des présidents africains élus à l’aube des indépendances et tués dans leur élan lors de coups d’État orchestrés dans l’ombre par la France ? Que dites-vous de cette période trouble dont la star se trouvait être le tristement célèbre Jacques Foccart ? Dans les pages de ce livre, moi je vois Jacques Foccart dans le personnage de Jacques Rocard (les deux noms se ressemblent d’ailleurs).
Vous parlez de détournements de fonds publics, mais vous oubliez de nous dire que ce sont les banques européennes qui recèlent les butins de nos dictateurs : Mobutu, Eyadèma, Bongo, etc.
Et pourquoi ces dictateurs ne sont-ils jamais condamnés par la « communauté internationale » ? Pourquoi les mailles des filets de la Cour Internationale de Justice sont-elles trop grandes pour les pachydermes africains qui tyrannisent leurs peuples, et seulement assez petites pour ne capturer que les petits indésirables ?
Savez-vous pourquoi ? C’est parce que ces pachydermes ont toujours servi les intérêts des grandes puissances occidentales. Donc, en compensation, pour eux, la notion de « crime contre l’humanité » ne s’applique guère. C’est cette impunité que promet Bill Gordon à Kodjo.
La liste serait trop longue de dérouler ici…
En tout cas, pour moi, Du sang sur le miroir est un coup de plume génial ! À part l’éloquence de l’auteur, à part la vivacité de l’histoire, ce que j’apprécie dans ce livre, c’est qu’on y retrouve un mélange homogène de l’Afrique traditionnelle (un village desséché, les oracles, des contes africains, des rituels mortuaires pour personnes mortes accidentellement, la croyance en la réincarnation, etc. ), et l’Afrique des temps modernes (des élections, la radiodiffusion, des interviews, des discours, des communiqués de presse, une conférence internationale, un aéroport, une ambassade, etc.).
Je salue également la place accordée à la femme, à travers le personnage de Dopé : une femme forte, intraitable et déterminée, qui refuse toute compromission ni avec le pouvoir tyrannique ni avec la France. Bravo !

José Kofi Professeur d’Histoire
Abidjan
joskbali@hotmail.com